‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 5 sur 58 · Voir p · texte numérisé non relu

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scandaleuse... S'il n'est donc pas sans vraisemblance qu'Erwin, maître de l'œuvre, ait travaillé à la réparation des dégâts, il est peu probable qu'ils aient provoqué la naissance d'une œuvre nouvelle dont Erwin aurait été le créateur.

On ne saurait attribuer à Erwin, en dehors de la façade occidentale, que le tombeau de Conrad de Lichtenberg et la chapelle de la Vierge. Le tombeau de Conrad de Lichtenberg existe toujours, dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, où nous le verrons tout à l'heure. Quant à la chapelle de Marie, elle n'existe plus, depuis les remaniements de 1682. Elevée en i3i6 entre la chaire et le chœur, à côté du jubé, elle servait au Magistrat de la ville, aux princes, aux hôtes de distinction, qui s'y plaçaient pour écouter le sermon. Elle portait, sur la balustrade, plusieurs inscriptions en grosses lettres, y Ave Maria, le Credo, et ce texte commémoratif : « M. CGC. XVI . Aedijicavit hoc opus magister Erwin. Ecce Ancilla Domini, Fiat mihi secundum verbum tuum. Amen » — dont les derniers mots sont peut-être un rappel touchant de la mort de la femme d'Erwin, survenue cette même année i3i6.

Erwin mourut deux ans après. La femme d'Erwin avait légué à l'Œuvre sa robe et son manteau, ((togam et tunicam)); Erwin, en mourant, lui légua son cheval et une rente de quatre onces deniers, uequum et redditus quatuor unciarum)) Al fut enterré dans un petit cimetière attenant à la cathédrale, qui avait jusqu'en 1290 contenu une chapelle de Saint-Michel et qui était situé derrière la chapelle Saint- Jean-Baptiste, à l'endroit où une petite cour porte encore aujourd'hui le nom de Leichhôfel, u petite cour des cadavres ». Son épitaphe, en caractères gothiques du xiv* siècle, y existe toujours, (( an S. Johannis Capell an der Seulen », comme écrivait Osée Schad au xvif siècle, — sur la partie inférieure

d'un des contreforts de la chapelle, où elle demeura longtemps cachée^. Goethe, au xviii^ siècle, plein de ferveur pour Tœuvre d'Erwin, dit éloquemment sa peine d'avoir en vain cherché la pierre tombale du maître et dédia à des mânes peut-être sans gîte l'hommage de son religieux enthousiasme^. C'est seulement en 1816 |que Sulpice Boisserée, le promoteur de la reprise des travaux du dôme de Cologne, et le Strasbourgeois Maurice Engelhard retrouvèrent, derrière des tas de charbons amoncelés, la pierre tombale du grand architecte ^

Elle comprend, à la fois, l'épitaphe de la femme d'Erwin* : n Anno Domini M CCC XVI XII kalendas augusti obiit domina Husa uxor magistri Erwini », — celle d'Erwin : « Anno Domini M CCC XVIII XVI kalendas febraarii obiit magister Érwinus gnbernator fabricœ ecclesiœ argendnensis )) , — une troisième enfin, traversée à la troisième ligne par une raie horizontale qui indique une jointure de pierre; c'est la tombe d'un autre maître Erwin, fils du grand Erwin'^ : « Anno Domini

I . Osée Schad (i 586- 1626), diacre de Saint- Pierre-le- Vieux, a laissé une des-

iption, illustrée, de la cathédrale de Strasbourg, sous le titre de : Summum

jentoratensium templam... Strasbourg, 1617, in-S".

3. Von Deulsclier Baukunst, avec la dédicace ; D. M. Ervini a Steinbach (Œuvres de Gœthe, édit. Georg Witkowski, Stuttgart, Union Deutsche Verlagsgesellschaft, in-i6), tome 26, p. 171. Voir aussi tome 17, dans Wahrheit und Dichtuny, livre 9, et tome 26, Drilte Wallfahrt nach Erwins Grabe.

3. Lors de la pose du paratonnerre en i835, on creusa la petite cour de la chapelle Saint- Jean-Baptiste pour y établir un puisard ; on découvrit, au cours de cette opération, un vieux cercueil en pierre, à demi brisé, rempli de terre et d'ossements pêle-mêle, des fragments de dalles, d'autres ossements éparpillés dans la terre-

'i. Nous ne tenons pas compte, dans la citation de ces épitaphes, des abré- I allons de l'original ni des singularités orthographiques, comme apprilis ou filiitts dans la troisième.

5. Ou petit-fils, suivant quelques-uns : mais nous ne compliquerons pas encore la discussion...

M CGC XXXVIIII XV kalendas aprilis obiit magisier Johannes Jilius Erwini magisiri operis hujus ecclesiœ ».

La différence des titres employés dans ces trois épitaphes a provoqué naturellement de nombreux commentaires. Il semble que magisier, dans la première, veuille dire simplement maître Erwin, tandis que maître de Vœuvre, magister operis y titre qui, à Strasbourg, commençait alors seulement à désigner l'architecte plutôt que le receveur, ne se trouve ici que dans la troisième épitaphe, postérieure de vingt-deux ans à la première. Quant à celui qui figuré dans la deuxième épitaphe: gubernator fabricœ ecclesiœ argeniinensis, n'indiquet-il pas qu'on dut conférer à Erwin, dans les dernières années de sa vie, une sorte de direction supérieure et générale .»^ Questions complexes de latinité médiévale et d'architecture, non résolues encore définitivement.

Le xiv*" siècle, après la mort d'Erwin, vit s'ajouter à l'œuvre quelques constructions importantes que le maître n'avait pu prévoir.

D'abord, dans les parties de l'édifice auxquelles il ne devait s'intéresser que comme gubernator : en i33i, l'édifice s'accrut de la chapelle Sainte-Catherine que l'évéque Berthold de Bucheck fit construire dans l'angle du croisillon et du bas-côté sud; et, en i384, après le sixième grand incendie de la cathédrale, on se mit à édifier, au-dessus de la coupole du chœur, cette toiture à huit faces qui fut connue sous le nom de mitre et qui subsista jusqu'en 1759 : sur chacune des huit faces, au-dessus de la colonnade, un pignon ou gable, orné de lobes aveugles, le faite des huit pignons ne dépassant pas la hauteur du toit de la nef.

C'est à partir de cette époque aussi que l'œuvre artistique personnelle d'Erwin, la façade occidentale, changea d'aspect,

dans sa partie supérieure du moins.En i365,en effet — si l'on, peut se guider avec quelque sûreté dans les expressions de tour neuve et de tour ancienne employées par le chroniqueur Kœnigshoven * — la tour du nord (ou tour neuve) fut achevée, la tour du sud (ou tour ancienne) l'ayant été antérieurement ; et c'est seulement, on l'a vu, après l'achèvement des tours (donc après 1 365) que pouvait naître le projet de les réunir parle massif intermédiaire actuel. Quel fut l'auteur de cette construction intermédiaire que notre œil est aujourd'hui habitué à confondredans l'ensemble du monument, mais dont la massivité ne lui échappe pourtant point ^ ? quel architecte faut-il accabler sous. les critiques dont elle a été l'objet? Gerlach ? Guntz ? Michel de Fribourg^? on ne sait. On ne sait même pas à quel dessein répondait exactement cette addition : était-elle vraiment, nécessaire pour servir d'appui aux tours?... les cloches ne pouvaient-elles pas trouver un autre logement?... Peut-être y fautil chercher une cause profonde où se mêlent des considérations techniques et morales. La bourgeoisie, chaque jour plu& puissante, et plus influente aussi chaque jour dans la direction des travaux, poussa moins sans doute à la continuation des deux, tours selon le projet primitif qu'au prompt achèvement — et à la surélévation — d'une d'entre elles* : ainsi l'amour-propre des Strasbourgeois éprouverait une plus prochaine satisfaction,

1. Dans Kraus, oiiv. cité p. 38i ; « ...lurris nova... tarris antiqaior... »

2. Nous avons reproduit (planche II) un fragment du projet pour cetteconstruction intermédiaire ; le document original est conservé à l'Œuvre Notre-Dame. Voir aussi p. i36.

3. Successeurs immédiats du grand Erwin : Jean Erwin(i3i8-i339), Jean Gerlach (1341-1871), Conrad ou Cuntz (1372-1383), Michel de Fribourg. '^i383-i397).

h- Il ne faut d'ailleurs pas oublier que, non loin de Strasbourg, de l'autre :^tc du lUiin, la tour de Fribourg s'élevait déjà depuis près d'un siècle, et jue l'émulation pouvait n'être pas étrangère aux projets des Strasbourgeois.

et plus éclatante; mais, dès lors, tout l'effort étant concentré sur une des tours, pour que l'autre ne parût pas disgracieusement amputée, la nécessité du massif intermédiaire s'imposait. Hypothèses encore . . .

Pour les travaux de la tourmême, on est mieux renseigné. Le premier architecte qui travailla à son prolongement fut Ulrich d'Ensingen, un Souabe. C'est le samedi avant la Pentecôte de 1899 que le nom du nouveau maître apparaît dans les comptes. Peut-être aussi faut-il l'identifier avec un Ulrico de Frissingen qui avait été appelé à Milan en i386? En tout cas, il avait été architecte de la cathédrale d'Ulm, et il interrompit sans doute, pour travailler encore à cet édifice, son séjour à Strasbourg. A Strasbourg, il avança la construction de la tour du nord, désormais octogone, jusqu'au haut des longues baies qui en constituent le premier étage au-dessus de la plate-forme. Il mourut en 1 419, laissant à l'Œuvre «omnia arma et tunicam)).

Après les grandes baies d'Ulrich d'Ensingen, nous entrons pour un temps dans le domaine d'une histoire très douteuse, presque de la légende. La tradition en effet attribue le petit étage supérieur de la tour octogone aux Jancker de Prag, dont l'existence n'a pas laissé de trace certaine à Strasbourg et dont le nom même prête à des interprétations différentes. S'appclaient-ils Jancker de Prag ? ou Juncker était-il un titre * , et Prag le nom de la ville de Bohême ? Ils ont certainement existé, car on rencontre des marques de leur passage à Ratisbonne, à Nuremberg, à Brcslau. Mais, à Strasbourg, il n'y a rien, dans les comptes de l'CEuvre, qui permette de leur donner une place comme architectes de la cathédrale entre Ulrich d'Ensingen et ses successeurs catalogués ; rien non plus'

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