‹ La Cathédrale de Trèves du IVe au XIXe siècleChapitre 13 sur 30 · Gesch. und Beschreib. des dômes zu Mainz · texte numérisé non relu

Gesch. und Beschreib. des dômes zu Mainz

2. « Monasterologia , etc. », pars ult., August. Vind., 1638. Nous devons bon nombre de nos citations à l'inépuisable érudition de M. Kreuzer. Voy. « Der Christliche Kirchenbau ».

3. « De sacr. sedific. », p. 77-103. — Comp. Onuphr. Panvin, « de prrec. urb.R.basil. », p. 57.

4. Nous résumons ici M. l'abbé Maréchal : « Dissertation sur le bonheur des élus et notes sur le Cantique des Cantiques». « Mém. de l'Acad. de Metz ». 1849-50, p. 48, etc.

de cour (« impluvium, ara dei, etc.»), offrait souvent une plantation d'arbres. Ce « paradisus » (parvis1) servit de cimetière vers le ve et le vie siècle, et même avant cette époque on y déposa quelquefois le corps de personnages illustrés par leur sainteté. De là vient la locution : «In paradiso tumulatus »2. De là viennent sans doute encore les paroles que la liturgie impose au prêtre au moment où le corps du défunt franchit le seuil de l'église : « In paradisum te deducant angeli». On comprend maintenant la synonymie, et nous prendrons une conclusion.

A Trêves comme à Mayence, le passage voûté 3, la communication d'une église à l'autre, a reçu, par extension, une dénomination qui appartenait à l'emplacement contigu. Le chœur occidental de Trêves (Saint-Nicolas) a été construit par Poppo sur l'emplacement du paradis, de l'atrium de la basilique romaine. — Gela est tellement vrai, qu'un ecclésiastique nous disait dernièrement encore que sa mère, très-versée dans les traditions locales, avait coutume de dire : Le chœur Saint-Nicolas, c'est le paradis. Nos lecteurs se souviennent qu'en creusant le seuil de la grande arcade formant l'entrée romaine de la nef centrale, on reconnut un mur courant d'un pilier à l'autre et ne dépassant pas le ciment romain. Immédiatement à l'ouest du seuil romain de cette arcade s'ouvre l'embasement d'une construction semi-circulaire, étayée extérieurement par de petits piliers, le tout ayant dix-huit pouces d'épaisseur. Cet hémicycle, pourvu à l'intérieur d'un ciment d'une dureté vraiment hydraulique, nous semble le «cantharus », la fontaine aux ablutions. A la vérité, on n'a pas pu constater une conduite d'eau apparente dans ce sol bouleversé par les travaux poppoyens, mais, à quelques pas à l'ouest, un canal. Un peu au nord, le plan de M. Schmidt indique l'ancien emplacement d'un puits ou fontaine. Pour prévenir une question, disons encore que les fenêtres de notre monument devaient être garnies de vitres. Le travail de M. Victor Simon, de l'Académie de Metz4, ne peut laisser un doute sur l'emploi de la vitre chez les anciens. M. Simon cite les textes les plus concluants. Nous nous bornons à celui de saint Jérôme : « Fenestrse quae, vitro in tenues laminas fuso, abductse erant». En 525, les soldats de l'armée de Théodoric pénétrèrent dans l'église de Saint-Jean de Brioude, en Auvergne, par une fenêtre dont ils fracassèrent le vitrage : « Effracta vitkea sunt ingressi. »

Nous avons donc constaté à Saint-Pierre de Trêves la convenance locale ,

1. Paul Warnefried, lib. v, c. 31. — « Chronic. Cassinense », n, 9, etc.

2. De la Barre, « Spicilegium, sive collect. veter. aliq. script. ». T. n, p. 455-456.

3. A Trêves et à Mayence, les abords du passage ont révélé un grand nombre de sarcophage*.

4. « Documents historiques sur le verre », dans les « Mém. de l'Acad. de Metz », p. 203-294.

l'indice architectonique et la tradition populaire de l'atrium, cette dernière perpétuée par ce nom de « Paradis », désignation primitive de la plantation d'arbres de l'atrium, ultérieurement synonyme d'atrium et « d'antéglise » l. Notre conclusion finale sera : que l'évêque Agricius transforma en basilique chrétienne une salle du palais d'Hélène, ou qu'il édifia sa métropole dans l'enceinte du palais; — que vraisemblablement les exigences locales l'obligèrent à maintenir ou à adopter la forme carrée ; — que l'on suppléa à l'absence d'une abside saillante à l'orient en érigeant une tribune intérieure. Remarquez que Poppo, voulant agrandir le monument, s'astreint à l'ordonnance préexistante, double les travées romaines en adoptant leurs dimensions: or, s'il termine à l'ouest par un hémicycle, n'était-ce pas à l'instar de l'abside qu'offrait à l'orient l'intérieur de l'édifice? — D'ailleurs le fait de la tribune intérieure en des basiliques d'une haute ancienneté est désormais accordé par l'archéologie de nos jours 2, comme une construction en quelque sorte additionnelle et d'autant plus avantageuse, qu'elle ménage des rentrants utiles au service du culte et à la réserve des instruments liturgiques. L'Afrique en fournit des exemples, tels que les basiliques de Reparatus à Orléansville ; — d'Annuna entre Constantine et Ghelma; — Deyr-Aber-Faneh au nord d'Hermopolis; — les ruines de la basilique près d'Erment (Hermonthis) ; — Ibrim dans la Rasse-Nubie et le couvent de Wadi-Gazal dans la Haute-Nubie.

Ayant décrit ou restitué avec une certitude rigoureuse, et en dépit des méfaits de l'électeur Franz-Ludwig, l'œuvre des xie et xne siècles, l'œuvre de Poppo et de ses successeurs, comme celle des archevêques Hillin et Jean, notre tâche sera maintenant d'étudier, d'apprécier cette ère romane de notre monument, d'en signaler les phases, d'en caractériser le faire et le style en tenant compte du synchronisme de l'art local et de l'art germano - roman contemporain. Au préalable, il convient d'aborder certaines questions de haute portée archéologique et que suggère l'ordonnance de la cathédrale de Trêves.

I. La disposition à deux chœurs opposés, particulière à l'Allemagne 3, se retrouve à l'ancienne cathédrale de Cologne, aux dômes de Mayence, Spire, Worms, à Saint-Godehard et Saint-Michel d'Hildesheim, aux dômes de Ramberg et de Naumbourg, aux églises monastiques de Fulde, Saint-Gall, Gernrode et de Laach. Selon Roisserée, l'idée première aurait été empruntée au

1. On donnait également le nom de paradis à l'avant-cour qui séparait la cathédrale d'Aixla-Chapelle et l'église de Essen de leur baptistère respectif.

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