‹ La Cathédrale de Trèves du IVe au XIXe siècleChapitre 15 sur 30 · Voy. l'a Art en Allemagne », t. n, p · texte numérisé non relu

Voy. l'a Art en Allemagne », t. n, p

4. M. Boisserée faisait remonter l'église actuelle au vne siècle; en réalité elle ne date que

car, selon lui : « Dans les contrées occupées par les Romains, l'ordonnance des monuments religieux de quelque importance, alors qu'elle dévie de la forme de la basilique, accuse une époque fort ancienne où ne règne pas encore un type prédominant. Lors de la diffusion première du christianisme, l'art s' emparant des types divers qu'avait abondamment produits la période extrême de l'art païen, en multiplie les variétés sur le sol même où la souche avait pris naissance. Mais avec le temps la basilique et la forme à coupole absorbent les autres formes ». Après tout, M. de Quast adopterait une transmission locale de préférence à l'imitation de monuments éloignés, tels que Sainte-Marie de Bethléem, emprunt qui n'explique pas suffisamment une reproduction multiple dans une ville et les contrées avoisinantes. Sainte-Marie aura eu des prototypes à Cologne même.

Nous croyons, nous1, que Sainte-Marie aura imité les thermes de Trêves, sinon une église de Trêves qui en était la première contrefaçon. Car nous avons la tradition d'une somptueuse église « en forme de croix2 », érigée par ordre de l'impératrice Hélène, en l'honneur de la sainte croix, ce qui doit s'entendre (on ne peut admettre la tradition autrement) érigée par suite de l'envoi d'un fragment de la vraie croix, octroyé par la sainte impératrice. Or, le reliquaire monumental destiné à réserver ce bois « qui l'emporte sur tous les cèdres », ne convenait-il pas de lui donner la forme de l'instrument du salut ? Cette forme s'offrait d'elle-même dans un édifice qu'Eumène a pu comprendre dans son panégyrique, et dès lors l'aîné des monuments que Constantin fit ultérieurement surgir de la terre d'Orient. Maintes fois avons-nous été tenté de saluer, dans les trois hémicycles des thermes , le chœur et les croisillons de cette église Sainte-Croix, dont l'édification est un fait logique, si l'on admet qu'Hélène ait compris Trêves dans la répartition de sa précieuse conquête : et quelle cité avait pour elle de plus attrayants souvenirs que l'Augusta Treverorum? — Mais voici qu'un de nos collègues du comité diocésain

du xie. M. de Quast, à part les déductions architecte-niques les mieux fondées, a démontré, textes de Gelenius en main, que le pape Léon IX, séjournant à Cologne, durant les mois de mars et juin 1049, y consacra, tant dans le diocèse que dans la ville, nombre d'églises, et notamment le 12 juillet, en présence de 272 évêques, à la fête de la Visitation, l'église Sainte-Marie. Un autre texte prouve que l'anniversaire de la dédicace se célébrait à la même date. — La coiffe du chœur, telle que nous la voyons, date du xn' siècle.

1. Voir notre opuscule allemand, dans le «Bulletin du comité diocésain de Trêves». Nous avons l'intention de le reproduire en français, en lui donnant plus d'étendue et en l'appuyant de nouvelles preuves.

2. « Eo tempore (cccxxxm) Treberis, jussu beatee Helenae, ecclesia maximi ornatus in honorem sanctœ crucis est aedificata, in rnodum etiam crucis ». « Gest. Trever. ». cap. cxxxi.

de Trêves , le docteur Ladner, dont les antécédents archéologiques sont des plus honorables, assume la responsabilité qui nous faisait reculer, et, croyant retrouver aux thermes l'ecclesia Sanctœ Crucis, prépare un consciencieux travail à ce sujet. Un dernier mot. M. de Quast ne nous accorde pas la filiation tréviroise de Sainte-Marie du Capitole, qu'il suppose imitée d'un monument de Cologne; mais ce qu'il nous concède pleinement, et avec lui l'élite des archéologues allemands, c'est l'origine non byzantine et partant occidentale de la forme d'église à transepts semi-circulaires. Dans notre conviction, l'on en viendra à conclure que cette forme a surgi simultanément et accidentellement en plusieurs lieux. A part la grande lignée issue de Sainte-Marie de Cologne1, nous pourrions signaler certains monuments de la Vienne et de la Dordogne, évidemment en dehors de toute imitation romaine comme d'influence allemande ; nous laisserons à M. de Verneilh le soin de les faire connaître.

III. Nous avons parlé des spacieuses galeries de la façade occidentale de Trêves, le plus ancien spécimen connu en Allemagne. « Ce système de galeries ainsi développé, disait M. Fortoul, s'explique naturellement, non-seulement par les habitudes de l'antiquité tout entière, mais par celles du moyen âge, dont les constructions solidement fermées avaient besoin d'un lieu élevé de surveillance. Plus tard les clochers, qui, bas et carrés, n'ont qu'une médiocre importance à la cathédrale de Trêves, s'élevèrent considérablement au-dessus des portes, et substituèrent aux galeries latérales, qui en étaient le couronnement, les étages croissants de leurs ouvertures. Alors néanmoins la galerie demeura toujours au front de l'abside ; mais, devenue inutile, elle s'atténua peu à peu jusqu'au moment où elle ne fut plus qu'un simple objet de décoration 2 » . Cette filiation a son côté plausible, et nous la préférons à une origine byzantine ou lombarde : mais M. Viollet-le-Duc en France, et MM. Simon et Schnaase en Allemagne, ont parfaitement établi que cette disposition a été inspirée par un calcul de constructeur. Néanmoins, étant donné le problème : «remédier à la pesanteur et à la désagréable nudité du mur, que les voûtes des absides laissaient entre leurs reins et le niveau de la corniche, convenablement élevée pour laisser passer les entraitsdes charpentes au-dessus de l'intrados3 »; il se pourrait que l'ancien système de galeries eût suggéré le mode et la forme à employer. D'ailleurs, à Schwarzrheindorf, près Bonn, où la petite galerie semble apparaître pour la première fois et pourtourne l'église en entier, il y a plus qu'une combinaison constructive, qu'une ventilation de combles ou un

1. Pour ne citer que l'ancien chœur et les transepts actuels de la cathédrale de Tournai.

Page 1