Ouvrage cité, t. i, p
été enrôlés « ex omnibus regionibus cismarinis 1 ». — Le frère de Théophanie, Gregorios, passe pour fondateur de Bourscheidt, près d'Aix-la-Chapelle; mais les chroniqueurs, et César de Heisterbach lui-même, ignorent qu'il fût artiste. Nous en sommes réduits à ces voyageurs suspects, « graeco habitu », que recueillait par charité le Xenodochium 2 de Saint-Godehard d'Hildesheim, et au « pictor » (Eunuchus) venu d'Orient pour faire le portrait de la princesse Edwige, et renonçant à sa tâche, le modèle ne posant qu'en faisant la grimace. — Après tout, il ne suffirait pas de retrouver des noms d'artistes: jl s'agirait de constater qu'on les a employés, et qu'ils ont laissé dans les monuments trace de leur séjour en Allemagne.
Autre chose sera de nombrer le contingent artistique indigène : car, dès le xr siècle, l'Allemagne est sillonnée d'abbayes, véritables ruches de moines constructeurs « in omni arte peritissimi ». A la tête des diocèses figurent des évêques renommés par leur savoir, fondateurs d'écoles, épris surtout du saint enthousiasme de l'art chrétien, qu'ils patronnent magnifiquement, qu'ils illustrent par leurs créations et cultivent même de leurs augustes mains.
Le comte Bernward, en 992 évêque d'Hildesheim (-j-1023), était médecin, orfèvre, fondeur, peintre et sculpteur. Sa métropole lui doit ses portes de bronze, et il sculpta pour lui-même un sarcophage de grès rouge. — Henri de Rottenburg fut l'architecte de sa cathédrale de Wûrzburg. — Meinwerc de Paderborn, dès le troisième jour de sa prise de possession, fit démolir l'église principale et la reconstruisit en sept ans. — Saint Godehard d'Hildesheim édifia ou consacra plus de trente églises. — Benno, évêque d'Osnabrùck, dont on disait : «Scientia in aedificiis construendis super omnes pollebat, quam non « usu, sed arte didicisse constat »3, fut appelé à Spire, alors que les crues du Rhin compromettaient les travaux de la cathédrale. Il endigua le fleuve et rétablit les constructions détériorées. Durant ses voyages avec l'empereur, il s'accompagnait de dessinateurs et dirigeait ses constructions par correspondance. — Guillaume, abbé de Hirsau, comptait dans sa communauté deux cents ouvriers de tout genre, « in scientia architecture peritissimi »4, et son <( monasterium majus », commencé en 1082, était achevé en neuf
1. « Monach. S. Galli, de Vita Car. M. », i, c. 30. — Il importe de remarquer que Fiorillo (Gesch. d. z. K. in Deutschland, 1.3. 31 ) dénature le texte, de son autorité privée, en faisant venir des ouvriers de l'Italie et de la Grèce, et bien plus encore (eodem, p. 19) en mentionnant « operarios cismarinos ». — Schnaase, i, 490.
2. Sorte d'hospice ouvert aux voyageurs, mais où l'on n'accordait que deux jours à ceux : « qui vel monachico, vel canonico, vel etiam graeco habitu per regiones et régna discurrunt. .. », et que saint Godehard n'aimait pas « ... execrabatur ». — a Vita Godehardi », c. iv, § 26.
3. « Vita Benonis ». — 4. Stengelius, « Laudes Benedicti », August. Vindel., 1647, p. 51.
ans1. — L'église de Lorch, incendiée en 1090, fut rebâtie par des moines. Voilà pour les prélats et les moines artistes du xr siècle; maintenant un coup d'œil à vol d'oiseau sur les œuvres plastiques de l'époque.
Les portes d'Hildesheim 2, la colonne de bronze destinée à l'église Saint- Michel, et dont l'ordonnance rappelle la colonne Trajane, les portes d'Ausbourg (1070), n'ont rien de byzantin, mais tendent au naturalisme. L'église de Ratisbonne possède un sarcophage en pierre, exécuté par ordre de Henri II, mais où le corps de ce prince ne fut pas déposé. L'empereur y est figuré en grandeur naturelle, et le ciseau n'a visé qu'à rendre la réalité. Citons au même titre, dans cette église, le tombeau du comte Warnmund de Wassenburg (1010) ; au dôme de Bamberg, le monument qui représente la mort du pape Clément II (-f- 1047) symbolise les vertus de ce pontife et se réclame de l'école à laquelle s'attache glorieusement le nom même de Bamberg. L'autel dit «crodo altar», au dôme de Gosslar, et la table du tombeau de Rodolphe deSouabe (-f- 1080), dans la cathédrale de Merseburg, se rapprochent plus du byzantin ; mais ces monuments indiquent eux-mêmes la portée et les bornes de cette influence. Le trésor du dôme de Bamberg conservait, comme dons de Henri II (empereur de 1002 à Ï02k), des évangéliaires et des missels, maintenant à la bibliothèque de Munich. M. Forster3 décrit les plaques d'ivoire sculptées qui en décorent les couvertures, et sur quatre une seule accuse l'empreinte byzantine, mais à ce point, qu'elle peut servir à contrôler l'origine des trois autres. C'est que l'art allemand, comme dit le P. Cahier, du moins à la cour des empereurs, conserva près de trois siècles une trace profonde de la grande impulsion donnée par Charlemagne : témoin ces instructives et belles crucifixions reproduites par l'habile crayon du P. Martin et exécutées du ixe au xe siècle par des mains latines.
En fait de diptyques, d'ivoires sculptés, il faut faire la part de ceux qui proviennent réellement d'Orient, tiennent encore de près à l'art antique et se distinguent parle fini du travail, mais peuvent aussi avoir été anciennement élaborés en Italie 4, ensemble de leurs dérivés par imitation 5, et dans lesquels l'art national ne réclame que quelques motifs.
f. Tritheim, « Chron. Hirsaug. Basileae », 1559.