Ceremon. Episcop. Mechliniœ ». Hannicq, 1853, p
tôt en 1162, au plus tard en 1105, pour s'arrêter en 1169 à 1a mort d'Hillin. reprendre en 1190 et se clore vers 1200.
Nous avons décrit le cloître et attribué sa construction ou reconstruction à l'électeur Heinrich von Fistingen (1261-1286). En tout cas, à la seconde moitié du xin* siècle, appuyant notre opinion du texte de la bulle d'indulgence d'Alexandre IV, « clictam ecclesiam et claustrum ejus nimia vetustate consumptum. » M. Schnaase nous objecte que ce texte est empreint de l'exagération ordinaire à pareil document. Le vrai sens reste d'autant plus douteux que le mot « claustrum » peut désigner collectivement les bâtiments capitulaires; d'ailleurs l'archevêque ïhéodoric avait, en 1215, restauré le réfectoire des chanoines, fait qui résulte d'un texte indiqué par M. Schmidt. La bulle aurait peut-être en vue cette salle (la chapelle funéraire des chanoines) aux baies de laquelle apparaît l'ogive, et qui n'a pu être construite qu'après l'achèvement du chevet de l'église Notre-Dame; de sorte que l'emploi du plein cintre, aux jours des galeries, indiquerait les parties du cloître les plus anciennes et celui de l'arc brisé les parties plus récentes.
Le texte indiqué par M. Schmidt nous apprend que l'archevêque Théodoric entendait remettre en vigueur la réfection commune des chanoines, instituée, dit-il, par son prédécesseur Poppo et tombée en désuétude au bout de quelques mois. Mais de la restauration d'un réfectoire, pas un mot. — Nous acceptons celte large acception du mot « claustrum » que revendique, à bon droit, M. Schnaase; seulement, en plein moyen âge, les constructions capitulaires entouraient le cloître des cathédrales et le couronnaient même de leurs étages. Or, c'est précisément ce qui avait lieu à Trêves.
Orientons-nous d'après le plan. La salle qui longe la galerie du nord, à partir de la chapelle mortuaire des vicaires, remonte à la période poppoyenne et comprend huit travées doubles, à voûtes retombant sur des colonnes centrales, portant chapiteau cubique primitif. Remarquez que la dernière colonne à l'ouest était emmuraillée; M. de Wilmowski la dégagea et lui pratiqua une niche en cette même paroi terminale, preuve que la salle raccourcie dans cette direction se prolongeait jadis probablement jusqu'à la façade romaine du dôme. — Traversant un couloir à voûte en berceaux, nous pénétrons dans la salle attenante à la galerie de l'est, reconstruite en même temps que le cloître : les tores piriformes des nervures en font foi. La seconde salle (actuellement cave du vicariat) se réclame de nouveau de l'époque poppoyenne; au lieu de chapiteaux, les colonnes ne portent qu'une tablette, reliée au fût par un congé inférieur. — Le long de la galerie du sud régnait un spacieux réfectoire (démoli en 1806). mesurant trois voûtes supportées par deux rangées de co-
lonnes et communiquant avec le cloître par une porte 1 encore visible du jardin de l'évêché. C'est dans cette direction méridionale que les bâtiments capitulaires pouvaient prendre de l'extension en s'éloignant du cloître ; néanmoins le fait est peu probable, même à la date du xne siècle. En effet, l'édification de Notre-Dame a absorbé des constructions fort anciennes et dont la continuation immédiate, en droite ligne et sur une étendue d'environ 136 pieds, forme aujourd'hui les caves de l'évêché. Le tout comprend trois salles contiguës dont la première échancrée, envahie par un polygone de l'église adjacente, nombre trois piliers centrais; la seconde, une colonne à chapiteau cubique ; la troisième, quatre colonnes sises sur des bases carrées qui pourraient passer pour des piliers. Les chapiteaux corinthisans sont décorés avec recherche par des feuilles à rainures, tronquées ou entablées sous un bandeau orné d'une manière d'étoiles à six feuilles, le haut dé la corbeille facé de deux grandes volutes, plus, en guise de rose, d'une tête humaine imberbe, calottée, figurant au besoin le masque du Pierrot.
Eu égard au xnr siècle, la chapelle Saint-Étienne, bâtie par l'archevêque Jean, conséquemment antérieure à l'année 1212, était située vers l'angle extérieur et sud-ouest de nos galeries « in area interiori archiepiscopalis curiae2 » et ne communiquait originairement qu'avec cet édifice. Le fondateur avait assigné, pour frais de luminaire, les noix provenant « de arboribus in curia episcopali sitis, » de plus le produit « de pomœrio sito ante curiam archiepiscopalem. » La curie ou consistorium s'étendait donc en arrière de l'évêché actuel et devait flanquer de ses constructions et de ses plantis d'arbres les bâtiments adhérents à la galerie méridionale du cloître. D'ailleurs, les rezde-chaussées que nous venons de parcourir supportaient des étages, comme le témoignent les traces d'escalier, et la tradition place le dormitorium audessus de la galerie de l'ouest, veuve de constructions poppoyennes, grâce
1 . M. le chanoine Steininger, qui a connu ce réfectoire, nous communique qu'à l'entrée était déposée une cuve évidemment destinée au baptême par immersion, de forme carrée et dans laquelle on descendait par trois degrés, sans doute l'ancienne cuve du baptistère du dôme.
2. Cette chapelle fut sacrifiée en 1806 à l'agrandissement du jardin épiscopal. Neller dit de ce monument : « Architectura ejus duarum est contignationum, quarum singulis sua eratcapella eodem columnarum et fornicum ordine in naviculo , eodem in chorulo... in média regione stant quatuor columnae marmoreae, politura rudi, nec ultimo nitore donatae, e quibus ad invicem et latera ducti, tendunt fornices. Fenestellae sunt modicae, circum altare très, in navicula supersunt septem de primitivis decem, omnes encaustis imaginibus Cela devient pénible à transcrire. Les peintures murales représentaient, entre autres personnages, les archevêques Alberon, Hillin et Jean le Fondateur. Voyez de Burdecanatu. — Neller, qui vivait au siècle dernier, ne parle pas de communication entre la chapelle inférieure et la chapelle supérieure, mais à l'époque de Jean?...
aux sacristies de la cathédrale et au chevet de Notre-Dame. Cela posé, le fait que nous allons rapporter démontrera que le claustrum, réduit aux localités décrites, devait, dès la seconde moitié du xne siècle, suffire à sa destination.
Si l'on en croit la chronique de Hirsau, écrite par le docte abbé de Sponheim, Tritenheim, que le Hollandais Heg, maître d'Erasme, surnommait : « Magnum Mundi Jubar », les chanoines de Trêves, dès l'épiscopat de Robert (930-956) , auraient fait bon marché de la vie commune. L'assertion, reproduite ultérieurement, est évidemment exagérée, comme l'établit l'abbé Marx dans son Histoire du diocèse de Trêves (en cours de publication), œuvre de patience et d'érudition bénédictines. Toujours est-il qu'au xnc siècle la généralité des chanoines résidait hors du claustrum, néanmoins dans l'enceinte assez vaste du territoire relevant de la juridiction du Dôme.
A peine le chapitre avait-il rendu les derniers honneurs à l'archevêque Arnold, décédé le vin des calendes de juin 1183, que les chanoines s'assemblèrent pour l'élection de son successeur, laquelle, de temps immémorial, avait lieu dans la salle capitulaire. Mais, loin de s'entendre, on en vint à de graves altercations, bref, la séance dut être remise à l'heure de none. Entretemps l'archidiacre Folmar, quittant sa demeure (egreditur) s'en fut avec les siens, c'est-à-dire les coélecteurs de son parti, retrouver les laïques rassemblés en grand nombre au claustrum (quorum tune multitudo maxima in claustrum convenerat). Le duc Henri de Limburg>parla longtemps en faveur de Folmar, et l'assistance conclut à rappeler les électeurs absents et à voter sur l'heure. On leur envoya donc trois députations (primo clerici, — secundo nobiles etliberi, — tertio ministeriales et cives idonei) lesquelles rapportèrent successivement que plusieurs s'étaient éloignés (quosdam longius recessisse), et que les autres, attablés déjà dans le voisinage, demandaient que l'on voulût bien attendre none, ainsi qu'il avait été convenu, afin de procéder en paix et tous ensemble à l'élection. Mais l'on n'en tint compte. Folmar fut incontinent élu, intronisé, acclamé (absentibus illis), et chacun retourna chez soi (ad propria recesserunt). Au coup de none, les retardataires accoururent avec le comte palatin et le comte Werner de Boland, mais il ne leur resta qu'à protester et porter plainte à l'empereur. Nous lisons ultérieurement (1185) que le roi Henri (rex Henricus VI), ayant pénétré à Trêves à la tête de ses troupes, ses soldats (in domos clericorum irruentes) pillèrent les maisons des chanoines fauteurs de Folmar, et démolirent la sienne jusqu'au niveau du sol. D'autres soldats avaient été envoyés « ad violanda summi templi claustra ».