‹ La Cathédrale de Trèves du IVe au XIXe siècleChapitre 3 sur 30 · La Civilisation chrétienne chez les Francs », page · texte numérisé non relu

La Civilisation chrétienne chez les Francs », page

zèle et des vertus apostoliques de ces forts évêques ; au siècle précédent (286), le sol trévirois avait été fécondé par le sang des martyrs *, et maintenant Dieu amenait là ces pierres angulaires destinées à fonder l'inébranlable base de l'universalité chrétienne. Traqué par les ariens, saint Athanase s'abrite deux ans à Trêves. Son âme brûlante rayonne autour d'elle; ses écrits y popularisent la vie monastique. Plus tard, des officiers de la cour de Valentinien, laissant à leur maître les ivresses du cirque, et promenant leurs loisirs dans les jardins d'alentour, entreront dans la cellule d'un cénobite, et quelques lignes de la vie de saint Antoine, par Athanase, suffiront à les gagner à la vie claustrale. Ce simple incident, transmis au delà des monts, portera le trouble dans le sein d'un ami, destiné lui-même à devenir l'une des lumières de l'Église, et hâtera la conversion de saint Augustin.

Au patriarche d'Alexandrie succède, à Trêves, un pontife révéré entre tous. Naguère soldat dalmate, il tirait le glaive, pour trancher dans son manteau la part du pauvre ; maintenant sa main désarmée reste puissante à briser les idoles, à renverser les temples païens, comme à élever les églises et les monastères, préparant ainsi l'école qui ne tardera pas à s'y joindre. L'école même séculière fleurit avant Charlemagne : le docte dom Pitra de Solesmes en constate la présence et l'action civilisatrice au palais mérovingien 2. La charité amène à Trêves saint Martin de Tours (384). Il sollicite de l'usurpateur Maxime la grâce de quelques rebelles, la grâce des priscillianites. Il refuse de communiquer avec ceux qui entendent protéger le dogme par l'effusion du sang-, puis, s'il finit par céder, c'est encore par charité.

Un autre grand chef de l'orthodoxie quitte par deux fois le siège de Milan, pour venir à Trêves, sa ville natale, défendre les intérêts de ses persécuteurs, Valentinien et l'impératrice Justine. Prosterné dans le temple d'Hélène, saint Ambroise se rappelait sans doute avec attendrissement sa chère basilique « Portia », ces chants de la multitude qu'il y avait introduits, persuadé « que c'est un lien puissant d'unité qu'un peuple ne formant qu'un grand chœur » ; ces chants « comparables au concert mélodieux des vagues » et qui mainte fois avaient retenti à l'aurore, après une veillée pleine

1 . Le souffle de la critique janséniste a passé sur la mémoire de ce fait glorieux pour l'église de Trêves ; mais la réhabilitation se prépare par les travaux de M. l'abbé Schmitt , curé de Saint- Paulin. Cette tâche revient de plein droit à M. Schmitt, car c'est dans la crypte de son église que reposent les victimes du préfet Riccius Varus ; ajoutons que de fortes et consciencieuses études le mettent à même de la remplir dignement.

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