‹ La Cathédrale de Trèves du IVe au XIXe siècleChapitre 6 sur 30 · I . Hontheim, « Hist. dipl. », t. I, p · texte numérisé non relu

I . Hontheim, « Hist. dipl. », t. I, p

à la voie publique , et la tranchée, convenablement déblayée , reste pour l'instruction des archéologues dans le « statu quo » des fouilles.

En vue d'utilité pratique, un mot de la sacristie. La salle principale, carrélong , voûte en demi-cylindre, a été garnie d'armoires continues en bois de noyer d'un aspect sévère. Au-dessus , l'on a exécuté une peinture murale, une zone mosaïque , ouvrant , çà et là , des médaillons qui reçurent la représentation des mystères. Des bandes , faisant l'anse de panier, rompent la nudité et l'uniformité de la voûte. En vue de projets ultérieurs , la plus grande activité régnait dans l'atelier des tailleurs de pierre. L'infatigable chanoine employait les hivers à déblayer les combles des bas-côtés, c'est-à-dire à décharger les voûtes du poids exorbitant de l,k&k tombereaux de décombres. Ainsi procédaient, au siècle dernier, ces messieurs de la renaissance : démolir, soit; mais veiller à ne pas compromettre la solidité de l'édifice , et enlever les trophées de leurs exploits , c'eût été trop de peine pour eux.

Durant les dix derniers jours de mars 1851 , les révérends Pères de la congrégation du saint Rédempteur donnèrent une mission à Saint-Pierre de Trêves ; certes on peut le dire , l'affluence des fidèles rappelait l'époque de saint Bernard. 11 nous souvient d'une éloquente voix, tantôt prenant essor comme la flèche ogivale , tantôt faisant planer sur son auditoire une parole toujours digne, soutenue et pénétrante. Elle disait : « Perdre son or, c'est beaucoup perdre; — Perdre l'honneur, c'est perdre plus encore; — Perdre la foi !..., c'est avoir tout perdu. » Puis le soir, à la neuvième heure, après ces journées d'émotions et de terreurs, salutaires préludes du retour à Dieu, s'ébranlait le bourdon « Hélène ». A leur tour les maîtresses cloches de Saint- Mathias, de Saint-Paulin (hors les murs), transmettaient l'appel chrétien aux montagnes, aux vallées, aux ondes fugitives de la Moselle. Alors, c'était convenu, dans les demeures riches ou pauvres, le croyant s'agenouillait et priait pour ses frères.

Au mois de mai suivant , une somme de cinq mille écus , ayant été affectée par le chapitre métropolitain aux travaux de l'année, on ferma la cathédrale.

En un clin d'oeil les échafauds fixes ou volants se dressent , se suspendent ; le badigeon, humecté par des jets continus, se détache de la nervure; le crépi tombe à flocons et Vangélii/ue corps de ballet , délogé du haut dossier des stalles, rend au jour l'élégante arcature à colonnettes de marbre noir, aux chapiteaux sculptés de calcaire ou de grès blanc.

Le plan de M. de Wilmowsky était vaste et ne tendait à rien moins qu'à restituer intégralement l'œuvre du xif siècle. Provisoirement, il était autorisé à ramener à ses dimensions primitives la fénestration du sanctuaire et à pré-

parer la réédification de cette travée de la grande galerie, dont la suppression avait doté l'intérieur du monument d'un transept. L'opportunité de la réduction des baies de l'abside orientale était flagrante; car elle permettait d'en rétablir le gracieux couronnement, la petite galerie. D'ailleurs, impossible de se fourvoyer, car les retombées des bandes emperlées, adhérant encore aux pieds-droits intermédiaires , traçaient l'ancien contour des fermetures; puis un spécimen de la petite galerie subsistait au faîte du noir et funèbre maître-autel.

Les pierres ayant été taillées à l'avance, la besogne marcha rapidement , et, dès la réinstallation de la troisième fenêtre, les visiteurs s'étonnèrent du notable élargissement que semblait avoir subi la totalité du chœur ; preuve que nos pères avaient sagement calculé leurs dimensions.

Le projet de reconstruire au transept la grande galerie trouva d'abord des contradicteurs, surtout à l'étranger. Rien de plus simple. Le transept est une disposition architectonique essentiellement en honneur. Dans les églises germano-romaines, les croisillons, se terminant en hémicycles arrondis ou polygonaux , forment avec le sanctuaire une trilogie absidale du plus heureux effet. Ailleurs, dans le croisillon coupé carrément, s'épanouit une verrière, une rose romane s' entourant de plusieurs baies circulaires ( cathédrale de Laon ) comme une planète s'escorte de satellites; constellation d'autant plus scintillante, qu'elle rayonne en un firmament assombri, le plein de la construction. Mais, à Trêves, le transept d'une largeur démesurée, précisément parce qu'il occupe la grande travée romaine , n'a pour mur terminal qu'un écran massif, d'un nu, d'un plane désespérant, irrémédiable et percé de six baies sans meneaux. Certes, la croisée eût gagné à ne s'éclairer en second ordre, à l'instar de la nef, que par l'intermédiaire de la galerie, laquelle se développait de nouveau, comme au moyen âge, d'un chœur à l'autre. La réduction des fenêtres du sanctuaire avait élargi le chœur. De même , la reconstruction de la galerie distendait le raccourci , en trompe-l'œil , résultant de la lacune actuelle ; elle allongeait la grande nef, et l'ensemble reprenait cet aspect d'un pur roman , qui de prime abord accusait son siècle. Ce n'est pas tout. On pouvait transporter au croisillon de gauche ou de droite, partant aux abords du chœur oriental, le grand orgue qui obstrue le chœur de l'ouest; cet orgue est puissant, mais, vu l'éloignement et malgré la mise en jeu d'une véritable armée de bourdons et de flûtes, il laisse détoner le choral, toutes les fois qu'il l'accompagne. Quoi qu'il en soit, le projet dut être abandonné, M. de Wilmowski, après les fouilles et mûr examen, s' étant convaincu qu'il serait imprudent d'imposer aux murs d'enceinte de l'époque romaine la poussée

d'une voûte1. Cependant, l'opinion s'était modifiée à Trêves, et cette décision fut vivement regrettée.

Le sanctuaire, avons-nous dit, repose sur une crypte à voûte d'arêtes , sans nervures , supportée par des colonnes. Elle couvre la même étendue de terrain que ce sanctuaire même ; aussi la paroi du fond , formée par le mur d'enceinte romain du monument, supporte-t-elle l'enmarchement du sanctuaire 2. C'est donc dans le sol de la crypte que nous avons à rechercher les vestiges de l'abside romaine. Remarquons préalablement qu'au delà du mur susdit, règne une arrière-crypte, se prolongeant jusqu'à l'escalier qui monte de la croisée au chœur. L'abaissement du pavé du chœur , au siècle dernier , dut nécessiter le défoncement des voûtes de l' arrière-crypte, et tout au moins la décapitation des colonnes de support. De toute manière, il fallait étayer le pavé du chœur, et, comme l'on était abondamment pourvu de décombres, nous en savons quelque chose, l'arrière-crypte fut comblée. Soit dit en passant , les deux cryptes de l'est et celle de l'ouest ne nous semblent avoir été construites que dans l'unique but de supporter leur chœur respectif.

En 1848, M. de Wilmowsky, ayant sondé la crypte orientale, retrouva une substruction qui avait pour point de départ la paroi du fond , et faisait vers l'est une saillie de quelques pieds. Il en augurait l'existence d'une abside carrée. Mais, à la reprise des fouilles (1851 ) , l'on reconnut que ledit mur ne se reliait point à l'édifice romain, mais, au contraire, à un entrecroisement de substructions , offrant sur plusieurs points des restes d'hypocaustes et indiquant une suite d'appartements. Ces derniers, comme nous l'avions soupçonné aux abords de l'oratoire d'Hélène, pouvaient avoir servi de demeure au clergé d'Agricius. En résumé, et c'est là le point capital, nulle trace d'abside. Dès lors , on l'a pressenti , la façade orientale reproduisait sans doute l'ordonnance

-1 . M. de Wilmowsky avait fait confectionner des briques « ad hoc » . La terre grasse était mélangée avec de la menue paille et des copeaux de bois, consumés lors de la cuisson. Il en résultait une brique poreuse, à volume égal plus légère que la brique de tuf.

2. Ce mur est percé d'un œil-de-bœuf, naguère bouché, tant bien que mal, par une pierre carrée. Me trouvant dans la crypte avec M. le prévôt de la cathédrale, nous crûmes y remarquer une inscription. La pierre fut enlevée, et M. le prévôt y lut sans peine ce qui suit :

Anno ab incarnatione D. M C XCVI.

Epacla XVIII. Concurrente t. Indictione xm Dedicatum est hoc altare a venerabili dnb Jobanne Trevciorumarcliiepo ponliûcatns Sui anno VII. in honore ste Dei genetricis Semperque virginis Marie et ste Hélène regine.

Contineutur autem in eo relrquise :

De presepio Dïii. lîariholomei apli Cosme et Dami animarlyrum. Zenoniset Zotici roFum. Valentini Prbri. Castoris conf . Gregorii conf. Barbare virginis.

Conser.ralum est octavo Idus V. S. decembris.

L'inscription, en caractères romans, se rapporte donc à l'épiscopat de Jean I (1190-1212), qui retrouva la sainte robe, en achevant l'œuvre de l'archevêque Hillin, comme nous l'avons dit plus haut. Cette inscription concerne sans doute le maitre-autel.

de la façade septentrionale que nous avons étudiée , et devait comprendre deux ordres de cinq fenêtres, les trois centrales plus rapprochées que les deux extrêmes.

En effet , le corps de chacune des tours de l'ouest, là où il s'applique à notre façade orientale , coupe le jour, aveuglé, d'une baie romaine dont nous distinguions et le jambage et la naissante fermeture. Ces deux baies étant dans l'alignement et les proportions voulues , nous y reconnaissons les deux fenêtres extrêmes du premier étage. Quant aux trois centrales, elles se sont perdues dans le vide immense opéré au xne siècle pour réunir le chœur au nouveau sanctuaire. L'inverse a lieu au second ordre. Les baies extrêmes ont disparu par suite de l'enlèvement partiel (xvif siècle) de la grande galerie; mais, à l'intérieur, dans les combles, perpendiculairement à Penmarchement du sanctuaire , on constate le sommet des fermetures des trois baies centrales. Or , concluant du second ordre un premier et réciproquement , nous disons : Les deux façades, septentrionale et méridionale , étaient identiques, et le monument se terminait carrément à l'orient, comme la basilique romaine de Saint- Laurent hors les murs.

Le chœur actuel envahit à moitié la croisée de la cathédrale. Abstraction faite de cet empiétement , la croisée est comprise entre les quatre maîtres piliers, édifiés au xr siècle par l'archevêque Poppo , trois desquels emmuraillent une colonne romaine 1 , tandis que le quatrième, édifié en lieu et place de la colonne romaine écroulée, est de construction pleine. Colonne suppose chapiteau. M. de Wilmowsky ayant pratiqué une ouverture dans le pilier-colonne nord-ouest , nous pûmes contempler à loisir un chapiteau corinthien, en pierre de grès , dite de Saint-Jean , provenant du pays Messin. Les petites feuilles de ce chapiteau sont traitées à l'antique , les grandes ont moins de développement; mais, particularité insolite, au lieu d'une rose, c'est un masque humain % aux traits énergiquement accusés , le front. et la lèvre supérieure ombragés d'un feuillage qui s'étend sur la joue.

Les quatre colonnes romaines projetaient , avons-nous dit , tant entre elles , que vers les murs d'enceinte, des arcs-doubleaux et formerets supportant des murs de refend , percés de baies et simulant galerie. L'on comprendra que

1. Pour éviter les périphrases, nous désignerons dorénavant ces piliers par le nom de « piliercolonne », en tenant compte de leur orientation, eu égard à la façade et au mur d'enceinte latéral, les plus rapprochés. Ainsi l'expression de « pilier-colonne , nord-est » , s'entendra du pilier qui ouvre le chœur du côté de l'évangile; celle de « pilier-plein, sud-ouest », signifiera le pilier poppoyen, remplaçant la colonne romaine écroulée. 11 ouvre la grande nef du côté de l'épître.

2. Le chapiteau a 7 pieds de haut, le masque humain, 3 ; ce dernier a été moulé.

Poppo, en remplaçant la colonne écroulée par un pilier plein , ait eu nécessairement à reconstruire tout ou partie des arcs retombant sur ladite colonne , arcs qu'elle avait dû entraîner dans sa chute. Effectivement, grâce à l'enlèvement du crépi, nous constatons encastré dans le mur latéral, au croisillon sud, un arc-doubleau poppoyen , et au mur latéral opposé, un arc conforme mais romain. Voilà donc les deux mains-d'œuvre du ive et du xie siècle en présence ; ces deux spécimen d'âges si divers nous fournissent l'occasion de comparer les deux appareils et de les caractériser individuellement: — Mais d'où vient que nos deux arcs-doubleaux soient encastrés ? le voici. Au xne siècle , le voûteraient de la cathédrale s'opéra en contre-bas, au-dessous des galeries romaines et poppoyennes. En d'autres termes , perpendiculairement aux arcs-doubleaux existants, on dut en établir de nouveaux, que l'on chargea d'assises successives jusqu'à ce que l'espace compris entre l'extrados de ces derniers et l'intrados de leurs aînés fût rempli. Puis le crépi passa sur le tout.

La dénomination d' « amplecton » revient aux deux appareils romain et poppoyen1. L'un et l'autre (il en résulte un grand espacement dans les joints) font emploi à profusion d'un mortier de chaux , mélangé de gros sable. L'appareil romain , sinon dans toutes les constructions pleines, au moins dans toutes les parties qui exigent un renforcement de solidité (les arcs), y ajoute de la brique concassée que rejette l'appareil poppoyen. Dans nos contrées, de l'absence de la cassure de brique dans le mortier, on ne peut conclure absolument à une construction non latine , témoin les Thermes ; mais sa présence implique rigoureusement la construction romaine.

Les fermetures des baies romaines, fenêtres ou portes, s'amortissent par deux arcs-superposés ; les divers arcs doubleaux , ou for'merets, en comptent trois. En d'autres termes, ces arcs se composent de deux ou trois rangées de claveaux de briques sur champ, superposés. Chaque rangée se couronne d'une chaîne formée par l'assise continue d'une simple brique à plat. Dans les arcs de Poppo, les claveaux de briques, par assises de deux ou trois, sur champ, alternent avec un claveau en pierre degrés, et la chaîne fait défaut. L'épaisseur de cet arc surpassant la longueur des briques 1 et des pierres, on a disposé les matériaux en liaison, et il en résulte cette différence essentielle qu'à diamètre et épaisseur égaux, l'arc poppoyen est simple, tandis que l'arc romain est multiple et se subdivise en sous-arcs superposés. Nos deux termes de comparaison, les arcs-

1. Voir le travail allemand de M. l'architecte Schmidt, déjà cité plusieurs fois. . 2. Les briques employées à la cathédrale ont fréquemment 1 pied i pouces et demi de long et de large, sur une épaisseur de 3 pouces ; — également 1 pied 9 pouces et demi de long et de large sur épaisseur de 1 pouce et demi jusqu'à 2 pouces et demi. etc.

doubleaux du croisillon méridional , confirment en tout point ces distinctions.

L'appareil poppoyen règne exclusivement au front occidental de la cathédrale de Trêves, et se compose de pierres de grès et de calcaire conchylien, la plupart de grande dimension, reliées avec du mortier. Il en est autrement à la «Porta Nigra», aux naissances des voûtes de l' Amphithéâtre et, autant qu'on on peut juger, aux piles du pont de la Moselle: les pierres y étaient originairement agrafées au moyen de crampons métalliques. La surface de nos pierres offre des trous perforés, que l'on ne constate dans aucun monument de la contrée, alors qu'on y fait emploi de mortier. On rencontre, en outre, des assises de briques, des fragments de briques, ou de simples briques employées isolément, dont la dureté, sans parler de signes ou lettres, indique assez l'origine. Ces briques et ces pierres perforées, c'est-à-dire portant l'empreinte de la morsure des crampons, proviennent de la démolition de monuments romains antérieurs. Quant aux arcs, ils offrent l'alternance de claveaux de grès de couleur diverse. Le claveau de grès est donc l'un des traits distinctifs de l'appareil du xic siècle. On objectera qu'aux Thermes on le trouve employé simultanément avec le claveau de brique. Il y a cette différence qu'aux Thermes, à l'inverse de l'arc poppoyen, le claveau de grès ne remplit pas l'épaisseur de l'arc, et, qu'à l'instar de l'arc romain de la cathédrale, l'arc des Thermes est multiple et compte plusieurs rangées de claveaux superposés et subdivisés par une chaîne.

L'appareil romain des murs d'enceinte est conforme à celui des autres édifices romains de Trêves. On n'y rencontre ni pierres perforées, ni fragments de briques; non que les Romains aient rejeté l'emploi de matériaux provenant de démolitions, mais cela n'eut lieu qu'à une époque relativement récente.

Passons à l'étude de la façade romaine, à l'orient Plaçons-nous dans son alignement, à la limite romaine du bas-côté septentrional, c'est-à-dire sous l'arcade qui relie actuellement le pilier de la chaire au pilastre engagé dans le mur d'enceinte nord. Mettons à nu, par l'enlèvement du crépi, la partie du pilier et du pilastre formant les jambages de l'arcade; nous y découvrons les deux retombées d'un arc romain, à triple rangée de claveaux de briques superposées. Ce qui nous reste d'intrados offre une surface tellement lisse, si peu égrenée, qu'il faut en conclure que l'arc n'était pas figuré, c'est-à-dire encastré dans la construction, mais bien et dûment évidé. En un mot, il

4. Nos lecteurs voudront bien s'aider du plan que notre ami le directeur des « Annales » a eu l'extrême obligeance de faire réduire et graver, d'après celui de M. Schmidt. — M. Gailhabaud a publié, dans son bel ouvrage sur les monuments anciens, un plan de la cathédrale, que nous regrettons infiniment de trouver inexact, eu égard à la délimitation de la construction romaine. Une seconde planche donnant la coupe longitudinale a également le tort d'aveugler le mur d'enceinte, formant la paroi de la grande galerie.

s'agit d'une arcade à jour, donnant entrée au bas-côté nord. Dans le cas contraire, en" défonçant le seuil de l'arcade actuelle, perpendiculairement à son intrados, nous retrouverons les vestiges de la construction qui en formait le plein ou tout au moins la fondation. Ainsi raisonnait M. de Wilmowsky; incontinent pics et leviers entamèrent le pavé. Acte solennel, inaugurant les fouilles à l'intérieur de l'édifice, interrogeant le secret des siècles et de la tombe. Sous ces dalles glacées reposent vingt-quatre archevêques de Trêves. Vingt-quatre, nombre symbolique! Eux aussi, comme les vieillards de l'Apocalypse, environnent le trône de l'Agneau.

Le dallage enlevé, ainsi qu'une couche de sable, on heurte, à la profondeur d'un demi-pied , un premier ciment. C'est celui du xvii' siècle ; celui de ta restauration, disons mieux, de la dévastation Franz-Louis. Suivra le ciment du xic siècle, le poppoyen ; on le trouve à un pied et demi plus bas. Maintenant quatre pieds et demi doivent nous séparer du ciment romain. Point : le troisième ciment se rencontre à deux pieds et demi ; on le rompt à grand' peine1, .et, après une nouvelle excavation de deux pieds, on atteint un quatrième ciment, incontestablement le vrai romain. Mais alors à quelle époque rapporter le ciment inattendu, le troisième? Serait-ce à cette restauration du vf siècle que l'on n'a pu, jusqu'à présent, distinguer de l'œuvre du quatrième? Serait-ce le ciment franco-romain 2 de Nicetius? Nous verrons bien. Pour le moment, contentons-nous de constater que le déblai ne révèle aucune substruction. Par conséquent, notre arcade à jour (28 pieds de haut sur 23 de large) formait rentrée du bas-côté romain septentrional. Dans le mur qui surplombe l'arcade actuelle observons, inscrite en premier ordre, une arcade plus étroite (25 pieds sur 20), à doubles claveaux de briques; elle-même surmontée d'une troisième arcade (23 pieds sur 18) qui gagne le comble. Ces deux arcades étaient également à jour, car l'appareil de la construction qui les remplit n'est ni romain ni poppoyen; partant il ne saurait remonter qu'au XIIe siècle.

En déchaussant le mur d'enceinte poppoyen nord à son point de jonction avec l'arcade susdite, il se trouva que l'appareil romain enjambait sur le poppoyen par une saillie de 3 pieds 9 pouces. Ce pouvait être l'indice d'un portique. M. de Wilmowsky fit donc pratiquer une tranchée, à partir du pilier de la chaire, marchant à l'ouest, vers le pilier qui ouvre le chœur Saint-

1. Tous ces ciments sont excessivement durs, chaque restauration ayant utilisé les décombres à sa disposition.

2. Nous disons « franco-romain » parce que le travail de Nicclius fjt exécuté dans la manière romaine par des ouvriers venus de l'Italie.

Nicolas. Une forte substruction de 8 pieds de large sembla confirmer d'abord l'hypothèse d'un portique. A mesure qu'elle se prolongeait , le portique promettait un atrium. En fin de compte, la substruction rejoignant le pilier poppoyen, vers lequel on cheminait, en faisant même partie intégrante, ce n'était après tout qu'un mur de reliement. En effet, la suite des fouilles a démontré que tous les piliers poppoyens sont transversalement et longitudinalement reliés de la même manière; ce qui n'a pas lieu pour les colonnes romaines construites sur fondation en croix, disposition utilisée par Poppo dans l'érection des piliers-colonnes. Quant à l'empiétement en question , cette saillie, pourvue d'un ressaut et de deux redans1, servait de support à un pilastre de renforcement appliqué à la façade, fait d'autant moins douteux que les vestiges du chapiteau apparaissent dans les combles. Cette mesure de solidité se reproduit à l'angle opposé de la façade et aux entre-deux des nefs.

L'investigation opérée à l'arcade d'entrée du bas-côté romain méridional , ayant amené rigoureusement les mêmes résultats, autorise les mêmes déductions. Reste donc à explorer l'entrée principale, celle de la nef centrale.

Nous avons ici l'indication d'une arcade de grand développement, et l'ouverture du seuil nous offre une construction courant d'un jambage à l'autre. Mais ce mur, bâti de tous matériaux sans fondation, ne dépasse pas le ciment romain. Notons-le dès à "présent : la grande nef est sillonnée de murs analogues, transversaux ou longitudinaux, destinés, ce semble, à maintenir le terrain et h supporter le pavé du monument. Attendu la gravité de l'enquête , M. de Wilmowsky ne s'arrêta pas au ciment romain, passa outre et pénétra jusqu'à une profondeur totale de \li pieds, sans rien rencontrer. Conclusion : l'arcade intermédiaire, évidée ou à jour, comme les latérales, formait la grande entrée et se couronnait vraisemblablement des trois baies centrales reconnue? à chaque face du monument. Pour compléter cette restitution , il faut encore flanquer la façade de deux tours carrées, logeant un escalier. Les embasements subsistent , sont identiques à celui de la tour de la grande basilique (vulgairement appelée « Palais de Constantin »), ce qui comporte assimilation.

L'hypothèse d'un «atrium» se présente sans doute d'elle-même à nos lecteurs. Nous la réservons. — Le pénible travail des fouilles s'achève , le sol de la cathédrale est entrouvert de toute part, « vox de lapide clamât». C'est l'heure de l'initiation.

Replaçons-nous face à l'orient, sous l'arcade d'entrée du bas-côté romain septentrional ; une émouvante toile va se dérouler à nos regards. C'est d'abord,

1. Nous rappelons que le plan de M. Schmiut a été publié en 1839; la saillie n'y est donc pas

ligurée.

immobile à nos pieds, un énorme bloc de granit que la flamme, on ne le voit que trop, a léché de ses langues ardentes. A ce premier tronçon d'un fût de colonne, en succède un second, un troisième, d'autres encore, alignés ou peu distants et dont le dernier aboutit à la base du pilier-colonne qui se dresse au nord-ouest. Au côté opposé de la même base se montre un vaste chapiteau corinthien de marbre blanc.

Maintenant, le troisième ciment cesse d'être une énigme. La colonne de calcaire emmuraillée par Poppo ne date que de la restauration de Nicetius, au vf siècle; elle a succédé à la splendide colonne de granit élevée sous Constantin. Le monolithe gigantesque, long- de kO pieds, défiait l'action du temps, mais il céda sous l'effort des Barbares. Le chapiteau tomba au pied de l'embasement , et la colonne , se renversant obliquement en arrière , dut se rompre en mesurant le sol r. Mais les trois autres? Tombées à leur poste. La seconde gît entre le pilier-colonne du nord-est et le mur d'enceinte ; les fragments épars de la troisième embarrassent le croisillon sud. La quatrième, enfin, exhumée au xviie siècle, contrainte de céder sa tombe à la dépouille d'un archevêque, fut déposée, en majeure partie, devant le portail de la cathédrale. Néanmoins un tronçon fendu à plein diamètre, décrivant une courbe prolongée, était venu s'abattre au milieu de la grande nef, dans un brasier incandescent, soudain étouffé; il est devenu ce que nous le voyons, un amas de charbons noirâtres.

Notons-le : entre le ciment romain et le ciment franc s'étend un lit compacte de matières carbonisées, scoriacées, et parfois vitrifiées; un affreux pêle-mêle de débris granitiques , dont quelques-uns friables à la pression du doigt ; des agglomérats méconnaissables que la fusion des parties métalliques a constellés de brillantes paillettes. Là, un segment d'arc à claveaux de briques, un enroulement tronqué; ailleurs, des acanthes déchiquetées, des feuilles de vigne, de menus spécimens d'ornementation sans nombre. Enfin, disséminés sur tous les points, des marbres précieux , les porphyres verts et rouges, les carrares , les brèche d'Orient, les cypolins de Gênes. Tout cela échancré, brisé, fendu par éclat. Navrant coup d'oeil! champ de désolation, où l'œil n'a pour jalons de repos que des sarcophages d'un gris terne, assombris par les siècles, muets dépositaires d'illustres cendres. Et que leur importe la douce lumière? Ce réveil inattendu n'est pas celui du dernier jour.

1. L'inspection des tronçons, à l'endroit de la rupture, fait reconnaître un fût monolithe. Ce granit provient de l'Odenvalde, près Darmstadt. C'est là que gît, depuis le temps des Romains, une colonne inachevée, connue sous le nom de colonne géante (riesen-saule). Elle mesure trente pieds. La nôtre, sur 4 pieds de diamètre, a 40 pieds de long, 45 avec le chapiteau.

Eh bien ! ces marbres amenés à tant de frais d'au delà des monts et des mers, la preuve en est acquise, servaient de revêtement aux ordres inférieurs; au-dessus, la mosaïque assemblait ses quadrilatères au semblant d'or, d'azur, d'hyacinthe et d'émeraude. Certes, c'est bien Hélène qui pourrait s'écrier : « Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison ! »

Entre le ciment franc et le ciment poppoyen , on retrouve encore des traces d'incendie : legs des Normands. Mais durant ce fatal Y siècle, voué à une quadruple dévastation, à quels envahisseurs faire l'atroce honneur de cet ossuaire monumental? Vraiment il y a là mieux que l'instinct destructeur des Huns et des Vandales. Maintefois avons-nous médité sur cette heure suprême : il a fallu procéder avec méthode ; il a fallu saper ces fortes colonnes ; amasser en bûcher les matières combustibles, en s'aidant peut-être des vêtements sacerdotaux, des voiles et tentures du sanctuaire; puis, la torche appliquée, se retirer sous peine de la mort.

C'est en dehors, à rangs pressés, que la horde attendait palpitante. Soudain le sol tremble ; la basilique , comme si la foudre se fût déchaînée dans ses entrailles, éprouve des secousses à se fendre de part en part : c'était, coup sur coup, la chute des titans granitiques. La framée retentissait sur l'orbe du bouclier, les Francs poussaient leurs formidables cris de guerre. Deux rois de leur race avaient péri , ignominieusement lacérés par les lions et les panthères de l'amphithéâtre : les Francs se vengeaient de Constantin.

L'œuvre romano-franque du vic siècle se distingue donc , à la cathédrale de Trêves, de l'œuvre romaine. Nicetius remplaça les colonnes de granit par des colonnes de calcaire. Un autre « critérium » nous est fourni par la chaîne de briques interposée, dans les arcs multiples , entre les rangées de claveaux de briques et leur servant de couronnement. En effet , dans le bas-côté romain nord, tel segment d'arc-doublcau, faisant retombée au mur d'enceinte, possède la chaîne, tandis que le segment opposé, retombant vers la grande nef, sur les colonnes, en est dépourvu. Cet arc a donc été à moitié refait par les ouvriers italiens de Nicetius, lesquels adoptèrent le faire romain, moins la chaîne. Passons au croisillon nord.

C'est ici que l'on retrouve un spécimen des revêtements de marbre. Ainsi les jambages de la porte d'entrée romaine sont revêtus de marbre blanc. Les murs adjacents offrent un soubassement continu en marbre bleuâtre, dont le ton devait s'harmoniser avec les colonnes de granit. La porte susdite était pourvue d'une sorte de portique intérieur, à en juger par les embasements de colonnettes, destinés, ce semble, à en supporter le fronton.

La fouille pratiquée à la croisée actuelle commande notre attention. Le

ciment romain y fut rencontré à la profondeur de deux pieds et demi. Il s'ensuit que tout l'espace compris entre les quatre colonnes de granit surhaussait de quatre pieds le sol romain des nefs adjacentes. On y montait, effectivement, des bas-côtés (croisillons actuels) et de la grande nef par un emmarchement de cinq degrés, en pierre de lave et de construction romaine, courant d'une colonne à l'autre. A l'orient, l' arrière-crypte (comblée) s'opposait à toute exploration. Il n'en reste pas moins vraisemblable que cette élévation formait le chœur, ensemble le sanctuaire de la basilique, et se prolongeait jusqu'au mur d'enceinte de l'est. Nous réservant de motiver plus loin l'absence de l'abside, c'est à cette clôture que nous adossons le trône de l'évêque («thronus», « cathe- «dra») et les sièges des prêtres, recouverts d'une draperie («linteatae sedes»). Notre élévation à la croisée offrait les vestiges d'un carrelage mosaïque (« lithostroton») 1 en marbre noir, marbre blanc et porphyre vert, assemblés en compartiments et disposés en étoiles et autres dessins. A partir du centre, et occupant le tiers de la largeur, se développait vers l'est un hémicycle étagé de petits piliers à l'intérieur de la circonférence. Nous y voyons, avec M. de Wilmowsky, plutôt le siège de l'empereur que l'ambon. L'on sait, en effet, que Théodose, reçu dans le sanctuaire par le patriache de Gonstantinople 2, en fut éconduit, à Milan, par saint Ambroise. Le saint évêque régla que l'empereur siégerait en dehors du sanctuaire, près de la balustrade, distingué désormais des autres laïques, mais non assimilé aux lévites. L'autel occupait une place intermédiaire entre l'empereur et l'évêque. Signalons plusieurs tronçons carrés mesurant, réunis, environ cinq pieds; ils sont imagés de feuilles de roseaux et d'oiseaux becquetant des grappes de raisin. Ce fût incomplet semblerait l'un des supports du « ciborium ». Les travées à droite et à gauche du sanctuaire, emplacement des « pastophoria », ne nous suggèrent d'autre observation que leur exhaussement au niveau du chœur et la présence de piliers d'hypocaustes.

On peut croire que M. de Wilmowsky se multipliait pour surveiller en personne une exploration si féconde en résultats. Il suffira de dire que le tout a été relevé de sa main. Pas une excavation, pas une substruction, pas un fragment instructif dont il n'ait fait le dessin géométrique et perspectif. M. de Wilmowsky doit à l'archéologie la publication de ces pièces de conviction ; nous

1 . On a découvert à la grande basilique un « lithostroton » analogue. Ce monument est en reconstruction, aux frais de S. M. le roi de Prusse, sous la direction de M. le lieutenant-colonel du génie Schnitzler et de son fds, lieutenant dans la même arme. Nous nous réservons de parler de ce monument après l'achèvement de sa rénovation.

2. NlCÉPIIORE, H. E., XII, 41. — TllÉODORET, H. E., V, 17. — Sozomène, VII, 24.

avons bon espoir qu'il s'y décidera. En attendant, tout le butin monumental a été recueilli, classé à destination d'un musée chrétien. Quant aux énormes blocs de granit. M. de Wilmowsky a eu l'heureuse idée d'élever dans le préau du cloître une sorte de tumulus où ces tronçons sont fichés en manière de dolmen. Le spécimen le plus remarquable de la collection est un bloc oolithe à doubles bas-reliefs. On y voit douze figures d'hommes en toge, l'un tenant un rouleau ouvert, l'autre semblant y lire, une femme la tête surmontée d'un voilé retombant, les cheveux enroulés et couronnés, ce semble, d'un rang de perles : on serait tenté d'y soupçonner Hélène et l'acte de sa donation. Malheureusement le profil du visage est complètement mutilé.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas mis en doute que notre monument romain ne fût réellement la métropole consacrée par Agricius , et telle est l'opinion de nos vieux auteurs. Mais, tout récemment, un docte professeur émérite du gymnase de Trêves, croyant retrouver dans la place adhérente à la cathédrale un second «forum» , et se fondant sur le texte d'Eumène, qui désigne le «siège «de la justice1 » , conclut que l'édifice servait de curie 2 et n'aurait été transformé en église qu'au vr siècle. Nous l'avouons, le faste de l'édilité tréviroise nous surprend. Saint Jérôme ne parle pas de curie, que nous sachions; mais, tout en conseillant à Démétriade les œuvres de charité, il ne désapprouve pas, dit-il , que l'on emploie ses richesses à élever des églises. « Alii sedificent eccle- «sias, vestiant parietes marmorum crustis, columnarum moles advehent3... » Texte curieux et instructif, qui ne décrit pas mal notre basilique. Mais, dans l'hypothèse de la curie, que devient l'assertion d'Hincmar : « Domus ejus (He- «lense) facta ecclesise pars maxima»? M. le professeur Schneemann ne la discute pas, ne l'infirme pas; est-ce à dire que, venant du moyen âge, le texte ne vaut pas examen? Hélas, nous connaissons, soit dit sans faire allusion à M. Schneemann , des antiquaires gréco-germains de cette force-là. Hincmar, qu'il faudrait infirmer ici, «à priori» , reste notre point de départ; c'est l'écu suspendu dans la lice et qu'il faut toucher si l'on veut croiser avec nous une lance courtoise.

1. Texte que nous ritonset étudions ci-aprè*. — L'opuscule de M. Schneemann est un inventaire raisonné de toutes les découvertes faites à Trêves jusqu'à ce jour, eu égard à l'ère romaine; travail utile et intéressant. Voyez « Das raemische Trier und die umgegend, etc ». Linz, 1852.

2. Il est déjà question de la curie tréviroise dans Flavius Vopiscus : « Senatus amplissimus curiœ Trevirorum » . On se rappelle que les « praefecti juridici » étaient choisis parmi les décurions, et connaissaient des affaires civiles en première instance.

3. Et il ajoute : « Earum deaurant capita pretiosum ornamenlum non sustinentia, ebore argentove valvas et gemmis aurata uislinguunt altaria ». Edit. Canisius, p. 240. — Comparez, id. « Ad Calantium », p. 270 : « Auro templa fulgentia, gemmis altaria distincta ».

Le célèbre archevêque de Reims fit écrire la vie d'Hélène par Alemann1, bénédictin d'Hautvillers (près d'Épernay), évidemment à l'occasion du pieux larcin du moine Théogise, lequel déroba à Rome le corps de la sainte impératrice , au profit de son monastère. Cette translation , longuement discutée et acceptée par les Bollandistes, eut un grand retentissement; elle trouva Charles le Chauve incrédule, ce qui délermina Hincmar à convoquer un synode. Alemann, vanté par Tritenheim , cité avec complaisance par Mabillon, nous a donné une homélie; mais, eu égard à la métropole de Trêves, sa description circonstanciée 2 indique un homme qui parle «de visu». Hincmar, d'ailleurs, était à même d'apprécier la tradition et de s'informer h bonne source.

Écartant prudemment l'épineuse question de la primauté tréviroise, établie par saint Sylvestre, et à laquelle Reims ne se serait soustraite que grâce à l'extension de la royauté franque, nous affirmerons, en toute sûreté, que les deux églises étaient en rapports fréquents et intimes, et se traitaient de « sœurs ». Hincmar, en effet, ayant à se justifier d'une fonction hiérarchique, exercée hors de sa province, à la vérité durant la vacance du siège trévirois, se défend d'avoir contrevenu aux saints canons. « Quoniam remensis et treverensis eccle- « siœ in hac regione belgicà, cùm sibi commissis ecclesiis, sokores et compro- « vinciales habentur, sicut auctoritas ecclesiastica et antiquissima demonstrat « consuetudo 3 ». 11 y a plus. L'on était convenu qu'entre les deux évêques de Reims et de Trêves la préséance se réglerait sur l'ancienneté de l'ordination, et cette règle fut observée au sacre du roi de France, en présence d'Hincmar /». Il doit s'agir ici du couronnement de Louis II, dit le Bègue. ACompiègne (877), Hincmar, prélat consécrateur, dut avoir le pas sur toute l'assemblée; mais, la cérémonie ayant été renouvelée à Troyes (878) par le pape Jean III, nos deux évêques faisaient simplement partie de l'assistance. Hincmar eut donc l'occasion de s'enquérir auprès de son confrère de Trêves, Bertholf (870-88&), d'Hélène et de son monument.

S'il est une mémoire que la reconnaissance devait léguer à la postérité, c'est

1 . « Ancloro Alcmanno, cenobita Altivillarensi. Imperante apostolico doinno Hincmaro. remensis urbis episnopo, volui breviter culli j;ere quantum ad nostram notitiam potuït pervenire ». — « Acla sanrtorum, » die augusti xvm, p. 580.

2. Nous avons donné ce texte à propos de l'oratoire d'Hélène; les fouilles démonlrent qu'il s'applique à l'ensemble du monument. Quant à cet appartement, à cet oratoire, il faut renoncer à préciser sa destination.

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