‹ La Cathédrale de Trèves du IVe au XIXe siècleChapitre 8 sur 30 · Sa demeure fut consacrée par le pape Marcel · texte numérisé non relu

Sa demeure fut consacrée par le pape Marcel

9. « Fecitque domum Hilarige ecclesiam ». — Voyez « Conversio et passio SS. martyr. Afra>, Hilariae, etc. ». Venetiis, apud Aldum, fol. 9, p. 1. Comp. Valseri conm., fol. 35, p. 2.

10. Saint-Géréon de Cologne, Saint-Cas?ius et Florentius (aujourd'hui la cathédrale) de Bonn, Saint-Jules de Gelb (près d'Herdingen), Saint-Victor de Xanten. Quelle que soit l'époque de l'édift-

fait, une fondation, et quelle cité avait plus de droit à une telle faveur, que la Rome d'en-deça les Alpes, la résidence de la grande impératrice?

A quelle date rapporter la donation du palais, ensemble la consécration de Saint-Pierre de Trêves? Accepterons-nous purement et simplement la donnée des « Gesta Treverorum », qui fixe la consécration à Tannée 328? Non sans doute. En principe, gardons-nous de conclure de ce fait que le monument fut achevé, car l'allusion de saint Athanase, « dura templa œdificarentur », peut trouver ici son application ', et l'on sait dans quelles erreurs sont tombés messieurs les archéologues paléographes en concluant, de la consécration, à un achèvement intégral , à un monument coulé d'un seul jet. « Consecravit » , cela peut s'entendre simplement d'un acte solennel par lequel Agricius plaçait sous le patronage du prince des apôtres le monument en cours d'exécution ou, si l'on veut, de transformation. Pour arriver à fixer d'une manière approximative et plausible les dates en question , il faut agrandir notre champ d'observation; il faut, déduction faite des édifices païens, nous rendre compte de la condition monumentale de l'empire romain à l'avènement de Constantin.

Dès le ine siècle, l'Afrique était couverte d'églises: la querelle des donatistes en fait foi. L'Orient de même, au dire d'Eusèbe. Rome, enfin, qui avait vu Alexandre Sévère approuver l'occupation de la « taberna meritoria» par les chrétiens, comptait, selon Optatus, lorsque la persécution de Dioclétien (303) vint faire table rase au delà de quarante basiliques : «Quadraginta et quod excurrit basilicas». Ciampini 2, d'après Raronius, maintient, il est vrai, que

c;ilion première de Saint-Géréon, toujours est-il que le monument était célèbre ;n \T siècle. Grégoire de Tours dit (« de Glor. Mart. ») : « Et quia admirabili opero ex musivo quodammodo deaurala resplendet, Sanctos auueos ipsam basilicam incolae vocilare voluerunt ». — Une colonne de granit rose, provenant de cet édifice, élait encastrée dans le mur, à l'entrée de l'église actuelle; lors de l'occupation, elle fut enlevée par les Français, ou pour mieux dire brisée. Selon la tradition, Charlemagne aurait transporté les autres colonnes à Aix-la-Chapelle. — Nous signalons, dans l'intérêt delà science, un article très-important de M. de Quasf, conservateur des monuments en Prusse, « sur la chronologie des monuments de Cologne » (en allem. , dans les « Jahrbiicher des Vereins von allerthumsfreuden im Rheinlande », X). M. de Quast y démontre, eu égard à Saint- Géréon, que la part de construelien, naguère affectée à la fin du Xe siècle, revient au xie; et que celle du xie, c'est-à-dire l'édification de l'abside et des tours, revient au xuc (1 1 21-1 loC). Cet article est un véritable service rendu à l'archéologie. Il confirme ce que l'œ 1 exercé pou\ait augurer, mais ce dont il restait à trouver la preuve.

•1 . Il faut observer ici que la tradition attribue à sainte Hélène la fcnc'alicn d'une église Saintc- Croix sur une eclline qui porte encore ce ncm de nos jours, et qui se ticuvait comprise dans l'enceinte romaine de Trêves.

2. Ciampini peuple d'églises les trois premiers siècles de notre ère; il cilc en preuve des textes dont bon nombre militent contre lui, et parlent au sens figuré. Son erreur est de ne pas comprendre que le mot ecci.esia s'entendait le plus souvent, non du monument, mais de la communauté chrétienne. Avant Constantin l'on disait, en Orient, « Kyriaka »; en Afrique, « Basilica^»

4i LA CATHÉDRALE DE TREVES.

l'assertion d'Optatus se rapporte au temps du pape Corneille (251). S'il en est ainsi, les basiliques furent décimées par les persécutions de Gallus et de Valérien ; Dioclétien leur porta le dernier coup. Eusèbc est formel : « Haec omnia nostris temporibus compléta sunt. Tune cum œdes sacras solo sequari ac funditus subverti oculis nostris videmus » . Dans les Gaules, Constance Chlore chercha à éluder l'édit, et pour la forme fit abattre non pas des basiliques . mais les édifices où les chrétiens s'assemblaient, « conventicula » ; il réserva . comme dit Lactance, le vrai temple de Dieu, érigé dans le cœur des hommes '. A l'avènement de Constantin, que restait-il debout? Peut-être les quelques monuments sauvés par un changement de destination, c'est-à-dire livrés aux païens.

Le règne de ce grand prince est donc, au point de vue de l'architecture chrétienne, une renaissance, et Trêves en est le berceau; c'est ce qu'un exposé rapide suffit à démontrer. *

Galère retenait Constantin à sa cour flNicomédie) et, sous prétexte de gloire à acquérir, l'exposait aux plus grands périls. Les impérieuses instances de Constance Chlore arrachèrent enfin au tyran l'autorisation du départ. Constantin, connaissant la férocité cauteleuse de cette hyène couronnée, devança l'heure et, faisant couper les jarrets à tous les chevaux de poste qu'il laissait en arrière, rendit toute poursuite impossible. En vain Galère furieux expédie à Sévère l'ordre de le saisir; le césar fugitif traverse l'illyrie à toute bride, franchit les Alpes et rejoint Constance à Boulogne, au moment où la flotté appareillait pour la Grande-Bretagne3! Les Pietés furent complètement défaits, mais ces lauriers à peine cueillis, il fallut les déposer sur la tombe d'un chef et d'un père. Le 25 juillet 30G Constance expirait.

L'enthousiasme des soldats proclame Constantin Auguste ; on le revêt de la pourpre malgré lui , au moment ou baigné de larmes filiales il sortait de la tente mortuaire. Galère, qui brûlait les chrétiens à petit feu, en attendant qu'il promenât la flamme de Borne en Pannonie, n'osant refuser son consente-

en Occident, « Dominica ». Constantin emplo:e la synonymie : « Basilicas Dominicas». Salvien écrit : « Domus Dominica ». Quant au mot allemand Dom , appliqué aux cathédrales rhénanes, M. le professeur Diez de Bonn nous mandait: « Dom vient certainement du latin Domus Df.i , gothique « Gud Hus » (Goltes Haus) ; il ne saurait dériver du grec &ô)u.a, car l'italien « Duomo » requiert un o bref, tandis que dans le grec $5tu.x, il est long et double ». \ . Lib. 8, cap. 2.

2. « Constantius, ne dissentire a majorum (Augustorum) praceptis videretur, conventicula, id est parietes, qui restitui poterant, dirui passus est; verum autem Dei templum , quod est in hominibus, incolume servavit. » — Lactantius, « de mortibus persecutorum ». Cap. 15. — C. 16.

3. Nous nous appuyons ici sur Lebeau , édition Saint-Mai lin , et nous puisons aux sources trop nombreuses à énumérer.

ment, rabaissa le nouvel Auguste au rang de deuxième César. C'est néanmoins de cette année ( 306) que datent la puissance tribunitienne de Constantin . l'édit de tolérance et ses premières victoires sur les Francs et les Bructôres , célébrées à Trêves par les jeux framiques. Sachant à quelle race indomptable il avait affaire, le vainqueur s'occupa activement de constructions stratégiques, ravitailla les forts du Rhin, érigea un pont à Cologne; en môme temps il relevait les ruines de l'Augusta, saccagée au siècle précédent (253) par les Allemands, l'agrandissait, fondait en un mot cette somptuosité monumentale qui sied h la résidence d'un empereur.

En 307 Constantin célèbre à Trêves son union avec Fausta. L'année suivante, il accueille dans son palais ce Maximien Hercule, expulsé d'Italie, et qui vient tramer la perte de son gendre. En effet, la construction du pont de Cologne inquiétait les hordes franques; elles prennent les armes; mutinerie, selon Maximien, facile à ré !uirc. Son gendre l'écoute et s'éloigne avec peu de monde. Aussitôt le perfide vieillard reprend la pourpre, s'empare des trésors, prodigue les largesses, cherche à ébranler la fidélité des légions et se dirige à petites journées vers Arles. Mais, bien qu'engagé dans le territoire ennemi, Constantin se porte avec une merveilleuse célérité du Rhin à la Saône, et gagne Marseille, qui se hâte de lui livrer le traître. Maximien accepta la vie, mais pour aiguiser un poignard et préparer ce drame hideux , dont la victime fut un eunuque, substitué dans la couche impériale, et le dénouement (avril 310), un Auguste déchu, surpris dans l'infamie de l'assassinat et s' étranglant de ses propres mains.

L'éloigncment de Constantin, on devait s'y attendre, encourage les Francs; son approche les désarme, et le prince, à cette nouvelle, offre un sacrifice, notons le fait, dans un temple d'Apollon. Le retour à Trêves est marqué par une solennité, une sorte de dédicace de la cité renouvelée et embellie. Le panégyrique prononcé par Eumène, en cette circonstance, est des plus explicites : il proclame hautement la renaissance ( « resurgentem » ) de l'heureuse cité. « Je vois, poursuit Eumène, le grand cirque, émule, je le crois, de celui de Rome; je vois les basiliques, le Forum, œuvres royales, et le siège de la justice s'élever à une telle hauteur, qu'ils promettent de devenir dignes des cieux et d'en approcher» r. Autant de créations qu'Eumène ne cite, à coup

1. « Video hanc fortunatissimam civitatem, cujus natalis dies tua pietate celebratur ; ita cunctis mœnibus resurgentem , ut se quodammodo gaudeat olim corruisse, auctior tuis facta beneficiis. Video circum maximum, aemulum, credo, romano. Video basiliras et forum, opéra regia, sedemque j'usliLice in tan tain altitudinem suscitari, ut se sideribus et cœlo digna et vicina promittant. Qu?e certe omnia sunt prsescntiae tuœ muncra. Quaecumque enim loca frequentissime tuum nomen

sûr, que parce qu'elles sont du fait de Constantin; autant de monuments en cours d'exécution; car ils ne sont pas encore voisins des cieux, ils promettent seulement (« promittant») de le devenir. Or, que se passait-il dans le reste du vaste empire? Répétons le mot de Lactance : « Vexabatur uni versa terra, prœter Gai lias, ab oriente usque ad occasum. » Galère, que le ver du tombeau ronge vivant, allait suspendre (avril 311) la persécution inaugurée (303) par l'incendie de l'église de Nicomédie, en vue du palais de Dioctétien. Mais la joie des chrétiens faisait le supplice de Maximin ; six mois après, jamais l'Orient n'avait compté plus de bourreaux et plus de martyrs. Dieu les vengea par la famine et la peste. Mais la vengeance n'appartient qu'au Seigneur; quant aux chrétiens , ils nourrissaient leurs persécuteurs , soulageaient leur agonie, et, gémissant de ne pouvoir gagner l'âme au ciel, rendaient le corps à la terre. En Occident, Maxence désolait successivement l'Afrique et l'Italie, livrait Rome à ses soldats, pillait et rançonnait jusqu'aux temples de ses dieux, et réduisait les premiers du sénat à gémir de la beauté de leurs femmes ou de leurs filles : une Sopronie imitait Lucrèce, mais en devançant le déshonneur.

Dans les Gaules seulement, aux bords de 1' «amnis viridissime », où déjà le cep échelonne ses pampres dorés, à l'ombre du bras tutélaire de Constantin, règne la paix; la paix armée, car le repos du fort guerrier, c'est, au delà du Rhin, l'appel aux armes. Cette fois Bructères, Chamaves, Chérusques, Vangions, /VUemans, Tubantes, ont formé une ligue redoutable. Constantin les défait en masse, les refoule individuellement dans leurs retraites; il court châtier les Pietés et les Calédoniens, et revient à Trêves préparer d'autres conquêtes, car Maxence a comblé la mesure. Rome implore à voix basse , et le signe du salut des hommes, divin blason du «labarum», a brillé dans les cieux. Toutefois, la prudence commande l'inspection de la province rhénane; l'empereur pousse jusqu'à /Vutun et revient célébrer à Trêves (311) ses quinquennales.

La mémorable année 312 vit les triomphes de Constantin par la croix; le christianisme arraché aux bourreaux pour être revêtu de la pourpre impériale 2. Rome délirante acclame son libérateur, et le vainqueur de Maxence promulgue des édits favorables aux chrétiens. Lne glorieuse campagne au bas Rhin ramène (313) Constantin à Trêves. Hélène, l'heureuse mère, de-

illustrat, in liis et liominibus omnia , et maînibus et muneribus augentur. » Eumenh « panegyr. Constanlino Aug. dictus». C. 22.

1 . « De mort, persec. ». C. 16. Lactance dépeint la persécution au temps de Constance Chlore.

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