Lebeau, « Ilist. du Bas-Empire
vait s'y trouver auprès de son fils r. La rupture avec Licinius ( 15 mars 314) appelle Constantin en Pannonie; les victoires de Cébalis et de Mardie lui assurent la Grèce et PIHyrie, nouveaux États qui le retiennent longtemps. Dès le 11 janvier 316, il se retrouvait à Trêves, visitait Arles, Vienne, et quittait les Gaules pour n'y plus revenir. Crispus fut charge de veiller à la sûreté de ces belles contrées; et son aïeule Hélène resta sons doute auprès de lui. car, en s' éloignant, Constantin marchait sciemment à de nouveaux combals. Abordons maintenant notre double problème.
Agricius souscrit , comme évêque de Trêves, au premier concile d'Arles. Donc, il siégeait dès Mil, année du pontificat de saint Sylvestre. Saint Athanase, exilé par Constantin, est accueilli à Trêves par saint Maximin en «330. Donc, son prédécesseur était mort. D'autre part, qu'Hélène ait résidé dans les Gaules dès 307, selon M. Marchant ; ou, d'après les « Acta Sanctorum », postérieurement à 312, il est admis que l'impératrice entreprit son voyage en Palestine en 325, et mourut au retour, en 326 ou 327. Conséquemment, la donation du palais doit avoir eu lieu entre l'avènement d'Agricius et la mort de sa bien-
I. Voyez les «Acta sanct. », xxi mai, p. 20. sou.-; la rubrique : «Non ni^i (Helena) post annum 312 potuit viilisse Gallias ». Hélène, répudiée par Constance Chlore, ne se serait pas retirée en Angleterre, mais en Bythinie, dans celte ville qui devint Hé1énopo!is, et où elle s'était mariée : « Non est igitur ci edibilo quod Constantium Caesarem, alteri uxori jam junclum, in B.ïtanniam secuta sit, ibidemque adhaeserit; sed polius quod in patria sua quiele consederit, donee fi ius suus, lihcro tandem potitus imperio, post extinctum Maxentium, vel in Italiam accerserit matrem, vel ipse transgressus in Asiam secum assumpsil chrislianamque efFecit. Quin illam deinde cum Crispo fillo in Galliam Belgiumque miserit, ut Vesontione ac Treviris aliquaridîu ipsa habitaverit (quod utriusquo urbis scriplores contendunt), insignium utroque in loco ccelosiarum fundalrix atque donatrix, nolim ire inficius , etc. » — Celle argumentation (voir également le xvmi août, Vie d Hélène) nous parait logique ; néanmoins, nous devons rappeler centradjetoirement li s déductions numismatiques de M. le baron Marchant, de Metz. Dans une lettre publiée en 1 826 (« Mélanges de Numis et d'Hist. »), à l'inverse de ses confrères anciens et modernes, il conclut à la radiation des catalogues numismatiques des noms des princesses Hélène de Crispus, Hélène de Julien 11, en restituant à l'impératrice mère, sainte Hélène, toutes les médailles qui portent son nom , et classant à l'impératrice Fia via, Maximiana, Fausta, les médailles gratuitement attribuées à Fausta, prétendue première femme de Conslance II. — M. Marchant décrit entre autres quatre médailles : 1° l'une, buste de femme sans diadème, HELENA N. F. (nobilissima femina) ; revers : une étoile à huit pointes dans une couronne de myrte. Aucune légende, nul « différent » de ville et d'officine. L'autre, môme buste, HELENA AUGUSTA, même revers que la précédente, mais avec le différent de Trêves et la lettre numérale de la première officine : T. S. A — 2° Deux médailles au buste de FAUSTA N. F., et FAUSTA AUGUSTA, avec revers identiques aux deux spécialités d'Hélène. Cct!e similitude des revers ferait conclure que les mêmes coins auraient servi pour les mêmes revers; que ces médailles auraient été émises dans une même circonstance, c'est-à-dire à l'époque du mariage de Fausta, fille de Maximien Hercule, avec Constantin, en présence de la mère de ce prince. — Il résulterait de cette hypothèse qu'Hélène se trouvait à Trêves en 307. Le travail de M. Marchant, très-digne d'être médité, a-t-il été réfuté? Nous l'ignorons.
kS LA CATHÉDRALE DE TRÊVES.
faitrice, à moins qu'on ne veuille y voir un legs testamentaire. Nous disons donc entre 314 et 326 ou 327, période rigoureuse. Le voyage d'outre-mer peut en avoir été l'occasion. Hélène, presque octogénaire, ne songeait certainement pas à un retour à Trêves; 325 serait donc une date acceptable. Voilà pour le fait de la donation. Ne s'agissait-il que de transformer le palais, ou mieux une salle du palais en basilique? Telle besogne n'implique pas absolument une série d'années. La date de la consécration, fixée à 328 par les « Gesta Treverorum », n'est pas inadmissible.
La conséquence, c'est que Saint-Pierre de Trêves s'érige en métropole à l'aurore de la nouvelle ère monumentale; car cette ère, elle ne saurait dater réellement que de l'année ou Constantin règne seul (324). En effet, de longs séjours en Illyrie, des guerres contre les Goths et les Sarmates poussées au delà du Danube, et surtout la dernière lutte av,ec Licinius, tels sont les gestes de ce prince depuis son départ définitif des Gaules, jusqu'au jour marqué du doigt de Dieu comme le point de départ de l'universalité catholique et romaine. Entre ce temps, Constantin fit des lois d'une haute sagesse, d'une haute piété. Il abolit le supplice de la croix, jadis infâme, mais, après Jésus, trop glorieux pour d'autres martyrs que Pierre et André. Il dispensa les chrétiens d'assister aux cérémonies et sacrifices publics, offerts pour la sûreté de l'Etat. Admettons même qu'il édifia des églises 1 ; mais, remarquons-le bien, l'interdiction des sacrifices païens date de 324. L'heure dernière des monuments païens ne sonne qu'en 333, alors qu'un édit en prescrit la démolition et donne le véritable essor aux constructions chrétiennes. Il n'est encore question ni de la basilique de Saint-Pierre (vers 330), ni de celle des Apôtres (vers 33G). Encore moins de Sainte-Sophie; car Rome n'est pas encore répudiée pour Byzance où l'art latin ira s'orientaliser. Rome, en un mot, désormais le partage d'une royauté sans sceptre ni soldats, comme celle du Sauveur en Israël, royauté marchant à la tête de la civilisation , ne possède pas encore les véritables aïeules de la grande famille des basiliques chrétiennes. Mesurer notre monument à ces types connus, serait de l'argumentation rétrospective. Nous insistons sur ce point; car, à supposer que nos déductions historiques soient admises, la critique archéologique nous réservera une forte objection. C'est à savoir, que la forme carré-long, flanquée d'une abside, est un dogme architectonique immémorial, et. régulateur de la basilique, dogme auquel contrevient Saint-
1 . Quelques auteurs rapportent le don du palais de Latran à l'année 312. D'autres, plus logiques, le font coïncider avec la mort de l'impératrice Fausta (326). Quant à la basilique Constantinienne, ce fut la transformation en basilique chrétienne d'un monument profane édifié par Maxence comme le démontre Nibby.
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Pierre de Trêves. Soit! L'orientation au levant est un autre dogme connu de Tertullien, de Procope, et déjà saint Jean Chrysostonie nous apprend que l'église d'Antioche était orientée à l'ouest. — Nous acceptons la discussion.
L'ordonnance de la basilique chrétienne fournit ample matière à cette controverse. Gomme l'observe notre savant ami le P. Cahier dans un substantiel opuscule1, certains auteurs comptent deux narthex, d'autres portent le nombre jusqu'à quatre2, il en est qui parlent d'un narthex extérieur («atrium ») et d'un autre intérieur. Ailleurs, vous croiriez que les catéchumènes occupaient des travées ou galeries au-dessus des nefs3. Ce qui ferait même croire que le narthex fut quelquefois considéré comme n'étant qu'une construction adjacente à la basilique et bien distincte, c'est qu'on le trouve quelquefois surmonté d'une bibliothèque ou d'appartements séparés. — «Pour ne pas imposer violemment, conclut le P. Cahier, une convergence arbitraire à des textes qui divergent réellement, il semble que les anciennes basiliques au grand complet ne doivent point être assimilées à celles qui furent construites sous tant d'exigences, ou même sous l'influence d'une liturgie modifiée, » ou encore, ajouterons-nous, «sous l'influence des exigences ou des restrictions locales, » c'est-à-dire, en raison de l'emplacement disponible et des constructions environnantes.
De deux choses l'une : ou notre monument, notre salle a été transformée en église chrétienne, ou construite pour cette destination. Dans la première hypothèse, vers laquelle incline M. de Wilmowsky, l'addition d'une abside orientale, hors œuvre, pouvait être impraticable, attendu les appartements dont les fondations reconnues dans la crypte serraient de si près la façade orientale, que M. de Wilmowsky croyait d'abord qu'ils en faisaient partie intégrante. Rien n'empêche d'ailleurs d'admettre un quasi-hémicycle, pratiqué à l'intérieur, comme dans la basilique de Fano, ou plus correctement dans le temple d'Auguste, auquel s'adaptait la basilique construite d'après les plans de Vitruve 4. C'est le cas de regretter encore que l'arrière-crypte n'ait point été déblayée. Le monument a-t-il été édifié par Agricius? Resterait à savoir si la disposition des lieux permettait une ordonnance autre que celle adoptée. Accoler l'une des faces de l'édifice à des constructions qui doivent les masquer en partie, cela choque nos manières de voir; mais il faut se rappeler qu'au
1 . « Idée d'une basilique chrétienne des premiers siècles, etc. »
2. Goar, « Not. in ordin. S. Minist. », passim. — Selvaggio, « Antiq. Christ. », lib. il.