‹ La Cathédrale du MansChapitre 3 sur 20 · IM · texte numérisé non relu

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^ Ce dessin d'architecte exécuté à la plume sur parchemin, à

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document qui, aujourd'hui, permet de connaître ce merveilleux travail de ciselure peinte, formant à l'entrée du chœur, une décoration de grande puissance. Il interceptait, à peu près complètement, la vue du chœur aux personnes placées dans la nef. (( Qu'on se figure, dit M. Hucher, trois ou quatre étages de statues, surmontées de riches pinacles, de scènes à personnages multiples, entourées d'un riche décor d'arcatures, de clochetons, de frises à devises, de personnages décorés de légendes et d'attributs, les uns atteignant la taille humaine dans sa plus grande dimension, d'autres n'atteignant que trente à quarante centimètres. )>

La scène centrale du jubé représentait Jésus- Christ sortant du tombeau ; l'une de ses mains bénissait, pendant que l'autre tenait l'étendard de la Résurrection ; à ses pieds était figuré un groupe de soldats armés. De chaque côté et sur une même ligne horizontale on voyait les douze apôtres, exécutés en ronde-bosse, en tuffeau, et aux deux tiers de la grandeur humaine. Chaque apôtre portait l'instrument de son supplice ou l'enseigne qui sert à le dénommer. M. Hucher pensait que ces statues avaient été copiées sur les reproductions des mêmes personnages, figurées dans le vitrail de la Rose, où les apôtres portent les mêmes versets du Credo.

Cette partie centrale du jubé était recouverte

l'échelle de 6 centimètres par mètre, vers la lin du xv*^ siècle, mesure a'^.So de longueur et i mètre de hauteur. Il est conservé au Musée archéologique de la ville du Mans,

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par une montagne sur laquelle était élevé un crucifix de grande dimension.

Tout le travail du jubé avait été conçu et exécuté dans le style gothique du xv"* siècle ; aucune partie de l'œuvre ne faisait encore pressentir la Renaissance. Il est à peu près certain qu'à la mort du cardinal Philippe de Luxembourg, ce monument était, sinon terminé, du moins très avancé.

Ce jubé fut détruit en i562 par les Huguenots, quand ils pillèrent la cathédrale; ceux-ci détruisirent en même temps à l'intérieur, les tombeaux, les statues, les autels, les sculptures, les

Photo G. Fleui-y.

Dossier de stalle Sculpture sur bois du xvi« siècle.

vitraux, les stalles, les reliquaires, les orgues, le sépulcre du Christ. A l'extérieur du monument, ils renversèrent et brisèrent les statues des galeries du chœur, de la nef et de la grosse tour.

Un incendie déterminé par la foudre, le 5 mai i583, vint encore augmenter ce désastre; il endommagea les voûtes, la toiture et le clocher central. Cet incendie atteignit de suite une telle intei;isité qu'en une demi-heure le clocher s'écroula ; rien ne fut épargné dans la couverture ni dans la charpente, et le plomb « coulait par les gouttières comme si c'eût été l'eau de la pluie ». La grosse tour put cependant être préservée.

Malgré les troubles suscités dans tout le pays par les guerres de religion, les chanoines s'efforcèrent de réparer le plus vite possible les désastres successifs de leur cathédrale.

Dès i563 on commença à relever les stalles du chœur qui furent terminées en 1676; elles étaient ornées de sculptures très variées, de valeur inégale, représentant diverses scènes de la vie du Christ et aussi quelques figures allégoriques; quelques-unes même ont été considérées comme étant des critiques des opinions contemporaines, telle par exemple une scène dans laquelle on verrait la représentation d'un prêche calviniste. Ces stalles mutilées plus tard, en 1768, sous l'évêque de Grimaldi, le furent encore davantage en i83o, sous M'''' Carron. Enfin en i855, les dossiers de ces stalles furent définitivement enlevés, et on peut les voir aujourd'hui, en assez grand nombre,

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dressés sur les murs intérieurs de la sacristie.

Photo G. Fleury.

Porte du jubé, aujourd'hui de la sacristie

Plus tard, avec l'appui de leur évêque Claude

d'Angennes, les chanoines pensèrent à relever d'abord le jubé à l'entrée du chœur. Mais la mort de leur évoque retarda son exécution ; ce nouveau jubé ne fut commencé qu'en février i6o5 et terminé en 1610, sous Charles de Beaumanoir. Il se composait de trois portiques, dont deux ont survécu à la destruction du monument, vers 1768, sous l'épiscopat de révêc(ue de Grimaldi. De ces deux portiques Tun est placé aujourd'hui devant la chapelle du Sacré-Cœur, et l'autre devant la porte de la sacristie. Ce dernier portique est le plus intéressant par la jolie Vierge à la figure si expressive qui est placée sur son couronnement, ainsi que par ses guirlandes de fleurs sculptées, posées sur les deux faces.

Le sépulcre du Christ brisé par les protestants en i562, fut remplacé en 1609 par le chanoine Primet ; ce nouveau sépulcre, œuvre du sculpteur Gervais de la Barre fut encore détruit à la fin du xviii^ siècle, pendant la Révolution. Le buste du donateur seul a survécu jusqu'à ce jour et est conservé au-dessus du nouveau groupe qui provient de l'ancien couvent des Cordeliers, et est placé dans le même enfeu de la chapelle Saint-Pierre. Ce tombeau a encore été mutilé par un fou en 1869; plusieurs tètes de statues ont été brisées, mais on a pu le restaurer, et sous la peinture moderne on ne distingue plus les traces de ces coups.

Après les restaurations exécutées à la fin du xvi^ siècle la cathédrale du Mans resta pendant environ cent cinquante ans dans ce même état;

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mais avec Tarrivée de M^'" de Grimaldi, évèque du Mans de 1767 à 1779, commença toute une série de transformations, dans les détails il est vrai, pour répondre au goût de l'époque, depuis le blanchiment à la chaux de tous les murs et de toutes les sculptures, jusqu'à la décoration des autels.

Photo G. Fleur

Mise au tombeau du Christ

Cette œuvre fut encore continuée plus tard, durant i856 et 1857, par M^' Nanquette qui fit disparaître la Gloire élevée dans le chœur par M'='' de Grimaldi au-dessus du maître-autel, et fit aussi enlever les dossiers des stalles et les autels de l'ancien jubé de 1610.

Pendant la Révolution la cathédrale fut menacée de destruction vers fan YI ; mais après quelques mois d'angoisse les habitants du ]\Ians purent

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obtenir que leur beau monument restât debout; toutefois, quand ils le reprirent pour Texercice du culte catholique, sa couverture était dans un état affreux de dégradation, par suite du défaut d'entretien pendant toute la période révolutionnaire. Le 9 novembre 1810, la voûte du transept méridional s'effondra en partie ; elle fut reconstruite en 18 17. Dès i8i4, on avait commencé les réparations indispensables, et elles furent exécutées successivement autant que le pennirent les crédits.

En 1822, la flèche de la tour, frappée par la foudre, fut détruite, puis remplacée eu i835 par le dôme et les clochetons de fonte que Fon voit encore aujourd'hui. En i858, un autre orage brisa une grande partie des vitraux de la cathédrale. Depuis cette époque, de nombreuses restaurations ont été entreprises pour réparer ces désastres et conserver au monument sa grande valeur artistique ; les secours ac(;ordés par l'Etat ont été en général habilement employés par les architectes chargés de cette œuvre si délicate. En 1897, sous l'impulsion de M. le chanoine Chanson, archiprêtre de la cathédrale, ces restaurations ont pris une grande extension ; grâce à lui, les épais badigeons qui recouvraient les voûtes et les murs ont été enlevés ; les anciens vitraux restaurés ont repris leurs places primitives, et des vitraux modernes ont complété la décoration générale des fenêtres.

L'enlèvement des badigeons a dégagé dans la nef de nombreuses marques de tâcherons, et audessus de la porte d'entrée, ouverte dans le pignon

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occidental, des peintures murales ont été mises à nu; ces fragments de peinture faisaient partie d'un jugement dernier, qu'en 1062 les Huguenots avaient (( avec bâtons piccoté et égratigné » suivant la mention du procès-verbal inséré dans les Plaintes et Doléances du Chapitre.

l^récédemment, en 1848, d'autres peintures avaient été découvertes sur les voûtes de la chapelle du Chevet; ces dernières peintures ont dii être exécutées sous l'épiscopat de Gontier de Baigneux (i 367-1 385), comme tendent à le prouver les armoiries de cet évéque qui y sont figurées plusieurs fois.

Tels sont les principaux souvenirs, parvenus jusqu'à nous, qui vont pouvoir nous permettre de dater les principales parties de la belle œuvre que nous présente la cathédrale du Mans, dans son ensemble comme dans ses détails.

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