INTÉRIEUR DE LA CATHÉDRALE
Plan général de l'édifice. — Le plan de la cathédrale, dans son état actuel, représente une croix latine, dont la partie supérieure est très développée en longueur et en largeur.
La nef, abstraction faite de la croisée du transept, mesure 07 mètres de longueur sur 1 1 mètres de largeur, et 24 mètres de hauteur. Elle est accompagnée d'un bas côté, au nord et au midi; chacun de ces bas côtés comprend dix travées de 5 mètres environ de largeur et de io"\2o de hauteur.
Le transept se compose, en plus de la croisée, de quatre travées ; sa longueur totale est de 52"\85 ; sa largeur de 10 mètres, et sa hauteur, sous voûte, de 34"\5o ; il ne possède ni chapelles, ni bas côtés.
On compte dans le chœur trois travées principales en plus de Thémicycle qui a 12 mètres de diamètre, ce qui donne une longueur totale d'environ 35 mètres; la hauteur moyenne sous clef est de 34 mètres.
Le déambulatoire, qui enveloppe le chœur, est double et mesure environ 11 mètres de largeur;
mais ses deux galeries sont de hauteur inégaie ; la première a 22 mètres de hauteur, tandis que la seconde ne mesure sous voûte que 1 1 mètres, ainsi que toutes les chapelles qui se développent sur son périmètre.
Les chapelles ont 7 mètres de profondeur et 5 mètres de largeur ; la chapelle du chevet, plus grande en longueur seulement, mesure 16 mètres de profondeur; la sacristie, autrefois chapelle semblable aux autres, puis agrandie au xiv" siècle, mesure 18 mètres de profondeur et 10 mètres de largeur dans sa partie agrandie.
La nef. — La nef de la cathédrale du ^Nlans, telle qu'on peut l'examiner aujourd'hui, nous présente dans son ensemble l'œuvre des évêques Hildebert et Guillaume de Passavant. Mais si l'on étudie les divers détails des parties qui la composent, on peut retrouver des traces assez importantes des constructions antérieures, exécutées sous l'évêque Hoël et peut-être aussi quelques souvenirs de celles élevées sous les évêques Yulgrin et Arnauld.
Nous trouvons ainsi réunies les œuvres entreprises depuis le commencement du xi^ siècle, jusqu'à la fin du XII^ L'examen des diverses travées de la nef fait reconnaître de suite les différentes influences qui ont dirigé leur érection.
On peut considérer comme construction de l'évêque Hool, (i 083-1099) la première arcade qui, de chaque côté de la nef, la relie au transept. La partie basse de cette travée est seule de l'époque
de Tévéque Hoël; le triforium et le fenestrage sont postérieurs. Sous les combles des bas côtés on retrouve encore, dans le mur au-dessus de Tarcade, des traces du triforium primitif, contemporain de cette arcade ; elles se composent d'arcs en plein cintre et de petits pilastres carrés du xi^ siècle.
Du même temps sont les deux collatéraux de cette nef; ces deux bas côtés, en effet, ont conservé leur division primitive en dix travées ; ils sont couverts par des voûtes d'arêtes en blocage, avec arcs doubleaux reposant actuellement sur des chapiteaux de deux époques différentes. Cette diversité s'est produite lors de la reconstruction de la nef centrale, par suite de l'établissement de la colonne cylindrique, entre les deux piles qui supportent l'arc doubleau de la voûte principale. Les chapiteaux de ces colonnes, en effet, ne sont que du xif siècle, tandis que les autres appartiennent au xi% par leurs sculptures sans grand relief, représentant des animaux chimériques et des personnages, traités d'une manière bien primitive. Des arcatures décorent les parois intérieures des murs de ces bas côtés
Les quatre dernières travées de la nef centrale présentent des caractères particuliers, qui révèlent une époque de construction postérieure à celle des collatéraux ; ainsi, au-dessus de chacune des grandes arcades à arc légèrement brisé, on peut remarquer un autre arc en plein cintre, qui se rapproche beaucoup par ses dimensions de celui de la
première travée alti'il^uée à Tévêque Hoël. Gepen-
Plioto Neurdein.
Vue générale de la nef
dant, un examen attentif permet de constater que
3o LA CATHÉDRALE DU MANS
ces travées ne sont pas de la même construction ; certains détails en fournissent la preuve. Gomme Ta observé M. Lefèvre-Pontalis, la clef des arcs élevés par Hocl se trouve à 3o centimètres audessous du bandeau du triforium, tandis que le sommet de la courbe des autres arcs est tangent au même point. En outre, les uns se composent de claveaux longs et étroits réunis par de gros joints, et les autres sont formés de pierres plus larges, appareillées avec précision. Enfin les arcades de la première travée se rapprochant du chœur sont séparées par une distance de 60 centimètres au niveau de leur retombée sur la pile centrale, alors que les arcs en plein cintre des autres travées se coupent à leur point de départ commun. On peut donc être autorisé à voir dans les arcs en plein cintre des dernières travées, les restes de l'œuvre élevée par le moine Jean, sous l'évêque Hildebert et terminée en 1120. Ces arcs retombaient sur des colonnes monocylindriques, englobées aujourd'hui dans les piles actuelles, cantonnées de colonnettes, comme on Ta pu constater durant les derniers travaux de restauration.
Les arcs brisés construits au-dessous de ces arcs en plein cintre furent appareillés après les incendies de 11 34 et de 1137, par Guillaume de Passavant, pour la construction des voûtes domicales qui sont du même type que celles de la cathédrale d'Angers.
Après avoir relevé ces détails intéressants, qui sont des documents utiles pour discuter les diverses
époques de la construction de cette nef, on constate ({ue presque toutes les travées, dans leur état
Photo G. Fleurs .
Bas côté méridional. Vue intérieure
actuel, sont de même structure. Il suiîit d'étudier une seule d'entre elles pour comprendre l'ordonnance générale du plan des quatre grandes travées
doubles du bas de la nef; la double travée voisine du transept fait seule exception dans cet ensemble par quelques détails.
Photo Garczinski.
Première travée de la nef
Chacune de ces doubles travées est encadrée par une pile carrée, élevée vers le milieu du xii'' siècle, au moment de la construction des voûtes; elle est flanquée, à droite et à gauche, d'une colonne sur laquelle retombe l'arcade en arc brisé. En avant
de cette pile se dresse une colonne encastrée entre deux colonnettes ; la colonne reçoit l'arc doubleau de la voûte, et sur les colonnettes retombent Tare formeret et les arcs ogives. Entre ces deux piles, une colonne monocylindrique supporte les arcades inférieures. Au-dessus, règne le triforium, qui n'est pas une galerie de circulation, car il se compose, pour chaque double travée, de sept arc^atures en plein cintre, retombant sur des colonnettes engagées. Quatre baies ménagées sous ces arcatures communiquent avec les combles des bas côtés. Entre le triforium et le sommet des formerets de la voûte, une fenêtre géminée s'ouvre dans Taxe de la travée ; ses doubles arcatures en plein cintre reposent sur des colonnettes engagées. Tous les chapiteaux des colonnes et des colonnettes sont ornés d'élégantes feuilles d'acanthe, pour la plus grande partie très fouillées : leurs tailloirs rectangulaires sont garnis de zigzags, de dents de scie. L'uniformité que l'on constate dans l'exécution de tous les détails d'ornementation sur les arcs brisés des arcades, comme sur les arcatures en plein cintre du triforium et des fenêtres, sur les chapiteaux des colonnes monocylindriques et sur ceux qui reçoivent les arcs doubleaux, les formerets et les arcs ogives, prouve évidemment que toute cette partie de la nef est bien d'une seule époque, se rapportant à celle de la construction des voûtes par Guillaume de Passavant vers le milieu du XII® siècle.
Chaque double travée de cette nef, forme ainsi un
carré, mesurant environ 1 1 mètres sur chaque côté ; sa hauteur, sous la clef de voûte, est de 24 mètres.
Cette nef, dont l'ensemble aux lignes si pures et si simples, impressionne par sa grandeur, plaît aussi par la beauté de sa conception ; elle constitue une œuvre du plus grand intérêt, dont les lignes harmonieuses sont encore adoucies par les reflets lumineux des vitraux qui remplissent aujourd'hui toutes les fenêtres.
Si, parmi ces vitraux, beaucoup sont modernes et remontent seulement à quelques années, d'autres au contraire, se rattachent aux temps les plus anciens de cet art décoratif qui, par des jeux de lumière variés, donne aux monuments religieux, une teinte si mystérieuse, double leur profondeur et leur hauteur.
Dans les bas côtés de la nef, quelques vitraux appartiennent à la fin du xi^ siècle et au commencement du xii% mais dans tout le fenestrage de la nef, au-dessus du triforium, les vitraux sont modernes ; ils ont été posés lors de la dernière restauration du monument. Dans ces grisailles des fenêtres géminées, on a inséré, comme souvenirs des temps passés, les armoiries de tous les personnages, bienfaiteurs célèbres et localités dont les noms se rattachent, par un fait particulier, à l'histoire de la cathédrale.
Un autre genre de décoration ancienne se rencontre dans l'ornementation des chapiteaux, dont plusieurs offrent des caractères particuliers, suivant qu'ils sont placés au-dessus des colonnes
LA NEl'
accolées aux murs des bas côtés, ou bien qu'ils reçoivent les arcades de la grande nef.
Dans les premiers, d'une exécution antérieure, Tornementation est simple et de faible relief, tandis que dans les grands chapiteaux de la nef, les feuillages sont très fouillés, en plusieurs rangs superposés, avec des courbes variées et gracieuses ; leurs effets de perspective sont encore augmentés par une décoration polychrome ancienne , dont les tons principaux sont roses et jaunes, en teintes très douces.
Quelques-uns de ces chapiteaux offrent, en plus, des détails allégoriques intéressants. Sur le chapiteau de la première
colonne, placée à gauche dans la nef, on distingue en effet, au milieu des feuillages, un hibou et des oiseaux, allusion satirique dans laquelle on voit un juif entouré de chrétiens ; idée symbolique, empruntée aux Bestiaires, qui présente le hibou comme l'image de l'aveuglement du peuple juif, objet de la risée des chrétiens.
Un chapiteau du bas côté méridional, près de la porte, est orné d'une scène naïve, qui représente le baptême du Christ. Celui-ci apparaît à mi-corps, nu ; une colombe vole au-dessus de sa tète ; de
Photo (Jarczinski.
Chapiteau de la nef
chaque côté de lui^ deux personnages se tiennent debout, dont l'un tient une chemise déployée, et dont l'autre doit être saint Jean-Baptiste versant de F eau sur la tête de Notre-Seigneur.
Dans la dernière travée de la nef, d'autres sculptures s'aperçoivent encore à la retombée des
»to G. Fleurv.
Base de colonne du déambulatoire
arcs ogives de la voûte ; les personnages qui forment ces sommiers sont d'une attribution difficile. Dans l'un d'eux on peut voir un Moïse tenant en ses mains les tables de la loi, mais dans les autres, on ne peut reconnaître un David, ni un sacrifice d'Abraham, ainsi qu'on l'a proposé.
Le chœur. — Quoique la nef de la cathédrale du Mans soit entièrement de l'époque romane, pour sa construction intérieure, nous ne retrouvons plus,
Photo G. Fleury.
Vue IiMÉkieure du chœur
dans les autres parties de cette cathédrale, de restes importants de la même époque ; dans la croisée du transept, les parties basses des piles et des colonnes sont bien encore romanes, les murs du transept et les bases des tours conservent aussi quelques traces des constructions primitives, mais tous ces détails passent presque inaperçus. Le chœur, que nous voyons aujourd'hui, est une œuvre entièrement gothique. Du chœur roman, il n'est rien resté d'assez important pour permettre d'en restituer le plan complet sur des bases certaines; cependant, il est probable que le rond-point du xii'' siècle se composait d'un déambulatoire et de chapelles rayonnantes, comme à l'église de la Couture et à Saint-Julien du Pré.
Le chœur roman. — Sur le plan que YioUetle-Duc présente, plutôt comme un type, il est vrai, que comme un édifice particulier, il a tracé un chœur de même largeur que la nef, avec déambulatoire sans absidioles, en acceptant cependant une chapelle absidale dans l'axe du chœur. Quant au transept, il le réduit à une seule grande travée sur chaque côté de la croisée, avec absidiole en cul-de-four dans le mur oriental de chaque croisillon. Il ne trace aucun plan de tour; il suppose que le clocher était élevé sur les quatre piles de la croisée, conformément à l'usage généralement suivi dans les églises normandes.
Nous ne trouvons pas dans ce plan l'emploi de tous les témoins encore debout des constructions