I. — Les Porches
Trois porches forment la zone inférieure du portail. Ils se composent de pieds-droits primitivement percés de larges ouvertures terminées par un linteau. Sur ces pieds-droits, aujourd'hui complètement fermés et sans aucune décoration, s'appuient trois larges et profondes arcades ou voûtes de forme ogivale peu accentuée. Ces arcades n'ont, à leur partie antérieure, d'autre ornement qu'une simple colonnette engagée dans chaque angle sortant et destinée à recevoir une archivolte étroite, mais ornée d'une guirlande très gracieuse et très soigneusement fouillée. Cette archivolte s'appuie de chaque côté du porche central sur un groupe de figures parmi lesquelles on distingue à droite, regardant vers le milieu, M. Boeswilwald, et à gauche, regardant également vers le milieu, M. de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts, conseiller général de l'Aisne, qui s'est toujours vivement intéressé à la restauration de la cathédrale et a constamtamment usé de son influence pour obtenir de l'État les ressources nécessaires à cette œuvre.
Au-dessus des arcades s'élèvent des frontons triangulaires, accompagnés de quatre pinacles carrés de grandes proportions. Ces frontons sont ornés à leur sommet de sujets sculptés.
Au centre, c'est la Tris Sainte Vierge^ titulaire de l'église, représentée assise, tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus et portant une fleur de la main droite. A ses côtés sont deux anges debout et, dans les angles, deux hommes assis et tenant des rouleaux ou volumens.
Dans le fronton de droite, du côté du Midi, Saint Michel est représenté debout, appuyé sur son bouclier et tenant sa lance enfoncée dans la gueule du dragon, qui s'agite à ses pieds. Il est accompagné de deux autres anges assis : celui de droite, Saint Raphaël ? tient un sceptre et foule au pied un monstre, celui de gauche, Saint Gabriel ? tient un rouleau déployé.
Dans le fronton de gauche, du côté du Nord, on voit Sainte Preuve^ vierge, martyrisée à Laon dans le val des Chenizelles, vers le III' siècle. Revêtue d'une robe serrée à la taille et d'un long manteau, elle est debout et tient d'une main la palme, symbole du martyre, et de l'autre, un livre. Deux anges balançant des encensoirs, s'agenouillent devant elle.
Ces trois sujets détériorés par le temps, ainsi que les grandes statues brisées pendant la Révolution, et plusieurs parties des tympans et des voussures, muti*lées à la même époque et dont nous parlerons bientôt, ont été très consciencieusement et très habilement refaits en entier ou restaurés par M. Geoffroy- Dechaume.
Les parties les plus intéressantes des porches sont, sans contredit, celles qui avoisinent les portes. Elles sont ornées de colonnettes droites ou torses, lisses ou cannelées, de statues, de dais, de voussures chargées de figurines et de tympans couverts de sculptures. On y voit de nombreuses scènes de l'Ancien Testament, les principales circonstances de la vie de Notre Seigneur et de la Très Sainte Vierge, le sujet si familier aux siècles de foi, le Jugement dernier ; et tout cela traité avec une vérité d'expression et une variété remarquables.
On ne peut se lasser d'admirer la finesse et la grâce du plus grand nombre de ces sculptures, le caractère de sérénité, de franchise, d'honnêteté des figures, la délicatesse des feuillages, des fleurs et des enroulements et surtout l'habileté avec laquelle l'artiste a su, dans des groupes de deux ou trois personnages, rappeler tout un fait de l'histoire, symboliser les habitudes bonnes ou mauvaises de l'humanité, et tout à la fois réjouir la vue et parler éloquemment à l'esprit et au cœur.
Voyons maintenant, en détail, la décoration de chaque porche et pour suivre, autant que possible, l'ordre logique et chronologique, commençons par celui qui est à la gauche du spectateur.