V. La foi^ debout, tient une grande croix avec
(i) s. Thomas d'Aquin^ Summa theoh^ica, Secunda Secundo, Qjjcst. 148, art. VI.
laquelle elle empêche de se relever Yidolalrie étendue à ses pieds. Inscription : FIDES, IDOLATRIA.
VI. ]J humilia, victorieuse de Vorgueil, qui la menace pourtant encore de sa lance, tient de la main gauche un bouclier abaissé et de la droite une lance, dont le. fer est dirigé vers son ennemi. Inscription : . SVPERBIA
Vn. La douceur. Elle tient aussi d'une main un bouclier ; de l'autre elle enfonce sa lance dans la tête d'un homme aux manières remuantes et provocatrices, symbole de la violence. Inscription : VIOLENTIA.
Vin. La libéralité enfin, montre à ses pieds et frappe à coups de lance Yavarice^ qui cherche à retenir sa bourse et la presse sur son cœur. Inscription : LARGITAS, AVARITIA.
Dans la troisième voussure, on voit à partir de la gauche :
I. Un personnage foulant aux pieds un monstre à tête humaine et à queue de dragon. Peut-être est ce la chaste Sui^anne^ résistant aux honteuses propositions des deux vieillards, représentés par le monstre à buste humain et à queue de dragon, symbole de Timpudicité et de l'astuce (i) ? Peut-être aussi est-ce Vune des Sibylles que le Moyen âge a souvent représentées, parce qu'elles avaient prédit la naissance, la vie et la mort de Jésus-Christ ? Ce serait, dans ce cas, la
(i) 'Daniel, chap. XUI.
sibylle de Perse, qui était ordinairement figurée avec un dragon sous les pieds (i).
II. Au-dessus, Daniel, dans la fosse aux lions, reçoit la nourriture que lui présente le prophète Habacuc, miraculeusement transporté par un ange. Daniel, assis auprès de deux lions couchés, regarde en haut et lève la main pour prendre le panier que lui tend Habacuc, penché sur l'ouverture de la fosse (2). Ce groupe est accompagné de Tinscription suivante : ABACHVC : AFFERENS : ESC (am).
in. Plus haut on voit Gédion. Debout et les mains jointes, il supplie le Seigneur, placé au sommet de la voussure, de lui faire connaître par un miracle si vraiment il est appelé à sauver le peuple d'Israël. Le Seigneur l'exauce et Ton voit, conformément à sa prière, la rosée du ciel descendant, sous forme de pluie, sur la toison étendue à ses pieds (3). Inscription : VELLVS (toison).
La toison deGédéon a toujours été regardée par les Saints Pères et les interprètes de l'Ecriture comme une image symbolique de la Sainte Vierge : « Alk^ gqricê, ros in vellere est Christus in Virgine • (4).
IV. Au sommet de la voussure, ainsi qu'on vient de le voir, le Seigneur y au milieu des nues, tient deux
(i) a Sibile Persica racompte,
En son trentiesme an, que le dyable Seroit scurmonté, mis a honte Par ung prophète véritable, t (Barbier de Montault, Iconographie chrétienne^ tom. 2, page 86).
(2) Daniel, chap XIV.
(3) /«f«. chap, VI, 37.
(4) CoRNEL. A Lapid. tom. III^ pag. 154.
rouleaux déployés pour indiquer qu'il répond à la prière de Gédéon et qu'il s'entretient avec Moïse, que nous allons rencontrer, en descendant sur la droite, dans la scène du buisson ardent.
V. Le Buisson ardent. Moïse, la houlette à la main, gravit la montagne d'Horeb et s'avance pour voir le buisson miraculeux, figuré par un arbre couvert de feuilles et de flammes ; un mouton rappelle le troupeau dont il avait la garde (i). Le buisson ardent est, lui aussi, une figure de la Sainte Vierge : t Utfrutex « incendit igntm et non crematuTy itidem eiiàm Firgo et « lumen parit et non corrumpitur » (2).
VI. Sous le buisson ardent se trouve l'Arche d^alliance. Placée sur une table, elle a la forme d'un coffre dont le couvercle, soulevé par deux chérubins^ laisse voir à l'intérieur le chandelier à sept branches et les pains de proposition. Les deux chérubins sont debout ; deux de leurs ailes sont déployées et deux leur couvrent le corps. Sur l'arche môme on lit cette inscription : ARCHA DEL
Comme la toison de Gédéon et le buisson ardent, Tarche d'alliance, arca Deiy est une figure de la Mère de Dieu : c- Arca intrinsecùs portabat tesiamenti tabulas^ « Maria autem ipsius tesiamenti gestabat haredem,, . . » (3).
VIL Sous l'arche d'aUiance s'élève un édicule dont la partie inférieure est composée d'un mur et d'une porte fermée, placée entre deux tours ; la partie supé-
(1) Exode, chap. III, i, 2, 5 .
(2) S. Grégoire de Nysse, Cornel. a Lapid., tom. I, pag. 453. (?) S. Ambroise, Cornel. a Lapid., tom. I, pag 658.
rieure ouverte laisse voir, à l'intérieur, Dieu lui-même tenant un livre de la main gauche et bénissant de la droite. C'est le temple de Jérusalem, dans lequel résidait la majesté infinie du Très-Haut, et la Porte close, dont il est question au 44"* chapitre d'Ézéchiel et que tous les interprètes ont considérée comme une figure symbolique de la Sainte Vierge : « Cette porte derneurera « fermée ; elle ne sera pas ouverte et nul homme t n'y passera, parce que le Seigneur Dieu d'Israël est f entré par cette porte » (i). Cette porte close, c'est
• la virginité, dit saint Ambroise : Porta clausa virgi- « nitas est s>. • C'est, ajoute Corneille de la Pierre, € la bienheureuse Vierge Marie, en qui h?bita le
• prince, c'est-à-dire le Christ, lorsqu'il demeura dans € son sein comme en sa résidence et dans son temple, € etc.... • (2).
(Jn peu au-dessus de l'édicule on lit ce fragment d'inscription : AGONIV ?
Vni. Le dernier personnage de cette voussure tient de la main droite un volumen ou rouleau déployé, qu'il indique de la main gauche. Est-ce É^échiel
(i) E^èchiel, chap. XLIV, 2.
(2) « Porta haec clausa est beata Virgo Maria in quâ seJit princeps, id K est Christus Dominus^ cùm in sacro ejus utero quasi tlialamo et templo « habitavit. » (Cornel, a Lapid., tom. XII, pag. 850 et suiv )
c Porta clausa est signaculum pudoris, immaculatae carnis integritas. 9 (S. AuG. Serm. 2 de Nativ.) — Qjiid est porta in domo Domini clausa nisi quod Maria semper erit intacta? Et quid est «homo non transit per eam» nisi quia Joseph non cognovit eam ? . . . Et quid est quod « clausa erit in aeternum » nisi quia Maria virgo antè partum, virgo in pariu, virgo post jartum?». (S. Aug. — Cornel à Lapid., tom. XII, pag. 850 et suiv.)
racontant la vision de la porte close ? Il est difficile de le déterminer.
En parcourant la quatrième et dernière voussure de gauche à droite, on rencontre d'abord :
]. Une femme assise et tenant appuyé sur ses genoux un animal assez semblable au chevreau. Le seul mot qui reste de l'inscription : CAPITVR, est insuffisant pour indiquer au juste si c'est Réhccca se disposant à immoler un chevreau, pour préparer le repas que demande Isaac, et attirer sur son fils Jacob la bénédiction paternelle (i).
Je serais porté à croire que, primitivement, ce groupe dût représenter la licorne se réfugiant dans le sein d'une vierge.
Les auteurs anciens (2), les Bestiaires du Moyen âge, nous apprennent que la licorne ou monocéros était un animal fabuleux, à corps de cheval, à pieds d'éléphant, à tête de cerf et armé sur le front d'une corne unique. Douée d'une force étonnante, elle ne se laissait prendre vivante que pir une vierge, qui seule avait le pouvoir de la charmer et de l'enchaîner. De tout temps, la licorne fut regardée, à cause de sa prodigieuse vigueur, comme le symbole de Jésus- Christ, qui est tout-puissant, et la vierge qui l'attire et s'empare d'elle, comme la figure de la bienheureuse Vierge Marie qui, par son incomparable pureté,
(i) Genèse, chap. XXVII.
(2) Pline, lib. VIII, cap. XXI. — Elien, lib. XVI, de xAnitnal. cap. XX et lib. XVII, cap. XLIV.— Albert le Grand, lib. XXII, de animal. — S. Grégoire, XXXI, !\CoraK XIII. — S. Isidore, XII, Etymol. II. — Bède in XXXIX Job. — Voir Cornel. a Lapid., tom. II, pag. 32$.
attira le Fils de Dieu en ce monde et eut l'insigne honneur de devenir sa Mère (i). Le mot capitur de l'inscription semble confirmer cette interprétation : Monoceros à Virgine ? CAPITVR.
II. Le deuxième personnage est également inconnu. Il est debout, revêtu d'un manteau et porte à la main un volumen déroulé. Sur le côté de cette statuette, on lit ces mots incomplets : PLEXV • lANO.. (ou lACO..) MITf... Peut-être est-ce ^Abraham ?
III. Le personnage suivant représenterait Isaac devenu aveugle, comme l'indiquent ses yeux fermés, et la scène figurée serait celle des adieux, le moment attendrissant où le patriarche bénit son fils Jacob et l'envoie en Mésopotamie (2). Les mots tronqués de l'inscription se reconstitueraient alors assez facilement de la manière suivante : (Isaac am) PLEXU • lACO(b) i MITT.
D'autres prétendent que ce troisième sujet est un épisode de la vie de Tobie, C'est le moment où ce pieux vieillard devenu aveugle lui aussi, envoie son fils à Rages chez Gabélus, pour réclamer à ce dernier une importante somme d'argent. Le jeune Tobie, un bâton à la main pour marquer qu'il va se mettre en route, reçoit debout la bénédiction de son père (3).
(i) Une gravure du Moyen âge, reproduite dans le missel romain (édition de Ratisbonne, in-folio, fête de la Circoncision) représente la licorne prise par une vierge et indique dans une inscription le symbolisme dont nous venons de parler. — Voir De Caumont, ^Abécédaire d'^Archéol., %Archit. relig. page 274, Licorne,
(2) Genèse, chap. XXVII etXXVIll.
{i)Tohie,.W.
Cette seconde interprétation est moins conforme à l'ordre chronologique généralement observé avec exactitude dans la disposition des diverses scènes de ce portail.
IV. La quatrième statuette représente Balaam, Un long bâton et un rouleau déployé à la main, il gravit la montagne de Phogor, du haut de laquelle il va prophétiser et bénir les Israélites (i). Auprès de lui, l'inscription contient le commencement de sa prophétie relative au Messie (2) : B(alaa)M : ORIETVR. Le reste de la phrase : STELLA EX JACOB, se trouve en regard de la figure suivante.
V. Au-dessus de Balaam, un personnage debout semble marcher, en étendant les bras en avant, vers le Seigneur, placé au sommet de la troisième voussure. Est-ce Balaam arrivé au haut de la montagne tt prophétisant ? Est-ce Jacob appelant de ses vœux la venue du Messie, ou quelque autre Juste de l'ancienne loi, il est difficile de le préciser.
VL En descendant du côté droit de la voussure, on rencontre d'abord une statue nue, couronnée et reposant sur un piédestal de petite dimension. C'est la statue cToTy d'argent, d'airaifiy de jer et d'argile que vit en songz le roi Nabuchodonosor» Elle est environnée de nuages pour rappeler qu'elle était très haute et se perdait, pour ainsi dire, dans les nues (3), et aussi pour faire souvenir que la vision eut lieu pendant le
(i) Nombres, XXIII, 28.
(a) « Orietur Stella ex Jacob — Une étoile sortira de Jacob. » (Nombres, XXIV, 17).
(0 « Statua illa magtia et staturâ sublimis » (Daniel, ÎI, %i).
sommeil dans les ombres de la nuit. L'inscription n'a conservé qu'un seul mot : STATVA.
VIL Sous cette statue, NabuchodonosoTy étendu sur un lit, dort profondément ; il porte sur la tête la couronne royale.
VIII. Le sujet suivant est le sacre de David, Samuel debout verse l'huile sur la tête de David (i). Celui-ci est de taille plus petite que Samuel, pour marquer que c'est encore un jeune homme et il porte un rouleau pour rappeler les paroles prophétiques qui sortiront, un jour, de sa bouche et les psaumes qu'il composera.
IX. Sous le groupe précédent, on voit la Loi divine représentée par une femme qui d'une main tient les tables de la Loi et de l'autre relève son vêtement pour marcher avec plus de facilité. Sur le côté on lit ces mots : ET : P : SECLA : FVTVR. — « ^terna per saculafutura * futura plutôt que futurus ainsi que le porte le texte reconstitué. « Elle (la Loi divine) demeurera pendant les siècles éternels » >
X. Au bas de la voussure, enfin, on voit dans la fournaise les trois jeunes hébreux, Ananias, Misaèl et Avarias (Sidrach, Misach et Abdénago). Des flammes sortent de la fournaise par de petits trous ronds ; une ouverture plus grande, de forme semi-elliptique, permet de voir, à l'intérieur, les trois jeunes hommes et l'ange envoyé par Dieu pour les préserver des atteintes du feu (2). L'inscription nous est parvenue sans altéra-
(i) li^wV, XVI, 13.
{2) Daniel t chap. III.
tîon ; elle contient ces mots : « + TRES : PVERI : IN : FORNACE. — Les trois enfants dans la fournaise. »