XXV
(4) Il y a quatorze petits tombeaux et trente-quatre morts.
pressement, l'inquiétude, le désir d'être du nombre des élus. Ils sont nus pour rappeler le dépouillement absolu qu'impose la mort; ils sont beaucoup plus petits que Notre Seigneur et même que leurs autres juges, pour marquer la différence de dignité et de sainteté.
^° La séparation des justes et des pécheurs.
A peine rendus à la vie, les justes et les pécheurs sont séparés : « Il séparera les uns d'avec les autres, « comme un berger sépare les brebis d'avec les « boucs » (i).
Cette scène occupe, sous la précédente, toute la largeur du linteau. Au milieu, un ange debout brandit un glaive et repousse les damnés qui se tiennent à sa gauche. Ces malheureux, parmi lesquels on voit un roi, un évêque, un abbé, pour faire souvenir que les grandeurs terrestres et même les fonctions saintes ne mettent pas à l'abri de la damnation, sont accablés par la douleur et le remords. Les uns jettent en arrière, du côté des justes, un regard plein d'amertume et de regrets; les autres baissent la tête et pleurent. Un monstrueux démon à figure grimaçante et sarcastique, placé à l'extrémité du linteau, les attire à lui ; déjà il a passé la corde au cou d'un avare et saisi la bourse que cet infortuné voudrait retenir. A la droite de l'ange, les justes dont l'attitude et les gestes marquent
(i) « Ht separabit eo$ ab invicem sicut pastor segregat oves ab lixdis. » (5. !\Caih. XXV, ^2).
la joie, une agréable surprise, lèvent vers le ciel des regards pleins d'admiration et de reconnaissance. Sur la gauche, un autre ange semble s'entretenir avec eux, les assurer de la réalité de leur bonheur et les inviter à le suivre dans la céleste Jérusalem.
4° V entra des justes au cieL
Pour trouver la quatrième partie du sujet, l'entrée des justes au ciel, il faut revenir à la première et à la seconde voussure. Au-dessus des anges qui sonnent de la trompette, on voit, sur deux rangs, sept autres messagers célestes portant de petites formes ou corps humains, et se dirigeant vers un personnage placé au haut de la deuxième voussure sur la gauche. Ce personnage tient déjà enfermées dans les plis de sa toge et pressées sur sa poitrine, quelques-unes de ces petites formes humaines. Ce sont les anges qui, conformément à la mission que leur attribue la Sainte Écriture, rassemblent les élus.(i) et les portent dans le sein d'Abraham (2), c'est-à-dire dans le ciel : « Avant « Jésus Christ, dit saint Augustin, le sein d'Abraham, « c'étaient les limbes ; depuis Jésus-Christ, c'est le (( ciel, le paradis des bienheureux » (3).
(i) « Et mittet angelos suos... et congregabunt electos ejus à quatuor ventis. » (5. Mat. XXIV, 31).
(2) « Factum est autem ut moreretur mendicus et portaretur ab angelis in sinum Abrahae. » (5. L%ic, XVI, 22),
(3) « Sinus Abrahae. . . qui antè Christum limbus patrum^ post Ckristum est cœlum, quod est paradisus beatorum. » (S. Augustin, lib. IV, de anima et ejus origine, caput XVI ; Cornel. à Lapid. tom. XVI,
$^ La distribution des r&ompenses.
Au sommet de la troisième voussure, un ange distribue des couronnes, symboles de la victoire : « Celui qui aura vaillamment combattu sera couronné » (i). De chaque côté se tiennent les martyrs avec des palmes (2) et d^autres bienheureux avec des fleurs. Tous sont assis sur des trônes selon la promesse du Seigneur : « Celui qui aura vaincu prendra place (c avec moi sur mon trône — Qui vicerit daho ei if sedere mecum in throno meo » (3).
6® Vétat de bonheur et de gloire des élus.
A la quatrième voussure, les élus assis sur des trônes et portant des couronnes et des sceptres, symboles de leur royauté (4), jouissent dans le ciel de la gloire et du bonheur, fruits de leurs travaux et de leurs vertus. Parmi ces habitants de la céleste Jérusalem se placent tout naturellement les martyrs que représentent les grandes statues.
pag. 222). — Ce symbolisme du sein d'Abraham est appuyé sur l'autorité de rËglise qui chante à Toifice des Morts : « Et in sinum Abrahae angeli deducant te », et au jour de St-Martin : « Martinus Abrahas sinu Isetus excipitur, Martinus hic paupsr et modicus cœlum dives ingreditur » (5* antienne de laudes).
(i) « Non coronabitur nisi qui légitimé certaverit. » — « Et dabo tibi coronam vit». » {Apoc. II, lo).
(2) f Et palmae in manibus eorum. . » {Apoc, VII, 9) — La palme est le symbole du triomphe.
(3) Apocalypse f III, 21.
(4) « Et regnabunt in saecula sseculorum » (Apoc, XXII, $)•
— io6 —
I. Le plus rapproché de la porte, à gauche, est saint Etienne^ premier martyr. Il porte les vêtements de son ordre, le diaconat, c'est-à-dire l'amict, l'aube, le manipule, la dalmatique à manches brodées. Il tient des deux mains le livre des Évangiles (i) et une palme. Sous ses pieds, un homme accroupi et tenant une pierre, rappelle le genre de mort qui lui fut infligé par les Juifs, la lapidation (2).
IL La deuxième statue est celle de saint Laurent^ martyrisé à Rome au m* siècle. Ses vêtements sont les mêmes que ceux de saint Etienne avec cette différence que Tétole, qu'on ne voit pas sous la dalmatique de saint Etienne, est visible sous celle de saint Laurent. Il tient aussi des deux mains le livre des Évangiles, mais n'a pas de palme. Du pied il renverse et tient cloué à terre un personnage couronné et revêtu d'un manteau. C'est le tyran impie, dont il a vaincu et trompé la cupidité en distribuant aux pauvres, avant son arrestation, les biens de l'Église dont la garde lui était confiée (3).
in. La troisième statue représente saint Théodore, soldat martyr au commencement du iv« siècle. Habillé en guerrier du Moyen âge, il tient d'une main sa lance et de l'autre s'appuie sur son boucUer dans l'attitude du repos après la victoire. Sur le socle de cette statue on voit un petit temple entouré de flammes ;
(i) Les diacres sont ordinairement représentés avec un livre parce que leur ofHce le plus honorable est de chanter l'Evangile à la messe solennelle. (2) AcL des Apôtres, VII.
(î) Hist. de l'Eglise — Vie des Saints — 'Brév. Rom., lo août.
une idole est à Tentrée sous la colonnade et sur le fronton on lit ces mots : « Templum Martis », L'histoire ecclésiastique nous apprend que saint Théodore fut mis à mort pour avoir incendié un temple consacré aux faux dieux (i).
IV. De l'autre côté de la porte, la première statue est celle de sainte Thêcle, vierge et martyre au i**" siècle. Elle est vêtue d'une robe traînante serrée à la taille par une ceinture, et d'un manteau retenu sur la poitrine par une patte ou étroite bande d'étoffe. De la main droite elle tient cette patte et de la gauche une palme. Le genre de suppHce auquel on voulut la soumettre, est rappelé par les deux animaux féroces placés sur le socle (2). Thècle fut exposée aux bêtes de l'amphithéâtre ; mais celles-ci, oubliant leur cruauté naturelle, se couchèrent à ses pieds et les léchèrent comme pour lui témoigner leur respect.
V. Auprès de cette sainte se trouve l'apôtre et le premier évêque de Paris, le glorieux martyr saint Denis, Revêtu des ornements pontificaux : amict, aube brodée, manipule, étole, chasuble forme Moyen âge, portant la mitre et le bâton pastoral, il bénit de la main droite et de la gauche réduit un lion à l'impuissance en enfonçant dans sa gueule la pointe de sa crosse. Ce lion terrassé symboHse le paganisme vaincu par le zèle apostoUque de saint Denis (3).
(i) Hist, de l'Église — Vie des Saints — 'Brèv. Rom.f 9 novembre.
(2) Grande Vie des Saints, par Collin de Planct, tom. XVIII, 23 septembre.
(3) Grande Vie des Saints, par Collin de Planct, tom. XIX, 9 octobre.
— io8 —
VI. La dernière statue est celle de saint Georges, tribun militaire, martyrisé sous Dioclétien. Comme saint Théodore, il porte le costume des guerriers du Moyen âge, mais il a la tête couverte du casque. D'une main il s'appuie sur son bouclier, de l'autre il frappe et transperce d'un coup de lance un dragon étendu sous ses pieds. C'est le symbole de la victoire que ce courageux disciple de Jésus-Christ remporta, lorsque, conduit dans un temple d'idoles, les statues furent renversées à son approche et le démon obligé de confesser qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu (i).
7° Conclusion pratique que les vivants doivent tirer du spectacle du Jugement dernier.
La cinquième et dernière voussure, sur laquelle se trouve figurée la parabole des cinq vierges sages et des cinq vierges folles (2), rappelle aux vivants que la conclusion à déduire du grand spectacle du Jugement dernier est celle-là même que Jésus-Christ tirait de la parabole : « Veillez, parce que vous ne savez ni le « jour ni l'heure — Yigilate itaque quia nescitis diem € nequehoram » (3).
Au sommet de la voussure on voit le Seigneur la tête ornée du nimbe crucifère. D'une main il bénit, de l'autre il tient un livre, TÉvangile. A ses côtés se trouvent d'abord deux portes, l'une ouverte, l'autre
(1) Grande Vie des Saints , par Çolun de Planct, tom. VIII, 25 avril,
(2) St-Matb. XXV, I à 15.
(0 St-Math. XXV, 13.
fermée, puis les dix vierges placées les unes sous les autres. Sur la droite du Sauveur, ce sont les cinq vierges sages ; elles sont assises et tiennent leurs lampes (i) droites et allumées pour marquer qu'elles veillent et attendent l'Époux ; aussi la porte qui se trouve de leur côté, est-elle ouverte. Q.uand on criera : « Voici rÉpoux, venez à sa rencontre » (2), elles pourront y aller et entrer avec lui dans la salle des noces (3).
Sur la gauche de Jésus-Christ, ce sont les cinq vierges folles. Elles sont assises comme les autres, mais leurs lampes sont renversées et éteintes. Quand au milieu de la nuit on donnera le signal du passage de rÉpoux, elles ne seront pas prêtes et à leur arrivée elles trouveront la porte fermée « Et clausa est (( janua » (4). Elles auront beau crier : t Seigneur, a Seigneur, ouvrez-nous, » la porte demeurera close.
« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni a l'heure. »
Des pinacles de grandes dimensions s'élèvent à la naissance des frontons et complètent la décoration des porches. Ces pinacles sont à base carrée et percée à jour. Une corniche, couverte de feuillages enroulés, couronne cette base et supporte une flèche octogonale, qui n'a d'autre ornement que le fleuron de son sommet et de petites pyramides triangulaires s'élevant
(i) Ces lampes ont la forme d'une coupe.
(2) St-Matb. XXV, 6.
(3) St'Matb. XXV, 10.
(4) St-Matb. XXV, 10.
— IIO —
sur quatre de ses côtés. Ces clochetons ont un aspect un peu lourd ; leurs flèches, en particulier, sont trop massives, elles écrasent la base qui les supporte. Sous les clochetons ou pinacles du milieu^ la rencontre des frontons est ornée de deux énormes gargouilles, figures d'animaux monstrueux, destinées, on le sait, à servir de conduits aux eaux des toits et en même temps à symboliser les vices de l'humanité (i).
IL Deuxième étage du portail. — Rose et fenêtres.