‹ La cathédrale Notre-Dame de LaonChapitre 34 sur 72 · I. La nef · texte numérisé non relu

I. La nef

Pour visiter l'extérieur de la cathédrale du côté du midi, i! faut revenir sur ses pas jusqu'au grand portail et se placer d^ibord un peu sur la droite de la tour méridionale. De là, on voit une partie de la plus grande et de la plus ancienne des chapelles latérales de la nef, celle dite des Fonts;

De cet endroit on se dirigera par la place du Parvis vers la rue du Cloître, qui longe- le côté méridional de l'église, et, en passant, on remarquera sur sa gauche Yancien cloître, qui de la chapelle des Fonts s'étend jusqu'au transept.

Bâti sur un plan rectangulaire, dont il occupe trois côtés, ce cloître "appartient, selon toute apparence, aux premières années du XIII* siècle.

Extérieurement, il ne présente qu'un mur massif, dont la partie supérieure est garnie de petits contreforts et se termine par une frise ornée d'enroulements.

Les ouvertures carrées qu'on y voit, ont été percées après coup, quand on eut la malencontreuse idée de transformer une partie de ce cloître en* habitations particulières.

A l'extrémité et au sommet du mur qui ferme le cloître du côté du transept, on voit sous un dais, la statue mutilée d'un ange aux ailes déployées au-dessus de la tête et tenant entre les mains un cadran solaire. L'attitude de cet ange, les. plis de son vêtement indiquent qu'il est contemporain de l'édifice sur lequel il e3t placé. Le cadran est moderne et porte la date de

A l'intérieur, le cloître se compose d'une suite de travées voûtées en ogive et éclairées, du côté de la cour ou préau, par des arcades géminées audessus desquelles s'ouvrent des roses formées d'un quatrefeuille central entouré de seize oculi. Malheureusement presque toutes ces ouvertures sont murées.

Dans la cour du cloître s'élève la salle capîtulaire. Comme elle n'offre, à l'extérieur, rien de remarquable, nous n'en parlerons qu'en faisant la description de l'intérieur de la cathédrale^ avec laquelle elle communique par un petit couloir.

Ces diverses constructions ne permettent pas de voir, de \a rue, les chapelles qui s'élèvent le long de la nef depuis le portail jusqu'au transept. Ces chapelles, d'ailleurs, ressemblent à celles qui leur font pendant du côté du Nord.

Au-dessus de ces chapelles, le bas-côté et l'étnge supérieur de la nef et du transept présentent aussi les

mêmes dispositions et à peu près la même décoration que le côté septentrional correspondant.

IL Le transept méridionaL — Tortail du Sud.

Après avoir tourné l'angle du cloître, on se trouve en face du portail qui termine le transept du midi.

Divisé en trois parties dans le sens de l'élévation, ce portail est, comme les deux autres, accompagné de deux tours, celle de gauche, haute et élégante, celle de droite, inachevée et ne dépassant point la crête des toits ; mais les remaniements considérables qu'il subit au XIV® siècle, ne lui ont rien ou presque rien laissé de sa forme et de sa décoration primitives.

Au rez-de-chaussée, il se compose de deux grandes portes juxtaposées. Les côtés ou ébrasements de ces portes sont ornés de colonnettes sur lesquelles s'appuient des voussures simples et deux frontons aigus, flanqués de pinacles en application.

La base de ces colonnettes, leurs chapiteaux couverts de feuillages délicatement fouillés ; les tympans découpés à jour et divisés en plusieurs compartiments, dont le principal, celui du milieu, affecte la forme d'une rose, dans laquelle sont inscrits des losanges ornés de quatrefeuilles ; les feuilles de chardon ou de chou sculptées sur les rampants des frontons, tout cela indique bien Tépoque à laquelle on attribue celte partie de l'édifice.

Sur le pil'er qui sépare les deux portes et dans le tympan de chaque fronton se trouvent des statues pas très anciennes et sans valeur artistique. Elles représen-

tent la Très sainte Vierge, saint Rémi, fondateur de Tévcché de Laon, et saint Génebaud, son premier évêque. Ces statues sont abritées par des dais dont l'un, celui du milieu, est couronné d'un pinacle élancé ; les deux autres se composent d'une tenture ou draperie étendue au-dessus du saint par deux petits personnages.

Le second étage du portail est tout entier occupé par une haute et large fenêtre rayonnante divisée en trois lancettes d'inégale hauteur et une grande rose. Clucune des lancettes, portée par des meneaux pleins de hardiesse et d'élégance, est elle-même subdivisée par un autre meneau plus léger en deux baies terminées par des arcs trilobés. Au-dessus de ces arcs s'épanouissent des rosaces à cinq lobes, des quatrefeuilles, des trèfles et a'autres peiits compartiments dont la forme fait prévoir l'apparition prochaine du style flamboyant. La grande rose, qui occupe toute la partie supérieure de la fenêtre, se compose d'un fleuron central entouré de compartiments allongés en forme de rayons et réunis en faisceaux au nombre de sept ; l'espace libre entre ces flûsceaux est occupé par des trèfles et d'autres pentes divisions. Une guirlande de feuilles élégamment disposées et travaillées avec art, couvre Tare extérieur de cette fenêtre ; à la naissance et au sommet de cet arc apparaissent des figures d'animaux. De chcique côté de la fenêtre deux monstres servent de gargouilles.

Le troisième étage comprend une galerie élevée au-dessus d'une frise ornée d'une riche décoration végétale. Cette galerie se compose de neuf arcades dont les archivoltes sont couvertes d'un double rang

de feuilles et de fleurons finement découpés. Un peu au-dessous de Tarcade du milieu se trouve un cadran solaire qui paraît assez ancien.

La façade méridionale se termine, comme celle du nord, par une corniche horizontale garnie de feuillages.

A gauche du portail, s'élève la iotw de l'horloge, bâtie sur plan carré et soutenue à sa partie inférieure par de puissants contreforts. La base de cette tour est percée d'une porte encadrée de colonnettes et surmontée d'arcs en segment de cercle ornés de feuilles entablées et de fleurons. Au-dessus de ces arcs une petite statue de saint Béat^ en costume de pèlerin, est abritée sous un dais, dont la partie supérieure est coupée par une arcade surbaissée, construite en cet endroit pour consolider la tour. Sous cette arcade le mur a conservé quelques traces d'anciennes peintures représentant les apôtres. Au dessus s'ouvraient jadis deux baies à ogives trilobées, puis une fenêtre plus grande à archivolte ornée de feuilles. Ces trois ouvertures sont actuellement bouchées.

Plus haut, la tour s'isole du portail et le domine, et chacun de ses quatre côtés est percé de lancettes. Au-dessus de cet étage le plan se modifie; de carré il devient octogonal et Ton voit, sur les faces et sur les contreforts, une série d'arcades et d'arcatures surmontées d'archivoltes et de larmiers fleuris. Derrière les arcades, une galerie avec passage sous les contreforts, permet de circuler entre le mur intérieur de la tour et la construction extérieure.

Le troisième étage de la tour est percé de huit longues ouvertures, dont quatre sont en partie mas-

quées par les tourelles qui s'élèvent sur lès angles ; les autres sont garnies de colonnettes, entourées d'une ligne de crosses végétales, et surmontées d'archivoltes ornées de têtes saillantes et de crochets. Les quatre tourelles qui flanquent cette partie de la tour, sont, comme celles du grand portail, divisées en deux étages, avec cette différence toutefois que l'étage inférieur, au lieu d'être carré, est octogonal et présente extérieurement cinq arcades ogivales, portées par de belles colonnes rondes et d'une seule pièce ; l'étage supérieur ofli'e la même disposition et ils se terminent l'un et l'autre par une corniche ornée de crosses végétales ; une ornementation analogue s'épanouit sur tout le sommet de la tour.

Au dessus et comme couronnement de toute la construction, s'élève une petite flèche en bois d'un caractère artistique plus que contestable ; elle renferme les trois cloches qui compose la sonnerie de l'hoiloge, et porte sur sa pointe un ange tenant une croix. On arrive au sommet de la tour par un escalier à jour, semblable à ceux du grand portail.

A la base de cette tour, du côté de l'ouest, et dans un endroit où elle est très peu en vue, se trouve une rose tris remarquable et par la délicatessse de ses ornements et parleur conservation (i). Elle est composée de douze lobes qui devaient primitivement s'unir à un fleuron central aujourd'hui disparu ; plusieurs mou-

(i) Pour voir cette rose, il faut entrer dans un petit couloir, dont la porte se trouve auprès de celle de la salle capitulaire, à l'intérieur de l'église^ au pied de la tour.

lures circuliiires, dont deux sont couvertes de riches guirlandes de feuilles et de fleurs eu relief très délicnement travaillées, l'entourent et lui font un cadre des mieux réussis.

La tour de l'horloge, qui est plus haute et plus élancée que celles du grand portail, semble appartenir, par sa partie inférieure, à peu près à la même époque que le transept à l'extrémité duquel elle s'élève ; quelques moiifications toutefois furent faites à plusieurs de ses ouvertures. Quand à la partie

qui domine le portail, elle présente les caractères bien évidents d'une époque postérieure ; sa décoration, composée presque exclusivement de crochets ou

crosses végétales, ses tourelles plus sveltes que celles des tours du grand portail, et plusieurs autres détails ne permettent guère de la faire remonter au-delà du premier tiers du XIII* siècle.

C'est dans cette tour que fut placée au commencement du XV* siècle la premiire grande horloge de la cathédrale : « Le chapitre ne voulant pas rester en arrière des autres villes, se réunit le 9 mars 1407-8, sous la présidence de son doyen, Pierre de Bièvre, et décida d un commun accord Tinstallation sur la tour en pierre qui s'élève du côté du cloître — super thuri lapidea super claustrum — d'une horloge et d'une cloche de 4000 livres pour sonner les heures (i). L'horloge actuelle date de 186 1 (2), mais la cloche qui sonne les heures, est encore celle du XV* siècle.

Cette cloche, qui mesure 1^40 de haut et 5^17 de circonférence à la partie inférieure, est fixé et sans battant. C'est une des plus anciennes de la région ; elle date de 1408. A la hauteur du cerveau on lit disposée sur une seule ligne l'inscription suivante en vers latins à rime intérieure (cinq hexamètres et un pentamètre, le second) :

Horis nocturnis pulsum donoque diurnisy In sacris dego ; sum Julianus ego ; Ut plebs vocetur ad que bona quisque tenetur. Laudes reddo Deo, qui me levavit ab ymo

(i) Registre des délibérations du chapitre de la cathédrale de Laon, année 1407, f> 49.

(2) A. BouxiN, Lm première grande Ijorloge de la cathédrale de Laon, Reims, Matot, 1901, 8', 7 pag.

— ISO —

^nno milleno quadringeniesimo quinto, Ipso ter junctOj tnaii vicesimo quinto. (i)

Sous cette inscription dont le lecteur aura remarqué les nombreuses incorrections, se trouve le nom du fondeur : « Gilet de Montigny tne fist ». Auprès de ce nom plusieurs pièces de monnaie avaient été soudées ; une seule, un jeton d'argent, dont l'inscription n'est plus visible, a résisté à l'action destructrice du temps et des éléments.

Les deux petites cloches qui complètent la sonnerie de l'horloge, sont du i8* siècle. Elles portent chacune l'inscription suivante : t J'ay été fondue par Bouvet en l'année IJJJ ^^^

Dans cette même tour de l'horloge se trouve une autre petite cloche, actuellement destinée à sonner les enterrements d'çnfants. L'inscription he contient qu'une invocation et la date de 1664 : t Sit nomen Domini benedictum, 1664. ».

Le commencement de tour qui accompagne à droite le portail du midi, est semblable à la partie inférieure de la tour de l'horloge et appartient à la même époque. On remarque cependant à son dernier étage des baies moins hautes que celles de l'étage correspondant de l'autre tour, et une corniche dont la décoration végétale est d'une époque moins ancienne. On a,

(i) c Je sonne les heures de la nuit et celles du jour. Je passe ma vie à des œuvres saintes (dans un lieu sacré ?) Je me nomme Julien ; ma voix rappelle au peuple les devoirs que chacun est tenu d'accomplir. Je rends gloire à Dieu qui de très bas m*a élevé si haut Tan mil quatre cent cinq et une année trois fois ajoutée (1408}, le vingt-cinq mai »,

- iSi -

d'ailleurs, constaté en cet endroit la présence de la pierre de 'Chermizy, ce qui indique, comme il a été dit plus haut (page 38), une date postérieure à 1205.

Ce commencement de tour était jadis terminé par une jliche en boiSj dans laquelle était la sonnerie du chapitre dite « l'ordinaire ». Cette sonnerie composée de cinq ou sixgcloches subsista jusqu'à la Révolution (i).

A partir de cet endroit, ce qui nous reste à décrire de la cathédrale (2), caché par un pâté de maisons particulières, est inaccessible aux visiteurs. C'est, d'ailleurs, à peu de chose près, comme plan et comme ensemble, la reproduction de ce que l'on voit du côté du nord. Je me bornerai à signaler, pour le transept, la particularité suivante : La chapelle qui se termine en abside, est flanquée d'une haute tourelle surmontée d'une flèche en pierre sur laquelle a été placée^ il y a environ douze ans, une statue de lévrier. Cette tourelle renferme un escalier dans lequel on voit encore deux portes garnies de leurs antiques ferrures (3).

m. — Le chaur.

Les chapelles latérales du chœur sont au nombre de cinq. Les quatre premières, à partir de la sacristie construite dans l'angle formé par la rencontre du chœur et du transept, semblent appartenir à la même époque que le portail du midi. Leurs contreforts sont

(i) Melliville, Hist. de Laon, t. I, p. 126.

(3) Tout un côté du transept et du choeur.

($) Pour la date de la construction de cette chapelle et de la tourelle voir plus haut page 38.

galerie qui domine les trois grandes lancettes du chevet. Mais quel dommage que la disparition du plus grand nombre des antiques verrières ait fait perdre à la cathédrale cette lumière discrète et voilée qui donne un caractère si religieux à l'intérieur des édifices sacrés, cette demi-obscurité mystérieuse si favorable au recueillement et à la méditation !

L'édifice est divisé dans sa longueur en trois parties : la nef, le transept et le chœur ; dans sa largeur en trois nefs : celle du milieu et les deux collatérales ; dans sa hauteur en trois étages : les grandes arcades ou étage inférieur, le triforium composé dé larges tribunes surmontées d'une petite galerie, et le clerestory ou étage supérieur.

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