‹ La cathédrale Notre-Dame de LaonChapitre 35 sur 72 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La Nef.

L — Alla centrale.

La nef est divisée en douze travées dont chacune se compose, au rez-de-chaussée, d'un arc ogival soutenu par de grosses colonnes rondes. Les bases de ces colonnes sont alternativement cafrées ou octogones ; les carrées sont garnies à leurs angles de teuilles recourbées ou pattes. Les chapiteaux, surmontés de tailloirs tantôt carrés, tantôt à huit pans, selon que la base est ou quadrangulaire ou octogonale, sont décorés d'une façon très simple, mais variée ; ce sont généralement deux, trois et même quatre rangs de

feuilles plates, feuilles de nénuphar et de plantain, avec ou sans nervures et dont l'extrémité se recourbe le plus souvent en crochet.

Sur l'abaque de ces chapiteaux, repose un faisceau composé alternativement de trois ou de cinq colonneties qui s'élancent jusqu^iu clair-étage pour recevoir les nervures de la voûte. Ces colonnettes, séparées les unes des autres et réunies seulement de distance en distance par des anneaux, sont d'une hardiesse étonnante et d'une merveilleuse élégance ; on ne se lasse pas de les contempler, de les admirer et Ton éprouve une ineffable jouissance à les suivre dans leur audacieuse ascension.

Bien que, de prime-abord, la plus parfaite unité paraisse régner dans toute la nef, on ne tarde pas cependant à constattr que les cinq travées les plus rapprochées du transept ne sont pas, au moins à Tétage inférieur, exactement semblables au sept premières. Quatre des colonnes qui soutiennent les grandes arcades, la septième et la neuvième de chaque côté, sont cantonnées de cinq colonnettes annelées dont quitre s'élèvent des angles de la base aux angles du tailloir; la cinquième est placée un peu en saillie sur le milieu de la face qui regarde l'allée principale.

Quel motif fit adopter cette disposition, qu'on ne rencontre nulle part ailleurs dans la cathédrale ? Le voici selon toute probabilité. L'architecte chargé de poursuivre l'œuvre commencée et de transformer en nef ogivale l'antique vaisseau roman, éleva en premier lieu les travées les plus voisines du transept ; mais il voulut, dans cette partie de l'édifice, éviter le défaut

qu'il avait remarqué dans les faisceaux de colonnettes qui soutiennent les voûtes du transept et des trois premières travées du chœur, défaut qui consiste, nous l'avons vu (page 34), en ce que la partie supérieure des colonnettes destinées à recevoir l'arc formeret, n'est pas sur la même ligne que la partie inférieure, mais se trouve rejetée un peu sur le côté. Pour corriger ce défaut, cette disposition désagréable à Toeil, il fallait séparer les colonnettes les unes des autres. L'architecte le fit ; mais dans la crainte, sans doute, de trop surcharger les angles des abaques sur lesquels reposerait désormais un poids considérable, et pour les empêcher de faiblir, il éleva les colonnettes en question autour de la colonne principale,

Qiielques-uns pensent que cette addition de colonnettes produit le meilleur effet; d'autres trouvent, au contraire, qu'elle enlève de la légèreté et de la grâce à la construction. Cette dernière opinion paraît avoir été celle de l'architecte lui-même ou du moins celle de son successeur dans la direction des travaux, puis* que, à partir de la sixième travée, le système est abandonné et le faisceau de colonnettes tout entier repose hardiment sur le seul chapiteau. Quoi qu'il en soit, personne ne contestera à ces piliers un caractère tout particulier et d'une grande originalité.

On remarque encore dans la nef une autre différence : les arcades du rez-de-chaussée ne sont pas exactement de la même hauteur ; les cinq plus rapprochées du transept sont un peu moins élevées que les autres.

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