III. Détail des chapelles
Parcourons maintenant ces diverses chapelles en commençant par celles qui se trouvent au midi et notons ce que chacune a de particulier et d'intéressant.
A. Chapelles du côté méridional de la nef
I. La première qui s'offre à nos regards, est hi chapelle dite des Fonts. Elle s'ouvre sur le bas-côté, prés du gfand portail, par deux larges et hautes arcades, et forme à elle seule un petit monument qu'on attribue au XIII^ siècle. De toutes les annexes de la cathédrale, c'est la plus vaste et Tune des plus remarquables. Deux portiques ou devantures la séparent de la nef latérale. Ces devantures sont un peu plus hautes que les autres ; leur style est assez mélangé ; le dorique et l'ionique y dominent ; mais l'entablement, au lieu de reposer sur quatre colonnes comme dans les autres portiques, s'appuie sur des pilastres.
Connne je l'ai indiqué en parlant du plan de la cathédrale, cette" chapelle est divisée en trois nefs de deux travées chacune ; une troisième travée ajoutée à la nef du milieu, du côté de l'Est, forme un petit sanctuaire. De nombreuses ouvertures y répandent la lumière ; le petit chevet carré est, à lui seul, éclairé par trois lancettes percées dans le mur du fond et par
deux fenêtres géminées ouvertes sur les côtés. Les voûtes sont de la même hauteur que celles des bas-
côtés et leurs arceaux reposent sur des colonnes isolées et sur des piliers cantonnés de colonncttes.
C'est dans ce petit monument ou plutôt dans la
première travée de Tancien cloître qui lui est annexée, que se trouve la plus grande des dtux cuves baptismales^ que possède Téglise Notre-Dame. Cette cuve se compose d'un réservoir taillé dans un bloc de schiste ardoisicr dont la partie supérieure est carrée et ornée d'une frise couverte de petites arcatures cintrées, tandis que la partie inférieure est arrondie et n'a d'autre décoration que quatre grandes feuilles qui s'allongent pour soutenir les angles de la partie supérieure. Ce réservoir s'appuie sur un fût cylindrique très court reposant lui-même sur une base circulaire ornée de feuilles et de dessins profondément fouillés. Ce fût et cette base sont en pierre blanche ; ils portent des traces de peinture et sont postérieurs au calice, dont la forme et les ornements semblent indiquer au plus tard le commencement du XII* siècle Voici les principales dimensions de ces fonts baptismaux : Hauteur, o" 96 ; largeur de la cuve, i™ 10 ; diamètre de la base, o"'95 ; diamètre du réservoir à Tintérieur, o™ 82.
On s'est demandé et l'on se demande encore quel fut, au juste, la destination de cette grande annexe de l'église, que nous venons de décrire. Fut-elle vraiment le baptistère de la cathédrale ou une simple chapelle ? Les avis sont partagés. Ceux qui la considèrent comme une simple chapelle, disent que t les fonts n'y ont été placés que depuis la Révolution » (i) et qu'autrefois elle t servait de paroisse aux habitants de
(i) Melleville, Hist. de Laon, toiii. I, pag. 117.
la petite rue de la Charpenterie » (i). Ceux qui en font un baptistère, allèguent^ comnne preuve de leur assertion, le nom de € N.-D. des Fonts » (2) qu'elle portait jadis, la place qu'elle occupe à l'entrée de l'édifice et sa disposition intérieure, laquelle se prêtait parfaitement aux cérémonies qui accompagnaient Tadministraiion solennelle du baptême par l'évêque, la veille des grandes fêtes.
On Voyait, il y a quelques années, sur le pavé de cette chapelle plusieurs pierres tombales, entre autres la plus ancienne de celles que possède la cathédrale. Cette dalle, qui un jour probablement sera replacée dans l'intérieur de l'église, est entourée de l'inscription suivante :
(5€Rys: CHRoniGtis : leud : ohh-
S€; Pi €0: OBUS. : HRROi DobiRI i ÎR- G- G i SeXHaèsiSRO i PRIÎRO ;
îR€ns€ : novejRBRi ;
«Hic jacet tnagister Hungerus canonicus Laudunensis, Orale pro eo, \Obiit anno Domini M Ç C sexagesimo primo {1261) mense novembri. » Sur le milieu de la pierre on voit une grande croix gravée, et^ au pied de cette croix, la date de 1785, qui est probablement celle de l'inhumation d'un autre défunt dans le même tombeau.
(1) De BeaOViLLé, Bulletin de la Soc. Acad. de Laon, t. XVIII, p. 107.
(2) id.
2. La deuxième chapelle est séparée de la précédente par une travée du collatéral. Elle appartient^ ainsi que toutes celles qui se trouvent du même côté de la nef aux dernières années du XIIP siècle ou au XIV«. Sur la devanture on lit la date de 157S, qui est celle de la construction non de la chapelle, mais de la devanture. A riniérieur, au-dessus des arcatures trilobées qui ornent le mur, on remarque des sculptures mutilées représentant des . anges ; celui du milieu tient une couronne brisée.
^* chapelle. Sa devanture porte la date de 1573- Les sujets sculptés à l'intérieur au-dessus des arcatures, ont été restaurés. Ils représentent des anges; celui du milieu tient un volumen déployé ; celui de droite, une couronne d'épines; celui de gauche^ les trois clous. Ces objets sembleraient indiquer que cette chapelle était dédiée à la Passion de Notre-Seigneur.
4^ chapelle. Sur la devanture, au-dessus des colonnes formant la claire-voie, on distingue des arbres, des fleurs et des oiseaux délicatement sculptés ; d'autres petits oiseaux, peints entre les triglyphes, décorent la frise. Les sculptures de l'intérieur de la chapelle représentent, au milieu, un personnage paraissant sortir d'une église et présenter quelque chose à un autre, assis en face de lui et tenant un livre. A droite un troisième personnage, en costume de pèlerin ou de • voyageur, s'avance appuyé sur une béquille ; à gauche un ange se tient les mains jointes.
On voit, dans cette chapelle, dressées contre le mur, quelques-unes des innombrables pierres tombales qui jonchaient jadis le sol de la cathédrale. Elles ont été rele-
vées, ainsi que d'autres dont nous aurons bientôt Toccasion de parler, dans le but très louable de les soustraire à la destruction et de conserver quelques spécimens au moins de l'art si intéressant du tombier dans les siècles passés.
La plus grande de ces dalles tumulaires mesure 2^83 X i"25 ; elle est en pierre du pays, et représente un riche portique Renaissance, sous lequel est abrité un prêtre en habits sacerdotaux. L'inscription, gravée autour de la pierre, est ainsi conçue : « Cy gist vénérable et discrète personne maislre Robert . . . .en son
vivant prebtre et chanoine jour du mois de janvier
l'an TS42. Prie:^ Dieu pour son âme,, »
La seconde dalle, également en pierre du pays, mesure i"*35 X o" 95. L'effigie gravée au milieu figure, sous l'arcade d'un édicule de style flamboyant, un chanoine vêtu de la chasuble antique et agenouillé sur un carrelage triangulaire, blanc et noir. Devant lui est un calice et au-dessus de sa tête une banderole portant ces mots : « Expecto resurrectioneni mortuorum et vitam eternam ». L'inscription suivante se trouve sur l'encadrement : » Cy gist vénérable et discrète personne messire Guillaume Cabot, alias de BeccOy du diocèse de Rouen j en son vivant chanoine et soubsregnaire de céans, quitrespassa le u^ de septembre M V^ et VI . Vrie^pour son âme » .
La troisième dalle, en pierre du pays, i"20 X 0^6^, est celle du chanoine %egnault Gervais^ représenté debout, la tête nue, les mains jointes, revêtu d'une riche chasuble et d'une aube ornée d'un parement, et portant l'étolc et le manipule. Un
calice est placé sur sa poitrine. La banderole qui entoure sa tête porte cette invocation: « Domine miserere nobis ». L'inscription qui entoure la pierre, est ainsi conçue : « Cy gist vénérable et discrète personne maître Regnault Gervais^ natij (TEscorda (i), diocèse de RainSy chanoyne de céans y qui irespassa le XI I^ jour de janvier !K P XL. Priés pour luy ».
/* chapelle. Sur les fûts des colonnettes du portique on voit les lettres suivantes isolées ou entrelacées : c. D. H. Ce sont probablement les initiales de celui ou de ceux qui firent élever cette balustrade. Parmi les sculptures on remarque, sur les soubassements, des traces de couronnes royales, et au-dessus des colonnettes, de petites pyramides sur lesquelles grimpent des guirlandes de feuilles délicatement travaillées.
Dans les angles ou écoinçons formés par les arcatures du fond, se trouvent trois sujets assez bien conservés. Ils représentent la Décollation de saint Jean-^apliste, Du côté gauche, le bourreau lève le bras et brandit une épée pour trancher la tête du précurseur, pendant que, près de lui, un ange apporte une couronne. Au milieu, on voit le cadavre du saint étendu ; la tête détachée a roulé sur le sol ; un personnage, peut-être le bourreau, se penche comme pour relever cts restes inanimés ; un peu sur la droite, Hérodiade, la couronne sur la tête et assise sur un trône, contemple cette scène sanglante. Deux anges occupent les angles.
La scène représentée du côté droit, se compose de
(ï) Ecordal (Ardenncs).
deux personnages dont l'un est agenouillé et l'autre tient une sorte d'équerre. Ces sujets semblent indiquer que cette chapelle était celle dédiée à la Décollation de saint Jean-Baptiste.
Trois pierres tombales très grandes sont dressées contre les murs.
La première, en schiste ardoisîer, de 2^85 X i"45, paraît être du XIV* siècle, à en juger par les restes d'ornements qu'elle a conservés. Elle était richement décorée. Un prêtre y est représenté en habits sacerdotaux et les mains jointes ; malheureusement elle est très détériorée et l'inscription qui l'entourait, n'offre plus que des fragments très incomplets : €.,, de Thoulis natum, justum, stremiuniy modéraium ... rectorem... »
La deuxième est une magnifique dalle en pierre blanche, de 2^95 X i'"46, sur laquelle est gravée, au milieu de riches et nombreux ornements de style flamboyant, l'effigie du chanoine Philippe Lenfant — Infantius, représenté avec les vêtements sacerdotaux et tenant un calice entre les mains. Il semble adresser à Dieu la prière suivante écrite sur un volumen qui lui entoure la tête : • Ne ineas judicium mm servotuo, Domine » (i). L'inscription suivante se lit autour de la dalle :
« Cy gist vénérable et discrette personne maître Philippe Infantius y natif du diocèse d^ Amiens, en son vivant pbre (prêtre) chanoine de V église de céansy qui trespassa le sixiesme jour du moys de apvril 7nil cinq cens soixante
(I) Ps. 143.
avant Pasques. Prie:^ Dieu pour son âme par III Ave Maria ».
La troisième pierre tombale, 2"io X i"03, est celle du chanoine Hilaire Mariât, t C'était, dit Fleury (i) une des plus belles et des mieux conservées de la cathédrale. L'influence de Part du Moyen âge en est absolument bannie. Dans un joli portique très compliqué de la Renaissance se voit l'efligie du défunt la tête appuyée sur son aumusse déployée, » ou plutôt sur un coussin. Voici l'inscription qui entoure la dalle :
€ Cy gist vénérable et discrette personne M® Hylaire Mariât pbre (prêtre) chanoine de céansy natifT^ de Chacrise^ diocèse de SoissonSy qui a fondé en l'église de céans ung obit solennel pour luy et ses parens et amys trespasséSy qui décéda le jour de la Purification Notre Dante M V^LXXII (1572). Prie:(^ Dieu pour son ânie ».
Autour de la tête est gravée cette invocation : « Deus propitius esto tnichi peccatori, » et sous les pieds, cet avertissement : « Respice finem ».
6^ chapelle, — Les arcatures, qui se trouvent sous la fenêtre, sont formées d'arcs. en ogive non trilobés et Tune d'elles a été remaniée et modifiée à l'époque où régnait le style flamboyant. Les sculptures qui garnissent les écoinçons, représentent, au milieu, la délivrance de saint Pierre. L'apôtre assis auprès de murs crénelés qui figurent sa prison, reçoit la visite de Fange qui lui commande de se lever et de partir. —
(i) Chiquante ans de l* Histoire du chapitre Xotre-Daine de Laon, page 155.
A droite, c'est une femme assise et devant elle un personnage debout et tenant un livre ; à gauche deux hommes, l'un debout et l'autre à genoux devant le premier. Ces bas-reliefs ont conservé quelques traces de peinture.
Il y a dans cette chapelle deux pierres tombales.
L'une d'elles, 2"'52 X i"i8, en schiste ardoisier, représente un chanoine du nom de Prudhomme — Probi hominis — revêtu des ornements du diacre et tenant entre les mains le livre des Évangiles. Les dessins qui encadrent cette figure, accusent les débuts du style flamboyant. L'inscription très incomplète, est en latin :
€ Hicjacel venerabilis,,, Probi homis (hominis) quondam hujus ecclesie canonicus dy. .,nus (diaconus), . . manert, diocesis^ qui obiit anno Domini MCCCC (i4oo),., /* die aprilis. Oratepro eo i.
L'autre dalle est du XIV* siècle, 2™8o X i™43> cû pierre bleuâtre, comme la précédente, mais brisée en plusieurs morceaux; elle porte les traces d'une décoration des plus riches : chanoine en habits sacerdotaux très ornés, nombreux personnages gravés dans l'encadrement, incrustation de marbre ou de métal, etc.
7*^ chapelle. — La devanture de cette chapelle n'est pas exactement du même style que les autres. Elle otfre les principaux caractères du corinthien et porte trois dates, deux fois 1572 et une fois 1522. Cette dernière date, étant donné le style de la devanture, est certainement une erreur de l'ouvrier qui a gravé
un 2 au lieu d'un 7 (i). A celte époque le 2 avait souvent la forme d'un Z ; or, pour former ce chiffre, il suffisait d'ajouter à la partie inférieure du 7 un petit trait horizontal, et Ton avait immédiatement un Zou un 2.
On voit, à l'intérieur, Vune des sculptures les plus remarquables de la cathédrale. Placée sous une arcade ogivale trilobée pratiquée dans le mur, elle se trouvait autrefois au-dessus de l'autel auquel elle servait de rétable. Malheureusement la main stupide des sectaires de la Révolution est passée par là et, sous le ridicule prétexte d'égalité, a décapité et mutilé toutes les statuettes.
Cette sculpture forme un tableau divisé en deux compartiments superposés. En haut c'est le crucifiement. Le Sauveur a été tellement maltraité qu'il ne reste que le torse et les cuisses. Au pied de la croix est étendu un squelette enveloppé dans un linceul et tenant une espèce de grande coupe ; auprès de lui et un peu en avant on remarque une pierre semblable à celles dont on recouvre les tombeaux. Cette figure représente ou Adam ou l'humanité tuée par le péché, mais revivifiée par le sang qui coule des plaies de Jésus-Christ.
A droite de la croix, la sainte Vierge se tient debout et les nuins jointes ; à gauche, c'est saint Jean, dont les pieds nus indiquent la qualité d'apôtre.
Dans la partie inférieure du tableau, le personnage
(i) Léon Palustre, La Renaissance en France, 5' livraison, Ile-de- France, pag, 99 et 100.
du milieu est une sainte. Son attitude, la guimpe qui couvre sa poitrine et l'extrémité de voile qui retombe sur ses épaules, le montrent clairement. De la main gauche elle tient un livre actuellement mutilé. A ses côtés deux personnages agenouillés, les mains jointes et portant un capuchon rabattu sur les épaules, l'invoquent et réclament sa protection. Quelle est cette sainte ? Est-ce sainte Anne, sainte Marguerite, sainte Catherine, sainte Geneviève, qui avaient des autels dans la cathédrale ? Il est difficile de le préciser, car toutes sont représentées, sinon toujours au moins quelquefois, portant un livre à la main. On remarque sur ces statuettes quelques vestiges de peinture.
Cette chapelle renferme l'intéressante pierre tumulaire de t vénérable et discrette personne messire Jehan PelleaUy en son vivant chanoine de céans. » Cette dalle, en pierre du pays, mesure 2™ X i'"22. Le chanoine y est représenté sous un dais ajouré à trois pans, richement dé joré d'ornements flamboyants; il est debout, tête nue, portant les vêtements sacerdotaux, les mains jointes sur la poitrine au-dessus d'un calice. A gauche du personnage on lit sur une banderole les mots : « Miserere niei Deus, »
L'inscription est ainsi conçue : t Cy gist vénérable et discrette personne messire Jehan Pelleau en son vivant chanoine de céens et scelleur de révérend père en Dieu monseigneur de Laon, lequel trespassa le XXP jour de may l'an M V^ et deux (1502). PriiT;^ Dieu pour luy ».
Les trois dernières chapelles, dont il vient d'être question, communiquent entre elles au moyen de
petites ouvertures pratiquées dans les murs qui lés séparent.
B. Chapelles du côté Nord de la nef.
i""* chapelle (à partir du grand portail).
La devanture de cette chapelle porte la date de 1574. Les sculptures qui, à l'intérieur, garnissent les écoinçons, représentent : au milieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ avec le nimbe crucifère et les bras étendus ; sur les côtés, des personnages les mains jointe? et tournées vers le Sauveur. Ne serait-ce pas la Résurrection ? Nous savons, en eflet, que la chapelle érigée sous ce vocable, se trouvait dans la nef ; d'autre part, aucune des sculptures que nous avons rencontrées de l'autre côté de la nef, ni aucune de celles que nous verrons dans la suite, ne figurent le mystère, dont il est question, aussi exactement que celles-ci.
Dans cette chapelle et dans les autres du même côté, on a réuni d'intéressants et nombreux fragments de sculptures tirés de la cathédrale : chapiteaux, basreliefs, corniches, gargouilles, etc., que la restauration de l'édifice a dû remplacer.
2* chapelle, — On remarque sur le portique des C entrelacés ; ce sont probablement les initiales du donateur. A l'intérieur, les sujets sculptés représentent : au milieu, un ange dans les nues, les ailes déployées et portant une couronne de chaque main ; à droite et à gauche, d'autres anges tiennent l'un les trois clous, l'autre une couronne.
^® chapelle. — Elle n'a rien de particulier et l'on ne voit, à l'intérieur, aucun bas-relief.
4'^ chapelle. — Les écoînçons sont ornés de larges feuilles découpées.
Cette chapelle renferme le fac-similé du tombeau de Barthélemi de Vir. Le rôle important de cet évêque dans l'histoire de la cathédrale, nous fait un devoir de no.ter scrupuleusement tout ce qui se rapporte à sa sainte et glorieuse mémoire, et, par conséquent, de donner la description aussi détaill'.e que possible de son tombeau.
Don fait en 1843 par le comte de Mérode, ce facsimilé est de proportions peu considérables, 2™ 22 x 0" 87, et presque tout entier en marbre noir. Il se compose d'une base étroite et d'un socle très allongé, sur lequel repose une dalle légèrement inclinée et entourée d'un large cadre en marbre blanc formant corniche autour du tombeau. Sur cette dalle est gravée l'effigie de Barthélemi de Vir, orné des insignes de la dignité pontificale : l'aube, le manipule, Tétole, la crosse, la mitre et l'anneau. Ses mains sont jointes ; il est abrité sous un dais gothique et, sur le côté droit de sa tête, un petit ange agite un encensoir en signe de respect et de vénération ; sous ses pieds, un dragon étendu symbolise les victoires qu'il remporta sur le démon par son zèle à étendre le règne de Dieu. Sur l'encadrement de cette dalle» on lit l'inscription suivante :
Quijacet hic prasul, Marianam condidit adem Lauduni^ parilerque domos antislitis ustas, Tetnpla decem instruxity Benedicto contulit unum^ Bernado qiuitNor, Norberto quinque piavit.
Dat diadema genus, Lauduni ecclesia mitramy Funera Fusniacus, lauream et astra Deus.
La traduction de cette épitaphe se trouve gravée sur la partie antérieure du .dé ou socle du tombeau ; elle est ainsi conçue :
« Celui qui repose ici, pieux prélat, bâtit le saint édifice de Laon (i) dédié à Marie ; releva les maisons incendiées de Vévêque ; il construisit dix autres églises, Vune aux enfants de Benoît, quatre que reçut Bernard, cinq consacras pour Norbert, Une noble naissance lui donna sa couronne illustre ; l'église de Laon, la mitre ; Foigny^ la sépulture ; Dieu, la palme et le ciel. »
Sur l'autre côté du tombeau, sont gravés le plan de l'abbaye de Foigny (2) et l'inscription suivante : « Abbaye de Foigny, fondée par saint Bernard et Marthe-lemi de Vir, évéque de Laon, en 1121, mort à Foigny le 26 juin II j; 8 inhumé audit lieu,
Cette chapelle renferme, en outre, quatre grandes pierres tombales en schiste ardoisier.
La première, de dimensions peu communes, 3" X i"éo, représente sous un portique de style dorique, orné des armoiries du défunt, un chanoine revêtu des ornements sacerdotaux et tenant les mains jointes ; c'est maître Nicolas de Sains, archidiacre de
(i) Il faut entendre par ces mots la reconstruction de l'église romane en III 3, ou peut-être le commencement de l'église actuelle, mais non l'édifice tout entier.
(2^ Foigny, commune de La Bouteille, canton de Vervins.
Thiérache. L'inscription a été conservée intacte. La voici :
Cy gist vénérable et discreite personne maître Nicolas de Sains, vivant prêtre chanoine et archidiacre de Thiérache en Véglise de Laon et grand vicaire de Monseigneur révesque et duc de Laon y qui irépasm le 12 d^ octobre 1626, Prie:(^ Dieu pour son âme. »
Auprès de cette pierre, une autre un peu moins grande, 2*" 30 x i™ 18, du XIV* siècle, représente un chanoine de l'ordre des diacres ; il porte, en cette qualité, la dalmatique et le livre des Évangiles. Son visage et ses mains sont formés de morceaux de marbre blanc incrustés dans la pierre bleuâtre. De nombreux ornements aujourd'hui mutilés, entouraient jadis cette figure. Il ne reste de l'inscription que quelques mots :
« Jace. . . . Jacobus de. . , , »
La troisième dalle est, comme la première, de grandes dimensions, 2™ 56 X i™ 30 ; elle recouvrait les restes de Jean d'Anix^y, chanoine diacre de la cathédrale. Le visage, les mains et le livre qu'il tenait, étaient autrefois en métal ou en marbre ; ces incrustations ont disparu. Un riche encadrement gravé et présentant de nombreuses figurines placées sous des édicules gothiques, entoure la pierre. L'inscription a été effacée en certains endroits, mais on peut encore lire sans difficulté les mots suivants :
rr . . . vir discreius magisler Johannes de Anisiaco, in legibus licentiatus^ qnondam canonicus eccL... (esie LaudunensiSy obiit) anno Domini millesimo CCCXLIIII {i}44) XXVII die mensis ^prilis, Oratepro(eo) ».
La quatrième pierre tombale, 2™ 45 x i"" 26, est aussi celle d'un chanoine diacre, représenté sous un portique gothique du XIV* siècle. Le visage, les mains, le livre, l'inscription étaient gravés sur des plaques de marbre ou de cuivre incrustées dans la dalle ; tout a été arraché.
/* chapelle. — Entre les deux arcatures de l'intérieur, on voit un masque ou mascaron, figure bizarre qui se confond avec les feuillages qui l'entourent.
Une dalle tumulaîre de 2™ 03 X i*" 15, en schiste ardoisier, a été dressée contre le mur. Elle a pour ormments les armoiries mutilées du défunt: Ty argent à la bande de gueules chargée de } hesans d'or, et au-dessus, deux bras sortant des nuages et deux mains jointes. Le manipule suspendu au bras gauche rappelle que le défunt était sous-diacre. L'inscription suivante entoure la pierre : « Cy qist noble homme Jacques de Ronty'y escuiery seigneur en partie de Su:^y jadis trésorier et chanoine de l'église de céans, qui trespassa le onT^ième d'octobre 1628. Trie:( Dieu pour son âme, >
6"^ chapelle. — La devanture a conservé quelques vestiges de peinture. Les écoinçons sont ornés d'un mascaron et de feuilles.
7* chapelle. — On remarque, à l'intérieur, trois anges portant des couronnes.
5* chapelle» — Sa devanture n'est pas tout à fait du même style que les autres; on y voit mélangés les principaux motifs de décoration de Tionique et du corinthien.
VIL Tierres tombales de la nef.
De nombreuses pierres tombales jonchent le sol de la nef ; malheureusement un certain nombre d'entre elles ont perdu en tout ou en partie leurs effigies et leurs inscriptions ; plusieurs cependant sont encore assez visibles et nous apprennent que presque toutes recouvraient la dépouille mortelle de chanoines de la cathédrale. Voici sommairement décrites quelques-unes de ces pierres.
A. Côté du bmc d'oeuvre, à partir de la 3* travée (i). I. — Pierre tombale du capitaine Lalande, Il ne reste de cette dalle, en pierre du pays et de très grandes dimensions, que cinq fragments naguère encore séparés les uns des autres. Réunis en 1901, à la suite de fouilles faites dans la nef pour retrouver les autres parties du monument consacré à la mémoire du vaillant défenseur de Saint-Dizier, fouilles n'ayant du reste donné aucun résultat, ces fragments mesurent en tout 2™ 23 X I™ 63. L'effigie gravée sur la pierre représente un chevalier debout, les mains ■jointes et ayant à ses côtés son casque, ses gantelets, sa lance et son épée. La tête et les épaules ont disparu avec la partie supérieure de la dalle.
Des deux inscriptions aujourd'hui assez incomplètes, l'une disposée en ovale autour de l'effigie, fait connaître le nom et les fonctions du défunt, l'autre
(i) Les pierres tombales les plus intéressantes, qui se trouvaient dans les quatre premières travées de la nef avant la pose du dallage actuel (1872), ont été relevées et placées dans les chapelles. Elles ont été décrites dans les pages précédentes.
placée çur lignes horizontales à la partie inférieure, célèbre en vers sa bravoure et ses exploits. Grâce au chanoine L'Eleu qui l'a intégralement copié dans son Histoire de Laon (i), nous pouvons donner en entier le texte de ces inscriptions : (2) « Cy gist le belliqueux chevalier Eustache de Bimont, seigneur de Lalande, maistre d'hoslel du roy^ gentilhomme de la maison de monseigneur d'Orléans, capitaine de mil hommes de la légion de Picardie, qui trespassa à S. Disier le 13 juillet 1544. Priez Dieu pour luy ».
a Entre les nobles preux et vaillans champions Qui ont mis en hault bruit la querelle de France^ Cesiuy est renommé en maintes régions, Lahdrecy loue encor sa prouesse et vaillance^ Iron ne s'en tait pas où par grand défiance Monstrée aux ennemis a faict tris haulte emprise. Son cœur était dispos à aimer cette église ; Partant y gist son corps. Son nom mis en mémoire, Dites pour luy priant : Toute offence remise^ Eustace de Bymont, Dieu te mette en sa gloire ».
2. — Pierre tombale de Samuel Philbert Lèvent. Pierre du pays, i™56 X 0^97. A la partie supérieure, une grande tête de mort avec des ailes de vampire ; au-dessous, l'inscription suivante : t Hic diem Domini (i) opperitur Samuel Thilbertus Le Fent, preshiter, htijus insignis ecclesia camnicus ; vitam posuit die ultima julii
(i). Biblioth. de Laon, ms. 551, pag. 288.
(2). Les caractères romain<ï indiquent les mots empruntés au ms. de L*Eleu.
anno i6^4y Glatis }8 >. Plus bas^ une draperie semée de larmes, sur laquelle se détache un cartouche portant ces mots : Requiescat in pace.
3. César Lèvent. Pierre du pays, i™ 66 X o°* 75. Mêmes ornements que sur la pierre précédente. Inscription : « Hic jacet magister Ccesar Le Vent, presbiter^ baccalaureus Sorbonicus^ hujus insignis ecclesia canonicus, Morte obiit diejulii 2j, anno Christi 16^4, atatis jo »,
4. /. B. de la Fayolle. Pierre du pays, 2^32 X 1^25 . Large encadrement orné de feuilles et de dessins réguliers. Inscription sur lignes horizontales: t Hic jacet magister Joannes Baptista de la Fayolle, presbiter, hujus ecclesia canonicus, vir pietate et erga ecclesiani beneficentia conspicuusj qui obiit die XIV januarii MDCCXXX ». Sous cette inscription une tête de mort avec des ailes de vampire surmonte un large cartouche portant ces mots : « Requiescat in pace n .
"y. Jehan de Luquelliis? Pierre du pays, 3^02 X i™50. Sous un édicule de style flamboyant est gravée Teftigie d'un chanoine en chasuble. La tête et les mains ,du défunt, quatre médaillons aux angles de la dalle, (leux écussons et une banderole sont en marbre blanc. L'inscription, comme tout le reste d'ailleurs, est assez fruste : « Cy gist noble hommey vénérable et discrète personne.., maistre Jehan de Luquelliis? preblre^ en son vivant chanoine de céans, natij deMaisa..., ? en Vimeuy au diocèse d'Amiens, qui a fondé en cesle.... une messe à son,,., tous les,.,, après.... à V autel de V Image devant matines.... ung obit sollenel au grant autel, qui frespassa
(i) Il faut sous-entendre ici exspectaus (note de la page 196).
le dernier jour de juillet l'an mil V^ et XXI (1521). Prie:^ Dieu pour son âme. Amen ».
6. TIjomas Brissct. Schiste arJoisier, 2™ 35 X i" oià la partie supérieure de la dalle et o™ 74 à la partie inférieure. Le portique Renaissance et Teffigie du chanoine en chasuble sont très frustes. Inscription en bordure aver., aux 4 angles, des médaillons renfermant des figures effiicées, probablement celles des évangelistes : « Cy §ist vénérable et discrette personne maisfre Thomas Brisset^ en son vivant prebtre^ chanoine de céans et de S. Pierre it natij de bruyères ^ qui trespassale VII I^ jour de juing ijSo. Prie^ Dieu pour son âme >.
7. Charles et Claude de Vendeuil, Schiste ardoisier, i™78 X o™94. A la partie supérieure de la dalle on voit le contour d'un écusson effacé et de chaque côté, une tête de mort, des tibias croisés, des larmes et des torches. L'inscription est sur lignes horizontales, c Hoc silus sut marmore jacet circonspectus vir magister Carolus de Fendtuil, presbiter^ hujus cathedralis ecclesia canonicus, morum quoad vixit integritate et solidd pietate commendabilis, qui templo huic junctoque pauperum nosocomio partem sui censûs non modicam et Parisiis in collegio Laudunensi e via Malenn.,. puerorum chorialium studiis legavit. Perpeluum pium istud opus ut pmmveret magister Claudius de Vendmil presbiler^ dicta ecclesia canonicuSy palrui b. neficiorum non imnumory de relictâ sibi hareditate nonnihil addidity qui sicut in vitâ fuit et conjunctissimus^ ita sub eodem hoc tumulo morùns cvm benefactore claudi voluit.
« Horum, amice lector, amborum animas habe Dej commeudaias. Amen, »
Sous cette inscription se trouve un cartouche avec ces paroles tirées du psaume 72 : « Deus cordis nici et pars mea Deus in aternum. Tsaimo LXXII » ; et dans les angles inférieurs de la dalle, ces deux mentions : « Magisier Carolus de Vendeuil obiil IVniaii MDCXXX? (1630) ». ~ « Magisier Claudius de Vendeuil obiil X ,, mbris 166^ ? ».
8. Raoul de France. Pierre du pays, 2™ 66 X i" 23. Inscription en grands caractères et sur lignes droites. « Hic jacetniagisterRadulphns de France^ pre^biler, hujus ecclesia canonicus, baccalaureus Sorbonicns, qui obiit prima die inensis inartii, anno Domini millaimo seplingent^siviOy atatis sua sexagésimal. Au-dessus de cette inscription il y a une tête de mort, et au-dessous un grand cartouche avec ces mots : « Fiat in pace locus ejus, ».
B. Côté de la chaire.
i, Jean-Charles Mairesse, Pierredu pays, i"'64 x i"^i4. Inscription au milieu delà dalle. « Cy gistmaitre Jean- Charles Mairesse^ natif de Laon, prêtre et chanoine de cette église, (suiwQnt trois lignes effacées à coups de marteau), > décédé le X décembre 177 i y âgé de 72 ans, Piiés Dieu pour le repos de son âme ». Au-Jessous de cette inscription se trouvent une tête de mort, des tibias croisés et quelques larmes.
2. Fl&rent Roltin. Pierre du pays, 0™ 68 x o™6o. Inscription en bordure : « Cy gist vénérable et discrette personne w« Florent Rollin ? jadis chanoine de céans qui trespassa le XXVI 11^ jour de juillet MV^ et un:(e(i$ 1 1).
Prie:^ Dieu peur son âme. » Le milieu de la pierre est occupé par une banderole portant ces mots : « Miserere ineiDeus ». Les mains jointes qui tenaient cette banderole, sont effacées.
3. Claude de Reims. Pierre du pays, 2™ 31 x 1™ 12. Sous un riche portique Renaissance se trouve un chanoine en vêtements sacerdotaux. Sa tête repose sur un coussin et ses mains sont jointes. Sur un cartouche placé au-dessus de la lête, est gravée cette cette invocation : « Qui tollis peccata mundi, miserere nobis >. L'inscription en bordure nous apprend que « Cy gist noble et... personne m* Claude de Reims, natif de Paris, en son vivant licensier es droict\, preshtre et chanoine de l'église Notre Dame de Laon, qui trespassa le Ill^jourde mars M V^ III I^^ etdeux(^i^S2). Prie^ Dieu pour son âme. >
4. lean ^ocquilliart. Pierre du pays. La partie supérieure de cette dalle est de forme triangulaire. 2™ 27 X i™ 03. Vers le sommet une tête de mort ; un peu plus bas, deux mains jointes tenant une banderole avec cette citation incomplète : « Satiahor cum.... ad simi- Utudinem tuam ». Au-dessous se trouve sur des lignes horizontales l'inscription suivante dont malheureusement plusieurs mots sont devenus illisibles : « Heic (hic) beatam resurreclionem expectat magisier Joannes Bocquilliart, hujus ecclesia canonicus et collegiata S' Joannis.... litierarum amore summaque animi moderatione laudaudus , sincera pietatis cultu ac .,. moribus imitandus, qui ut religione. . . . divinaque scientia studio.... ac... artes quas vivus coluit, etiam mortuus pronurueret, hujus ecclesice fabricam ex alter...
botwrum suorum semisse ? Landunense vero Parisiensis academia coUegiutny qui XL plus minus a ... sumnta vigilanlia prafuit ex altero harede... instiluit illam ut
necessarios ,^acris paragendis sufficeret hoc ut ejus
alumnos rei familiaris angustia nunquam ab incepto theologia vel medicincecursu, . . . obiit anno DominiMDCXXXIX in kalend. novembris, ataîis LXXIV. »
$. Jean Gardin. Pierre du pays, 2^73 x i"' 28. Cette dalle est divisée en deux par une ligne horizontale. Sa décoration est très simple : dans la partie supérieure, sous l'inscription, on voit un cœur et de chaque côté une tête de mort ; dans la partie inférieure, également sous l'inscription, une tête de mort et une draperie. Inscription sur lignes horizontales de la partie supérieure :
« Magister Joannes Gardin, presbyter, canonicus hujus ecclesia, propria fabrica ac domui Ijospitalaria Laudunensis ecclesia ex aquo dividenSy sme pietatis mercedem in Dei misericordiâ reponens, anno Doniini millesimo sexceniesinio sexagesimo prinw, die niensis angusti 79°, vilam dimisity atatis sua 64. Vitam celer nam in cœlis rétribuât ei Dominus. Amen.
Inscription de la partie inférieure :
• Totus erat Christo vivens ; mors dividit aurum ; Ex cequo iolum fabrica, pauper habent.
Hac templo pietas, amor hic effusus egenis jEternx in cœlis prœmia pacis erunt > .