VIII. La chaire
Av:int de quitter la nef, on s\irrÈicni. un instant, dcv.ni[ la chaire^ dunt la masse iinj^sanie s'clève dans l'avnnt-dernière travée de gauche à partir du portail.
Bien qu'elle soit d'un style qui ne ressemble en rien à celui de l'église, elle n'en est pas moins remarquable et digne d'attirer les regards du visiteur,
tant à cause de ses proportions peu ordinaires, qu'en raison de la richesse et de la variété de ses ornements.
Cette chaire est en bois et se compose, comme toutes le? autres, d'un support, d'une cuve ou tribune, d'un escalier, d'un dossier et d'un abat-voix.
Le support est formé par une large boiserie à panneaux simples, et derrière laquelle est caché l'escalier.
La tribune, appliquée ou plutôt suspendue à cette boiserie, présente extérieurement cinq côtés couronnés par une corniche et séparés les uns des autres par de petits piliistres couverts de feuilles, de livres, etc. Trois de ces côtés ou panneaux sont ornés de personniges, dont les noms sont Inscrits sous chaque statuette. Au milieu c'est Lansperge « d. i. lans- PERGi 1 (i) ; il est debout et tient un livre de la main gauche ; la main droite est brisée ; auprès de lui on voit une statuette de la sainte Vierge portant l'enfant Jésus, et à ses pieds, plusieurs volumes épars.
Sur le panneau de gauche, le bienheureux Denis le chartreux « b. p. dionysivs » (2), retiré dans sa cellule et assis à sa table de travail, étudie et compose ; un démon, placé derrière lui, le resarde et cherche à le distraire de ses saintes occupations.
Le panneau de droite représente Surins (3) « d. l,
(i) Dom J. Lanspergius. Lansperge, chartreux de Cologne, né en 1489, mort en 15^9, auteur de plusieurs livres.
(2) Beatus Pater Dionysius. Denis le Chartreux (le Bienheureux) naquit à Rickel, diocèse de Liège, composa une foule d'ouvrages, entre autres le Traité des fins dernières de l'Ijoinntff et mourut en 1471, âgé de 69 ans.
(3) Dom Laurent Surius, né à Lubeck en 1522, mort à Cologne en 1578. Auteur de plusieurs ouvrages de spiritualité.
svRivs », debout, tenant un livre et entouré de nombreux volumes. Sur sa droite, des rayons venant dii ciel se dirigent vers lui et l'illuminent.
La présence de ces trois religieux de Tordre de saint Bruno dans une église qui n'appartint jamais à des moines, peut, de prime-abord, paraître assez extraordinaire, mais tout étonnement cesse quand on sait que celte chaire, fiiite en 1681 (i) pour le réfectoire de la chartreuse du Val-Saint-Pierre (2), n'est devenue qu'après la Révolution, propriété de k cathédrale à laquelle elle fut donnée par M*^"^ Jableau (3).
Chacun des côtés ou pans de la cuve se recourbe en dessous de manière à se réunir et à se terminer en pointe. Des palmes, des branches de chêne, des livres ouverts, des têtes d'anges ornent ces panneaux inférieurs et dissimulent les arêtes.
Le dossier de la cliaire, peu orné en lui-mêm<î, est accompagné, de chaque côté, de. deux longues consoles renversées, affectant la forme d'une S majuscule et couvertes de feuilles, de palmes et de branches gracieusement enroulées.
L'abat-voix ou dais, fermé horizontalement en dessous et garni d'une belle corniche et d'une guirlande de draperies très délicatement travaillée, est surmonté d'un petit dôme à cinq pans découpés à jour en forme de réseau et séparés les uns des autres par des bandeaux couverts de sculptures.
(i) Cette date est sculptée sous le panneau du milieu de la cuve.
(2) Commune de Braye-en-Tliiérache, près de Vervins.
(3) Archives de la Fabrique^ Inventaire de la cathédrale de l'an 13.
Une corbeille de fleurs et de fruits domine et couronne le tout
Cette chaire, d'une grande richesse de dessin et d'une extrême finesse d'exécution^ est attribuée as sculpteur laônnois, Michel Ducastel (i).