I. — Ensemble et caractères particuliers
L'élévation architecturale du chœur, son ordonnance générale sont les mêmes que celles de la nef : c'est la même disposition des voûtes, des bas-côtés, des chapelles latérales, du double triforium et du clerestory ; ce sont presque les mêmes dimensions, puisque le chœur compte dix travées, alors que la nef n'en a pas plus de douze. Il y a cependant entre ces deux parties de l'édifice quelques différences.
i® Le chœur est un peu plus éle\é que la nef, bien que l'arcade qui le met en communication avec le transept, soit moins haute que celle qui s'ouvre du côté de la nef. Les fenêtres du clerestory ou étage supérieur sont également plus hautes que celles de la nef et du transept.
2® Les trois premières travées du chœur présentent dans les bases et les chapiteaux de leurs colonnes, dans la disposition des faisceaux de colonnettes^ dans la forme encore indécise de certaines ogives du triforium, dans le système de voûtes des bas-côtés et des tribunes, les caractères de l'art qui domine dans le transept. On y constate les même défauts, mais aussi les mêmes qualités^ le thème luxe de décoration dans les chapiteaux, dont plusieurs, notamment ceux qui se trouvent dans les galeries, présentent des cor-
beilles chargées de feuillages, de branches, de fleurs, de fruits disposés avec une habileté, une grâce admi-
rables et travaillés avec une délicatesse et un fini vraiment merveilleux. Ces trois premières travées sontcontemporaines du transept ; elles appartenaient à l'ancien chœur du XIP siècle, lequel se terminait, nous l'avons vu (page 37), par une abside circulaire, dont la courbure commençait à k quatrième travée, comme on peut le constater encore aujourd'hui en regardant, à cet endroit, le soubassement sur lequel reposent les grosses colonnes.
3° A partir de la quatrième travée, le style change et rappelle celui de la nef. Les grandes arcades sont un peu plus élevées. Les colonnettes, disposées en faisceaux, ne sont plus unies, presque collées les unes aux autres, comme dans les premières travées et le transept ; elles s'élèvent toutes en ligne droite de leur base i leur sommet. Dans les bas-côtés, les clefs de voûte sont au même niveau que le sotnmet des arcs-doubleaux. Nous sommes dans la partie recons-
truite et prolongée dans les premières années du Xlir siècle.
4^ Jusqu'à la sixième travée cependant la décoration des chapiteaux reste la même : ce sont encore, au rez-de-chaussée^ les feuilles épaisses^ feuilles d'eau disposées sur deux rangs, les tailloirs creusés sur les tranches et, au triforium, les élégantes corbeilles (i) que nous avons admirées dans les premières travées. A partir de la sixième colonne seulement le genre de décoration change. Plus alors de réminiscence de l'art roman. Les bases des colonnes ont de larges moulures aplaties et comme écrasées par le poids qu'elles supportent ; elles ont conservé^ sans doute, leur forme carrée, les griffes de leurs angles ; mais c'est uniquement par raison de symétrie, pour ne pas changer une forme adoptée dans la plus grande partie de Tédifice. Les chapiteaux ont un galbe plus gracieux, quoique leur ornementation soit beaucoup plus simple et composée presque exclusivement de feuilles recourbées en crochets. Les tailloirs sont carrés par la même raison qui a fait adopter cette forme pour les bases ; mais ils ne sont plus creusés sur les tranches. Les arcs enfin sont franchement et constamment dessinés en ogive.
D'où viennent ces différences d'ornementation dans le prolongement du chœur, prolongement qui appartient pourtant tout entier à la même époque ?
De ce que, par mesure d'économie, on employa^
(i) On remarquera, en particulier, dans la galerie de la quatrième travée presque au-dessus de Torgue du chœur, un chapiteau historié représentant au milieu de branches entrelacées un homme courbé en deux et un perroquet qui le regarde d'un air goguenard.
tout d'abordy dans la nouvelle bâtisse les matériaux de l'ancienne abside circulaire. Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner les chapiteaux des grosses colonnes de la quatrième et de la cinquième travée de chaque côté. Les tailloirs de ces chapiteaux, au lieu d'être parfaitement carrés, sont cintrés, c'est-àdire terminés sur deux de leurs faces par des lignes courbes disposées de telle sorte que le côté, qui regarde le chœur, est concave, tandis que l'autre, ctlui qui regarde le collatéral, est convexe. Une semblable forme indique évidemment que ces chapiteaux furent taillés primitivement pour servir non à des colonnes rangées sur une ligne droite, mais bien à une partie de l'édifice élevée sur plan circulaire.