III. — Modifications apportées au plan primitif dans le
XIII' et le XIV- siècle.
i«> Le Chevet carré.
La cathédrale fut primitivement terminée par une abside circulaire ; les fouilles faites au mois de mars 1837, le commencement de courbure qu'on remarque encore au soubassement des colonnes dans la 4* travée du choeur, ne laissent sur ce point aucun doute ; la forme même et le genre d'ornementation de plusieurs chapiteaux de la 4*, de la s® et de la 6* travée, à partir de la lanterne, témoignent qu'ils ont appartenu à une construction antérieure et qu'on a fait entrer les matériaux de l'ancienne abside dans le prolongement du chœur.
Ce changement de l'abside circulaire en chevet carré eut lieu dans les premières années du XIIÏ* siècle et non, comme le pense Fleury, sous l'épiscopat de Gaultier de Mortagne (1155-1174). Nous avons vu précédemment, en effet, qu'en 1203 t Jean » de Chermizy avait donné une carrière pour la cons- » truction et les chapelles de l'église N.-D. > (2).
(i) L. Cloquet, Les Grandes Cathédrales du monde catholique, 1897; pag. 146.
(a) Voir page 52.
Or un examen attentif qu'a bien voulu faire l'intelligent appareilleur de la cathédrale (i), a donné lieu aux constatations suivantes :
On ne trouve la pierre de Chermîzy, généralement employée, que dans le chœur où elle est en grande quantité, surtout dans les trois dernières travées et le chevet (2) ; mais on n'en rencontre nulle part dans les premières travées du choeur, le transept, la nef et le grand portail. De ces deux faits bien établis, savoir: I® la présence de la pierre de Chcrmizy dans le prolongement du chœur ; 2* la donation de la carrière en 1205, on ne peut, il me semble, tirer une autre conclusion que celle-ci : l'abside circulaire de la cathédrale fut abattue et remplacée par un chevet carré au début du XUP siècle.
Qjiel motif engagea le chapitre à opérer ce changement ? le nombre croissant de ses membres ? Je ne le pense pas. Il n'y avait pas plus de chanoines sous Roger de Rozoy (i 174-1207), que sous Barthélemi de Vir (3). Il faut chercher la raison de
(i) M. Adolphe Piéplu, attaché à la restauration de l'édifice depuis 1884.
(2) On constata encore la présence de cette pierre dans quelques autres parties de l'église, dans l'abside de la chapelle actuellement dédiée à Saint- Joseph, à la partie supérieure du commencement de tour qui s'élève sur le côté Est du portail méridional et dans la tourelle qui se trouve dans la cour de la sacristie.
(3) Le chapitre de la cathédrale de Laon était un des plus illustres de France. Dès le XII* siècle, il comptait 84 membt'es présidés par le doyen (A. Bouxin, Les Prévôtés du chap de la catb. de Laon au XIII* siècle, extrait du Bulletin de la Soc. académ. de Laon, tom. XXX). Trois papes sont sortis de ce chapitre : Jacques Pantaléon, deTroyes, qui prit le nom d'Urbain IV et règoa de 1261 à 1265. C^s^ lui qui institua
cette transformation dans l'usage qui prévalut au XIII* siècle, de placer l'autel, non plus au centre de Téglise, en avant du chœur, sous la lanterne ou le clocher qui devait indiquer à l'extérieur l'endroit où reposait le T. S. Sacrement, mais à l'extrémité, sous le rondpoint de l'abside. Elevé à cette place, l'autel prenait nécessairement un espace considérable occupé auparavant par les chanoines ; le chœur devenait alors trop petit, il fallait l'agrandir ; on le fit.
D'autre part, enfin, les détails architectoniques suivants : les bases des colonnes avec leurs moulures plus écrasées qu'en aucun autre endroit du monument, le galbe et l'ornementation des chapiteaux, les arcs constamment en ogive^ les trois grandes lancettes du chevet, accusent une époque postérieure à certaines autres parties de l'édifice et présentent tous les caractères du style ogival au commencement du Xme siècle.
2** Les Chapelles.
Quant aux nombreuses chapelles qui entourent l'église, celle dite des Fonts, sur le côté méridional de la nef, appartient au début du XIII*.
la fête du T. Saint Sacrement et donna à sa sœur, abbesse de Montreuil-en-Thiérache, la précieuse image de la sainte Face, actuellement vénérée à la cathédrale. Les deux autres papes sont : Nicolas III (Jean Cajétau des Ursins), 1277 à 1281, et Clément VI (Pierre Roger ou Rougé), 154a k 1352' (*^ntiquités Religieuses du diocècede Soissons et Laon, par Lequeux, tome 2, pag. 26). Seize cardinaux et plus de cinquante archevêques et évêques ont également appartenu au chapitre de N.-D. de Laon.
La petite abside qui se trouve à l'Est de la travée extrême du transept méridional, est du commencement du XIIP siècle. On y a constaté, en effet, la présence de la pierre de Chermizy ; or, comme nous l'avons dit plus haut, la carrière qui fournissait ces pierres, ne tut donnée qu'en 1205. Ce fut donc à cette époque, alors que le prolongement du chœur supprimait les chapelles absidales qu'on fut obligé pour les remplacer, de construire cette chapelle, ainsi que celle qui s'élève à l'Est du transept septentrional. En raison de la similitude du style, doivent être attribuées au même temps : la sacristie placée dans l'angle formé par le chœur et le transept méridional, et la chapelle qui lui fait pendant du côté du Nord.
Toutes les autres* chapelles, pratiquées entre les contreforts du chœur et delà nef, appartiennent à la fin du XIII* siècle et au XIV'. Les plus anciennes seraient celles de la net, comme semblent l'indiquer leurs fenêtres divisées par un seul meneau et ornées d'une rosace unique, la forme de leurs pinacles, et l'ensemble de leur décoration.
Celles du chœur appartiendraient plutôt à la seconde moitié du XIV* siècle, car on y remarque les caractères de cette époque : du côté du Nord, des frontons ornés de feuilles de chardons recourbées, quelques larges baies à rosaces multiples ; du côté du Midi, plusieurs fenêtres dont les divisions rappellent celles de la grande ouverture rayonnante du transept, laquelle est généralement attribuée « au XIV« siècle plus qu'adolescent » (i).
(i) Fleury, KAnt. et Monum. tom, 4,'pag. 178.
3° Le Transept.
Des remaniements considérables eurent lieu, au, XIV*' siècle, à l'extrémité de chaque transept. Le portail du Midi fut complètement refait et la grande rose qui s'y épanouissait, remplacée par une vaste fenêtre à dessins rayonnants. A l'intérieur, la travée qui touche ce portail, a également subi de notables modifications. La même transformation devait s'opérer au transept Nord ; quelques sculptures dans la dernière travée et le commencement d'une fenêtre semblable à celle du Midi, le prouvent surabondamment ; mais Toeuvre ne fut pas continuée.
Dans son ensemble donc, la cathédrale appartient à la seconde moitié du XII* siècle et au commencement du XIII*. Elle s'élève successivement sous les divers épiscopats qui remplirent cette période ; mais il n'est pas facile de préciser la part qui revient à chacun d'eux dans cette œuvre admirable.
IV, — La cathédrale a-t-elle été bâtie pour un double
usage, religieux et civil ?
Cest à l'occasion de la construction de l'église Notre-Dame de Laon que Viollet-le-Duc a émis sa fameuse théorie de l'alliance des évêques et des bourgeois s'unissant pour élever, dans un style nouveau et différent de celui employé par les abbés, représentants de la puissance féodale, des cathédrales destinées à un double usage, religieux et civil. Dans la forme particulière de cette église terminée par un
chevet carré, l'éminent architecte a vu un édifice présentant tous les caractères d'une immense salle de réunion et se prêtant mieux que tout autre aux assemblées populaires. 11 y a vu « une protestation contre la féodalité ».
Cette opinion, vigoureusement combattue par plusieurs auteurs, notamment par Quicherat (i), ViTET (2), Fleury (3), M. Anthyme Sa^nt-Paul (4), le baron Bèthune de Villers(5), M. L. CLoauET (6) et Monseigneur Dehaisnes (7), a trouvé, ces années dernières, un nouveau défenseur dans la personne de M. de Baudot, inspecteur général des édifices diocésains. Au cours d'une conférence faite au Trocadéro en 1899, M. de Baudot s'exprimait de la manière suivante : a Pourquoi le maître d'oeuvre de Laon a-t-il adopté l'abside carrée qui se rencontre plutôt dans les petits édifices ? Les historiens peuvent nous en donner une explication par la description de l'état d'esprit de la population qui a fait édifier la cathédrale de Laon. Cette population très tumultueuse avait des idées démocratiques qui lui ont fait jouer un rôle important dans Taffranchissement des communes ; par suite on suppose que cette vie publi-
(i) Voir Les grandes cathédrales du monde catholique,. pu L. Cloquet, pag. 146.
(2) Id.
(3) Antiq. et monum., tom. 3, pag. 180 et suiv.
(4) Bulletin monumental, 1890^ F. 6, 342-62.
(5) BulUtin de la Gilde de S. Thomas et de S. Luc, 1888.
(6) Les grandes cathédrales du monde catholique par L. Cloquet^ pag.
(7) La France artistique et monumentale, tom. IV, Laon, pag. 91 et suiv.
que plus énergique, plus révolutionnaire qu'ailleurs, a entraîné Tédification d'un monument particulier répondant mieux au programme de la salle de réunion que comportait, en dehors de Texercice du culte, l'utilisation d'une cathédrale, dans laquelle était convoquée la population pour y discuter certaines questions générales intéressant la vie publique. On y donnait aussi des fêtes d'un caractère particulier, encouragées par le clergé qui y assistait et en riait, telles la fête des Innocents^ la fête des Fous et d'autres en usage au XIII* siècle. On peut admettre que ces différents usages^ appliqués surtout à Laon, aient entraîné la conception d'une abside carrée, évitant le pourtour du chœur ; de grands transepts, une nef large, le tout présente de notables diflFérences avec d'autres édifices exclusivement religieux ou ne servant de lieu de réunion à la population, qu'exceptionnellement. En résumé, nous sommes ici en face d'un monument présentant un caractère d'ampleur et des dispositions spéciales, destiné à recevoir la foule » (i).
J'emprunte tout d'abord à M«' Dehaisnes le résumé qu'il a fait des diverses raisons combattant cette théorie originale sans doute, mais à coup sûr trop faiblement étayée.
f Voilà la théorie de M. Viollet-le-Duc, écrit cet auteur. Les faits sont loin de lui donner raison ; tout, au contraire, semble l'infirmer.
» Et d'abord est-il vrai qu'il y avait rivalité entre
(i) Bulletin de l'Union syndicale des architectes français, cité par le Journal de l'Aisne du 19 Décembre 1899.
les évêques et les abbés ? En étudiant les actes de la province ecclésiastique de Reims, au XIP et au commencement du XIII* siècle, on voit presque tous les évêques fonder des abbayes ou leur accorder des privilèges et des avantagés temporels. Dans le diocèse de Laon notamment, Barthélemi de Vir, évêque de 1113 à 1150, fit construire dix églises d'abbayes ; son successeur l'approuva, et si Gaultier de Mortagne, qui administra ensuite le diocèse, lui en (it un reproche, ce fut parce qu'il avait diminué les revenus de l'évêché. Ce dernier évêque demanda, comme ses prédécesseurs et ses successeurs jusqu'en 1238, à être inhumé dans l'église d'une abbaye.
» Est-il au moins exact que les évêques étaient les adversaires du pouvoir féodal représenté par les abbés, et qu'ils s'allièrent aux bourgeois pour lutter contre ce pouvoir? A Laon, comme dans les villes épiscopales de la région, les évêques étaient eux-mêmes seigneurs féodaux et ils ont eu, en cette qualité, au XII' et au Xin* siècle, des démêlés avec les bourgeois. Il suffit de rappeler ici les noms de Gaudry, de Barthélemi de Vir et de Roger de Rozoy, qui eurent le plus à lutter au sujet des libertés communales. Loin donc de s'unir à la bourgeoisie, les évêques l'ont combattue (i). duant aux abbés, ils n'exerçaient pas
(i) Dans une toute récente brochure, extraite de la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, Novembre-Décembre 1901, et intitulée Documents relatifs aux rapports de l'êvêque et de la commune de Laon au moyen-âge, M. Lucien Broche, archiviste-paléographe, vient de fournir de nouveaux arguments à notre thèse en démontrant que « les bourgeois de Laon se soumirent toujours difficilement à la presta-
à Laon le pouvoir féodal puisque ce pouvoir appartenait à l'évêque en qualité de seigneur. L'érection de la cathédrale de Laon ne fut donc pas une protestation contre la féodalité puisque, comme nous allons le voir, elle fut élevée en partie grâce aux libéralités des évêques, seigneurs féodaux de la ville. M. Viollet- LE-Duc ajoute que cette érection fut t le produit d'uii sentiment instinctif poussant le peuple vers la construction d'un monument, où il pourrait se réunir et jouir de spectacles plus ou moins profanes». En lisant les chroniqueurs, on acquiert la conviction que le sentiment instinctif qui a poussé les évêques, les chapitres, le clergé et les fidèles à construire les cathédrales, a été la foi, la^ piété ; c'est pour y prier, pour y célébrer les solennités religieuses qu'ils les ont élevées. Ceux qui ont fourni les sommes nécessaires pour la construction de ces édifices, ce sont les évêques et les chapitres, et non les bourgeois agissant ensemble et au nom de la commune. S'il y a eu dans la cathédrale de Laon, comme cela s'est produit ailleurs, des réunions profanes qui se sont tenues à l'entrée et dans les dépendances de l'édifice et peut-être parfois à l'intérieur, c'est dans la seconde moitié du XIII* siècle, quand les constructions étaient achevées depuis bon nombre d'années, et c'est malgré les défenses des évêques qui ont condamné ces profanations, comme
tion de la foi et de rhommage. Cette cérémonie froissait leur orgueil en leur rappelant la dépendance dans laquelle ils se trouvaient à l'égard de révéque, leur suzerain. De nombreuses contestations s'étaient élevées déjà à ce sujet lorsqu'on 1239 la commune et l'évêque résolurent de s'en rapporter à l'arbitrage de l'archevêque de Reims. » (page 5).
ils condamnèrent la représentation des mystères et les fêtes des Innocents et de Fous lorsque ces récréations à demi pieuses devinrent, vers le XVI* siècle, bouffonnes et grossières.
« M. ViOLLET-LE-Duc parle en outre des architectes laïques qui auraient créé dans Tombrc le style ogîval. M. Anthyme Saint-Paul, dans son travail sur ce style, démontre qu'il est né peu à peu du style roman et il ajoute que le mot architecture laïque est faux dans le motif qui l'a fait adopter » (i).
Si maintenant il m'était permis d'apporter mon faible tribut à la thèse soutenue par les savants auteurs cités plus haut, je dirais tout d'abord que le successeur immédiat de Barthélemi de Vir fut précisément un abbé, Gaultier de S. Maurice, i" abbé de S. Martin de Laon ; ce qui n'indique pas, de la part du clergé et du peuple qui l'élurent, une bien grande animosité contre ces abbés, prétendus représentants de la puissance féodale. Je ferais remarquer ensuite le silence du Cartulaire du chapitre et des nombreuses pièces conservées aux Archives nationales et départementales relativement aux assemblées populaires. Comment expliquer que cos documents qui nous ont soigneusement conservé le souvenir des longues contestations engagées par Tévêque et le chapitre pour éloigner le bruit et la malpropreté de l'église et même de la place du Parvis, comment expliquer que ces documents n'aient fait aucune allusion à ces assemblées ? Ce silence ne serait-il pas tout au moins étrange ?
(i) La France art. et monum., tom. IV, pag. 91 et suiv.
Quant à Tampleur de l'édifice, «aux grands transepts, à la largeur de la nef, aux notables diflférences avec d'autres édifices exclusivement religieux » dont parle M. de Baudot, il me suffira de renvoyer aux mesures données plus loin, et l'on constatera facilement que les cathédrales de la région, Amiens, Beauvais. Paris, Reims, Rouen, Saint-Quentin et Seissons, sont toutes plus larges et quelques-unes plus longues que celle de Laon, toutes, par conséquent, plus propres qu'elle « à recevoir la foule » .
Les motifs probables du prolongement du chœur et de la transformation de l'abside circulaire en chevet carré sont indiqués dans le paragraphe précédent et plus loin dans la description de la cathédrale, extérieur, chapitre II, paragraphe IV.
^. — La Cathédrale depuis le Xllb siècle jusquà
nos jours.
I. — Au cours du XIII* et du XIV* siècle, outre les constructions et modifications dont il a été parlé précédemment, on ne signale guère, concernant la cathédrale, que deux faits d'une certaine importance.
Le premier est la cessation de l'office divin pendant près de trois ans (1294- 1297) ,' cessation qui eut pour cause le fait suivant : Deux chevaliers, ayant reçu l'hospitalité chez un bourgeois de la ville, se prirent de querelle avec lui. Attirés par le bruit de la lutte qui s'était engagée entre eux, les voisins accoururent armés de pierres et de bâtons, mirent en fuite les chevaliers qui n'eurent d'autre ressource, pour
échapper au mauvais parti dont les menaçait la foule, que de se réfugier dans la cathédrale où ils furent reçus par un clerc, leur parent. La commune fit alors sonner le tocsin, se rassembla et il fut décidé que vengeance serait tirée de l'insulte dont les chevaliers s'étaient rendus coupables. Malgré les prières des chanoines, qui ne pouvaient se prêter à Inexécution d'un jugement si précipité, les habitants envahirent l'église, s'emparèrent du clerc et des deux chevaliers et les maltraitèrent tellement que Tun deux en mourut. L'église profanée par l'effusion du sang, le chapitre dut, conformément à la loi canonique, y cesser la célébration des divins offices. La Sainte Eucharistie fut enlevée et les portes fermées. Le pape Boniface VIII, le roi Philippe le Bel durent intervenir dans cette affaire qui ne fut terminée qu'après plus de deux ans par la réparation solennelle que firent les habitants au doyen et au chapitre. Pendant ce temps, les chanoines célébrèrent l'office et tinrent chapitre à Bruyères (r).
Le second fait est un accident sur lequel les détails manquent. D'après un document conservé aux Archives de l'Aisne (2), la foudre serait tombée sur une des tours de la cathédrale le 2 août 1343. Nous ne savons si elle y causa des ravages considérables.
IL — Le XV* siècle n'a guère laissé de traces dans la cathédrale L'histoire signale seulement de nombreuses représentations de mystères, représentations auxquelles
(i) Cartul. du cbap. Additions, f°» ^ij à 516 et f° 321 ; — France Pontif. par Fisquet, pag. 257.
les chanoines eux-mêmes ne dédaignaient pas défigurer comme acteurs (i). « En 1462, aux fêtes de la Pentecôte, on joua h Passion deN. S. J-C.^ distribuée en cinq journées. Le 26 août 1476, on représenta un mystère intitulé : Les jeux de la vie de Monseigneur Saint-Denis. « (2),
Le XVI* siècle est marqué par la construction, en style de la Renaissance, du plus grand nombre des devantures des chapelles latérales. L'une de ces devantures, la plus ancienne probablement, porte la date de 1572 ; elle se trouve en avant de la chapelle élevée dans l'angle formé par la nef et le transept du Midi ; deux autres du même côté sont datées de 15 75 ; une quatrième, du côté opposé, est de 1574 ; ""^ cinquième, sur le côté gauche du choeur, est de 1575 ; une sixième enfin, à droite du chœur, porte la date de 1620.
Pendant le Moj'^en-âge, la cathédrale avait été, à certaines époques de l'année, le théâtre de scènes étranges. « On y célébrait, le 28 décembre, la fête des InnocentSy pendant laquelle les enfants de chœur portaient des chapes, occupaient les hautes stalles du chœur et chantaient Tofiice avec toute espèce de bouffonneries ; le soir ils étaient régalés aux frais du chapitre » (Dom Bugniatre). « Hyit jours après venait la fête des Fous. La veille de l'Epiphanie, les chapelains et les choristes se réunissaient pour
(i) 'Bsgistres des délibérations du chapitre.
(2) Essai bist. et archéolog. sur V Eglise cathédrale de Laon, par J. Marion, pag. 13 et 14.
•élire un pape qu'on appelait le pape ou patriarche des Fous. On oflfrait à ce patriarche le pain et le vin de la part du chapitre... Toute la troupe se revêtait d'ornements bizarres et avait, les deux jours suivants, l'église entière à sa disposition. Après plusieurs cavalcades par la ville, la fête se terminait par la grande procession des rabardiaux. Ces farces furent abolies en 1560 ; mais le souvenir s'en conserva dans l'usage qui subsista, jusqu'au dernier siècle, de distribuer à la messe de l'Epiphanie, des couronnes de feuilles vertes aux assistants (Dom Bugniatre) » (i).
En 1566, des événements extraordinaires se passèrent à la cathédrale à l'occasion de l'exorcisme d'une démoniaque, originaire de Vervins et nommée Nicole Obry. Le récit détaillé de ces faits se trouve dans un livre spécial publié par l'abbé Roger (2).
Au XVI* et au XVII' siècle, divers accidents plus ou moins graves se produisirent à la cathédrale. La foudre y tomba plusieurs fois. En 1531, le 20 juillet, elle met le feu à la flèche de l'horloge, mais de prompts secours empêchent l'incendie de se propager. En 1542, le 15 août, le feu du ciel éclate de nouveau sur l'église et tue un homme. En 1585, le 25 décembre, pendant un sermon, la foudre tombe avec un épouvantable fracas, mais n'atteint personne et ne cause à l'édifice aucun dégât considérable.
En 1692, le 18 septembre, un tremblement de terre fait osciller les tours, et leur fait perdre un peu
(i) Essai bist, et arch. sur la cathéd. de Laon,^zr J.Marion, pag. i^. (i) Histoire de Nicole de Vervins, par l'abbé Roger.