ACTE I, SCENE II l
HILAIRE
Alors suivez-moi ; nous irons sans retard aux pieds de Notre-Dame.
LE CHEVALIER
Mais, seigneur, permets-nous un instant.
HILAIRE
Il est vrai ! Vous vous intéressez sans doute ?
LE CHEVALIER
Beaucoup. Cette splendeur m'émeut. La beauté est plus belle, Messire, après la guerre.
HILAIRE
Voilà plus de dix siècles qu'on vénère la Madone. De tout temps Chartres eut sa cathédrale ; plusieurs furent détruites et aussitôt rebâties ; celle-ci est la plus belle. Au premier abord, vous vous étonnerez, la façade est nouvelle, l'église est déjà vieille. Elle est finie depuis un siècle, tandis que ces deux tours furent commencées il y a vingt ans.
LE CHEVALIER
Et pourquoi ces travaux tout récents, cette façade, sur une ancienne église ?
H I LAI RE
L'église achevée, on voulut l'agrandir. Et c'est alors que le chapitre, résolut d'élever beaucoup plus en avant, ces deux tours qui prolongent la nef.
ABÉLARD (qui s'est rappî^oché)
Et qui ne sont pas de la même façon ; erreur déplorable ! Il eut fallu à l'église en cintre adjoindre une façade en cintre aussi.
HUGON (à part) Que dit-il ?
LE CHEVALIER
Ah ! La façade est donc d'une autre allure?
HILAIRE
Oui, messire. Cette rosace, la galerie et les tours se rapprochent du genre nouveau, dont notre grand Sugé, à Saint-Denis, vient de tixer les lois (i).
(i) En fait cette façade, la façade actuelle de Chartres, est romane. Elle témoigne cependant par la hardiesse de ses lignes, d'une évolution très marquée vers le gothique.