ACTE II, SCÈNE IV yS
REGINALD Il sont là.
H I LAI RE
Viens, contemplons-les tous deux, (dépliant un parchemin) Quelle splendeur, Réginald! C'est le souffle de Dieu qui a passé sur toi. Ces neuf tours ardentes, cette harmonie ; c'est fort et délicat pourtant comme un bouquet de lys ! Réginald, c'est fait pour le rêve ou le ciel.
RÉGINALD
Pour le rêve ou le ciel ? Que veux-tu dire ?
H I LAI RE
Que l'homme, être inconstant et faible, est incapable d'élever ce triomphe
RÉGINALD
Incapable ? Mais alors, mes plans sont mauvais s'ils sont irréalisables.
H I LAI RE
Non pas , tu comprends mal. Et quand même
74 LA CATHiDRALE
seraient-ils irréalisables n'en seraient-ils pas aussi beau ?
Non, ils seraient vains et faux.
HILAIRE
Eh quoi, tu les trouves mauvais parce que je les estime au-delà du possible ! C'est par là qu'ils sont beaux, parce que tu as rêvé plus loin que le possible ! Sans doute on n'accomplit jamais qu'un lambeau de son rêve ; mais si le rêve était nul, on n'accomplirait rien. Heureux les gens de rêve qui marchent vers l'étoile !
RÉGI N AL D
Hier, je t'aurais cru ; {à part) mais depuis un instant la voix de l'idéal n'a plus d'écho en moi. (A Hilaire) Puisque ces plans dépassent la puissance de l'homme, ils sont mauvais, te dis-je ! C'est donc un geste fou, un leurre, une chimère.
HILAIRE (lent)
Mais la chimère est belle ! La réalisation est peu à côté du désir. Réginald ne serais-tu pas moindre de n'avoir rien fait ?