ABSIDE
Planche
d'abandonner à son rival tout le territoire qu'il possédait entre la Loire et la
Seine, Le Mans en particulier. Saint Bertrand suivit les diverses fortunes du fils
de Chilpérie et de Frédegonde !: il fut dépouillé de ses biens, mis en prison, exilé
et eut la douleur de voir l'intrus Berthégisil, usurper son siège épiscopal * tandis
que son frère Bertulfus * trouvait la mort dans les rangs de l'armée de Clotaire.
L'année 613, ayant amené le décès de Théodebert IT et de son frère Théodoric, mit fin à ce conflit qui se termina par le supplice de la reine Brunehaut et par la reconnaissance de Clotaire Il comme roi de toute la monarchie française. L'évèque du Mans rentra dans la possession de ses biens et fut comblé de grâces par son maitre.
Saint Bertrand usa, pour la plus grande gloire de Dieu, d'une immense fortune territoriale qu'il avait acquise lui-même ou qu'il tenait de ses parents el de la générosité du roi Clotaire. Au Mans, il fit construire une maison sur la muraille Est de la ville à l'endroit où se trouvait un oraloire dédié à l'archange
saint Michel‘. Ce fut là qu'il eut une vision au sujet de l'abbaye de Saint-Pierre et
de Saint-Paul de la Couture qu'il allait fonder. Non content de l'établissement de
ce dernier monastère vers 595, il éleva encore ceux de Saint-Martin de Pontlieue
et de Saint-Germain, ainsi que l'hôpital et l'église de Sainte-Croix, auprès du Mans. Son testament de l'année 616*, dont on ne saurait suspecter l'authenticité,
constitue un des documents les plus curieux de l'époque mérovingienne. L'évêque
n'y oublie rien; il y repartit ses nombreuses villæ de l'Albigeois, des pays de Cahors, d'Agen et de Bordeaux, du Berry, de Bourgogne, de Provence, de Poitou, du Limousin, du Gâtinais, des territoires de Paris, de Saintes, d'Étampes,
du Vendômois, du Dunois et de la contrée des Cénomans, entre l'Église du Mans
{sacrosancla ecclesia Cenomannica), le monastère de la Couture, Saint-Martin
de Pontlieue, Saint-Germain-lès-Le Mans, la basilique de Saint-Victur dans la
ville, l'E
ses neveux ou petits-neveux, Sigechelme, Leutran, Sichran, Thoring, Leutfrède,
ise de Pari
g , l'Église de Metz, le roi Clotaire IF, la reine Bertrude,
fils de Sigechelme, Leudochranne, Sigramne, ses parents Sichelecus et Berche-
laïcus, fils de Sigelène. Sa générosité s'y étend encore à la basilique de Saint- Victeur, son patron particulier ; à celle-ci il lègue vingt sous; aux basiliques
() En 60:
(2) M: 1 Les Cénomans anciens el moderne:
Le Mans rentra sous l'autorité de Clotaire I, m
de l'évêché de Chartres et non de celui du Mans.
pour peu de temps. Dom Briant, Cenomania.
abbé Voisin croit que Berthégisil, s'empar & I, p. 213. M. J. Havet, Questions mérovingiennes, p. 413, note 3, dit avec £e de saint Bertrand.
raison que Berthégisil usurpa le si
int Berl
nenulfus.
G) L'autre de and se nommait
(4) Cet oratoire existait dans une des tours d'enceinte de la ville, au chevet de la chapelle de la at Bertrand fut détruite lors de la construction
cathédrale qui porte le nom de Saint-Michel. La maison de
de l’esc: r dit monumental.
(5) Fait au Mans, le 27 mars 616 et écrit par le notaire Ebbon
(6) J. Havet, Œuvres, L 1, Questions mérovingiennes, pp. 27 et
de Saint-Vincent, où repose saint Domnole, vingt sous; de Sainte-Marie et de Sainte-Croix, dix sous ; de Saint-Richomer, dix sous : de l'évêque Saint-Julien, cinq sous en or ou un cheval; de Saint-Hilaire, cinq sous; du martyr saint Etienne, cinq sous en or ou un cheval; aux oratoires du seigneur Martin, du seigneur Victur et de Saint-Pierre dans les murs, cinq sous en or où en chevaux.
A ses très fidèles Warnehaire, Walcon, fils de Tedemond, il confirme la
possession des biens qu'il leur a octroyé
Au sujet de ses serfs et de ses esclaves, il s'exprime ainsi : « J'ordonne de laisser libre? ceux et celles qui suivent: Lebigisèle, avec
sa femme et ses fils; Chinemond ; Chrodosinde, avec sa femme et ses enfants ;
Théodogond, son fils Lope et sa fille; Emmane, avec sa femme et ses fi Ebrélène, sa femme et ses fils: Gaviulphe; Hiliand : Picoald, sa femme et ses fils ; le fils et la fille de Maurel. Semblablement, je libère les esclaves * de nation
romaine ou de nation barbare, qui me servent, savoir : Théodan, Bajon, Bauda-
sind, Maur, Austrehaire, Audisgisile, Vetegisile, Bercehan, Quotan, Alagise, Leodegisèle et les fils de Théodonivie. Ils demeureront entièrement libres, con-
serveront tout le pécule qu'ils ont déjà et celui qu'à l'avenir ils pourront acquérir,
et ils obtiendront de vivre sous la protection de la sainte basilique des saints apôtres Pierre et Paul (de la Couture), dans laquelle je désire laisser, au nom
de Dieu, mon chétif corps reposer. Qu'ils aient soin, au jour de ma déposilion,
de se rassembler tous! Ils offriront seulement les oblats en mon nom devant le saint autel, et rappelleront le ministère qu'ils ont rempli. Au nom de Dieu, que tous observent ceci au jour susdit; qu'ils donnent consolation à l'abbé de ce lieu : que le lendemain l'abbé leur serve un repas convenable et qu'ensuite ils retournent chez eux! Ceci regarde tous ceux dont les noms se trouvent ici,
ceux de nation barbare que j'ai acquis plus tard, et ceux que je pourrai acquérir
encore. Que les enfants, tant garçons que filles, achetés par moi, et à qui] délivré des lettres’, restent aussi dans un complet affranchissement ; qu'ils observent la même recommandation faite aux autres, et qu'ils restent sous
la garde et la protection de saint Pierre. Ceux d'entre eux qui voudront demeurer
avec ledit abbé et servir dans la basilique, afin d’avoir la satisfaction de rendre
plus d'honneur à mon pauvre tombeau et de servir dans la sainte basilique,
() Le soin des pauvres le préoccupe particulièrement. Il prie l'évêque, son successeur, de rassembler
chaque année, comme par le passé, dans la maison de saint Michel, Loutes les décimes en blé, vin, fromage et
lard, provenant des ville, qu'il avait léguées à l
dise du Mans, pour ètre distribuées aux pauvres et aux pélerins.
(2) Les sujets de l'empire franc considéré rd de leurs droits civils, se répartissaient en trois groupes : les libres, les demi-libres etles esclaves. Cf. M. Prou, La Gaule mérovingienne,
au point de vue juridique, au r
(3) € Famulos meos. »
(4) « Qui a me empti noscuntur et epistolas eis feci ».
pourront s'enrichir des biens de cette même sainte basilique. Ceux qui demeurent ici, sur le territoire Cénoman, savent qu'ils sont sous la protection de la sainte basilique des seigneurs apôtres Pierre et Paul dans le cas où ils en auraient besoin ! ».
Saint Bertrand, qui avait assisté au concile de Paris, en 614, mourut le 30 juin”, vers l'an 623. Son corps, suivant son désir, fut ensépulturé par ses
disciples dans sa chère basilique de saint Pierre et de saint Paul, auprès €
laquelle se trouva longtemps une fontaine qui portait son nom. Dans l'ancienne
liturgie mancelle, on célébrait sa fête le 30 juin, et le 6 juin, la translation de ses reliques Ÿ. Cette fête se trouve fixée actuellement au 3 juillet. L'église paroissiale
de Lavardin, du doyenné de Conlie, est placée sous son patrona
Au nombre des principaux bienfaiteurs de notre église, sous l'épiscopat de
saint Bertrand, il importe de signaler la reine Ingoberge, veuve de Caribert Ier, roi de Paris, morte en 589. Peu avant son décès, elle fit appeler saint Grégoire de
Tours pour qu'il fût témoin de ses dernières volontés en faveur de la basilique €
Saint-Martin et des églises de Tours et du Mans *.
L'étoffe connue sous le nom de suaire de saint Bertrand, était primitivement
d'un seul morceau. Elle a été partagée en deux parties dont lune resta à la
cathédrale du Mans et l'autre fut remise à l'église de la Couture ? où elle est placée dans une châsse moderne, portant l'inscription : De Sudario B. Bertranni episcopi. M. de Caumont a publié le dessin de ce dernier fragment dans la première édition de son Abécédaire d'Archéologie et M. E. Hucher lui a consacré un article sous le titre de Notice sur une ancienne éloffe de soie déposée dans le trésor de la
cathédrale du Mans et de l'église de la Couture de la méme ville.
Notre tissu, dit M. Hucher, « présente un seul et même sujet, reproduit
uniformément, mais en diagonale ou en quinconce, sur toute l'étendue du voile.
Deux lions debout, affrontés, s'abreuvent dans une coupe placée entre eux, où
bien respirent, haletants, la flamme d'un pyrée, si le petit monument qui les
sépare doit être regardé comme un bûcher où un vase de feu.
(1) Testament de saint Bertrand inséré dans les Actus saint Julien el des autres confesseurs pont)
eulier dom Piolin, ont utilisé, m
Pontificum, Wraduetion de l'abbé A. Voisin: Vie de Le Mans, 1844, pp.
suCC
ur 68. Beaucoup d'auteurs, et
en p: sans jamais indiquer leur source, les travaux de M. l'abbé Voisin.
On feint souvent d'ignorer les œuvres des hommes de valeur dont 1
science offusque toujours les médiocres.
(2) II kal. juli. Genomannis, depositio sancti Bertranni, episcopi el confessoris ». Bibliothèque du Mans, ms. 244, fol. 90.
(3) € NII idus juni, Genomannis, translacio sancti Bertranni, episcopi et confessoris ». 1bid., fol. 80.
(4) « Qui » siæ Turonicæ et bas
cum me benigne excepisset, nolarium vocat, et habito, ut dixi, mecum consilio, quædam ecclecæ Sancti-M:
fatigata, migravit culier l'ager Cultura. 1
ni quædam Cenomannicæ ecclesiæ del
t, ac post paucos menses,
» subitanca ægritudine sæculo ». G ire de Tours, Historia Francorum, lib. IN, cap. XXVI. L'église du Mans eut en pe ament de saint Bertrand
(5) Ce fragment, mesure 92 centimètres sur 65 environ.
(6) Études sur Chistoire et les Monuments du département de la Sarthe, 1856, pp. 89-98. Voir encore Bulletin monumental, année 1818, p. 409.
« Quelques personnes ont cru que la tête des lions était vue de face: cette opinion prenait sa source dans l'ornementation assez singulière de cette tête : mais, il ne peut y avoir de doute lorsqu'on examine attentivement la direction de la langue, la forme de la mâchoire inférieure et les vestiges de l'œil placé de profil.
« Ce tissu est en soie, le fond en est uniformément rouge pourpre. Les lions sont ouvrés en soie verte et rehaussés de plaques rouges disposées dans le but d'imiter la saillie des muscles et des os. De minces filets jaunes dessinent les formes et séparent les couleurs. Un ornement très caractéristique couvre la cuisse des lions, c'est une étoile à huit pans, de couleur verte, inscrite dans un cercle rouge. Le pyrée qui est placé entre eux a pour ornement longitudinal une arabesque dont plusieurs courbes semblent dénoncer une provenance orientale. Enfin, pour terminer la description matérielle de notre voile, disons que son tissu est très fin, très serré et très régulier et qu'il annonce une fabrication parfaitement maîtresse de ses procédés. »
J'ai emprunté à M. E. Hucher les lignes précédentes pour m'éviter la peine
d'examiner minutieusement cette précieuse étoffe qui tomberait en poussiere si on lui faisait subir de trop nombreuses manipulations.
M. Charles Lenormant, conservateur du Cabinet des Antiques au Musée du
Louvre st occupé du suaire de saint Bertrand. Il croit devoir lui attribuer une
origine Sassanide !. « Le tissu conservé au Mans, dit-il, n'offre que des emblèmes de la religion de Zoroastre. L'objet placé entre les deux lions est un pyrée ou autel de feu. Les deux lions eux-mêmes se distinguent par une particularité qu'on retrouve sur les monuments Sassanides : je veux parler de ces figures, en forme d'astre où d'éloile, qu'on voit imprimées au haut de la cuisse de ces animaux ? ».
Malgré le nom de suaire donné au tissu qui vient d'être décrit, il parait probable que cette étoffe n'a jamais renfermé que des reliques de saint Bertrand. Mais elle n'en reste pas moins vénérable par l'usage qu'on en a fait autrefois et
par sa haute antiquité qui peut remonter au VIe siéele de notre ère.
SAINT HADO
Saint Hadoind {Chadænus, Caduindus, Clodænus, Hadwinus, Hadoendus, Chadoin, Hadoind, Hardoin), succéda à saint Bertrand vers 623 ou 624 et gouverna l'Église du Mans sous les rois Clotaire IT, Dagobert Ier et Clovis IT dit le Fainéant (624-654 environ).
(1) Les Sassanides, dy lie perse qui régna de 226 à 651 de notre ère.
@) Hucher, Monuments du département de la Sarthe, p. 97.