I est préférable de lui
assigner, à l'exemple de dom Briant”?, la fin de l'année 778, époque à laquelle, selon
les Annales d'Eginhard, Charlemagne
isita la Neustrie. Le monarque aurait alors rendu à l'Église du Mans le monastère de Saint-Vincent et ceux moins importants {cellulas] de Saint-Aubin et de Sainte-Marie, de Saint-Almire, de Saint-Ulphace,
de Saint-Rigomer, de Saint-Ouen, auprès de la ville, en même temps que plusieurs
villæ *,
. Julien Havet (Questions mérovingiennes,
& I, p. 170), traduit d'après Cauvin et M. l'abbé Froger
de Saint-Calais, p. 16), par Savonnières à Saint-Gcorges-de-Lacoué.
Havet (bid., p. 170), traduit par Courbesin et Couptrain, dans le pays de Sillé-le-Guillaume.
Cauvin {Géographie ancienne) dit Courecbœufs et le Mont-T de Dom Piolin (Histoire
glise du Mans, H, p. 61), place Courcebœufs et Mont
entain, dans le
de l entain dans la région de Sillé-le-Guillaume tandis
lé M. J. Havet (Questions mérovingiennes, &. I, p. 407) croit qu'il ny a aucune le cet acte.
demment ces lieux se trouvent dans la région de (3) Actus, pp. 207 et 208 l'authentic
qu
Philippe.
raison de suspec (D « Heruodlandus, Britannici limitis præfectus ».
Eginhard.
G) « Le due Rollant, comte du Mans et sire de Blaives, nepyeu Charlemaines. — Rollant due du Mans et s grandes chroniques de France, & 11, pp. 227 et 2
» conte de Blaives ». L
. On lit dans les Auclarit d'Usuard,
au 16 des calendes de juin
In Galliis, Rolandi comitis Cenomanensis, Oliverii et sociorum, qui juxta Pampe-
» lonem sub P toutes IV, col. 126.
(6) « Sequentibus quoque temporibus prædictus domnus Carolus regnum suum circumiens, usque ad
montibus pro Christo pugnantes, Carolo magno imperante, occubucrunt ». Migne, Pat
» Cenomannicam urbem pervenit, jam dictam scilicet ecclesiam Sanclæ Mariæ et Saneti Gervasit ac Prolasit « oppido destructam repcriens,… cœæpit cogitare, qualiter hoc citissimi emendatum fieret ». Actus, p. 218.
(7) Cenomania.
(8) « Melduanam, Celsiacum, Colonicam et Aloncion ». Actus, p. 248.
Les Gesla Aldrici rapportent trois précaires en faveur de notre évêque, datés des années 29% et 32e du règne de Charlemagne !, c'est-à-dire de 796 et de 799. Dom
Briant croit qu'il faut en modifier les dates, le bienheureux Mérole paraissant
être mort, non après trente ans d'épiscopat, comme le disent les Aclus, mais au bout de douze ans, vers 784 Quoi qu'il en soit, il rendit son âme à Dieu après une sainte vie, le 15 des calendes d'avril (18 mars), dans la villa de Sainte- Épine?. Le lendemain, son corps fut apporté au Mans, où il reçut la sépulture, dans l'église de Saint-Victeur, aliäs des Apôtres. Tandis qu'on transportait sa dépouille mortelle, il tomba une pluie abondante: mais le cercueil du bienheureux
el ceux qui le portaient en furent miraculeusement garantis *,
JOSEPIT
On a vu plus haut qu'un prêtre du nom de Joseph avait été témoin au
précaire passé en 778 entre Mérole et l'abbesse Arvina. C'est peut-être ce même prêtre, archidiacre de Mérole, qui lui succéda sur le siège du Mans vers 784. Il élait manceau, du pays de La Chartre, d'une famille assujettie au métropolitain de Tours. La liste des métropolitains de Tours de cette époque n'est pas fixée d'une manière concordante, Le Gallia les indique dans l'ordre suivant : Albertus,
153-768 où 754; Eusebius, 765: Ostaldus, 765 ou 766, peut-être encore en 777 :
Gavienus, 769 : Erlingus; Josephus 1, 802 el années suivantes. M. l'abbé
Duchesne” rectifie ainsi avec dates obituaires: Auberlus, 746: Ostaldus, 758; Eusebius, 714: Herlingus, 801 : Joseph, 825.
L'archidiacre Joseph reçut la consécration pontificale, après avoir été soumis
à l'élection du peuple et du clergé, ce qui, d'après la remarque de dom Briant,
constituait alors une élonnante exception". Dans la suite, un différend s'éleva
entre l'évêque et son clergé qui l'accusa devant Charlemagne, sans toutefois
apporter des preuves canoniques. Joseph irrité, ordonna de saisir ses dénone
teurs et leur fit subir d'abominables outrages”. A cetle nouvelle, le glorieux
(1) Gesta Aldrici. Édition L. Froger, pp. 181-183.
(2) Évron. Gauvin et autres.
(3) Actus, p. 249.
(9) Les Actus, p. 29, portent « natione Carantrintensis vel Cenomannicus, de familia tamen metropolis » Turonicæ civitatis ecclesiæ ortus ». Cauvin et autre
ont traduit Carantrintensis par La Chartre-sur-Loir ? G) Catalogues ép
opaux de la province de Tou
(6) € Mirum si verum est quod solus hic episcopus his temporibus per electionem assumptus reperiatur ». Cenomania Dom Piolin, t I, p. 68, affirme que dom Briant nie l'élection de Joseph. L'auteur du Cenomania ne nie pas, il s'étonne seulement et à bon droit.
mul
“epit ipsos sacerdotes qui eum aceusayerunt, flagellare, atque, quod pejus est dicere, quosdam » cæcare et castrare ». Actus, p. 249.
monarque‘ ne put contenir son indignation. Il pressa vivement le coupable, lui demanda comment il avait osé commettre de tels excès sous son règne et se permettre de semblables cruautés dans son propre diocèse. L évêque nia formelle-
ment son crime, assurant que jamais il n'aurait voulu se porter à de telles voies
de fait. Pendant longtemps la cause fut agitée devant l'assemblée des évêques : elle resta en suspens à cause des négations de l'intéressé. A la fin. pour mettre un lerme aux affronts qu'il subissait en présence de l'armée royale et de l'assemblée synodale, Joseph prit des habits séculiers, une épée au côlé, un faucon sur le poing et disparut pendant la nuit. Arrèté dans sa fuite, il fut conduit devant Charlemagne, jugé, dégradé par les évêques et remis aux mains de l'évêque de
Tours, dans la sujétion duquel il était né. On lui assigna pour asile un petit
monastère de Touraine, nommé Candes
. C'est là qu'il mourut et qu'il fut enterr Au rapport des Actus, l'épiscopat de Joseph — qui dura neuf années
; jusque vers 793 ne fut pas complétement absorbé par de misérables luttes. L'évèque
aurait acheté avec les trésors de sa cathédrale, mais pour l'Église du Mans,
quelques biens au-delà du Rhin et dans le pays de La Chartre?. Le Gallia, Cauvin, dom Piolin et autres croient qu'il faut placer sous l'évêque Joseph, le premier doyen connu de l'Église du Mans. Ils le trouvent dans cette
phrase des Actus: « Jacob, sacerdos, sive alii ministri et Canonici ejusdem
eccl ». Pour eux Jacob n'est autre que le sacerdos senior, nommé plus tard decanus. Dans les Actus les simples prêtres sont presque toujours désignés par presbyltert.
En 790, Charles, fils ainé de Charlemagne, se vit confier le commandement dans le duché du Maine *,
FRANCON Ie mr LE VIEUX
Aprés la déposition de Joseph, vers 793, Charlemagne choisit pour lui succéder un clere de son palais nommé Francon (Franco). Celui-ci était d'une
noble famille franque?, né « ex pago Asbanio », disent les Actus. Dom Piolin ®,
@) Les Actus disent « gloriosus Carolus rex ct imperalor ». Charlemagne ne devint emper! qu’en l'année 800.
eur d'Occident
@) « In quadam cellula, in pago Turonico, nomine Condeda ». Actus, p. Grégoire de Tours appelle ce lieu : « cellula Condaltensis ».
G) CIn pago Hainau Villulam..... quæ vocalur Burn... et in pago Wormicinse alias reiculas emit in villa » cujus vocabulum est Longasteshaim. Emit eliam in pago Carintense aliquas » est Sipidus, supra fluvium Lido ». Ac Cf) Annales Mettenses, anno 790. A (5) « Natione videlicet Francus ». Act (6) Hisloire de l
iculas in villa c 0. Gauvin et dom Piolin traduisent Sipidus par on, Atlas historique de la France. ©
s vocabulum »s Hayes ?
exte explicatif, pp. 101, 102,
‘glise du Mans, M, p.
suivi par le Gallia, traduit par le € pays d'Hasbain , en Westphalie, dans » l'évêché de Liège » et ajoute en note € Haspen-Gow ». Dom Briant insinue qu'au lieu d'Asbanius, il faut peut-être lire : Albanius”. Je ne résoudrai pas celle
question.
Les Actus, contiennent au chapitre de Francon Ier, outre l'énumération de documents relatifs à l'abbaye de Saint-Calais, documents qui semblent faux ?, deux diplômes de Charlemagne, de 796 et
de 802 sur lesquels je ne puis insister
Selon les mêmes Aclus, Charlemagne venu une premiere fois au Mans sous Mérole, à la fin de 778, y aurait fait une nouvelle apparition ‘, pendant l'épiscopat de Francon Ier. Si l'on veut admettre ce
second VOY.
du monarque, il faut le placer entre le 19 avril et le 25 décembre 800, au moment de son séjour à Tours, avant son départ pour Rome. L'évêque profila de la circonstance pour exposer au roi le triste état de l'Église du Mans,
dévastée par Gauziolen. Il paraît que la
bonne volonté manifestée vingt-deux ans
auparavant par Charlemagne n'avait pas INSCRIPTION DE SOUVIGNÉ-SUR-SARTHE produit grand effet, car il trouva la cathédrale et les autres églises absolument
ruiné
, comme à l'époque de Mérole”. Devant un tel abandon, l'illustre visiteur ne put dissimuler sa tristesse et s'enquit auprès de l'évêque des moyens à employer pour faire cesser cel élat de choses. Francon lui fit entendre qu'il était urgent de restituer Tennie, Juillé, Ballon, Andouillé* où d'autres villæ de la mense
(1) « Quod autem Asbanius dicitur, non hine nobis notior fit ejus patria nisi le
» Alba oppido Galliæ Narbon. in finibus Vivarensium ». Cenomania. @) € Instrumenta quæ Analecla
ur Albanius, forte ex
enumerantur nondum fabricata l'uisse videntur », de même Exemplar præcepli domni Caroli, de 801, p. 267. Cenomania.
(3) Les Gesta Aldrici, édition L. Froger, p. 1%, renferment un précaire de Francon Er.
G) Un capitulaire prouve que Charlemagne vint au moins une fois dans notre pays. En voici le début : » Pro nimia reclamatione quæ ad nos venit de hominibus ecelesiasticis seu fiscalinis qui non crant adjurnati nomanico fuirnus ». Migne, Pat. lat., t. XONII, col. 209
» quando ir pago (5) « Domnus C:
cumiens, usque ad Cenomannicam urbem pervenit, jam dictam anclæ Mariæ el Sancti Gervasit el Prolasit oppido destructam reperiens… ». Episcopat de
rolus, regnum suum ci
» scilicet ecelesiam
Mérole. Actus, p. !
« Venit gloriosus rex jam dictus domnus Carolus, dum pro quibusdam utilitatibus cireuiret regnum suum,
domannicam civitatem, vidensque ipsius urbis matrem el seniorem ecclesiam pæne destruclam, atque » dissipalam.…. ». Episcopat de Francon er, Actus, p. 252 (6) « Talidlam et Juliacum et Baladon et Andoliacum ». Actus, p. 2
épiscopale restées dans les mains laïques. Ayant pris l'avis de ses conseillers, le roi répondit : « Les guerriers qui jouissent maintenant de ces biens doivent nous accompagner à Rome, comme il leur a été enjoint. Cherchez quelque autre chose que je puisse vous rendre ». L'évèque désigna alors l'abbaye de Saint-Calais e produisit une foule de pièces (probablement fabriquées) afin d'établir ses droits
sur le temporel de ce monastère.
Il paraît qu'après le voye de Charlemagne au Mans, Francon Ier pu
restaurer sa cathédrale en ruine depuis si longtemps. Les Actus nous affirmen
qu'il la fit couvrir de tuiles et de plomb tout en s'appliquant à l'orner intérieurement et extérieurement !. De plus, désireux d'établir une stricte discipline dans
son clergé, il régla la vie canoniale , construisit un réfectoire du côté occidenta
de la cathédrale et donna aux chanoines les trois villæ nommées Asinaria, Spellaria, et Mantula*. Dom Briant fait remonter à cette époque l'origine des chanoines ?.
Les Aclus attribuent à Francon Ier la construction et la consécration de l'église de Saint-Pierre de Ceaulcé. Il y plaça, disent-ils, le corps du bienheureux confesseur Ernée où Erinée“ et disposa son tombeau suivant l'usage
romain ?.
Francon Ier, après avoir occupé dignement le siège de saint Julien pendant vingt-deux ans, quatre mois et treize jours, mourut, dit-on, à l'âge de cent ans,
le 3 des calendes de février (30 janvier) 816, deux ans après Charlemagne, dans
la villa de « Baliau° ». Son corps fut transporté au Mans et reçut la sépulture dans l'église abbatiale de Saint-Vincent. L'inscription qu'on y plaça était conçue
en ces termes :
Hoc buslo legilur lumulatus Franco sacerdos, Fessus jam senio hace requiescil humo.
Urbem hanc qui rexil felix moderamine justo,
Algida corda fovens dogmale nempe facto.
(1) « Franco episcopus restauravit seniorem ecelesiam infra urbem, et teguminibus ac plumbo a novo erunt, atque mirifice interius exleriusque ornare studuit ». Acus,
« nobiliter cæperunt, et intrinsceus per
ant: « Les tuiles,
p. 257. M. l'abbé Persigan, La cathédrale du Mans, p. 41, com plète ce texte en impr 1 fe al à La vue un dessin symétrique qui n'élail pas sans agrément ».
Les Épier
» probablement conve.
(2) Cauvin traduit Asnièr
à Saint-Brice, et la Mue.
3) Cenomania (4) Le Martyrologe du Mans inscrit saint Ernée au 9 août
V idus augusti. In pago Cenomanico, Celsiaco
» vico, sancti Ernei confessoris ». Bibliothèque du Mans. Ms. 244, fol. 119 verso. ropi, qui ve
atur Celsiacus, quam in honore
it ecclesiam a fundamento in villa sui epi
(5) « Ipse ctenim » sancti Petri consecravit, et in cam corpus beati
nei confessoris collocavit, atque ejus sepulturam sapienter
» et more romano ornavit ». Actus, p. 272.
(6) On eroit que Bailau est le Baillou moderne, situé auprès de Saint-Calais, sur les confins du département
de Loir-et-Cher.
Decursis annis bis denis alque duobus, Ad cœlum vehilur regna beala pelens.
Dic quicumque legis hœæc verba precantia queæso ,
Perpeluam requiem donet ei Dominus !.
L'épitaphe de Francon It, qui nous a été conservée par les Actus, comme l'œuvre de saint Aldric, est depuis longtemps disparue. On peut cependant s'en faire une idée au moyen de la seule inscription carolingienne connue du diocèse
actuel du Mans (IXe ou Xe siècle), que j'ai découverte, vers 1880, dans le pavage
d'un perron au presbytère de Souvigné-sur-Sarthe. Ce petit monument, qui n'est
qu'un fr
gment (environ le tiers) de l'inscription primitive, consiste en une plaque d'ardoise de 0 mètre 40 de hauteur sur 0 mètre 27 de largeur ?. Un texte latin, encadré par deux lignes, y est grossièrement gravé et ne laisse lire certainement
que le dernier membre de phrase : REQV[IEM PERP
VAM| DONET EI DOMINVS ET LVIX
PERPE
VA] LVCIAT EIS. Cette finale reproduit exactement le dernier vers de l'épitaphe de Francon
le Vieux.
Le plus ancien document relatif à la navigation des rivières de notre contrée,
date de 815, de l'époque de Francon le Vieux. C'est une exemption d'impôt accordée par Louis-le-Débonnaire, à Dutresindus, abbé de Micy, au diocèse d'Orléans, pour la charge de trois baleaux naviguant sur la Loire, le Cher, la Vienne, la
Sarthe, la Mayenne, le Loir et autres cours d'eau *.
FRANCON II nr LE JEUNE
Francon Il, dit le Jeune, neveu du précédent et diacre de la chapelle de Louis-le-Débonnaire, étail originaire du même pays que son oncle. A la mort de je du Mans.
Consacré dans notre cathédrale, le 3 des calendes de juillet (29 juin), par Lan-
ce dernier (816), il fut choisi par l'empereur pour occuper le siè
(1) L'évêque Francon est enseveli dans ce Lombeau ; accablé de vieillesse, il a trouvé le repos en ce lieu. Il gouverna heureusement celle ville par une conduite équitable, réchauffant les cœurs glacés par de saintes
prédications. Après vingt-deux ans de charge pastorale, il a été élevé au ciel pour y jouir de la béatitude. Qui
que Lu sois, lecteur de ces paroles, dis, je te prie : Que le Seigneur lui donne le repos éternel.
(2) Actuellement la curieuse ardoise de Souvigné-sur-
arthe est très probablement perdue et il n'en reste , chez M. l'abbé R. ( e a été frappé trop tôt par la mort
plus que mon estampage reproduit à la page 62, Je l'avais déposée en 1
arles, avec
prière de la remettre au Musée archéologique du Mans. Mon regretté confit
et l'inscription c retrouvée.
rolingienne de Souvigné n'a pu ê
G@) (Per Ligerim, Carum, Vincenam, Sartam, Meduanam, Taunueum seu Lidum, Hilarium, sive per cœtera » flumina ». Migne, Pal. lat., &. CIN, col. 1014, 1015. (1) Cinq mois après la mort de Francon er.
LES EVÈQUES CAROLINGIENS 65
dramne archevêque de Tours', en présence d'autres évêques, il gouverna son église avec une sage piété, assista au concile de Paris en 829, el consacra la nouvelle église de l'abbaye de Saint-Calais qui avait été édifiée par l'abbé Alboin.
Pendant son épiscopat, il se produisit au Mans un événement remarquable. Le 8 février 820, aux premières lueurs de l'aube, la Sarthe, probablement absorbée
écha subitement? et suspendit son
par une crevasse au-dessus de la ville, se de cours pendant quatre heures environ. Les habitants passèrent à pied sec et un convoi funébre profita du nouveau chemin pour se rendre sur la rive droile, au cimetière du Pré. Le lendemain, le même phénomène se produisit dans l'Huisne. Ces faits prodigieux frappérent les Manceaux ?. L'évêque d'Orléans, Théodulfe, qui avait été exilé dans un monastère du Mans‘, par l'empereur Louis-le-Débonnaire, en 817, trouva le sujet suffisant pour le narrer en un long poème, composé au
cours de la quatrième année de son bannissement.
Théodulfe est réputé l'auteur de l'hymne Gloria laus?, que l'on croit avoir été
composé pendant son exil. S'il en est ainsi, les Manceaux de l'époque de Francon
le Jeune furent les premiers à entendre les accents de ce magnifique répons qui se chante toujours depuis, le dimanche des Rameaux.
L'évêque d'Orléans se vit grâcié en 821 ou en 822. Mais sur Le point de rentrer dans sa ville épiscopale il mourut par le poison et, d'après son épilaphe, reçut la sépulture dans la ville qui avait abrité sa disgrâce ".
S'il faut ajouter foi aux Actus, Francon le Jeune fit vingt-huit ordinations, deux cent soixante-cinq prêtres, cent seize lévites, nombre d'autres ministres et
consacra trente-deux églises.
IL mourut saintement «€ in villa quæ Culturas? nominatur », le 8 des
ides de novembre (6 novembre) 832, après un ponlificat de seize années, quatre mois et huit jours *. Sa dépouille mortelle ramenée au Mans reçut la sépulture à
Saint-Vincent, aux pieds de son oncle et prédécesseur. Saint Aldric, qui lui
» Cenomanensis », du XIVe siècle (Bibliothèque du Mans. Mss.
(1) D'après le « Pontificale ad usum ecel ne 111, fol. 119 verso), le consécrateur demandait au nouvel évêque du Mans : « Vis sancte Turonensi melro- » politane ccclesie dominoque metropolitano et successoribus ejus obediens esse et subditus ? R. Volo. — Vis
acere sicut tui antecessores fecere ? R. Volo «.
» domino metropolitano et ecclesie sue professionem (2) Ge phénomène s'était déjà produit deux lois auparavant. (3) Dom Piolin (Histoire de l'Église du Mans, I, p. 115) dit que le Aucun document ne laisse supposer un pareil sentiment chez nos ane
(1) CE. C. Port, Questions angevines, p. 263, et La Province du Maine, &. NII (1899), pp. 81 à 93.
Manceaux furent remplis de terreur.
res.
(5) C'est-à-dire des trente-six premiers vers. La fin de l'hymne, où partie angevine, n’est qu'une adjonction postérieure.
(6) La Province du Maine, à. VII (1899) p. 92
(7) Cauvin et autres traduisent par Coutu
(8) Les Actus, après avoir indiqué les dates extrêmes de l'épiscopat de Francon, se trompent dans le chiffre
dans le Bas-Vendômois.
total qu'ils donnent en disant que Francon le Jeune gouverna son église, seize ans, cing mois el cinq jours.
succéda, fit décorer avec soin son tombeau sur lequel il plaça cette inscription :
Qui fueral largus, nulli bonilale secundus, Francia quem genuil, mors inimica lulit.
Et doctor populi, pius, ac miseralor egentum , Franconis que nepos, prædilus eloquio.
Jamque decem el seplem ferme volventibus annis, Abstractus carne, ferlur ad astra poli.
Hos quicumque legis versus, die Lector opime,
Ælernam requiem det sibi Celsitonans *.
Avec Francon le Jeune finit la série des évêques du Mans dont les gestes n'ont
le assez mal
pas élé narrés par des contemporains, mais par un auteur du IKes
renseigné surtout pour les époques primitiv
D'après les Actus, les premiers évèques du Mans jusqu'à Francon le Jeune
auraient fondé et consacré dans le diocèse plus de deux cent dix-huit ég
paroissiales ?,
AINT ALDRIC
la mort de Francon le Jeune, aux environs du
Quelques jours après
14 novembre 832, Louis-le-Débonnaire se trouvait à Tours
Il était accompagné de son confesseur, Aldrie *, qui dut à cette circonstance d'être nommé évêque du Mans par les suffrages du peuple, du comte du Maine, Rorigon ou Roricon ”, et surtout grâce à l'influence du métropolitain de Tours, l'archevêque Landramne, qui, on nen saurait douter, voulut ainsi faire plaisir à l'empereur. É
Ce choix était excellent car le nouvel élu devait se montrer l’égal de nos plus saints pontifes.
Aldrie naquit le 21 juin de l'an 800 du mariage d'un saxon nommé Sion el
d'une bavaroise répondant au nom de Gérildis, tous deux nobles et apparentés
(1) La mort ennemie a ravi (cet évêque) qui, né dans le pays franc, était doué de générosité et d’une bonté
qui ne le cédait à nulle autre. Docteur du peuple, pieux, pitoyable pour les malheureux, ce neveu de Francon (le
Vieux) était doué d'éloquence. Son âme a 6
parée de son corps pour gagner le ciel, après un pontificat de
presque dix-sept ans. Qui que tu sois qui lis ces vers, ne cesse de répéter, o lecteur, que le Maître du tonnerre
lui donne le repos éternel.
(2) S. Julien, 90 ; S (3) Bohmer, Regesta imper!
Thuribe,
S. Pavace, 11; S. Liboire, 17; S. Principe plus de 30; Francon le Jeune, 32. , I Innsbruck, 1889, p. 326.
(4) Aldricus, Aldericus, Audry. Il importe de ne pas confondre saint Aldrie
vêque du Mans, avec saint Aldric, évêque de Sens, mort en 836.
() Marié en pren: :s noces à Rotrude, fille de Charlemagne, et en deuxièmes à Blichilde. De ces deux
mariages, il eut Louis, abbé de Saint-Denis, et Gozlin. Les Annales de Saint-Bertin, p. M.
semble-t-il, à la famille impériale. Élevé à la cour depuis l'âge de douze ans, il
reçut la tonsure vers 820, des mains de Gondulfe, évêque de Metz, el une prébende
dans le chapitre fondé par saint Chrodegand. Après deux années d'épreuve, environ l'an 822, il fut ordonné diacre par le même Gondulfe et prêtre par son successeur Drogon !.
Selon M. Julien Havet”, bien qu'Aldric eût été placé quelque temps à Metz, à a lêle de l'école épiscopale, sa culture philologique ne devait pas être très déveoppée. Il n'était devenu clerc et ne s'était mis à l'étude de la grammaire, du chant
romain et de l'Écriture sainte, qu'à plus de vingtans. Différents indices témoignent
qu'il n'était difficile ni sur la versification, ni sur la latinité. Sa vie fut celle d'un
1omme d'action et non d'un homme de cabinet, fait pour le gouvernement et non
our l'étude *.
Malgré
à répugnance à se charger du lourd fardeau de l'épiscopat dans une
contrée qui lui élait étrangère, le confesseur de Louis-le-Débonnaire dut accepter
a succession de Francon le Jeune, le 9 novembre 832". Deux jours plus tard, le
1 novembre, fête de saint Martin, il entrait au Mans”, et le 22 décembre de la
même année, il recevait l'onction épiscopale ® de son métropolitain Landramne,
assisté de plusieurs évêques. Le 24 décembre, le nouvel évêque eut la joie de
recevoir au Mans son impérial pénitent’ et de l'introduire processionnellement
dans son église au milieu des chants et des hymnes sacrés. L'empereur, passa huit jours dans la ville, y célébra la fête de Noël et rendit à Aldric quelques domaines dont le fise s'était emparé, particulièrement la villa de Neuville-sur-Sarthe.
Dès la première année de son épiscopal‘, le nouvel évèque fit amener dans la
ville du Mans de l'eau par un aqueduc. Jusqu'alors, il était difficile de s'en pro-
curer el pour en avoir, on était obligé, en l'absence de puits, d'en faire prendre
dans la Sarthe où à quelque fontaine, moyennant un denier pour un ou deux
Seau»
L'aqueduc de saint Aldric n'était vraisemblablement qu'un des anciens
conduits établis primitivement par les Romains, abandonnés après l'invasion des
G) Fils naturel de Charlemagne et de Régine.
p. 280. glise du Mans, IH, p. 379, affirme que l'école du Mans fut célébre sous l'épisco-
(2) Questions mérovingienn
(3) Dom Piolin, Histoire de l° pal de saint Aldrie. On se demande où le R. P, s'est procuré des documents sur celte école du Mans de 832 à 856.
(1) Gesta domni Aldrici, Édition L. Froger, p. 20.
(5) Ibid. p. 21.
(6) Dom Briant, Bondonnet, Le
(7) « Tandem natale Domini (852) Cinomannis pervenit ». Les Annales de Sainl-Bertin et de Saint-Vaast
rvaisier, l'abbé Persi à Tours.
an, placent à tort, le sacre d'AId
re de Louis-le-Débonnaire : 4 octobre 832, in Franciam,
{Société de l'histoire de France), p. 9. Itinér:
14 novembre, Turonis, in Aquitaniam ; 19 novembre, Caduppa villa, Restis (Rest, Maine-et-Loire); 24 décembre
832 au 1er janvier 833, Cinomannis civitale. Bohmer, Regesta imperti, 1, Innsbruck, 1889, pp.
rchevêque de Se
(8) Dans cette année 853, Aldrie signa avec Aldric,
andramne, archevêque de Tours,
et'autres, au concile de Worms, sous cette forme : « Aldricus, Cenomani urbis episcopus ».
(9) Gesta Aldrici. Édition L. Froger, p. 11.
barbares, vers le IVe ou le Ve siècle, et rétabli par le pieux pontife. Il avait son point de départ à l'est de la ville, à une demi-lieue de la cathédrale, auprès d'un bordage appelé Les Fontaines, dans une petite vallée formée par l'affaissement de la
couche de grès vert et de terrain coquillier, qui règne des plateaux de Gazonfier
à ceux de Sargé!, Là se réunissaient toutes les eaux d'une surface assez considé-
rable de terrain plus élevé que la ville du Mans, qui formaient à l'origine un
ruisseau coulant sous le nom de ruisseau d'Isaac où du Merdereau, à travers la
vallée de Misère, pour se jeter dans la Sarthe, après avoir contourné les murailles
ÉDIGULE DE SAINT ALDRIG
de la cité mancelle. Cest sur la rive gauche de ce ruisseau qu'on a retrouvé en 1792, les ruines de l'amphithéâtre romain *.
A la source des Fontaines, aliäs du Haut-Isaac, Aldric établit un réservoir voulé qui subsiste encore el tout auprès se voit un édieule de la fin du XVe siécle, dont la petite niche abritait autrefois une statuette du saint évêque”. L'aqueduc d'Aldric, après avoir traversé les terrains de l'évêché actuel et de la Psallette, alimentait la fontaine Saint-Julien, sur la place de Saint-Michel, et se rendait à la place Saint-Pierre, au cœur de l'ancienne ville.
Cet important et utile travail n'absorbait pas l'activité de l'évêque. Soucieux
() Noti
(2) On :
amphithé
ur les aquedues el fontaines de la ville du Mans. Le Mans, 18