HUBERT
Hubert { Hucberlus, Hubertus), siégea après Gonthier Ier, pendant trente-sept ans, dix mois, onze ou douze jours”, soit de 913 à 951%. Bondonnet et Colomb ne lui accordent que trente et un ans et six mois. Je me garderai de suivre ces derniers et encore moins dom Piolin, qui admet d'abord que Hubert fut évèque du Mans de 908 à 939 (trente et un ans) et plus loin pendant trente-sept ans, dix mois et douze jours ?.
Son épiscopal ne nous est connu que par un seul acte. Il donna aux chanoines
() Les Actus n'affirment rien de semblable.
(2) Invasions normandes, p. 38.
(3) Ibid. p. 39.
(9) « Domnus Guntherius, episcopus, sed. annis XXII » (6) Église du Mans, 11, 493
(6) I faut considérer comme erronée cette affirmation de
Plu- Cf. Pesche,
Morand, à propos du traité de Saint ir:
de l'Anjou et du Maine, dont les Normands s'él
tdes Gesta.
» sieurs pli
ient emparés, leur furent laissées
Dictionnaire, 1, p. I
(7) Listes des Actus (8) Dom Briant, C
Romane.
@) Église du Mans, I, pp. 495 et 512. Le R. P., p. 495, affirme gratuitement que Hubert fut élu évêque
les suffrages du clergé et du peuple ».
par
de son église, en l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge, des SS. Gervais et Protais et de saint Julien, quatre arpents d'une vigne, qu'il avait plantée auprès de la ville sur le mont dit de saint Jean-Baptiste, bornée par la fontaine saint Domnole, le chemin public et la vallée de la Sarthe !.
Il est possible de déterminer l'emplacement de cette
igne créée et donnée par Hubert. Le mont Saint Jehan, couvert de vignobles au Xe siècle, n'est probable-
ment autre que le Banjean où Banjan * actuel, colline qui se développe au-dessus de
hemin de Paris.
era querande LaBreléche
Qu)
Le Grand Ban) an
Aqueduc B—
nn de Coulaines au Tertre
llec de la Sarthe. S'Laurent
PLAN DE BANJEAN ET DE L’AQUEDUG DES FONTENEL
Coulaines et qui, par sa dépression méridionale, fait face, avec un second renflement, au côteau de Saint-Vincent, d'où sort encore une fontaine nommée autrefois de Saint- Domnole*. D'un côté, le Banjean était longé par l'ancien chemin du Vieux-Pavé, tandis qu'à l'ouest, il dominait la vallée de la Sarthe. Au XL siècle, Garingotus Bollarius abandonna à l'abbaye de Saint-Vincent deux arpents de vigne à « Bonjen ‘ ». En 1181, l'archidiacre Eustache donna à l'Église du Mans huit deniers de cens que
Raginaudus de Asunertüs lui devait sur une vigne qu'il possédait « ad Bengeg ? ».
(1) « Dono denique vineam, quam ædificavi prope civitatem, loco nuncupato in monte Sancti Johannis » Baptistæ, alio fronte fontana Sancti Domnoli, tertio fronte via publica, quarto fronte vallis super fluvium p. 294.
@) Bannum Joannis. Cette dénomination rappelle le Ban des vendanges et le Ban-vin, Bannum Vindemiarum, Bannum vini.
6) Fondateur de l'abbaye de Saint-Vincent. La fontaine de Saint-Domnole doit à
e celle qui coule audessus de la ferme du €
and-Banjean, dans l'enclos du Séminaire.
() Ou Benjen, Cartulaire de Saint-Vincent, col. 40. G) Livre blane, p. 81.
Parmi les chapellenies de la cathédrale se trouvait celle de Saint-Jacques de Banjean ‘. Elle avait été fondée dès le moyen âge par un chanoine du nom de Jean de La Chapelle, auquel le Marlyrologe de l'Église du Mans consacre un long article *.
L'aqueduc romain qui naissait aux Fontenelles, entre Sargé et Le Mans -
aqueduc * qu'on ne doit pas confondre avec celui de saint Aldric contournait à mi-côle la butte du Banjean, traversait l'enclos de Saint-Vincent, passait sous l'église de Gourdaine, pour alimenter,
s la muraille
croit-on, des bains silués ve ouest de la ville *.
On a dit que le pays manceau avait été cédé à Rollon en 924. Le fait semble difficile à établir, car la même année, Raoul, duc de Bourgogne, qui venait d'être élu roi de France, l'avait donné à son beau-frère, Hugues-le-Grand, fils de Robert-le-Fort”, et celui-ci paraît l'avoir
gardé sans interruplion jusqu'en 956,
année de sa mort. Si l'on doit ajouter
foi à l'histoire d'un moine Absalon, venu
\QUÉDUC ROMAIN DES FONTENELLES au Mans vers cette époque, notre ville étail alors exemple de la présence des
aient leurs cruautés *.
ennemis pendant que les villes du voisinage subis
Quoi qu'il en soit, à une date où à une autre, la tyrannie normande se fit
(1) Benjan, Pouillé du diocèse.
@) « NI dus augusti. Sie obiit Johannes de Capella, sacerdos et canonieus hujus ecclesie, qui servicio sancte » ceclesie a pucritia enutritus quantam devotionem in ca habuit in fine operibus comprobavit. Voluit enim
» ct precepit in ista ecclesia quandam capellaniam fieri, in qua, pro salule anime sue, capellanus quidam » Domino jugiter deserviat, omnes adquisitiones quas fecerat donans et attribuans capellanie supradicte, » videlicet vineas de Bono Genio (sic) et vincas de Passu, cum torcularibus et eupis et aliis ustensilibus et » ornamentis que ibidem dereliquit, et plateam quam habebat in Taneria, et domum quam habebat apud bebat in vico Sancti-Vincentii », ete. Jean de La Chapelle présente son neveu
n, le nom de Crapaud : « Tota decima que est ab ulmo.
» Gordanam, et plateam quam he
Guillaume pour premier titulaire de cette chapellenie. Bibliothèque du Mans. Ms. n
3) Cet aquedue portait au XIe siècle, dans le Banj » Symeonis usque ad lapidem qui estin via de Coloniis sicut duetus aque currit que vulgo Crapaldum nominant ». Cartulaire de Saint-V de Banjean. Les lieux du Grand et du Petit-C
acent, col. 47. La carte du Maine par Jaillot indique le « ravain de Crapaud » au-dessous
apaud sont encore indiqués en bordure du chemin du Mans à
rtes du commencement du siècle.
(1) Richelet, Le Mans ancien el moderne, pp. 30, 6) « In codem anno 921, rex Radulphus dedit Hugoni, filio defuncti regis Roberti, Cenomanicam civitatem ». imple qui
Coulaines, sur les ca
Dom Piolin, qui cite ce texte de la chronique de Flodoard, affirme cependant que ce fut Charles-le
donna le pays manceau à Hugues-le-Grand.
(6) Dom Briant, Cenomania. Dom Piolin, Église du Mans, I, p. 501, admet que tout le Maine, ayant été concédé aux Normands, Hugues-le-Grand dut le recouvrer vers la moitié du Xe siècle.
(7) « Cenomanum remansit Absalon cum parentibus, he enim civitas ab hostibus mansit intacta, ceteris ) circumquaque ruentibus tempestate normannica ». Chroniques des églises d'Anjou, publiées par Marchegay et Mabille, p. 221.
cruellement sentir chez nos ancêtres qui en furent délivrés un jour d'Ascension. Le Martyrologe de l'Église du Mans contient en effet cette notice : « 11 nonas maii » (5 mai). Eodem die, Ascensio Domini ad celos. Et sic liberata est Cenomannis
» a Paganis ! ».
MAINARD
Après la mort d'Hubert, sa succession fut disputée assez longlemps par différents compétiteurs. Les uns voulaient acheter le siège du Mans à prix
d'argent, les autres se réclamaient de leur culture intellectuelle pour loccuper ?.
Mais Dieu, qui préfère la simplicité à l'orgueilleuse prudence humaine, choisit,
par l'accord du clergé, du peuple et du roi, un homme noblement apparenté, il
est vrai, puisqu'il était frère d'un vicomte du Mans, mais absolument ignorant el illettré. Il se nommait Mainard et, retenu par des liens séculiers, il avait eu de nombreux enfants, fils et filles.
Nos listes épiscopales des Actus et des Gesla Aldrici donnent à Mainard vingt ans, cinq mois et six jours d'épiscopat, y compris probablement la longue vacance qui précéda son élection. Je crois qu'il est sage, en suivant de près dom Briant, d'inscrire notre évêque entre les années 951 et 971”, et de ne pas s'aventurer à la
suite des Bondonnet, Colomb et Piolin qui le placent entre 940 et 960.
Malgré sa complète incapacité scientifique, le successeur d'Hubert ne déshonora pas son église, comme l'avaient fait les Badégisil et les Gauziolen. Au début de son pontificat, vers 954, il souscrivit une charte de l'évêque de Chartres, Ragenfroy ‘, au sujet de l'abbaye de Saint-Père en Vallée, en même temps que Joseph, archevèque de Tours, Constant, évêque de Paris, Guichard, évèque d'Évreux,
Mabbon, évêque de Saint-Pol-de-Léon et Nodoard, évêque de Rennes. Non
(1) Bibliothèque du Mans. Ms. 241, fol. 62 verso. Jenomannica generositate exorlus, germanus cujusdam vicecomilis
(2) « Domnus Mainardus, episcopus,
» Cenomannicæ civitatis fuit, Hie primum sæcularibus deditus rebus, filios et filias mullas habuit, et tam idiota
ed cum diu Cenomannica civilas sine pon-
» ab omnibus æstimabatur, ut non clericus, sed laïcus putaretur.
» tifice permansisset, et mulli per pecuniam episcopatum habere vellent ; nonnulli vero per litterarum
git ut fortia quæque confun- » deret; et secundum quod scriptura n it
» virum scienter inscium et sapienter indoetum, domnum videlicet Mainardum, in episcopum, consen-
» astuciam dignos episcopatu se esse proferrent; Dominus qui infirmi mundi e
crat, quia melior est simplex rusticitas, quam superba prudentia, ele
» tiente clero simul et rege illius temporis atque populo, ob humilitatis et innocentiæ magnitudinem , 205* et 296*. — Mainard est probablement le Mainold du dans Chronica de Geslis consulum Andegavorum. Noir
» volente Deo, consecratur Traité de la Réversion de saint Martin, placée en l'an 8
Chroniques d'Anjou, pp. 51, 61. — Le Corvaisier, p. 315, affirme que « l'histoire du Perche et notre Pontifical
episcopus ». Actus, pp
» l'appellent Mainard de Bour (3) Dom Briant, Cenomania, indique les dates extrêmes 951-970
(4) Ragenfroy, de 942 à 955 environ ; Joseph, 945-057 ; Constant, 051; Guichard, vers 950-970 ; Mabbon, vers 950 ; Nodoard, 950 La date de 951 pour la charte de Ragenfroy est admise par dom Briant (Cenomaniu)
et par M. Guérard (Cartulaire de Saint-Père, p. 49). Les éditeurs du Cartulaire de Notre-Dame de Chartres,
MM. de Lépinois et Merlet, la remplacent à tort par, vers 949.
content de donner à son clergé l'exemple de la régularité, il enrichit encore ses
ses, 6
chanoines en leur léguant une partie de ses biens patrimoniaux, parois ses,
est consacré dans les Actus el surtout son Testament rapporté dans les /nstrumenta
On peut prendre connaissance de ces dons en parcourant le chapitre qui lui
de Cauvin et dans le Livre blanc.
Mais, son œuvre de prédilection fut sa cathédrale. Ce monument, dés lors
dédié à la sainte Vierg
, aux SS. martyrs Gervais et Protais et à l'évêque saint Julien’, avait souffert au milieu des tribulations des époques précédentes. Il le fit restaurer et le consacra le jour de saint Sylvestre, confesseur. Parmi les ornements variés dont il gratifia l'église-mère, on remarquait : Une table en argen nouvellement fabriquée *, pour l'autel des SS. Gervais et Protais: une châsse
neuve, d'argent, dans laquelle il fit placer les reliques de saint Julien, patron de
l'église *, reliques extraites d'une autre châsse tombant de vétusté ‘:; des croix, des candélabres, des calices, des encensoirs, des tentures” el un grand nombre de vêlements pour les clercs et pour les prêtres. û
Par un acte daté du Mans, la quinzième année du roi Lothaire (969)
Mainard céda à l'église cathédrale * deux moulins qu'il possédait sur la Sarthe.
Il mourut le 8 des ides * de juin (6 juin) et fut enterré dans l'église de Saint-
Vincent, alors desservie par douze chanoines. Le Martyrologe de l'Église du Mans
lui consacre une notice en mentionnant qu'il avait donné à ses chanoines la terre de Courgenard avec d'autres paroisses, ainsi que l'église de la Dorée. Son anni-
versaire se célébrait au mois de mai”.
be » rum Gervasi el Protasit el Sancti Jultant, episcopi, degens vitam ». Testament de
go, in Dei nomine, Mai
ardus, Cenomannorum episcopus, sub cænobio Sanctæ-Mariæ et SS. marty- Mainard.
@) « Tabulam namque nl ré ce lexte formel,
an... ex Novo fabricari conslituit ». Aclus, p.
dom Piolin, IT
23, traduit : « Cette table existait déjà et remontait au temps de l'épiscopat de saint Aldric ; » elle fut refondue et ornée dans le goût du temps! »
De piscopat de l'évêque Robert, avaient été
(3) € Patroni almi corpus, beati videlicet Juliani episcopi ». Actus, p (4) On transportées à Bourges. Celle translation, plus où moins authentique, racontée par dom Piolin, embarrasse
vu plus haut que les reliques de saint Julien, sous l
le R. P, qui s'explique difficilement au sujet des reliques de saint Julien conservées au Mans, dans une châsse vermoulue, Cf, Église du Mans, & H, pp. 402 et (5) « Pallia parieti pendentia ». Aetus, p. 206.
(6) Get acte ruine la date de 960, donnée par Bondonnet, Colomb et Piolin, comme époque de la mort de Mainard. Voir Z à établir la date de
lise du Mans, HT, pp. 4 à 6, la note très peu claire de dom Piolin cherchant, mais en vain, (7) C'est ainsi que je traduis « Firmo monasterio Sanct
ii el Protha-
-Mariæ el sanctorum martyrum Gerv:
» sii, neenon et precipue confessoris Christi, scilicet Juliani, atque aliis sanctis in hoc loco quiescentibus, ad
» opus canonicorum inibi Deo servientium ». Dans ce texte, le mot monasterium $
nilie église ou collége de
chanoines el non monastère. On croit que ces deux moulins sont ceux de Saint-Gervais, actuellement d'Enfer. (8) Les Actus disent le « VIII junii », oubliant le mot idus qu'il faut rétablir. (9) Années 1336 et suivantes: « Mayus.… Anniversarium Medardi /sie! episcopi ». Archives du Chapitre
du Mans, B 24, fol. 4 verso et passim