GERVAIS DE CHATEAU-DU-LOIR
Gervais de Château-du-Loir, fils d'Hamon, Haimon, ou Hamelin de Châteaudu-Loir et d'Hildeburge, sœur de l'évêque Avesgaud, naquit, raconte-t-on, le 2 février 1007, au château de Coëmon ou Cohémon, dans la paroisse de Vouvraysur-Loir, non loin de Château-du-Loir. « Sa naissance, dit Le Corvaisier, fut en la
» maison de son père, bastie sur un côleau un peu élevé au-dessus du rivage du
Julien, du chœur proprement dit, situé en avant, avec son grand autel dédié aux SS. Gervais et Protais. Les stalles les formes des chanoines se trouvaient en avant du grand autel.
the, G 479, p. 140.
a, entre le Tu solus allissimus Jesu-Christe et le Cum saneto spiritu, quatre moines de la
(1) Archives de (2) Pendant le Glo
Couture chantaient O rex gloriæ
(3) Pierre Hennicr, Ordinarium novum, pp glise du Mans, 1789, pp. 180
(4) « IT nonas septembris. Sie obiit vene » ter Petrus Pict
12 vo et 43. — Voir pour la fête de saint Julien au XVII: siècle,
Cérémonial de LE
bilis cancellarius Parisiensis ecelesie et noster canonicus, magisfestum pi ari et canonicis et elericis non canonicis,
nempe enim accepti non immemor benel
imi patroni nostri be
» Juliani in ccele isiensi sollempniter et perpeluo instituit celcbr » qui huic sollempnitati interfucrint, redditus competentes assignavit ». Martyrologe de l'Église du Mans, ms. 244.
(5) Hubert était trésor
lise du Mans en 1020. Cf. Livre blanc (imprimé), p. 101, note 3.
(6) Le Gué-Bernisson, près du Mans, selon Cauvin.
(7) Marlyrologe de l'Église du Mans, ms. 244, au 2 des ides d'août.
» Loir, que les manuscrits nomment en latin Curia Hamonis et que nous tournons » en français la Cour de Haymon, et par corruption de langage, Cotüaynon » (Coëmon), qui depuis a esté changé en un prieuré dépendant maintenant de
» l'abbaye de Nostre-Dame du Ronceray d'Angers ». Celte petite dissertation, dont
la vérité est admise sans conteste par Bondonnet, Colomb, Piolin, le Gallia et
par tous les auteurs manceaux, sans exception, ne présente aucun intérêt, car elle ne s'appuie sur l'autorité d'aucun document, non plus que la date du 2 février 1007! a
3riant qui garde le silence à ce sujet et surtout rester convaincu que
ignée à la naissance de Gervais. Il faut imiter la prudence de dom
Coëmont? ne saurait venir de Curia Hamonis”. Peut-être n'est-il pas téméraire de placer le berceau de notre Gervais dans sa maison palernelle de Saint-Sauveur
au Mans.
Si le lieu et la date de naissance de Gervais ‘ nous sont inconnus, il n'en va
as de même de sa parenté. Le futur évèque du Mans avait au moins trois frères : Bouchard, Robert et Ursion, et deux sœurs: Rotrude et Hildeburge.
Les Aclus sS
expriment ainsi sur le comple de Gervais de Châtleau-du- Loir:
& Ayant appris des pélerins qui accompagnaient Avesgaud, la mort de ce
pontife, le seigneur Gervais, qui ne le cédait à personne dans le royaume sous le
rapport de la science et de la noblesse, reçut avec allégresse le siège épiscopal laissé vacant par la mort de son oncle. Après son sacre”, le comte Herbert, surnommé Baccon, oncle d'Herbert Ier, qui vivait sous Fépiscopat d'Avesgaud", refusa, pendant deux années, au nouvel évêque l'entrée de la ville, stimulé qu'il était par l'aiguillon de la jalousie, car beaucoup disaient que Gervais était plus riche et plus puissant que lui et qu'il projetait de s'emparer du trésor de saint Julien. Mais au bout de ce temps, Herbert Baccon laissa le pontife prendre siège. De l'assentiment du roi Henri Ier, Gervais s'empressa
possession de son
(1) Gette date donnée par dom Piolin (où l'a--il découverte ?) se trouve également dans le Gallia. (2) Il existe également un Coëmont au Lude, situé sur la rive gauche du Loir, à l'embouchure de l'un des bras du ruisseau le Riz-Oui où l'Aunay-Lubin.
(3) Coëmont semble indiquer une situation topographique, — Les hommes d'autrefois cherchaient souvent
l'étymologie des noms en leur attribuant un sens d’après l'analogie de son des syllabes qui les composaient
avec des mots de la langue commune; puis ils traduisaient en conséquence. C'est le procédé du calembour.
Giry, Manuel de diplomatique, p. 404 () Du Boulay (Historia universitatis Parisier d'après une Chronique du monastère de Fleury. Claude Bernard (Gallia) traduit Castroledensis
I, 421), nomme notre évêque Gervasius Barbet Castroledensis, par La Roche-
Guyon.
lise du Mans, UT, 139), ayant été élu par le clergé et par le peuple... fut à famille, le 18 décembre 1( jours seulement ises sont le fruit de l'imagination du R. P., car
(5) « Gervais, dit dom Piolin
à Tou
par l'archevêque Arnoul, alli quarante-der
» après le trépas de son prédécesseur ». Toutes ces données aucun texte ne les appuie. Qui plus est, entre le 27 octobre, jour de la mort d'Avesgaud, et le 18 décembre,
cinquante et un jours. Dans la liste des Actus, on indique cinquante jours entre la mort d'Avesgaud et le
re de Gervais qui eut lieu le 14 des calendes de janvier, soit le 19 décembr (6) Le comte Herbert Ir, Éveille-Chien, père de Hugues IH, mourut en 1036, le 15 des calendes de mars ou d'avril. Dom Briant, Cenomania.
alors de faire des dons considérables à ses chanoines et leur concéda particuliè-
rement des revenus qui, jusque-là, avaient été attribués au trésorier de l'église du
Mans: la villa de Bénais-sur-Huisne, auprès de la ville: l'église de Parigné au territoire de Loudon que ses parents avaient réédifiée !; les coutumes et redevances auxquelles ils étaient tenus envers son père à cause de certaines terres relevant de Château-du-Loir ; la maison de son père, assise à l'angle oriental de la ville du Mans, avec les terrains en dépendant sis tant en dedans qu'au dehors de la muraille et un bois situé au-delà des murs. Il leur restitua encore des églises et des biens qui leur avaient été enlevés injustement : Saint-Ouen-en-Belin , Saint-Martin-de-Laigné?, Mulsanne dans la Quinte*, Saint-Aubin, Assé, Sainte-
Jammes-sur-Sarthe, Pruillé et deux moulins sur la Sarthe au-dessous de la ville.
» Gervais gouvernait paisiblement son diocèse lorsque Herbert Baccon se mit à le vexer. Le pontife voyant qu'il ne pourrait se défendre ni par l'autorité du roi, ni par ses propres forces, demanda au roi Henri ce qu'il n'aurait pas dû demander, de concéder les droits de régale sur l'évêché du Mans à Geoffroy-Martel, comte d'Anjou, mais seulement pendant sa vie, afin que celui-ci prit plus volontiers sa défense : après la mort de Geoffroi, l'évêché reviendrait aux mains du roi. Cette démarche eut de funestes suites. Herbert Baccon, ayant appris de quelle maniere l'évêque avait agi, porta une accusation contre lui devant le comte Geoffroy, le suppliant vivement, s'il le pouvait, de dépouiller Gervais de son siège
et des seigneuries qu'il tenait de son père. De son côté, le pontife forma une
igue avec ses diocésains et les barons du pays‘ pour déshériter Baccon, le
chasser de la cité et mettre à sa place Hugues I, fils d'Herbert, adoles
ent rempli de
bonnes qualités.
» Hugues IT devint alors comte du Maine et Herbert Baccon prit l'habit monacal. Gervais avait tenu le nouveau comte sur les fonts sacrés et, dans son affection our lui, il lui fit rechercher en mariage Berthe, très noble femme, veuve d'Alain, comie des Bretons. Cette alliance déplut à Geoffroy Martel. Hugues était loin du Mans avec ses guerriers et célébrait ses noces, quand Geoffroy alla incendier
Château-du-Loir, ce qui mit le comble à l'hostilité entre le comte d'Anjou et
‘évêque du Mans. Voyant done que Hugues, pour sa ruine et pour sa perte, venait de prendre une femme des plus puissantes d'après les conseils de Gervais, Geoffroy, plein de l'esprit du traître Judas, se fit livrer par trahison l'évêque, le
mit en prison et le retint sept années dans les fers”, espérant par là pouvoir
() On à vu plus haut que l'é
éque Av donnée à sa sœur Hildeburge, mère de G
aud avait acheté des chanoines l’église de Parigné qu'il avait ais.
@) « De Latiniaco ».
(3) « Ecclesiam de Murcena infra quintam Cenomannicam ». Actus, p. (4) € Iniit concilium cum parochianis et heroïbus ter
ce». Actus, p. 506°.
(5) « Eodem anno (1050), Leo papa excommunicavit Gaufridum Martellum, propter Gervasium, episcopum, » quem tenebat captum ». Chroniques des églises Œ'Anjou, p. 398.
s'emparer de Château-du-Loir, ce qui d'ailleurs ne lui servit de rien parceque les guerriers préposés à la défense de la forteresse, y firent bonne garde.
» Sur ces entrefaites, mourut le comte du Maine, Hugues IT !, tandis que Gervais était encore en prison. L'évêque en ressentit une vive peine tandis qu'au contraire le comte angevin s'en réjouit. Hugues reçut les honneurs de la sépulture
chrétienne et Geoffroy s'empara pour dix années de la souveraineté du Maine?
Les citoyens du Mans chassèrent par l'une des portes l'épouse éplorée de Hugues
atroduisirent dans leurs murs Geoffroy, tout joyeux. Gervais
avec ses enfants et i
apprit au fond de sa prison ce qui venait de se passer ; craignant pour ses jours, il rendit Château-du-Loir. Geoffroy lui permit alors de reprendre sa liberté, mais sous le serment que tant que lui, comte d'Anjou, vivrait, il ne rentrerait pas dans la ville du Mans. L'évêque voyant qu'il ne pouvait retourner ni à son palais, ni
à son château, se retira auprès de Guillaume, duc de Normandie. Plein de
tristesse, il lui raconta tous les mauvais traitements qui lui avaient été infligés
par Geoffroy-Martel et comment celui-ci l'avait trahi. Guillaume, touché de com-
passion, lui donna de l'or, de l'argent, des châteaux et de riches présents. Durant le séjour de Gervais auprès du duc, l'archevêque de Reims, Guy (de Châtillon ),
vint à mourir. Le roi Henri nomma l'évêque du Mans pour occuper ce siège.
Celui-ci accepta, non sans regret, et s'installa à Reims (15 octobre 1055) après
avoir gouverné notre église pendant vingt ans° ». Il y mourut en 1067, le 4 des
nones de juillet (4 juillet) d'après le Martyrologe de l'Église du Mans qui lui consacre un long article énumérant ses bienfaits.
J'ai dit plus haut que Gervais de Château-du-Loir s'était distingué par sa générosité envers ses chanoines. Un document, rapporté dans les Actus et dans le Marlyrologe de l'Église du Mans, nous apprend qu'il réédifia les cloîtres canoniaux ainsi que l'antique église du Saint-Sauveur qui se trouvait, non au milieu desdits cloitres ainsi qu'il a souvent été répété !, mais dans l'enceinte de sa maison pater-
nelle située à l'angle oriental de la ville. M. Lefebvre-Pontalis” croit voir dans les
vieux murs romans qui forment le pignon de la maison de la Psallette de la cathé-
() Vers 1051. « VII kalend, aprilis (26 mars). Sic obiit Hugo, comes, Herberti filius, qui duarum villarum » consuetudines de Mantula videlicet et de Banait, beati Juliani ecelesie condonawvit ». Martyrologe de l'E
du Mans, Bibliothèque du Mans, ms. 2. Dom Piolin (II, 213), transforme le 7 des calendes d'avril en 7 av (@) Du vivant de Hugues, Gcoffroy-Martel avait mis plusieurs fois le feu à la ville du Mans. CI. Gesta Guillelmi, ducis Normaniæ, apud dom Bouquet, t. XI, pp. 88 ct 633. (3) Actus, pp 304* - 307 *.
(4) Le Go 50. Cauvin, Géographie ancienne, p.493. Dom Piolin,
Lefebvre-
sier,
glise du Mans, NI, 1 à l'occident de la
Pontalis dans la Revue du Maine, XXN, 44. De tout temps, les cloîitres furent situé:
cathédrale, avec, à l'origine, une se dédiée à saint Étienne. Vers l'époque de Gervais de Château-du-Loir,
un certain Adam de Château-du-Loir, probablement neveu de l'évêque, donna aux chanoines un terrain qu'il
possédait « prope claustrum Beati Juliani in vico qui dicitur Vetus Roma » (actuellement rue des Chanoines). Bibliothèque du Mans, ms. 244, Martyrologe, fol. 41 vo.
(5) Revue du Maine, XXN, 44, d'après l'abbé Persigan, p. 68.
drale, des restes de la chapelle du Saint-Sauveur ! rebâtie par Gervais de Châteaudu-Loir. L'éminent auteur attribue à ces ruines une trop haute antiquité. À mon
avis, les caractères architectoniques de cette construction, débris d’une ancienne
L'ÉVANC SAINT MARC
D'après l'Évangéliaire de Gervais de Château-du-Loir.
tour, ne permettent guère de lui assigner une date antérieure à l'extrème fin du XIe siècle.
La Bibliothèque Nationale, à Paris, possède un magnifique évangéliaire enlu-
() Il existait dès le XIe e, à Château-du-Loir, un bourg et une église de Saint-Sauveur, tout près du ruisseau d'Ire, au nord de la ville. A prem de Château-du-Loir. Mais un texte de la vie d'Hildebert, également des Aclus, pré au Mans: 9 *), in loco ubi aula domni Gerv præsulis antiquilus fuerat
aUVeUr
lecture, les Actus paraissent désigner ce Saint-$
€ ainsi sa situation
«in orientali civ
alis angulo (p. :
miné, du XIe siècle, sur vélin!. Outre les ornements de chaque feuille on y
remarque les quatre évangélistes, S. Mathieu, S. Marc, S. Luc, S. Jean, dessinés en pleine page, et aux folios 19 et 53, d'une écriture en onciale de l'époque, la
note suivante: « Hune codicem ornavit Gervasius, auro, gemmis et emblematis,
episcopus ? ».
» tune Cinomannensis postea Remens
Au nombre des chanoines et des prêtres de l'Église du Mans qui vivaient du temps de Gervais de Château-du-Loir, on peut citer Girard, doyen; Ebrard, chantre ; Arnault, grammairien ; Gradulfe, chanoine ; Dreux, chapelain ; Durand, trésorier ; Girois de Lucé, Guiterne, Gandelbert, Thelcelin, Ingelbert, Froger de Saint-Calais, Sabin
Un Sabin, prêtre, probablement le même que celui de la liste précédente,
donna, en mourant, un psautier à ses frères les chanoines *.
Froger de Saint-Calais, dont il vient d'être question, avait peut-être été mar
car le Martyrologe de l'Église du Mans enregistre, aux nones de mars, le trépas
d'Hildéarde, fille de Froger de Saint-Calais, laquelle avait légué à Saint-Julien un
demi-arpent de vigne et une tapisserie”. Un Froger, chanoine, mourut le 5 des calendes de février ‘ et un autre le jour des ides de janvier. Ce dernier, que dom Piolin * place, au hasard, au XIIe siècle, sous l'épiscopat de Maurice, fit exécuter une des grandes vitres de l'église cathédrale et transmit sa maison à ses confrères *. On rencontre encore un Froger, chanoine, sous l'évêque Arnaud”, et un curé
d'Ancinnes du même nom au XIIe siècle ".
(2) C'est peut-être cet É du Mans, du XIVe siècle :
l'entour, à
(1) Fonds latin, no
angéliaire qui est ainsi décrit dans un Inventaire de la sacristie de la cathédrale
Ung livre des évangilles qui sert à tous les jours au diacre, qui est couvert d'argent
maige de Notre-Dame d'un cousté, deux angelz au-dessus, et de l’autre cousté une
» ver
angélistes, le tout d'argent doré ». Cf. La Province du Maine, t. I (1893), p. 187, no 247. as de Nicolas Le
» paterne aux quatre 6v Après le pillage des Huguenots ( it « achepté en la ville du Mans, 43 sous tournois, le vendredi er juing 1582 ». J. À. de Thou
2), l'évangéliaire de Gervais se trouva entre les n
Febvre qui l'av et Colbert le poss (3) Livre blanc (imprimé), p. 99.
(4) Bibliothèque du Mans, ms. 244, Marlyrologe, au 5 des nones de mai. (G) « Dimidium arpennum vinee dedit et cortinam ». — Dom Piolin, Église du Mans, IV, 143, place
rent ensuite.
Hildearde au XIE siècle, sous Guillaume de Passayant. Pourquoi ? (6) Martyrologe de L e du Mans (7) Église du Mans, IN, 290.
(8) « Idus januarïi. Sie obiit Frotgerius, hujus ecclesie canonicus, qui confratribus suis domum suam fecit ». Martyrologe de l'Église du Mans.
» moriens dereliquit et unam de majoribus vitreis de suo proprio fieri
() Livre blanc (imprimé), p. 63.
(10) Livre blane (imprimé), p. 75.