‹ La cathédrale Saint-Julien du MansChapitre 34 sur 236 · ARNAUD · texte numérisé non relu

ARNAUD

S'il fallait en croire dom Anselme Le Michel, auteur d'une Nolice latine sur le prieuré de Vivoin, Vulgrin aurait eu pour successeur à Saint-Serge et sur le siège épiscopal du Mans un moine nommé Oderic”. Personne ne connaît cet Oderic et il parait incontestable que le successeur de Vulgrin à Saint-Serge fut l'abbé Detbertus ou Dabertus de 1055 à 1082*, tandis qu'au Mans ce fut Arnaud (1065 ou 1067-1081).

Le seigneur Arnaud {Arnaldus, Arraldus, Ernaldus, Ernaudus, Helnaudus, Helinandus ‘), né dans le pays d'Avranches, était neveu de Robert le Grammairien auquel il succéda à la tête des écoles du Mans, sous les évêques Gervais et Vulgrin. Très petit de taille, il rachetait ce défaut par ses brillantes qualités. Après la mort de Vulgrin, le peuple et le clergé du Mans le choisirent pour évêque. Cependant quelques-uns s'opposérent à son élection, sous prétexte qu'il était fils d'un prêtre. Les Cénomans envoyerent des députés au pape Alexandre I, afin de lui notifier l'élection et pour lui demander son avis sur l'opposition de ses adversaires. Le Souverain Pontife, en vertu de son autorité apostolique, déclara que, par la régénération spirituelle en Jésus-Christ, ce vice de naissance disparaissait assez pour élever Arnaud au suprème sacerdoce, si on ne trouvait pas dans le diocèse quelqu'un qui pût mieux convenir. Forts de cette autorité, les Cénomans firent consacrer Arnaud.

En prenant à la lettre le renseignement fourni par la liste épiscopale des Aclus qui indique une vacance de deux ans et quatre mois entre Vulgrin et Arnaud, on doit faire commencer l'épiscopat de celui-ci le 10 septembre 1067, jour probable de son sacre. Mais il importe de ne pas oublier qu'il avait été élu aussitôt après la mort de Vulgrin? et qu'ainsi, il est permis de dater son avéne-

ment de l'année 1065.

Gt) « Fabrica novæ ecclesiæ quam præsul Vulgrinus inchoaverat, fundamentorum mobilitate atque lapidum

» debilitate corrupta ». Actus, p. 313.

2) Arnaud ne fut pas le successeur immédiat de Vulgrin « cum ex actis cœnobii Sancti-Sergii discamus

» Odericum Wulgrini successorem in abbatia successisse pariter in episcopatu ». Abbé Denis, Cartulaire de Vivoin, p. 253.

(3) C. Port, Dict., I, 67 (4) On trouve ces difré

Arch. de Maine-et-Loire, H. 973, ne 1, entes formes dans les Actus, les Nécrologes de Saint-Vincent, le Cartulaire de Marmoutier pour le Perche, les Chroniques des églises d'Anjou.

G) « Cum itaque præfatus Vulgrinus ab hac luce migrasset, clerus et populu$ Cenomannensis ipsum » (Arnaldum) in episcopum elegerunt ». Actus, p. 313°.

LES ÉVÊQUES DU Xk I

IT DU XIe SIÈCLE 125

Il nous faut jeter dont le Maine était le théâtre.

À sa mort (1062 à Guillaume-le-Conquérant et lui avai fils aîné du duc. Gauthier de Meulan,

fille du comte Hugues du Mans et par

maintenant un rapide coup d'œil sur les graves événements

) le jeune comte Herbert avait légué ses droils sur le comté

confié sa jeune sœur fiancée à Robert, ils du comte de Dreux et mari de Biote,

conséquent tante d'Herbert, fit valoir ses

titres de possession contre le Conquérant. La ville du Mans était défendue par

Geoffroy de Mayenne, Hubert de Sain

qui avaient embrassé le parti de Gaut

e-Suzanne et les principaux Cénomans,

hier. Ce dernier et sa femme Biote mou-

rurent bientôt empoisonn

auquel j'emprunte

de lui avec son clergé

et il ne put se prés de Mayenne ne vou

mais il s'attira une

Délivré de ses cc

qu'à sa conquête « Pendant ce temps, Itali

accompagne de sa

envoi rent en

lui offrirent leur cor

expulsés et un majordome du roi d'Angleterre, nommé Onfroy, périt sur les

s. Guillaume entra alors dans la ville. Orderic Vital !,

ces détails, nous dit que l'évêque Arnaud vint au-devant

. A cette époque (1063), Arnaud n’était pas encore évêque enter au duc qu'avec son litre de maitre des écoles. Geoffroy

ut pas laisser Guillaume jouir tranquillement de sa conquête,

rude répression.

xmpétiteurs dans le Maine, le duc de Normandie ne songea plus ‘Angleterre (1066) où il entraîna de nombreux Manceaux. les principaux de la province et le peuple se révoltèrent: ils e des députés qui ramenèrent le marquis Azzo ou Atho, femme, fille d'Herbert Éveille-Chien, et de son fils Hugues, e

nté. Tous les Normands qui se trouvaient dans la ville furen

remparts. L'évêque Arnaud s'enfuit en Angleterre auprès du Conquérant, laissan

ses biens entre les mains des rebelles. A son retour au Mans, ses ouailles refusèren

de le recevoir et il dut se réfugier avec les siens dans le monastère de Saint-

Vincent. Peu après, il reprit possession de son siège.

Le marquis Azzo, édifié sur le caractère des Manceaux, regagna l'Italie; i

laissait sa femme Gersende ou Hersende au Mans. Celle-ci se donna à Geoffroy de Mayenne? et tous deux s'unirent pour lyranniser les citoyens. Les Manceaux formèrent un complot afin d'arrêter ces entreprises. D'après les Actus, € ils orga-

» nisérent (vers 1070) une conjuration que l'on nommait commune”, se liguërent

» tous ensemble par des serments, et contraignirent, non seulement Geoffroy de

Mayenne, lui-même, mais les autres barons du Maine, à s'engager dans cette

» conspiration, en prêtant de semblables serments *. Les conjurés commirent

() Historia ecclesiaslica, édition Aug. Leprevost, (2) « Hujus igitur G

&. II, pp. 101 et suiv.

ufridus de Meduana tutor et quasi maritus ». Actus, p. 3 (3) « Quam communionem vocabant ». Actus, p. 315 *. (4) « C'est à la fin du XIe Ss

cle et au commencement du XIIe qu'a éclaté dans plusieurs villes du nord de la France un mouvement remarquable de liberté qui aboutit à l'établissement des chartes des communes. La

plus ancienne de ces chartes appartient à l'an 1070. Les bourgeois du Mans étaient alors en guerre avec

Guillaume-le-Conquérant. Se trouvant mal défendus par la chevalerie du pays, ils firent entre eux une asso-

» d'innombrables forfaits, condamnérent plusieurs personnes sans aucune forme » de jugement, crevérent les yeux de quelques-uns pour de légères fautes, et, » sans raison, incendièrent des châteaux du voisinage pendant les jours de la » Sainte Quarantaine. Qui plus est, dans le temps de la Passion du Sauveur, lun » des premiers barons de la province, Hugues de Sillé s'étant attiré la haine des » conjurés par quelques insultes, des émissaires sont envoyés dans la contrée ;

» ils rassemblent une multitude tumultueuse, prète à marcher contre le baron

» qui résistait aux injonctions sacrées. Une armée se forme ; l'évêque et les curés

es levée

» de chaque paroisse sont à la tête avec croix et bannié la ligue

» furieuse s'achemine ainsi vers le château de Sillé ». Geoffroy de Mayenne, qui s'était mêlé frauduleusement à l'armée des Manceaux, provoque une panique par sa ruse. Le bruit court que la ville du Mans est tombée aux mains des ennemis. Aussitôt, les assiégeants jettent leurs armes et prennent la fuite. Beaucoup sont

tués, bles

és ou pris, et l'évêque lui-même tombe aux mains de Hugues de Sillé qui, d'ailleurs, le relâche bientôt.

Geoffroy de Mayenne, craignant la vengeance des Manceaux se retira au château de La Chartre et renvoya le jeune Hugues auprès de son pere en Italie. Gersende était restée au Mans. Elle y ourdit un complot pour faire rentrer

Gcoffr.

y de Mayenne dans la cité. Celui-ci parvint à s'introduire, avec quatrevingts chevaliers, dans le donjon auprès de la cathédrale '. Les citoyens convoquérent aussitôt tous les barons et spécialement le comte d'Anjou, Foulques-le-

Réchin. On commença un siège et Geoffroy de Mayenne fut contraint de déguerpir

du donjon et de deux tours voisines, au milieu d'incendies qui dévorèrent les

maisons auprès de la cathédrale et dans les quartiers de Saint-Vincent et de

Saint-Ouen. Les Manceaux démantelérent alors la forteresse jusqu'à la hauteur : : ‘ des murs d'enceinte.

Mais

à son retour, en traversant les états soumis au marquis A7zo, il fut retenu

Au cours de ces événements, l'évêque Arnauld s'était rendu à Rome

prisonnier avec loule sa suite. Il ne recouvra sa liberté qu'au bout de sept mois”. La défaite de Geoffroy de Mayenne ne rendait pas la liberté aux Manceaux. Ils tombaient sous le joug angevin. Mais Guillaume-le-Conquérant n'était pas

homme à quitter facilement la partie. En 1073, il envahit le Maine, suivi d'une

ciation militaire dont le comte Geoffroy de Mayenne reconnut et garantit les statuts ». L'

mple du Mans fut

suivi, en 1076, par Cambrai, ensuite par Beauvais, Noyon, Laon,

aint-Quentin et Soissons. Dareste, Hist. de France, & IL, p. 29.

(1) «In quamdam arcem civilatis, quæ juxta matrem ecclesiam sita erat ». Actus, p. 285. — Le donjon du Mans, ou Tour royale, ou Tour Orbrindelle, avait été construit, ainsi que les deux mottes du Mont-Barbet, par Conquérant. Orderie Vital, Hist. ecel. IV, 50. G. Fleury, La tour Orbrindelle, p. 23 ationis », l'évêque Arnaud passa un

Guillaume-le.

ele en faveur de

6 mars 1071, en partant pour Rome « causa c

re de Saint-Vincent, « trans Pontem Leuge (Pontlieue) in via que ducit ad Sanctum Karilepphum ». Cart.

tint- Vincent, col

(3) Actus, pp. 318

LES ÉVÊQUES DU XIe ET DU XIIe SIÈCLE 127

nombreuse armée, prit Fresnay ! el vint placer son camp sur la terre de la Mue, non loin du Mans”. Les principaux de la cité accoururent vers le roi d'Angleterre

sé el

et lui promirent de se soumettre s'il voulait leur jurer d'oublier le pas de conserver les anciennes coutumes de la ville. Guillaume accepta les conditions des Manceaux qui reconnurent alors son fils Robert pour leur seigneur *.

À celle époque l'évêque résidait paisiblement dans sa ville épiscopale et

soccupait diligemment de l'administration de son église à laquelle il donna un

reliquaire d'argent avec couvercle * pour placer la tête du martyr saint Vincent,

des chandeliers d'argent * pour remplacer d'autres chandeliers d'étain et de bronze, sa chasuble épiscopale enrichie d'orfrois® qui servit longtemps après sa mort

aux jours de fête’, et sa part des revenus du baptistère (on baptisait alors par

immersion ), des cloches et des offrandes *.

On a vu plus haut que l'évêque Vulgrin avait entrepris la reconstruction totale de la cathédrale et que la mort lui avait empêché d'exécuter complètement son projet. Quelques parties de l'édifice se trouvaient cependant terminées en 1065. Par malheur, les matériaux employés se trouvant défectueux et les fondations insuffisantes, d'innombrables crevasses apparurent le long des murs dès le commencement de l'épiscopat d'Arnaud (1065 ou 1067). Celui-ci fit aussitôt élayer le monument. Ce fut en vain. Pendant une nuit, les murailles s'écroulérent avec un bruit terrible. Seuls, restèrent debout le grand are ou arc triomphal, et vraisemblablement la croisée de l'église y attenant, au-dessus de la confession où reposait le corps de saint Julien. Cette partie du monument était accompagnée (peut-être à l'extrémité des transepis) de deux clochers avec flèches,

très élevés, qui sécroulèrent aussi. Les fidèles attribuërent à la protection

du saint la conservation de la croisée”. Je n'hésite pas à croire qu'elle fut sim-

plement préservée de la ruine par la solidité de ses grosses piles.

) « dernaieum castrum ». Orderic Vital, His£. ecel., LI, p. 254. « Castrum Ferniaeum ». Actus, p. 286. (2) « Circa fluvium S2

te, in loco qui Mantula dicitur ». Actus, p. 286. La Mue, entre Coulaines et Saint- Pay

(3) Des chartes de Tuffé contiennent ces phrases : « Acta autem fuit hec auctorigatio in urbe Cenomannica, in capitulo beati Juliani, Ille kalendas aprilis, tempore Philippi, Francorum regis, eo videlicet anno quo Robertus, Willelmi regis Anglorum filius, comitatum Cenomannensem recuperavit. — Firmavit hoe preceptum Robertus, comes, filius videlicet Willelmi Anglorum regis, in capella Sancti Michaclis, quie juncta est ecclesie beatissimi Juliani ». Cartulaire de Saint-Vincent, col. 107 et 108.

€) « Scyphum argenteum cum opereulo ». Dom Piolin (Église du Mans, TI, 290) traduit par « un reliquaire de vermeil ».

(5) « Candelal entea, qui ibi catenus non nisi stagnea, seu ænea habebantur ». Dom Piolin (ibid.,

291), traduit par « des chandeliers de cristal ciselé ». Le même auteur ajoute encore d'autres objets qui ne sont indiqués que dans Le Corvaisier (p. 367).

(6) « Episcopalem casulam oplimo aurifrisio decoratam ».

(7) Actus, p.

(8) Bibl. du Mans. Ms. 24. Mariyrologe au 3 des calendes de décembre. () M. Lefebvre-Pontalis (Revue du Maine, t.

p. 32) écrit: « Un grand are placé au-dessus de la confession … seul resta debout avec un fragment de toiture ». I ressort du texte des Actus que ce ne fut pas un are et un fragment de toiture qui restèrent intacts, mais le grand are, où pour mieux dire, toute la partie

de l'édifice au-dessus de la confession. « at autem ipsius fabricæ arcus maximus super loculum in quo

L'évèque Arnaud voulut aussitôt réparer ce désastre. Il commença par déblayer complètement les fondations ! et en fit de nouvelles avec des pierres de meilleure qualité. Il acheva entièrement le chœur qu'il put couvrir. Mais les divers événements qui agitérent le pays lui empêchérent de terminer les transepts et

leurs deux tout

Trois ans avant de mourir, il fut terrassé par une maladie qui le conduisit au tombeau, vers l'âge de 70 ans, le 3 des calendes de décembre (29 novembre), de l'année 1081, après environ quinze années d'épiscopat. Son corps, transporté dans l'église abbatiale de Saint-Vincent, fut enterré devant les degrés de l'autel. Il y resta jusqu'au temps d'Hugues de Saint-Calais, sous l'épiscopat duquel il fut transporté dans le chapitre de l'abbaye à gauche d'Hoël !.

Parmi les chanoines du temps d'Arnaud, on peut citer: Algot {Algotus où

e cloche, sa

Algodus |. Le prêtre et chanoine Algot offrit à la cathédrale une gross

maison, un arpent de vigne et soixante sous manceaux?. Peut-être cet Algot est-il

le même personnage que le chanoine Hilgot ou Helgot dont il va être parlé au

paragraphe suivant.

HOEL

Dès que le roi Guillaume eut appris la mort d'Arnaud, il fit venir son chapelain Samson de Bayeux et lui dit: « L'évêché du Mans est vacant: avec la grâce de Dieu, je veux ty placer. La ville du Mans, a canina rabie dicla, est très ancienne

et son peuple, toujours prêt à la révolte contre ses maîtres, est insolent et san-

» beatissimi Juliani corpus quiescebat, exstructus, hine atque inde pyramidibus ingenti altitudine collocatis. » Ibi itaque sanctissimi confessoris virtus indubitanter enituit, dum tantæ molis machina subito corruente, ita » basilicæ ipsius fectum, quo saneti membra tegebantur, integrum atque incolume permaneret, ut ne minimum Actus, pp. 313*, 314°.

ients de murs ainsi que je le dirai dans la suite

s ictibus læderetur ».

» quidem ipsius tecti scindula ruinæ tam terrib)

Gt) Je crois cependant qu'il put garder quelques fr €) M. Lefebvre-Pontalis (Revue du Maine, XXV, » deux cloche

, écrit qu'Arnaud rebâtit « le chœur, le transept et les

latéraux ». Le texte des Actus (p. 314) « membrorum quoque, quæ cruces ve

antur, atque » lurrium solidissima fandamenta antequam moreretur instituens » ne permet pas de croire à l'achèvement des transepts et des tours.

(3) Actus, p. 287. Martyrologe de l'Église du Mans.

() Ce dernier détail (Actus, p. 287) prouve que l'auteur de la vie d'Arnaud écrivait au plus tôt sous

l'épiscopat de Hugues de Saint-Calais, après 1136, et qu'il a dû rédiger les vies d'Hoël, d'Hildebert et de Guy d'Étampes, desquels il était contemporain.

(5) « IT kal. junii. Sie obiit Algodus reverendus sacerdos et canonicus qui vivens beato Juliano de suo

» cimbalum magnum composuit … ». Martyrologe de l'Église du Mans, ms. 24. — Dom Piolin (Église du Mans,

illeurs (IT, 292) il fait à famille de Bellème, et

Par

IV, 289) place le chanoine Algodus, XIIIe siècle, sous l'épiscopat de Maur

vivre sous Arnaud, le chanoine Girard, lequel, dit-il, « tenait probablement

» qui fonda un anniversaire pour Yves, évêque de Séez et pour lui-même ». Le texte du Martyrologe, 244, sur

lequel le R. P. s'appuie, ne renferme rien de semblable. IL est ainsi libel « Id. aprilis. Eodem die, obiit Yvo, i Beati Juliani u

» reliquit, et Urricus, archipresbiter, qui ecclesie benti Juliani VI uncias auri et VII marcas ar

» Sagiensis cpiscopi, ct am domum dono

ardus, sacerdos, qui suis fratribus canoni

enti, et canonicis solidos, et domum petrinam cum anteriore domo lignea reliquit ». On cherche en vain dans ce texte

l'affirmation d’une affinité quelconque entre Yves, évêque de Séez, et le chanoine Girard.

LES ÉVÊQUES DU XI ET DU XIIe SIÈCLE 129

guinaire !. J'ai cependant l'intention de te mettre entre les mains les rênes pontificales parce que je désire te placer au nombre des grands de mon royaume, toi qui mes attaché dès l'enfance et que j'aime sincèrement ».

Samson se défendit d'accepter cet honneur et fit entendre au Conquérant que

le plus digne de tous n'était autre qu'un pauvre et noble clerc de sa chapelle,

d'une conduite irréprochable, breton d'origine, nommé Hoël {Hoëllus, Oellu

Ouveldus, lvellus!. Le roi d'Angleterr

se rendit aux raisons de son chapelain et fit accepter Hoël comme successeur d'Arnaud *.

Les Aclus narrent autrement qu'Orderie Vital l'élection d'Hoël. Ils affirment que celui-ci fut élevé par l'évèque Arnaud, qu'il devint doyen du Chapitre‘ et

qu'après la mort de son bienfaiteur, il y eut unanimité au Mans pour son élection

à l'épiscopat ". Mais, continuent les mêmes Actus, « Guillaume, roi d'Angleterre et » Foulques, comte d'Anjou, se disputant l'évêché, Raoul, archevêque de Tours,

» ne put ordonner Hoël. Cependant, avec son consentement et d'après l'avis des

» suffragants, le sacre eut lieu à Rouen, par l'archevêque Guillaume, le onze des Le}

» calendes de mai (21 avril) 1085? ».

Selon les Actus, Hoël était doué de qualités qui portérent sa réputation bien

au-dessus de celle de ses prédécesseurs. L'archevéque de Tours, dont il était le

premier suffragant ‘, l'avait en la plus singulière estime à ce point qu'abreuvé de

ins par l'insubordination des évêques de la province, il lui écrivait avant de

chag

mourir : « Que l'Eglise de Tours serait heureuse si elle avait seulement deux ou

» trois fils semblables à vous ! »

Une grande partie de l'épiscopat d'Hoël fut cependant remplie par de dures épreuves. Dès la première année de son ordination?, la terre resta si stérile que le

boisseau de blé se vendait jusqu'à sept écus. L'évêque, du consentement du clergé

et du peuple, fit enlever l'or et l'argent qui recouvraient l'autel des SS. Gervais

et Protais à la cathédrale, pour en partager le prix aux pauvres. Peu après,

() « Genomannis, a canina rabie dicta, urbs est antiqua, et plebs cjus finitimis est procaæ'et sanguinolenta, » dominis que suis semper contumax et rebellionis avide ». Cet énergique portrait des Manceaux est ainsi

défiguré par dom Piolin (Eglise du Mans, I, ), probablement désireux d'atténuer la vigueur du tableau :

des Manceaux; vous savez qu

« Vous connaissez le carac ils sont naturellement volages, curieux de nou-

à la révolle ; vous n'ignorez pas combien ils m'ont donné de peine ».

» veautés et portés (2) Orderie Vital, Historia ecclesiastica, À. IL, pp. 249, 250. (3) 1078 « Eo tempore quo Willelmus, rex Anglorum, cum Fulcone, Andegavensi comite, juxtà castellum

» Vallium treviam accept, venit Hugo viator ante regem Anglic, in camera Hoelli, decani, et ibi, ex precepto » regis, dixit se ca conditione emisse domos et vincas quas inter Sanctum-Vincentium et Turrem habebat ». Cartulaire de Saint-Vincent, col. 68.

(4) Cette élection dut avoir lieu un an, quatre mois, 23 jours après la mort d'Arnauld, (CF. Actus, p. 48), c'est-à-dire le 21 avril 1083.

(5) Actus, p. 288.

(6) Voir Actus, p. 290.

(7) La première année d'ordination épiscopale d'Hoël correspondait avec la 27e année du règne du roi de

France, Philippe Ier, époque à laquelle la paix fut faite entre le roi d'Angleterre et Hubert, vicomte de Sainte-

Suzanne. Cartulaire de Saint-Vincent, col. 286.

pendant la nuit, la ville du Mans tout entière devint la proie des flammes. C'était au temps de la mort de Guillaume, roi d'Angleterre qui trépassa en 1087, le 6 des

ides de septembre (8 septembre), au dire du Marlyrologe de L'Église du Mans.

Entre autres dons, le prince avait laissé cent livres de monnaie anglaise pour la restauration de notre cathédrale’. Cette mort rouvrit dans notre pays l'ère des calamités.

Malgré les revendications de Robert Courte-Heuse, fils de Guillaume-le- Conquérant, Hélie de La Flèche, fils de Jean, de la famille des anciens comtes du Maine, après avoir soutenu Robert, change de tactique et s'empare de Ballon (1089). Hoël, tout dévoué aux dues de Normandie, tombe entre ses mains et est renfermé à La Flèche. L'évêque, remis en liberté, trouve Hugues, fils du marquis

Azz0, que Geoffroy de Mayenne avait rappelé d'Italie. Il se rend aussitôt en

Normandie au

de Robert. Hugues entre alors au Mans au milieu des acclamalions du peuple, heureux de secouer le joug des Normands, et s’installe dans la demeure épiscopale. À son retour de Normandie, Hoël n'osant revenir dans la ville s'installe dans l'abbaye de Saint-Vincent d'où il négocie avec Hugues. Les pourparlers ne peuvent aboutir: le nouveau comte soutenu par une notable fraction du clergé révolté, à la tête duquel se trouve le prêtre Hilgot, met au pillage les biens de l'église et de l'évêque. On nomme alors à la place du doyen Guicherius, un tout jeune homme, Gervais, neveu de l'évêque Gervais de Châteaudu-Loir.

Hoël s'était rendu au château de Sablé, chez Robert le Bourguignon. Quelques

chanoines, révoltés des excès commis au Mans, y réjoignirent leur évêque avec

une partie des richesses de la cathédrale. De Sablé, le pontife passa en Angleterre pour inviter Guillaume-le-Roux à conquérir le Maine. A cette nouvelle, Hilgot entra en fureur et se porta aux plus violents excès contre les serviteurs et les partisans d'Hoël. Après quatre mois de séjour outre Manche, l'évêque repassa la mer et dépula vers le comte Hugues les deux diacres Otton, fils de Ravinsinde, et Raoul de la Barre”. Hilgot, exécré du peuple, fut obligé de s'enfuir”, mais Hugues refusa d'écouter les messagers.

Hoël, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir, se retira au prieuré de Solesmes pour attendre des jours meilleurs. Au Mans, le peuple s'échauffait et Hugues,

dans la crainte d'une sédition, dut enfin faire

sa paix avec l'évêque. Celui-ci rentra

G) « VI Id. sept. Obiit Guillelmus, rex Anglorum, princeps Normannorum et comes Cenomanensium, qui » ad restaurationem hujus ecclesiæ dedit centum lib. angliæ monetæ et canonicis triginta. Cujus anima in est ainsi indiqué dans le Martyrologe, 244, au 13 des calendes de février :

» pace requiescat ». Marlyrologe de l'Église du Mans. M

(2) Le décès de Raoul de la Barre « Sie obiit Radulfus de B:

1, Canonicus et custos Beati Juliani, qui matri sue ecclesie dalmaticam de pallio et

» cumfratribus suis canoni

s X quadratas vini donavit. Cujus anima letetur in celis »

G) Un Helgot, chanoine, signe une charte, en 1096, en même temps que l'évêque Hoël. Livre blanc.

(Imprimé), p. 109.

BAS-COTÉ SEPTENTRIONAL DE LA NEF (XIe SIÈCLE)

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