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D'APRÈS UNE AQUARELLE D'ARSÈNE LE KFEUVRE. — COLLECTION DE M, SINGHER

LES ÉVÊQUES DU XIe ET DU XII SIÈCLE 153

la porte de l'édicule en bois, placé dans le transept méridional depuis Fincendie de 1134, et en retira le corps de saint Julien qui fut transporté dans le monastère où se trouvait l'évêque, c'est-à-dire à Saint-Victeur.

Hugues ne se laissa pas décourager. Il remit en meilleur état qu'auparavant

‘édifice endommagé et fit reconstruire en pierre, du côté de Saint-Ouen, évêché, qui dut s'étendre alors au-delà du mur d'enceinte. Très certainement avant l'achèvement de ces constructions, dès le 17 octobre 1137, croit-on, il invita dugues, archevèque de Tours, Ulger, évêque d'Angers, Hamelin, évêque de ennes, Donoaudus, évêque d'Alet !, et beaucoup d'autres personnages à se réunir à lui pour la translation des reliques de saint Julien, qu'on apporta du transept méridional où elles avaient été replacées après l'incendie, dans un endroit plus 1onorable de l'église. En outre, il institua l'anniversaire de cette translation.

Plus tard, un nouveau fléau vint encore apporter l'effroi dans la ville. Au

milieu de la nuit, le feu dévora la

emeure de l'archidiacre Hugues, dans la rue

Héraud ?, et consuma en peu de temps toutes les maisons jusqu'aux remparts de

a cité, Malgré la proximité du sinistre, derrière la cathédrale, il ne semble pas que le monument ait eu trop à souffrir en cette circonstance.

A ces calamités s'en ajouta bientôt une nouvelle, la famine‘, pendant laquelle

on vit des misérables logés dans des abris faits avec les matériaux épargnés par

le feu, exposés aux rigueurs de l'hiver, exploités par les usuriers?, manquant absolument de tout. L'évèque semploya de son mieux au soulagement des affamés, réduits à manger des racines, de l'herbe et des orties : il fit vendre les trésors des églises du Mans et des faubourgs pour en distribuer le prix aux pauvres. Pendant deux années, il parvint ainsi à nourrir deux mille personnes par jour. Les gens valides avaient un quarleron de pain ®; aux enfants en bas âge, aux méres qui allailaient, aux vicillards, privés de leurs dents”, on octroyait du lait, de la bouillie et des légumes préparés avec de la graisse. Pour éviter l'encombrement, la distribution se faisait à domicile, après que la grosse cloche de la

cathédrale en avait donné le signal *.

» domos episcopales, tegmenque sacelli beati Juliani adhue stramineum, cum fenestris vitreis concremavit et » maccrias, et in summis imagines sculptas lapidibus deturpavit ». Actus, p. 519. (1) Le.siège épiscopal d’Alet fut transport @2)

à Saint-Malo, vers 1150.

rue Hé

aud (via seu vicus Heraudi) contournait les murs de la cité, sous la cathédrale, depuis

Saint-Ouen jusqu'à Saint-Pierre-de-la-Cour.

(3) Actus.

(4) En 1137 « siccitas inaudita fuit a martio usque ad septembrem, ita quod fontes, putei et etiam multi

» fluvii siecarentur ». Chronique de Guillaume de Nangis, I, 24.

(5) € Ali quorum census usura verax avidum que in lempore fenus consumpserat ». Actus, p. 351. — Le nom d'Usurier restait quelquefois aux enfants de celui qui exercait ce commerce peu honorable. Gest ainsi qu'on trouve au moyen-âge un chanoine répondant au nom de R. L'Usurier /Rag. Usurarü, presbiler, canonicus).

Martyrologe, 24, au XII des calendes de me

(6) « Panis quadrantem faciebat impertiri ». Actus, p. 352

(7) « Quibus longa ætas dentes et vigorem rapuerat ». Actus, p. 352.

(8) Actus, p. 352.

Dom Piolin rapporte à cette époque les premières violences exercées dans

nos régions contre les Juifs. «€ Ce fut sans doute par suite des fléaux qui affli- » geaient la population du Maine (dit-il), qu'on la vit en 1138, se ruer sur les Juifs » qui habitaient notre pays, et les massacrer partout où ils se rencontraient ! ».

Le Révérend Père est, je crois, le seul à parler d'un massacre des Juifs par les Manceaux en 1138, car les sources auxquelles il renvoie dans les Hisloriens des Gaules el de la France? ne renferment pas trace d'un semblable événement, et, de mon côté, je n'ai rencontré nulle mention de ce fait.

Si les Actus ne contiennent rien sur le prétendu massacre des Juifs en 1138,

en revanche ils s'étendent longuement sur un fantôme qui apparaissait dans la maison du prévôt Nicolas”. Des auteurs comme Jean Moreau’, Le Corvaisier,

Bondonnet, Le Paige, Piolin, placent encore à cette époque la fameuse légende

de Damas, seigneur d'Asnières, et de sa nièce Damgerose, fille de Gaudin ,

seigneur de Chemiré-le-Gaudin, lhôtesse du château de Belle-Fille.

En 1140, le jour de la Translation de l'évêque saint Bertrand , c'est-à-dire le

6 juin”, Hugues de Saint-Calais fit relever le corps de son prédécesseur Arnaud, de

se des moines de Saint-Vincent, pour le faire placer dans le chapitre de

abbaye, à la gauche d'Hoël®. Afin d'honorer la sépulture des pontifes qui repo-

saient dans cet endroit, il donna aux religieux la part qu'il possédait dans l'ég

de Connerré, à la condition d'entretenir la nuit une lampe allumée auprès de eurs tombeaux ?.

Voulant remplacer les objets précieux de son église qui avaient été vendus à époque de la famine, l'évêque offrit à la cathédrale de magnifiques étoffes de soie ornées de dessins el de fleurs d'une richesse incomparable, une courtine, des apis, des chapes, des dalmatiques et une chasuble, des étoles, des aubes, un calice d'or enrichi de pierreries, un calice de vermeil, des bassins d'argent, un encensoir, des burettes avec leur plateau, des vases d'argent admirablement ciselés, une croix d'ivoire avec deux reliquaires contenant des reliques de saint

Julien et des SS. Innocents, une petite croix d'or contenant un morceau de

a Vraie Croix et du sépulcre de Notre-Scigneur. Il prescrivit en outre que

() Église du Mans, IN, 50.

IT, pp. 218, ©

(2) D. Bouquet, 138; XII, pp. 315, 520, 693.

3) Actus, p.

(1) Legenda aurea

6) IT id. junii. Cenomannis, translacio saneti Bertranni, episcopi et confessoris ». Bibliothèque du Mans,

ms. 67, fol. 60.

(6) Les Actus, publiés par N

abillon (Vetera analecta, TT ), indiquent cette cérémonie en l'année 1111, sous

glise du Mans, I,

l'évêque Hugues de Saint-Calais, et dom Piolin (Z

3), acceple cette date de 1111, sans remarquer qu'alors l'évêque du Mans était Hildebert. La date 1111 est une mauvaise lectur

e manuscrit des Actus (Bibliothèque du Mans, ms. 224, fol. 93), donne : « Anno Domini millesimo centesimo XL, die Translationis

ancti Bertranni cpiscopi

(7) Actus, p. 356. Livre blanc (imprimé), p. 86.

les enfants qui servaient à l'autel fussent revêtus de tuniques aux jours de fêtes !.

Au milieu de ses travaux continuels pour maintenir la paix et pour extirper les abus, Hugues de Saint-Calais fut atteint de la fièvre-quarte. Malgré ses souffrances, il ne discontinua pas de réciter ou de faire chanter en sa présence, et aux heures prescrites, {ant de jour que de nuit, toutes les parties de l'office divin. Sentant sa fin approcher, il fonda son anniversaire et donna aux clercs qui y assisteraient sa maison du cloître qu'il avait achetée de Payen le Bœuf?. Ayant tout distribué aux pauvres, les veux fixés sur la croix, le saint pontife bénit et absout ceux qui l'entouraient, puis avant de rendre l'âme, prononça ces paroles : « Seigneur saint, Pêre tout puissant, Dieu éternel, qui m'as confié ce troupeau, à moi le plus humble de tes serviteurs, indigne du sacerdoce et de l'épiscopat, je te le remets, Seigneur, entre les mains. Sois pour lui une {our inexpugnable en face

de l'ennemi, un gardien assidu el un constant protecteur ».

Hugues de Saint-Calais qui avait gouverné l'Église du Mans durant sept ans,

quatre mois et dix-sept jours, mourut le jour des nones de février (5 février)

1143 (v. s.), et fut enter

en grande pompe dans le chapitre de Saint-Vincent *.

Après sa mort, le siège du Mans resta vacant pendant onze mois’, c'est-à-dire

jusqu'en janvier 1144 (v. s.).

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