GUILLAUME DE PASSAVANT
Dom Piolin? et dom Chamard ° affirment que les chanoines du Mans élurent le comte Thibault pour succéder à Hugues de Saint-Calais, mais que celui-ci s'élant enfui dans l'abbaye d'Ourschamp, où il finit ses jours sous l'habit monastique, on se décida, en janvier 1144 (v. s.), à choisir Guillaume de Passavant,
archidiacre de Reims.
Les mêmes auleurs, nous racontent ensuite, d'après Le Corvaisier et Bondonnel, que le nouvel élu, issu, du côté paternel, d'une très puissante famille de Saintonge et d'Anjou, tirail son nom de la pelile ville de Passavant, bâtie au
Xe siècle, par Foulques-Nerra ?, et qu'il était fils de Guillaume de Passavant et de
in festis dicbus, tunicis indui disposuit ». Actus, p. £
() « Pueros autem altaris subministrantes officic
1, lol. 21 ve et 2
Sur tous ces dons, voir aussi le Martyrologe de l'Église du Mans. Bibliothèque du Mans, ms. @) « EI no Boye emerat ». D. Piolin (IV, 61) traduit stallum par stalle. I1 s'agit bien Nécrologe de Saint-Vincent, fol. 6 vo).
(4) Actus, p. 48. Pendant neuf mois, dit dom Piolin (IV, 68). (5) Église du Mans, IN, 68.
(6) Les saints personnages de l'Anjou, I, 252. (7) Dom Piolin (IV, 68) trouve tous ces renseignements dans ce passage des Actus (p. 357), « Xantonensi
icis stallum in elaustro, quod
d'une habitation dans le cloître.
5 « Nonas febr. Hugo, Cenomanensis episcopus ». Bibliothèque du Mans, ms. 67.
« pago oriundus exstitit, nobilibus patre et matre nobilitatis ducens originem ».
Lucie des Prez ou de Martigné, fille de Briant, seigneur de Martigné-Briant, en Anjou, et sœur de Renaud de Martigné, qui occupa successivement les sièges d'Angers et de Reims.
Une partie de celle généalogie me semble pécher par la base, car elle ne peut s’autoriser de documents authentiques. Le Corvaisier et Bondonnet avaient dit avec
avant étaient cousins
raison que Renaud de Martigné et l'évêque Guillaume de Pas germains '. Dom Piolin et dom Chamard découvrent que Renaud de Martigné était le frère de Lucie de Martigné, par conséquent l'oncle de l'évêque du Mans. Dr Saintonge, de parents nobles, tant du côlé paternel que maternel, était fils de
sort exactement des documents connus que l'évêque Guillaume, né en
Guillaume Passavant ou de Passavant? et de Lucie . Il était peut-être de la même
famille que Guillaume de Passavant, chanoine et maitre des écoles du Mans,
rs dans le Marlyrologe de
dont le décès est indiqué au 16 des calendes de m:
l'Église du Mans, et qui donna cent sous manceaux pour la fabrique de l'église *.
D'autres Passavant se rencontrent dans le Maine dès la fin du XIe siécle,
ce sont: Gervais, fils de Guillaume Passavant”. Hamelin Passavant', puis au
XIIe, Geoffroy Passavant et sa femme Hodealde?.
Deux documents, qui ne sauraient avoir la valeur d'originaux, transforment le nom de notre évêque en celui de Guillaume Barraud*, Barraut ou Berrault”. Probablement que cette forme vient de la mauvaise lecture du mot Passavant écrit en abrégé dans les pièces anciennes.
Saint Bernard connut et aima Guillaume de Passavant, alors que celui-ci
faisait ses débuts dans la vie. L'illustre abbé de Clairvaux l'atteste lui-même dans
une lettre adressée vers les années 1151 où 1152, au pape Eugène II ".
() « Ego Guillelmus, Dei gracia Cenomanensis episcopus, … celebrabunt anniversarium patris nostri
» Guillelmi … ; anniversarium consobrini nostri, pie recordationis, archicpiscopi Remensis, Raginaudi, et matris
» nostre Lucie … ». Livre blanc (imprimé) ne (
glise du Mans (VIT kal. feb.) portent Guillaume Passavant. Le : « Sic obiit Willelmus de Passavent, pater bone memo-
@) Les Actus (p. 372) et le Martyrologe de L
même Martyrologe, au 4 des ides de novembre, inscri
» rie Willelmi, Cenomanensis episcopi... ».
(3) € XIX kalend. februari. Eodem die obiit bone memorie Raginaldus, Remensis archiepiscopus, et Lucia » que fuit mater pie recordationis Willelmi, Cenomanensis episcopi, quorum anniversarium eadem die celebralise du Mans. — On trouve, au 7 des calendes de février: « Eodem die obiit
» bitur … ». Maryrologe de l'E » Willelmus bone memorie hu » sis episcopi, el malris supradicli Willelmi, quod pro utroque cadem die celebrabitur XNX solidos cenomaupradicti Willelmi », dom Piolin (IV, 558) a lu « et matris fratris Willelmi ». à dom Piolin la consanguinité de Renaud, de Reims, et de Lucie,
s ecclesie episcopus … Anniversario autem bone memorie Raginaldi, Remen-
». Au lieu de « el matris
» nenses
C'est probablement ce passage qui a révéll
mère de Guillaume, (4) Ce Guillaume de Passavant vivait en 1192 et en 1213. 817, Cartulaire de la Couture, p. à
(5) Cartulaire de Saint-Vincent, nos 1
(6) Cartulaire de Saint-Vincent, ne 6 () Livre blanc (imprimé) ne XL, XLNT, CCCCXVIIL.
(8) Guillelmus Barraudus, dans la copie Duchesne de Chronicon Sancli-Sergii Andegavensis,.
(9) Cartulaire de Vivoin, publié par l'abbé L. Denis, pp. 8, 170, 250.
(10) « Adest episcopus Genomanensis. Ipse est, si nescilis, de cujus veritate et honestate nullus dubitat, nisi tam pro memoratis XV, 619.
» qui bene non novit hominem. Mihi quidem ab ineunte juventule sua notus et dilectus
virtutibus, quam pro aliis moribus suis ». Epislolæ sancti Bernardi dans Historiens des
LES ÉVÊQUES DU XIe ET DU XIE SIÈCLE 157
L'archidiacre de l'église de Reims, devenu évêque, en janvier 1144 (v. s.), se garda bien d'oublier les Cisterciens. Comme ceux-ci ne possédaient pas de maison au Mans, il fit construire, à l'usage de tous les moines, mais tout spécialement pour eux, une chapelle ct un logis en pierre au rez-de-chaussée de son évêché,
afin qu'ils pussent y recevoir, en tout temps, la plus large hospitalité . Un de ses
premiers actes en dehors de sa ville épiscopale, fut la consécration en 1145 de
l'église de l'abbaye cistercienne de Perseigne, dédiée à la sainte Vierge Les religieux de Marmoulier, qui, eux aussi, ne possédaient pas de gite au
Mans, furent également l'objet de sa sollicitude. I leur fit aménager un logement
Saint-Martin *
dans le faubourg Bretonnière avec une chapelle dédiée à
L'auteur contemporain de la vie de Guillaume, publiée dans les Actus sous le titre de Gesla domni Guillelmi episcopi, nous le dépeint comme possédant toutes les vertus : il nous le montre assidu à la récitation de l'office, tant de jour
que de nuit, à la célébration de la messe, à la lecture de la sainte Écriture, au
soulagement des pauvres, dont treize étaient reçus chaque jour à sa tab
sustentalion des lépreux qui se réunissaient à sa porte’, en un mot appliqué à loutes les bonnes œuvres. Un prêtre, chanoine du Mans, Guillaume Esgaret, dont il avait fait son chapelain, le secondait de tout son pouvoir. Non content
d'avoir revêtu d'or et d'argent les statues de la sainte Vierge et de saint Jean,
placées de chaque côté du Crucifix ”, celui-ci fonda encore un hôpital pour abriter
les lépreux °.
Ce fut surtout pendant deux famines? que l'évêque multiplia les ma
tions de son immense charité. Les trésors de l'église (retables des autels «
Julien et des SS. Gervais et Protais, calices, chandeliers d'argent, ornements) furent alors vendus au profit des pauvres *.
Geoffroy Plantagenet, qui avait eu au Mans une fille naturelle nommée Emma”, s'étant baigné sans précaution dans le Loir, au retour d'une expédition
en Anjou, tomba malade à Château-du-Loir et y mourut le 7 septembre 1151. Son
(1) Actus, p. 264.
(2) Dom Piolin, (IV, 69), ajoute : et aux
S. marlyrs Denis, Rustique et Eleuthère, d'après le ms. lat., 5474, de la Bibliothèque nationale. — M. G. Fleury (Cart. de N.-D. de Perseigne, p. XNI, note 3) ayant contrôlé ce renvoi, n'a rien trouvé de semblable dans le manuscrit 5474.
(3) Actus, p. 370. La chapelle Saint-Martin, dans la ruelle de ce nom, auprès de la fonderie de Saint-Payin, f. La Province du Maine, t. NI (1898), p at, cibaria ferebantur ». Actus, p. 26
note 2,
existait encore au XVII: si (4) « Extra domum vero omnibus leprosis qui illue convener: (5) « Virgo Maria Dei genitrix et beatus Johannes evangelista … quorum yma
ines, in reverencia corum, aret
n a sinisiris, sine cullu, sine ornatu positas, ipse G.
» juxta crucem Domini, unam a dextris, alter. vit». Martyrologe, 244, fol.
ro vestivit et argento et opere decor:
(6) «IT kal. feb. Sie obüt Willelmus Esgaret, sacerdos et canonieus ecelesie beali Juliani et capellanus » domni Willelmi, episcopi, qui cum multis beneficiis pauperes Ghristi visitasset, maxime vero leprosos, quilitatis in perpetuum acquisivit et edificavit ». Martyrologe. fol.
» bus salva ejus incolumitate, locum hospi (7) En particulier pendant celles de 1146 et de 1161. (8) Actus, pp. 264 et 371
avid, comte de Norfolk. Chroniques d'Anjou, I, 310.
(9) Mariée à
corps fut apporté au Mans et inhumé par l'évêque, dans la cathédrale !, devant le
Crucifix?, c'est-à-dire au milieu de la nef. C'était non-seulement le premier comte,
mais le premier personnage qui recevait la sépulture dans l'enceinte de la ville.
Hélie de La Flèche avait été enterré dans l'église abbatiale de la Couture, en
dehors des murs.
Guillaume de Passavant garda le souvenir de Geoffroy. mois plus tard, il rappelait encore sa mort au bas d'une charte relative à la chapelle du château de
Brülon*. Mais il voulut faire passer à la postérité d'une manière plus sûre,
le nom de celui que le Martyrologe de l'Église du Mans qualifie « totius probitalis
» lampas et gloria », par l'érection d'un tombeau digne du premier Plantagenet. Le monument élevé à la mémoire de Geoffroy est détruit depuis longtemps, mais il en est fait mention en ces termes dans un document de 1562 : « Entre les deulx » autelz (de Notre--Dame et de sainet Jehan l'Evangéliste, vers l'autel du Crucifix), » contre un pillier, vers la nef, y avoit un monument et sépulture de pierre de
» taille d'un seigneur Angloys, fort anticque et magnificque, amorti en franc
» d'espic, sur lequel y avoit troys lestes fort antieques, dont l'un estoit de
marbre ‘ ».
Le tombeau de Geoffroy Plantagenet, détérioré par les Huguenots en 1562, ne disparut complètement que sous Fépiscopat de Mur de Grimaldi: on y trouva alors quelques ossements?. Par bonheur, le merveilleux émail champlevé qui en faisait partie el qui resta à la cathédrale jusqu'à la Révolution, attaché à
avant dernier pilier de la nef, du côté de l'épitre’, nous est parvenu dans
oule son intégrité. Aujourd'hui, il est la propriété du Musée de la ville du Mans, où il est conservé avec le plus grand soin.
Ses dimensions qui ont élé rarement atteintes (soixante-trois centimètres de auteur, sur trente-trois de largeur) en font un objet extraordinaire et vraiment merveilleux. Le vaillant comte d'Anjou et du Maine porte, sous son manteau
doublé de vair, une robe longue et un bliaut. Des chaussures légères enserrent ses
ieds et sa tête est coiffée d'un bonnet. Bas en arrière, ce bonnet va toujours en
se relevant jusqu'au-dessus du front où domine une pointe légèrement recourbée.
e prince lient dans sa main droite l'épée haute, et suspendu à son bras gauche un
(1) Chroniques des églis
d'Anjou, p. 147.
(2) « Comes Goffridus, cujus corpus requiescit in ecclesia beatissimi Juliani, ante Crucem ». Archives de la Sarthe, G 479. .
(3) « Factum est autem hoc Cenomanni, in euria mea, feria VI post sacros Cineres, codem anno quo Gau- » fridus, bone memorie comes Andegavis, ex hac vita decessit, anno ab Incarnatione Domini Me Co Le Jo ». Cartulaire de la Couture (imprimé), p. 65.
(1) Archives du chapitre du Mans. Plaintes et doléances après le pillage des Huguenots en 15
(5) À côté de
‘autel du Crucifix, « au premier pili
, éloit l'autel de S. Jean 1 -vis était le tombeau du comte Geoffroy, qui l'ut ouvert en 17
» ossements. On y voyoi
angéliste, avec deux litres de
» chapelles. Vis
9: on y trouva encore quelques aussi sa figure dans un placard de cuivre émaillé, attaché au second pilier ». Alma- ).
(6) Sa place est marquée par une entaille dans le pilier.
nach du Maine, 1773, p. 1