‹ La cathédrale Saint-Julien du MansChapitre 76 sur 236 · MAURICE · texte numérisé non relu

MAURICE

Le si la mort de Nicolas. Il fut

ge épiscopal ne resta qu'un mois vacant après

occupé par Maurice, archidiacre de l'église de Troyes, lequel, né de parents

pauvres, avait été charitablement élevé par des religieuses !. Son élection se place au jeudi 24 mars (vigile de lAnnoncialion) 1216, et son sacre à Tours, par l'archevêque Jean de Faye, le dimanche dans l'octave de l'Ascension, 22 mai, de la même année *.

Suivant un récit du dominicain Thomas de Cantimpré”, reproduit par dom

Piolin !, l'élection de Maurice, qui mit d'accord deux compétiteurs à la succession

de Nicolas, le doyen Hugues de La Ferté et le prévôt du Chapitre, avait été

annoncée par une recluse à un chanoine, très-zélé pour le bien du diocèse

A la magnifique floraison architecturale du XIIe siècle qui avait donné la nef

de la cathédrale du Mans, devait succéder une grande poussée de sève qui pro-

duisit son admirable chœur. «€ Il semble qu'à la fin du XIe siècle, dit M. Gonse’,

rection d'une cathédrale fût devenue un besoin, comme la réalisation d'un » sentiment instinctif qui entrainait les populations urbaines vers l'affirmation

» ostensible de leur avènement à la vie sociale, de leur constitution civile. Aussi,

» lorsque l'épiscopat conçut le dessein d'élever de grands édifices où les masses

» populaires pussent trouver place, il rencontra chez celles-ci un concours telle- » ment énergique, qu'il n'hésita plus à se lancer dans les entreprises les plus » hardies ».

Ce qui se passa à Chartres nous donne une idée de ce qui se pratiquait

ailleurs. Partout, ce fut un élan généreux qui se communiqua à toutes les classes

de la société. Evêques, chanoines, moines, clercs, riches et pauvres, versaient

des trésors où de simples oboles pour l'œuvre commune. Hommes et femmes s'attelaient aux chars sur lesquels on portait la chaux, la pierre, le bois, les vivres destinés aux ouvriers. Les populations accouraient de toutes parts: chaque paroisse se mellait en route avec ses vieillards et ses enfants ; on emmenait même les malades, dans l'espoir de leur faire miraculeusement recouvrer la santé. Les bannières ouvraient la marche : des trompettes donnaient le signal des manœuvres. Les fardeaux étaient énormes : parfois il fallait les efforts d'un millier de pélerins

pour imprimer le mouvement à un seul char. Le convoi s'avançait au milieu d'un

(1) Gallia, XIN, col. 394.

@) Actus, p. 49. — Les Vetera analecla, I, p. 54), indiquent par erreur l’année 1219 pour l'élection de Mauri:

à Lew-Saint-Pierre (Brabant) en 1201, chanoine régulier augustin à Cantimpré, en 1217, puis dominicain, à Louvain, en 123:

(1) Église du Mans, IV, pp. 26:

(5) L'Art gothique, pp. 139 et suivantes.

et suivantes.

LES ÉVÈQUES DU XIIe SIÈCLE 297

silence religieux. Dans les haltes, on n'entendait que les confessions, les prières

el les chants des pénitents. À la voix des prêtres, les haines s’apaisaient et la bonne harmonie renaissait dans les cœurs. Si un pécheur obstiné se refusait de pardonner à ses ennemis, on le chassait ignominieusement après avoir rejeté l'offrande qu'il avait mise sur le char. Arrivés au terme du voyage, les pélerins rangeaient les voitures autour de l'église et formaient une sorte de camp dans lequel ils passaient la nuit en prières. IIS illuminaient leurs chars et faisaient retentir au loin le chant des psaumes et des cantiques !.

Un demi-siècle environ après l'achèvement de sa cathédrale romane par Guillaume de Passavant, le clergé manceau rêva d'élever un chœur grandiose, capable de soutenir la comparaison avec les plus beaux monuments qui sortaient du sol de la France chrétienne, et l'évêque Maurice fit aussitôt venir d'habiles

constructeur

Un obstacle cependant s'opposait à la réalisation du projet, la proximité de l'enceinte de ville située à quelques mêtres seulement de l'abside de l'église. On

s'adr.

ssa alors à Philippe-Auguste qui, avec l'agrément de la reine Bérengère,

douairière du Mans, permit aux chanoines, par lettres datées de Melun, en novembre 1217, de bâtir le chœur de la cathédrale jusqu'au-delà des murailles gallo-romaines de la cité”, du côté de la demeure épiscopale. Le Chapitre pouvait, afin d'écarter les immondices, clore d'une palissade non « défensable " »,

les fossés appartenant à l'église le long du cloïitre canonial et posséder, comme

par le passé, des jardins derrière cette clôture”. L'achat fait par le chantre

et le chapitre, à Robert de Sablé, en 1220, d'un terrain rendu inutile par les

fossés royaux el situé au chevet de l'édifice", avait probablement pour but

d'agrandir l'espace nécessaire pour les constructions.

Les chanoines se montrérent trê

-reconnaissants de la grâce que leur avait

accordée Philippe-Auguste. Chaque année, après sa mort survenue en 1223, ils

célébrérent le 2 des

ides de juillet (14 juillet) un anniversaire pour le repos de son

âme et leur nécrologe contient un pompeux éloge où il est dit que les méchants appelaient le roi de France le roi des prélres, à cause de son zèle pour l'Église ?.

S'il faut en croire dom Piolin, la reine Bérengère « contribua puissamment

() Abbé Bultcau, Histoire de la cathi @) « Mauricius qui ad ecclesiam Cenomannensem voca

rale de Chartres. Lassus, Monographie de la cathédrale de Chartres

e consueverat viros theologos el famosos, aliosque

» viros peritos, providos et discretos, qui ligna Libani levis

ta ct omnino parata ad ponendum in ædificio Salo-

» monis, noverat eligenda ». Actus, p. 376.

(3) À Bourges, le constructeur de la cathédrale dut également établir son chœur à cheval sur la muraille gallo-romaine de la ville

(4) « Non defensabilis ».

G) Livre blane (imprimé), no X. « De ampliatione ecclesie et de clausura fossatorum ». — L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-

uguste, no 1777.

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