‹ La cathédrale Saint-Julien du MansChapitre 79 sur 236 · GEOFFROY DE LAVAL · texte numérisé non relu

GEOFFROY DE LAVAL

Geoffroy de Laval! avait succédé, comme doyen du Chapitre, à Juhel de Mathefelon nommé archevêque de Tours, en 1228. II fut choisi pour remplacer Maurice sur le siège de saint Julien, la veille de la fête de saint Hippolyte, 12 août 1231* Presque tous les auteurs manceaux, en particulier dom Piolin, ont vu dans Geoffroy, un fils de Guy V de Laval et d'Emma, réputée sans motif fille de Geoffroy Plantagenet”. Celte filiation du nouvel évêque du Mans n'est établie par aucun document et ne repose sur aucune preuve. Au moyen-àâge, remarque

justement M. Bertrand de Broussillon ‘, « le plus souvent les enfants entrés dans

» les ordres et les filles ayant pris le voile ne laissaient aucune trace dans les

» archives de leurs familles: mais, à l'époque où vivait Gcoffroy de Laval,

ait mourir le dernier de ses enfants mâles et ses fiefs

» la maison de Laval vo:

» tomber en quenouille”, si bien qu'un fils de Guy V, sil en avait existé un, se

» scrait trouvé héritier présomptif du fief et, en cette qualité, eût été, à maintes

» reprises, appelé à intervenir dans les actes de sa maison. Nous ne le rencontrons

» dans aucun ; on doit donc le rejeter de la famille de Laval, sauf peut-être à le

» rattacher à l'une des branches cadettes ».

tif donné par M. Bertrand de Broussillon, j'en ajouterai

A cel argument nég;

un autre. Si Geoffroy avait appartenu à la riche et puissante maison de Laval, il en serait question dans le Marlyrologe de l'église du Mans, au sujet de la fondation d'un anniversaire quelconque, ainsi qu'il est arrivé pour les familles de Guillaume de Passavant et de Geoffroy de Loudun. Or, comme il n'en est rien, on peut tout au plus supposer que le successeur de Maurice était originaire de la ville de Laval ou d'une autre petite lerre du pays, portant le même nom.

«On ne saurait, disent les Aclus, raconter dignement à quel point s'éleva la fidélité, la bonté, la prudence et la piété de Geoffroy. Zélateur de la justice et ami de la paix, il faisait tous ses efforts pour terminer les différends par voie de conciliation ? : il préchait continuellement et faisait l'aumône avec tant de générosité, quil ne refusa jamais ceux qui imploraient sa pitié. Devenu pauvre lui-même,

par amour du Christ, il n'eut rien à léguer et mourut sans pouvoir faire de testa-

(1) Gaufridus de Lavalle. Actus, p. 19.

(2) Actus, p. 49.

(3) Dom Piolin, Église du Mans, IN, 538.

(4) La Maison de Laval, LA, p.

(5) Avec Emma, sœur de Guyonnet.

(6) IL existait dans la paroisse de Ruillé-en-Champagne, un fief de Laval, connu à partir du XVe siècle sous le nom de Laval Payen où Laval Péan.

(7) En 1233, Geoffroy s'entremit entre le Chapitre et Lisiard de Poillé, pour éviter un duel judiciaire, au sujet du fief d'Asnières. Livre blanc (imprimé), ne CXCV.

ment. Ayant suivi l'exemple de saint Laurent, il rendit son âme à Dieu dans la nuit même de la fête de ce bienheureux (9-10 août) 1234, au bout de trois ans

d'épiscopat. Sa sépullure eut lieu le 11 août, dans l'église des Frères-Mineurs du

Mans, église dont il avait fait la dédicace ! ». Son tombeau y fut détruit par les Huguenots en 1562.

Malgré son extrême pauvreté, Geoffroy de Laval avait pu léguer à la fabrique de son église une somme pour la fondation de son anniversaire. Au moment de sa mort, in extremis, il lui laissa une mitre, des sandales, sa crosse, une étole

et un vêlement «de samito deaurato » ainsi que certains autres ornements ?,

Gaignières * nous a conservé le dess

n d'un sceau de Gcoffroy de Laval qui a été

xactement reproduit dans la Sigillographie des seigneurs de Laval" et dans la Maison de Laval”, de M. Bertrand de Broussillon. Ce sceau ovoide représente un évêque debout, mitré, revêtu de ses ornements pontificaux, bénissant de la

main droite et tenant de la gauche sa crosse, la volute tournée en dehors. Légende:

GAUFRIDUS : DEI : GRA : CENOMANENSIS : EPUS. Contre-sceau : Une main tenant une croix haul-placée au bout d'un bâton, avec la légende : @Ra : DEI SU[M 1] quon : SUM.

Les travaux du chœur de la cathédrale étaient en pleine activité sous l'épiscopat de Geoffroy de Laval. Saint Louis, pour en faciliter l'achèvement confirma,

par lettres datées de Paris, en juillet 12327, la conce

ion faite au Chapitre par son grand-père Philippe-Auguste, en novembre 1217,

GEOFFROY DE LOUDUN Gcoffroy de Loudun {de Loduno, de Louduno, de Lousdunol, qui avait été

5 tnt

appelé à la succession de Geoffroy de Laval, sur le siège de saint Julien, le 16

pourvu de la dignité de chantre dans l'église du Mans par l'évêque Mauric

des calendes d'octobre (16 septembre) 1234. Le 22 novembre de cette même année,

il donna sa prébende à Gautier, archidiacre de Lisieux ?.

(1) Actus, p. 49. Geoffroy de Laval consacra encore

slise abbatiale de l'Épau. — Vers cette même époque (mai ou juin 1234) saint Louis, en épousant la reine Marguerite, lui constitua en douaire la cité du Mans

avec ses dépendances, ainsi que la tenait la reine Bérengère.

€) Martyrologe, 244, au 4 des ides d'août.

(3) Bibliothèque nationale, fonds latin, 1 (4) Page 14.

(5) Page 96.

36, fol. 150.

(6) Cauvin croyant l'évêque Geoffroy de la famille de Laval, lui donne naturellement les armes de cette maison.

(7) Livre blanc (imprimé), p. 7, ne XI.

(8) Un Gcoffroy de Loudun avait été fait chanoine d'Angers, à l'octave de Pâques 1209, Bibliothèque calopier, ne 2, fol. XIV.

@) Livre blane (imprimé), no CC. Martyrologe, 24, fol. 26. — Dom Piolin (Église du Mans, IV, 349), par

d'Amiens. Fonds

« La famille de ce prélat, dit dom Piolin !, était originaire du Maine et tenait » son nom d'une terre scigneuriale de la paroisse de Parigné-l'Évêque (nommée

» Loudon). Puissante dans le Maine dés l'an 1180, une branche de cette famille

se sur la Loire ».

» établit son séjour à Trèves, petite ville d'Anjou, as

Le Révérend Père hasarde ici une affirmation dénuée de tout fondement historique.

Ce qu'il y a de certain, cest que notre pontife était fils de Geoffroy de Loudun, seigneur de Trèves en Anjou”, et de Béatrix”. Il eut deux frères, Foulques * et Hémery” qui, étant morts sans enfants, lui laissèrent la succession de leur père. Sa sœur, Marguerite, épousa le seigneur de Montsoreau‘. Un Eudes de Loudun, prêtre et chanoine du Mans, fonda son anniversaire à la cathédrale et

ordonna qu'en ce jour, les pauvres infirmes, qui se tenaient dans l'église, devaient

recevoir une écuelle pleine de viande de poulet ou de chapon”. Vers le milieu du

XIIIe siècle, Richard de Loudun, chevalier‘, possédait, dans la rue de Saint-

Vincent, des maisons sur lesquelles le chanoine et official, Geoffroy de Saint- Calais, assigna vingt sous manceaux pour ses confrères assidus à son anniversaire”. Plus lard, on voit apparaître le chevalier « Richart de Leudon », auquel, en 129%5, Béatrix, comtesse de Dreux, accorda € à lui et à ses hoirs nez et procréez de lui, » loute la justice et seigneurie haulte et basse » qu'elle possédait « ou fié, lequel » fié l'en appelle le fié de La Feigne, séant en la parroisse de Parrigny ! ».

Dés le début de son épiscopat, Geoffroy de Loudun prèta serment de fidélité

à saint Louis qui en lémoigna par des lettres datées de Fontainebleau, en

novembre 12341. Peu après, il se vit suspendu des fonctions de son ministère par l'archevéque de Tours, Juhel de Mathefélon, pour un litige de juridiction. A

l'exemple de Maurice, qui avait été frappé de la même peine pour le même motif,

une singulière distraction, reproche à l'évêque Geoffroy de Laval d'avoir donné cette prébende à Gautier,

archidiacre de Lisieux. Geoffroy de Laval étant mort en août 124, il lui eût été difficile de faire un semblable

é\de

ile (22 novembre) 12 de Loudun, remplissait encore ses fonctions en 124 (Cartulaire de

don le jour de la fête de sainte C 1. Gautier de Lisieux, pourvu de la dig

chantr en 1234, à la place de Geoffro)

Saint-Victeur, p. 117, note 1), ce qui n'empêche pas dom Piolin d'affirmer (IV,

), que dès 12

, Geoffroy de Loudun investit de cette charge Pierre, fils du comte de Vendôme. Pierre de Vendôme ne devint chantre qu'après Gautier et avant 1274. — Voir Maryrologe, 241, au 11 des calendes de juillet ct au 3 des ides de septembre

(2) Martyrologe, 244, 6 des calendes de juillet (3) Martyrologe, au 9 des calendes d'octobre

(4) Mariyrologe, au 9 des calendes de novembre.

(5) Martyrologe, au 6 des calendes d'

(6) Martyrologe, au 7 des ides d'octobre.

(7) Martyrologe, au 5 des nones de mars. — Dom Piolin place cet Eudes de Loudun sous Maurice, 1216- 1277-1298 (L. IV, pp. 352, 440).

êque, Revue du Maine, NII, 62.

1231 (L IV, p. 287), et sous Jean de Chanla (8) Voir () Martyrolos s ides de septembre.

(0) £ D . P 34/1, cote 1103/1.

(1) Livre blanc (imprimé), p. 20, ne XXXVIIT. Dom Piolin (IV, 351), prétend que l'évêque du Mans se

ur une famille de Loudon, à

ue. Archives nationa

rendit à Fontainebleau pour prêter son serment au roi.

LES ÉVÈQUES DU XIIe SIÈCLE 285

il se rendit auprès du souverain Pontife. Grégoire IX accueillit l'évêque du Mans avec bonté et le renvoya non-seulement absous, mais honoré du titre de Légat du Saint-Siège dans toute la France !.

Au commencement des démêlés de Gcoffroy avec l'ancien doyen du Mans devenu archevêque de Tours, c'est-à-dire en 1235, une terrible famine vint désoler le diocèse. Il séleva alors une contestation au sein du Chapitre pour savoir si l'on devait vendre l'or et l'argent du frontal et de la châsse de saint Julien, afin de nourrir les pauvres, ainsi qu'il avait été stipulé par l'archidiacre Payen ?. Comme on voulait conserver ces œuvres d'art, il fut convenu qu'elles seraient rachetées. L'évêque donna 150 livres tournois de son patrimoine et les chanoines 60 livres lournois sur la fabrique de l'église, en spécifiant loutefois qu'à l'avenir le tombeau de saint Julien ne pourrait plus être dépouillé de ses ornements”, On se montra moins avare de reliques. En 1243, l'évêque, pour resserrer des liens de confralernilé, envoya à Paderborn une partie de l'humérus de saint Julien, en demandant aux chanoines de celte église qu'ils consentissent à célébrer, le 27 janvier, la fête de l'apôtre des Manceaux dont il leur adressait l'office“,

Parmi les événements les plus remarquables de cette période, il faut signaler

la dédicace, en 1244, de l'église de la Chartreuse du Pare

par Geoffroy de Loudun, la venue de saint Louis à l'abbaye de Perseigne, en mai 1248°, et la transaction que fit l'évêque, en 1250, avec Hervé de Sourches au sujet des pierres à extraire des carrières de Bernay pour l'achèvement du chœur de la cathédrale 7.

La construction du chœur de Saint-Julien (ouchait en effet à sa fin et l'évêque Geoffroy de Loudun, seigneur de Trèves, put fixer, le lundi après Quasimodo (20 avril) de l'année 1254, pour la consécration du nouveau sanctuaire, commencé par Maurice, en 1217.

« Dès le lendemain de Pâques, une foule nombreuse, venue de tous les points de la ville, se présenta pour enlever les matériaux qui encombraient l'église. De nobles matrones se mêlérent aux femmes du peuple. Elles transportaient le sable hors de l'édifice, sans se soucier, contrairement à leur habitude,

de leurs beaux atours rehaussés de vair et d’autres couleurs ”. Beaucoup se mon-

() Les lettres du pape, conférant le pouvoir de légat à Geoffroy, sont du 25 mai 1237. gil ici de l'archidiacre Payen qui vivait sous l'épiscoque Hamelin. Voir plus haut et Livre blanc (imprimé), p. 80

282 et 293 verso.

Dom I rguerite de Fif, nièce de Raoul, vicomte de Beaumont.

> de Perseigne, pp. 59-61. Le Nain de Tillemont, Vie de saint Louis, TI, 171

@) Martyrologe, 214, aux nones de novembre.

pat de 1

Il s°

(3) Mariyrologe, 244, fol

(4) Bollandistes,

ant, Cenomania. Bibliothèque du Mans, ms. 226 ter, p. 19.

(5) Fondée en 1235 par

(6) G. Fleury, Cartulai

(7) Gallia, XIV, col. 399.

(8) On trouve en juin 1239, les chanoines Marchus et Étienne des Arênes, qualifiés « rector! » ecclesie ». Livre blanc (imprimé), ne

XVIL. — Étienne des Arènes vivait encore en 1244 et ap icteur publié par M. Bertrand de Broussillon, planche VII, n° 13. Le chanoine Marchus est inscrit dans le Martyrologe, 21, au 6 des nones de mai.

son sceau dans le Cartulaire de Saint-

(9) « Adsunt matronæ cum reliquis mulieribus, quæ contra mulierum morem accuratis vestibus non

traient ficres des souillures que leurs vêtements avaient contractées au cours de

de leurs nourrissons,

. Certaines femmes remplissaient de sable les lang

ce travai

encore à la mamelle!, afin de les faire concourir à une œuvre aussi sainte. Des

gnes d'une foi précoce, emportaient des maté-

enfants de trois ans, donnant des sig

Quant aux hommes robustes, c'était plaisir de les

riaux dans leurs petites robe voir soulever avec une aisance incroyable de grandes poutres et de lourdes

pierres. Les moins forts besognaient selon leur pouvoir. Chacun s'employa si bien,

u'on fil très-vile ce que de nombreux mercenaires n'auraient pu accomplir en un

ong temps. Le travail dura toute la semaine, sans l'aide d'un conducteur, et

avec une telle ferveur, que les témoins ne pouvaient retenir des larmes de joie.

» Les citoyens du Mans voulurent faire briller au dehors le feu de la charité

ui les animail à l'intérieur. En conséquence, ils statuèrent que des cierg,

lonnés par eux, brüleraient pendant tous les offices, et que chacun les fournirait

‘un poids proportionné à ses ressources. Quelques-uns des premiers de la ville

onnérent un cierge de deux cents livres et d'autres offrirent des cierges selon

leurs moyens. Celui qui était pauvre mettait son argent avec celui d'un individu

plus riche. Il ne faut pas oublier que plusieurs corps de métiers, pleins d'allégresse

el aux sons des instruments, apportèrent leurs cierges en chantant. En outre, des cierges furent placés en cercle autour du sanctuaire et dans le chœur, aux frais de l'église, puis une multitude de couronnes lumineuses le long de la nef.

» Tel était le désir de tous d'assister à la dédicace du temple et à la translation des reliques de saint Julien, que beaucoup de Manceaux, appelés à l'ost par leur comte *, refusérent de partir malgré les châtiments dont ils étaient menac » A)

oulons ici que les vignerons et les fermiers des clos de vignes qui

n'avaient pas offert de cierges comme les précédents, se dirent entre eux : Le

autres ont offert des lumières fugilives, faisons mieux et payons des verrières qui illuminent l'église à l'avenir. Ils en garnirent alors une fenêtre entière, composée de cinq lancettes, dans lesquelles ils étaient représentés vaquant aux travaux de leur métier *. Il importe de dire, à la louange des autres habitants,

qu'outre de somptueux luminaires, ils donnèrent encore des vitraux, où ils

sions.

paraissaient avec les marques de leurs profe

» Enfin arriva le jour si désiré, dans lequel on devait transporter les

» parcentes, in pannis variis, in indumentis scallaticiis viridibus, seu alio colore fulgentibus, extra ecclesiam » sabulum porlabant. Mullæ scobem ece

æ multiciis deportantes, ipsa mulicia squalore pulveris squalere » gaudebant ». Actus, p. 377.

(1) Aliæ sabulo ccclesiæ lactentium parvulorum gyrumnulos implentes, sie cos extra ecclesiam deferebant ». Actus, p. 377.

(2) Charles de France, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem, frère de saint Louis, qui, en 1246, avait reçu l'Anjou et le Maine en apan

(3) € Fecerunt autem formam integram quinque vitreas continentem, in quibus ipsi per officia depinguntur ». Actus, p. :

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