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HÉDRALE DU MANS
LES ÉVÈQUES DU Xille SIÈCLE 239
reliques saintes de l'ancien temple dans le nouvel édifice!, L
s nobles et les évêques voisins avaient été conviés à la cérémonie. Comme dans la parabole de l'évangile, quelques-uns s'excusérent, d'autres répondirent à l'invitation. Parmi les présents on remarquail l'archevêque de Tours (Pierre de Lamballe), les évêques d'Avranches (Richard Lainé), d'Angers (Michel de Villoiseau), de Rennes (Jean Gicquel) et de Dol (Étienne) ?.
» La très grande multitude accourue, non-seulement du diocèse, mais aussi des pays étrangers, engagea le clergé à faire la cérémonie de la translation durant la nuit pour éviter le tumulle ». Tous les évêques étaient présents, mais Geoffroy
de Loudun, que les Actus comparent à Siméon, à Saül et à Issachar, se réserva de
porter lui-même les ossements de saint Julien, du lieu où ils se trouvaient, jusque
sur l'autel où ils devaient rester exposés à la vénéralion des fidèles. Quand on
enleva le voile de soie qui recouvrait la précieuse châsse, un parfum d'une suavité incomparable remplit l'édifice.
« Les reliques furent exposées durant quinze jours et la piété des chanoines qui les gardaient, deux par deux, nuit et jour, ne se fatigua pas un seul instant.
» Un grand nombre de nobles du Maine, spécialement le vicomte de Beaumont” et le seigneur de Montfort’, se joignirent à eux. Mais les simples citoyens voulurent aussi partager cet honneur: avec l'autorisation du clergé, ils vinrent dans le chœur, munis de leurs armures, pour la garde nocturne du corps saint?. Il fut aussi convenu que pendant loute la quinzaine, les religieux , tant de la ville que des faubourgs, chanteraient les vigiles au commencement de la nuit, après les Matines du Chapitre. L'évêque se montra l'un des plus assidus : il n'oublia pas un seul jour de se rendre à l'église pour y prier et pour y répandre des larmes de joie à la vue de la ferveur populaire.
» La veille et le jour de la Dédicace, Geoffroy de Loudun donna un grand
repas aux nobles, aux barons et à tous venants sans exceplion. Les salles de son
palais et même les cuisines regorgérent d'invités à ce point qu'il fallut établir des tentes dans le verger épiscopal.
» La renommée d'une semblable fête s'étendit au loin et on vit accourir
au Mans des pélerins de presque lous les coins de la France. »
(1) « De squalore et angustia veteris operis ad pulehritudinem et latitudinem structuræ majoris ». Actus, p. 37. @) Dom Piolin (IV, 386), ajoute, je ne sais d'après quelle source, Guillaume de Sainte-Mére-Église, évêque de Bayeux, qui, soit dit en passant, ne fut jamais évêque de Bayeux, mais bien d'Avranches, avant Richard
Lainé, En 1254, l'évêque de Bayeux se nommait Guy.
(3) Louis de Brienne, vicomte de Beaumont par son mariage, avant février
3, avec Agnès de Beaumont, sœur et hérilière de Richard I, vicomte de Beaumont. Louis était le troisième fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, empereur de Constantinople, et de Bérengère de Castille. P. Anselme.
€) Rotrou, seigneur de Montfort.
(6) « Venerunt loricali cives in chorum, tota nocte vigilantes el custodientes, cum omni diligentia, corpus » sanctum ». Ac{us, p. 380.
(6) « Interca populi fi
ma excitali ex omni fere Francia ad sanctas reliquias venerandas..….. adyenere ».
De nombreux malades furent guéris pendant ces jours de bénédiction, S'il faut en croire le récit dès Actus. Ils étaient venus des villes ou villages suivants :
Lavenay, Belin, Amné, Laval, Montmirail, Le Lude, La Quinte, La Perrière
(diocèse de Séez), La Roche-Mabile, et autres. « Parmi les nombreux fiévreux qui - recouvrèrent la santé, on cite un jeune clerc de Jaoicere la cathédrale, Michel de Gorran, fils du prévôlt A de Bourg-le-Roi. Vers le même temps, des che-
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valiers se réunirent pour un lournoi auprés
d'Evron. Pendant l'une des nombreuses courses,
un seigneur ! lomba sous son cheval, en danger
d'être écrasé par la troupe des combattants. Il
se souvint de saint Julien et se recommanda à lui. Soudain, il se releva ainsi que son coursier. Accompagné de sa femme et des siens, tous munis d'un cierge, ce chevalier vint rendre grâce
à son bienfaiteur et offrit une figure de chevalier
SA
ATAD)
en cire qui resta longtemps suspendue à la chàs
se
du bienheureux * ».
À partir de celle époque, l'église du Mans
NE
célébra tous les ans l'anniversaire de la Dédicace
le lundi après Quasimodo et, le jour suivant, la
fête de la Nouvelle Translation des reliques de
saint Julien *. Les trois lecons de l'office de cette
derniere fête étaient tirées du récit des Actus".
La construction du chœur de la cathédrale
n'absorba pas complétement l'activité de Geoffroy
de Loudun. L'évêque s'employa encore à la res-
lea
lauration où à l'agrandissement des résidences
de Touvoie, d'Yvré-l'Évêque et de Ceaulcé.
lOMBE DE GEOFFROY DE LOUDUN ; F Il acheta à Paris, de ses propres deniers, pour
lui et pour ses successeurs, sur la montagne de Sainte-Geneviève, un vaste hôtel
entièrement entouré de murailles°.
() « Dominus Tilleti ». Actus, p.
« Die sequenti (dedicationis) celebratur cjus (Sancti Juliani) nova translatio, licet fuerit facta die
@) Actus, pp. 377
» hodierna ». P. Hennier, Ordinarium novum.
(4) «In slatione beati Juliani….. Leclio L: Temporibus vencrabilis patris Gaufridi de Louduno Trevia-
» rum, tune Cenomanensis episcopi, ordinayerunt tam ipse quam Capitulum ut corpus beali Juliani in noyo
» opere transferretur, quod factum est die lune octava post Pascha, anno Domini millesimo GC Lo Ie ».
Liber breviarii factus secundum usum ecclesie Cenomanensis (Ms. du XVe siètle sur vélin, appartenant à Mar de
Bonfils, évêque du Mans), p. !
6) Actus, p. 391.
juillet, Paris. Maître Geoffroy de Blazon et Gcoffroy de Saint-Calais, clercs,
LES ÉVÈQUES DU XIIIe SIÈCLE 241
Gcoffroy de Loudun ne devait pas jouir longtemps du magnifique sanctuaire qu'il avait consacré. Ayant eu quelques difficultés avec le comte Charles, il dut se
rendre à Anagni auprès du Souverain Pontife'. Alexandre IV et les cardinaux
accueillirent favorablement l'évêque. Mais, il ne put faire trancher son différend, car il décéda sept jours après son arrivée, dans la fête de l'Invention de saint
Étienne, premier martyr, le 3 août 1255. Son corps fut d'abord enterré chez les
frères mineurs d'Anagni”, ensuite rapporté en France et enseveli à Saint-Denis-
d'Orques, dans l'église de la Chartreuse du Pare, où son tombeau devint glorieux et le but d'un pélerinage. Louis II de Beaumont, tué à la bataille de Cochcrel, en 1364, avait sollicité la faveur d'être ensépulturé « en
» l'ég
ise Saint-Geofroy de Chartrouse, au Maine, devant » le grand autel ».
La tombe peinte du bienheureux Gcoffroy se trouvait dans le chœur de l'église de la Chartreuse, à gauche du grand autel. Actuellement, elle s'abrite dans l'église paroissiale de Saint-Denis-d'Orques. C'est une œuvre de la fin du XVe siècle ou du commencement du XVIe. Au
dire de M. Hucher, l'effigie du saint évêque, aujourd'hui
trés-effacée, paraît peinte à l'œuf *.
Dans le vitrail absidal du chœur de la cathédrale, SCEAU DE GEOFFROY DE LOUDUN
la représentation de Geoffroy de Loudun, reproduite
deux fois, est entourée de huit blasons à ses armes: de gueules à la bande d'or. On voil encore ces armes sur un contre-sceau d'un Geoffroy, seigneur de Loudun (1239). Le sceau porte une fleur de lys accostée de deux oiseaux : Légende: + S° GaurRiIDr : pe : Lopyxo®. Douet d'Areq décrit un autre sceau de 1234, qui peut être de notre pontife: Évèque debout, vu de face, crossé
et bénissant : Légende : s° GAVFRIDI : CEN[NOMAÏNNEX : Eriscopr. Contre-sceau : Un
aus Dei. Légende : + sIGNvM per vivi S.
Durant tout son pontificat, Geoffroy de Loudun se montra d'une générosité
princière à l'égard de sa cathédrale. On trouve la longue énumération de ses dons
procureurs de Geoffroy de Loudun, évêque du Mans, assurent qu'ils avaient acheté d’Ade de Rouen et de sa femme, deux maisons situées
à Paris, auprès d'autres maisons du même évêque, « duas domos sitas Paris, » juxta domos, ut dicitur, cjusdem Gaufridi, cpiscopi, in
nsiva Sancli-Marcelli, ut dicitur, possidendas ab » eodem Gaufrido, episcopo, in vilinagio et non nomine ecclesie.... ». Archives nationales, $ 1911, ne 8. Original parchemin.
(1) Geoffroy de Loudun accomplit plusieurs fois le voyage de Rome.
@) Actus, p.
(3) Bibliothèqne nationale, ms. Piéces originales, t. 217. Beaumont 5131. Ex Chronicon priorum domus Parci
€ Monuments du département de la Sarthe, pp. 188-192. — Voir dans la collection Gaignières à la Biblio-
thèque nationale, fonds latin, 17
6) Bibliothèque nationale, fonds latin, 17126/169. Communication de M. le comte Bertrand de Broussillon. (6) Collection de sceaux, n° 6688, pro
nant des Archives de Tours. Voir encore Bibliothèque fonds latin (collection Gaignières), 17036, fol. 151.
ationale,
dans les Actus! et dans le Marlyrologe*. Parmi les objets précieux — dont
quelques-uns étaient ornés de pierreries offerts par l'évêque, il faut signaler deux tentures de soie aux armes royales”, deux chaires épiscopales, et, entre autres livres, un missel, trois Graduels et un très-bel antiphonaire.
Au nombre des quarante-quatre chanoines ‘ qui dans ce temps constituaient le Chapitre se remarquait Guillaume Morin, fils du chevalier Guillaume Morin et d'Hersende que les Inscriptions du Tronchet appellent tante paternelle de l'é
dernier évêque, la somme de dix sous et à la fabrique, cinq sous pour le luminaire”.
rèque Geoffroy. Il donna aux clercs, qui assisteraient à l'anniversaire de ce
; mai
Il serait facile de dresser une longue liste de ses confrère je n'en citerai
ue les principaux :
Renault Clarel, né vers 1190, chanoine en 1245":
Lucas de Coleniis, homme doux et généreux, vivant probablement vers 1250,
qui se distingua par ses nombreuses et riches offrandes. Il prit soin de rétablir une slaluelle d'un évangéliste, dérobée à la châsse de saint Julien, et voulut que ses deux neveux, Geoffroy et Michel, entretinssent une lampe ardente pour les infirmes, devant le vitrail de la Sainte Vierge, à l'entrée de la cathédrale ?.
Robert de Domfront, né vers 1185, écolàtre de l'église de Paris, chanoine du Mans vers 1221, devint doyen du Chapitre en 1233°, après Geoffroy de Laval. Ce dignitaire, que le Marlyrologe qualifie de « vir sane profundi pectoris et sciencie
» eminentis », fonda l'anniversaire de l'ancien doyen Juhel de Mathefélon, arche-
vèque de Tours, mort archevêque de Reims, en 1250, et donna, pour conserver l'Eucharistie, un ciboire d'argent de quatre mares, doré intérieurement et exté-
rieurement par endroits”. Il vivait encore en 1259.
Nicolas de Flae qu'on trouve chanoine du Mans, en 1240, devint évêque de Saint-Malo où il siégeait en 1259 et en 1262. Il fonda son anniversaire au Mans "!.
Hémery Guerri où Guerrif, fils d'Hémery Guerri et de Jeanne, d'abord
IE
(2) Au 3 des nones d'août.
(3) « Dedit (Gaufridus) duos pannos sericos de armis regis Franciæ ». Aclus, p. 390. Dom Piolin (IV, 389) cathédrale) deux tentures en tapisserie
(1) Pages 389-3
s'est autorisé de ce passage pour écrire: « Saint Louis donna
» ornées de l'écusson royal ».
arthe, fonds municipal, ne 843, lol. 43.
(4) Ge nombre est donné par l'enquête de 1215. Archives de la (5) Martyrologe, %4, au 5 des ides de mai.
(6) Archives de la Sarthe, Fonds municipal, no 843, p.
On trouve un Renault C el au 5 des nones
de ma
Martyrologe, 244.
(7) « Tencant lampadem ardentem ad opus infirmorum in hae ecclesia, ante vitream Beate Virginis, in » introitu ecclesie ». Martyrologe, 244, au 3 des ides de juillet. (8) Archives de la Sarthe. Fonds municipal, ne 834, fol. 1 et 5
(9) « Dedit etiam dictus decanus dicte ecclesie unam eupam argenteam deauratam intus et extra per loca, » quatuor marcharum, ad corpus dominieum reponendum ». Martyroloye, 214, au 11 des calendes de mars, Dom Piolin (IV, 390) traduit: « Il laissa une coupe « nt doré, du poids de quatre mares, pour faire un pavillon
» au-dessus du Saint Sacrement ».
(0) Le Gallia, XIV, col. 1005 et Dom Piolin (IV (1) Martyrologe, 4, au 5 des ides d'août
1) le nomment Nicolas de I
CHŒUR (XIIIe SIÈCLE)