CHAPITRE m L'Altilude du Catholique devant la Science
C'est une sorlo do lieu commun ivjx'-U'' [)arl<)iit qu'il y a outre le catholicisme et la science une in. conij)alil»iliio essentielle. On ne dit pas, on n'ose pas dire qu'aucun catholique jamais n'a été savant, cependant on répète et on soutient que, entre l'idée ou l'essence du catholicisme et l'idée ou l'essence de la science, il y a une véritable et nécessaire contradiction.
Aussi l'espèce d'argument expérimental ou, comme on dit, de leçon de choses que l'on a voulu donner par la fondation et le développement des Congrès scientiliqucs dos catholiques tenus à Paris, à Louvain et à Frihourg, quelle que soit son importance ])our ngir sur l'opinion, n'a pas la valeur absolument démonstrative que quelques-uns ont voulu lui nttribuor. Vous montrez au public des savants catholiques assemblés, savants incontestés, catholiques déclarés, et vous dites : La preuve que la science et le catholicisme peuvent coexister dans le même esprit, c'est qu'en fait ils coexistent. Ces hommes, ces chercheurs sont des catholiques, ils
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piioiiL avec nous, mèloiil leurs noms aux nôtres pour afiirmer leur croyance et cependant ils font œuvre de savants, leurs travaux sont conduits d'après les méthodes les plus rigoureuses, leurs pairs s'y réfèrent dans les académies ou les universités, la pureté de la science de ces savants n'est donc pas altérée par la sincérité de leur foi. On ne peut donc pas f(irmuler avec vérité la proposition universelle : La scirncc et Ir catholicisnic no peuvent cocxutpr ou, ce qui est la même chose : Aucun catholique ne peut être vrrltahJcment savant, puisque l'expérience établit que la contradictoire, comme disent les logiciens, est vraie, à savoir qvill y a des catholiques vi'i'itahlement savants. Car de deux contradictoires si Tune est vraie, l'autre est fausse ; or est-il que Quelques catholiques sont vrai}7ient savants^ donc il est faux de dire qu'A/^cun catholique ne j)eut Têtre.
On croit ainsi avoir donné une démonstration victorieuse. On oublie la possibilité des distinctions et des précisions. Jamais les adversaires du catholicisme n'ont nié qu'un catholique pût être savant dans quelque science particulière, l'exemple d'un Ampère ou d'un Cauchy aurait à lui seul suflisamment répondu. Ils n'ont jamais prétendu qu'un catholique ne pouvait pas être très bon astronome, excellent chimiste, physicien prestigieux ou génial
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nialhémalicien, ils oui souleiui cl, mal^Té le succès croissant des congrès scicnliliqncs des callioliqnos, ils soiilicnncnl cncoi'O (juc le calliolicisnie est incompatible non pas avec telle ou telle science qui intéresse plus ou moins la foi, mais avec « la Science » prise dans son acception véritablement essentielle et universelle, en particulier avec les sciences qui font porter leurs investigations sur des données de la foi, telles que la métaphysique, la morale, la philologie, l'histoire. 11 est, disent-ils, interdit au catholique de traiter scientifiquement les objets de foi. 11 y a donc toute une province de la science interdite au catholique, le catholique peut bien ici ou là faire, par accident, œuvre de savant, il ne sera jamais, il ne peut pas être un savant dans toute runiversellc acception du mot. Car, reprenant à leur tour les formes logiques, les adversaires du catholicisme peuvent dire : L'idée de la science n'est achevée que si elle s'étend à toutes les sciences', à l'universalité du savoir; or est-il que certaines sciences sont interdites au catholique, donc un catholique ne peut remplir l'idée tout entière de la science, il y a entre le catholicisme et la science une incompatibilité essentielle.
Voilà, je crois, nettement posé le problème de l'antinomie au moins apparente entre la science et la foi. On a cru trop souvent que ce problème
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pouvait se résoudre en répondant une à une aux ol)jections élevées par lel ou tel savant contre telle ou telle proposition dogmatique. Ces réponses ne constituent et ne peuvent constituer, si rigoureuses qu'elles puissent être, que des expédients passagers. Et de même on a insisté plus que de raison sur l'accord réel ou prétendu entre telle ou telle découverte de la science et telle ou telle donnée de la foi. La défense des Livres saints en particulier a pris trop souvent des formes naïvement scientiliques. Il semblait, à voir la façon dont on s'appuyait sur telle ou telle vue de la science, que la véracité de la Bible tout entière y fût suspendue. Et l'on a assisté à ce spectacle de certains apologistes obligés de changer, en même temps que changeaient les interprétations des académies, toute leur apologétique. C'est ainsi que Champollion-Figeac ou Cuvier furent invoqués d'abord en faveur du Pentateuque et qu'il a fallu après reconnaître que Champollion-Figeac et Cuvier s'étant mépris, le Pentateuque devait être autrement interprété. De là ces opinions successives des exégètes sur l'antiquité de la race humaine, sur l'universalité du déluge qui ne sauraient émouvoir un croyant instruit, mais qui attirent à notre apologétique des railleries et risquent de troubler les simples.
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l/acconl, du reste, fùt-il entioremont et clairemont établi entre tontes les propositions de la science et les quelques données de la foi qui leur correspondent, toutes les objections scientifiques fussent-elles résolues, le problème philosophique de laccord nécessaire et universel n'en subsisterait pas moins. Toujours pourrait planer le soupçon sur la perspicacité ou la probité, l'intégrité scientifique de l'apologiste. Il faut avant toute chose qu'il puisse bien établir que sa foi n'altère en rien l'intégrité spécifique de sa pensée scientifique. Et c'est bien de cette intégrité suspectée que sont nées tant de tapageuses déclamations contre r (( obscurantisme » des catholiques. Si, en effet, il y avait entre la science et la foi une incompatibilité essentielle et radicale, cela établirait bien (jue les croyants doivent être les ennemis de la science, que les progrès du savoir et des lumières doivent les avoir pour adversaires et que toute leur politique intellectuelle doit avoir pour sym- Itole un éteignoir.
Éteignons, éteignons, éteignons les lumières.
chantait Déranger. Et l'on peut voir dans les bazars à deux sous des éteignoirs cachés sous la robe en faïence d'une figurine en rabat et en tricorne. C'est ainsi que des hauteurs du Collège de France,
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OÙ enseignent nn (juinet ou un Renan, l'idée de l'opposition entre la science et la foi descend dans les chansons de la rue, dans le grossier symbolisme des bibelots dont le peuple orne son chez soi.
Je n'ai pas ici à examiner si jamais les catholiques n'ont commis de fautes de conduite, si, troublés eux-mêmes par les cris des adversaires, ils n'ont pas plus d'une fois tenu les savants en suspicion, s'ils n'ont pas eu l'imprudence de se livrer à des déclamations contre la science, si enfin, dans les temps modernes, ils n'ont pas été iniidèles à leurs traditions du moyen âge, où les Papes, les Evoques et les Moines furent les promoteurs de tout le mouvement intellectuel. 11 se peut que le passage des sciences profanes, des sciences de la nature aux mains laïques ait quelque peu déconcerté le clergé. 11 y a eu certainement des malentendus, des tiraillements et des luttes même. Mais tout cela constitue l'immense contingence des faits. Quand môme par suite de circonstances diverses il y aurait eu une opposition de fait entre l'Eglise et la science, — et il n'y a eu que de partiels et transitoires dissentiments ; — quand môme l'opposition aurait été de tous les lieux, de toutes les heures, cela encore ne prouverait rien , cola établirait simplement que les