‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 15 sur 56 · I.I-; CATIIOMOIE DKVANT I-A SCIENCi · texte numérisé non relu

I.I-; CATIIOMOIE DKVANT I-A SCIENCi

pcmr savoir si elles sont ou non évidenLos et par suite eneore douler de ces propositions tout le [enips (|u'(dles demeurent soumises h notre examen. C'est ce que Fénelon appelait « le doute universel du vrai philosophe », ce que Descartes a mis lui-même en pratique en rejetant « hors de sa créance » toutes les propositions qui lui avaient j)aru juscpie-là les [)lus assurées et les plus certaines.

C'est la même doctrine que professe Claude IJernard : " La première condition que doit remplir un savant qui se livre à l'investigation de })hénoniènes naturels , c'est de conserver une entière libei té d'esprit assise sur le doute philosophique... Si une idée se présente à nous, nous ne devons ])as la repousser par cela seul qu'elle n'est pas d'accord avec les conséquences logiques d'une théorie régnante (1). »

Donc le libre examen et conséquemment le doute sont des conditions d'existence de la science. Or, le catholicisme oblige le savant non pas à ne l)as douter, le doute peut être un mouvement involontaire de l'esprit, mais à ne pas donner son acquiescement à un doute qui porterait sur un article de foi. Le catholique n'a pas le droit, sans

(1) Inlroduclion à la médecine e.rpé riment aie, ch. 11, § 3. — 1 vol. in-8o, Paris, J.-B. Baillière, pp. G3, 04.

94 LE CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT

cesser d'être catholique, de consentir à douter de la Trinité, de l'Eglise, de l'infaillibilité du Pape, de la divinité de la Révélation. Conséquemment il n'est pas loisible au catholique d'examiner librement les propositions de foi. Alors même qu'il a l'air de les traiter rationnellement, qu'il essaie de les prouver, il est dominé par le préjugé, il sait d'avance oii doit aboutir son raisonnement, il ne saurait sans forfaiture le faire aboutir qu'à la proposition dogmatique préalablement et en dehors des voies rationnelles, reconnue pour vraie, affirmée comme certaine. Cet état de croyance antérieur aux démarches de la raison et avoué comme supérieur à ces démarches ne peut que créer dans l'esprit une prévention qui conditionnera à peu près infailliblement les démarches rationnelles, qui risque de les faire gauchir insensiblement, en sorte que la prétendue démonstration, au lieu d'être un produit pur de la logique et de la raison, laisse à peu près nécessairement pénétrer en elle des éléments psychologiques et plus ou moins volontaires qui ne peuvent que l'altérer, que la transformer en paralogisme. Et cela sans que l'esprit du croyant, dominé par son préjugé, puisse s'en douter, sans qu'il puisse arriver à démêler, dans la suite des propositions liées par les « or », les c( mais » et les « donc », ce qui est extérieur à

Page 1