‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 16 sur 56 · I.K CAIIKH.luri; Iil'.VAM" I.A SCI K.NCK il · texte numérisé non relu

I.K CAIIKH.luri; Iil'.VAM" I.A SCI K.NCK il

la misoii, à la loi^ique et par conséquent à la science.

Voilà ce qu'on veul dire eu d'aulres termes, alors qu'on soutient que la science revendique dans les temps modernes son « autonomie », quelle doit ne dépendre que d'elle-même, que, semblable en cela h la philosophie, elle doit être lilire et indépendante et n'être l'esclave ou la servante d'aucune autorité extérieure, quelle qu'elle soit. La raison ne relève que d'elle-même, elle ne l)eut se soumettre sans se détruire à qui que ce soit, à (|uoi que ce soit.

(^'est ce qu'a exprimé en ces termes M. Sabatier :

L'unité de piincipe, à laquelle se ramènent toutes les manifestations et tendances générales de lesprit moderne dans tous les ordres, n'est point difficile à découvrir. Ln mot l'exprime : c'est le mot d'autonomie, par où j'entends la certitude invincible qu'a l'esprit humain, arrivé au degré actuel de son développement, d'avoir en soi la norme de sa vie et de ses pensées, avec le désir profond de se réaliser soi-même en obéissant à sa Ini. Quelques exemples suffiront pour mettre en pleine lumière ce principe d'unité.

On fait habituellement remonter jusqu'à Descartes et à son Discours de la Mclhode (1637) l'origine de la philosophie moderne. Celle-ci ne commence réellement qu'avec l'effort que fait l'esprit pour rentrer en

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lui-même et se saisir immédiatement dans le phénomène initial de conscience. Or, qu'est-ce que le doute méthodique, je veux dire, celte résolution préliminaire de mettre tout en question, sinon le rejet des autorités extérieures ou traditionnelles et des idées fondées uniquement sur la coutume ou sur la parole d'un maître? Et, d'autre part, qu'est-ce que le principe cartésien de ne tenir pour vrai que ce qui paraît évidemment être tel, sinon la reconnaissance effective que la raison a sa loi en elle-même, c'est-à-dire la revendication triomphante de l'aulonomie de la pensée? Celte autonoaiie de la philosophie n'a cessé depuis lors de s'affirmer, de s'étendre et de s'approfondir avec Leibnilz, Locke, Hume et Kanl, si bien qu'aujourd'hui, la méthode d'autorité, quand elle se montre encore en ce domaine, n'apparaît plus que comme un puéril anachronisme.

Avec Kant, l'autonomie de la morale a suivi celle de la philosophie. La conscience n'est pas moins indépendante et souveraine aujourd'hui que la raison. Le devoir, pour être reconnu comme tel, doit sortir de la loi impérative intérieure. Une .autorité externe, quelque grande qu'on la suppose, ne suffit pas pour créer le sentiment de l'obligation. Ses prescriptions, pour strictes et solennelles qu'elles soient, du moment qu'elles viennent uniquement du dehors, sont tenues pour arbitraires et restent, pour l'homme moderne, hors de la sphère morale proprement dite.

Si de la philosophie et de la morale nous passons aux sciences physiques, nous voyons clairement que la méthode d'observation, devenue souveraine dans ce domaine, se ramène également au même principe car-

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lésien. Vouloir constater les faits par soi-même, mettre Texpérience au-dessus de toute autorité, c'est encore faire de l'esprit le juge suprême en matière de connaissances naturelles. La révolution accomplie dans cet ordre par Tialilée et ses successeurs achève et confirme celle de Descartes et des philosophes. Les décisions autoritaires de l'Eglise ou des anciennes écoles ont. été vaincues par la méthode expérimentale; car celle-ci n'est, à la bien prendre, qu'une application, dans l'ordre des lois et des phénomènes de la nature, et une démonstration pratique de l'autonomie de l'esprit.

Il faut en dire autant du développement non moins irrésistible qu'ont pris, depuis deux siècles, la philologie scientifique, le'xégèse grammaticale et la critique historique. Les découvertes faites sur le passé de l'humanité, l'étude persévérante des monuments et des textes, la révision sévère de toutes les traditions n'ont pas opéré, dans notre manière de considérer l'hisioire de la race humaine et l'histoire des religions, en particulier, une révolution moins profonde que la méthode expérimentale, dans notre manière de concevoir l'univers. Au fait, la méthode historique et critique, c'est encore une forme et un prolongement de la méthode expérimentale elle-même, c'est-à-dire toujours le triomphe du principe d'autonomie. Nul témoignage extérieur ne prévaut aujourd'hui contre la loi intérieure et propre de la raison, car cette loi souveraine juge toujours et le témoignage et le témoin. Quand nous cédons au témoignage d'autrui, c'est encore à notre esprit que nous cédons, car nous estimons en définitive que cela est raisonnable,

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si bien que le consentement de nous à nous-mêmes apparaît de plus en plus comme Tunique fondement de toute r ai ioit alité, aussi Lien que toute moralité humaines (1). »

Or, voici ce qu'en face de ces asserlions, le catholicisme enseigne : « Nous définissons que toute assertion contraire à la vérité illuminée de la foi est fausse de tout point. Donc l'Eglise, qui a reçu, en môme temps que la charge apostolique de l'enseignement, l'ordre de garder le dépôt de la foi, a le droit et môme le devoir divin de proscrire ce qui prend le faux nom de science, de peur que quelqu'un ne se laisse séduire par une philosophie et par une so- ( phistique vaine. C'est pourquoi tous les chré- ( tiens fidèles en face de ces opinions qui sont

< reconnues contraires à la doctrine de la foi , ' surtout si elles ont été expressément réprou-

< vées par l'Eglise, non seulement ne peuvent

< pas les défendre comme des conclusions légi- ' times de la science, mais ils doivent bien

< plutôt les regarder comme des erreurs qui présentent une trompeuse apparence de vérité (2). »

(1) Lu Relif/ion et ta Cullitre moderne, p. 10, broch. in-S", Fiscii- BACHER, 1897.

(2) Omnem if/ittn' asseriionem veritati illitminala? fidei conirariam omnino falsam esse definimi/s. Porro Ecclesia, quae una ciim

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Et lo Concile exprime plus iieUeniciil encore, s'il est possible, sa pensée, dans le canon suivant : « Si quehiu'un dit que les sciences liu- >' maines doivent être traitées avec une liberté « telle que leurs affirmations, alors même qu'elles « s'opposent à la vérité révélée, peuvent être « regardées comme vraies, et ne peuvent être « condamnées par l'Eglise, qu'il S(jit anathè- « me (1) », c'est-à-dire qu'il soit mis h la porte (i'va TrOr,;jLt) du cathoUcisme.

Voilà bien, aussi fortement et précisément exprimé qu'on le peut faire, le conllit entre la science et la foi. Ce contlit est-il réel? La contradiction est-elle aussi fondamentale qu'elle est apparente ? C'est ce qu'il faut à présent examiner.

Et tout de suite, je remarque que seul un des deux partis affirme l'existence de cette con-

aposlolico munere docendi. mandalum accepU fidei depositum custodiendi, Jus eliam el officiiini div'mitus habet fa'si nominis scientium jjroscribendi, ne quis decipiatur per p/idosop/iiam et inanem fallaciam. QuapropLer ont nés christiani fidèles hujusmodi opiniones quse fidei doctrinœ contrariée esse coqnoscuntur, maxime si ub Ecclesid reprobalse f'ueri7if, 7ion i-olum prohibentur lanquain leyilimas scienLim conclusiones defendere , sed pro erroribus polius qui f'allaceni verilaiis speciem prse se ferant, habere ienentur omnino. (Conc. Vat. Consl. De Fide, ///, c. IV, 3.) (1) Si quis dixerii disciplinas liumanas ea cum liberlate traclandas esse, iil earum asserliones elsi doctrinœ revelatas adversentuv, tanquatn vera retineri neque ab Ecclesia proscrihi possint, anathema sil. ilbid., III, c. IV, can. S.)

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tradiction. Le dogme de l'opposition radicale entre la science et la foi n'est professé que par ceux qui s'appellent « libres penseurs ». Le catholicisme, au contraire, professe et enseigne que la raison et la foi, que la science et la religion sont, à la vérité, distinctes, mais ne se contredisent pas, ne peuvent même se contredire, car l'une et l'autre procèdent d'une môme origine, découlent de la même source qui est la Vérité éternelle (1).

Le catholicisme va môme plus loin. Le système entier de ses dogmes repose sur un dogme premier dont la matière et les termes lui sont communs avec toute science et toute philosophie ; c'est que la raison humaine est capable de quelque connaissance certaine. 11 est vrai que la forme de cette affirmation dilfère chez le catholique et chez le savant : le catholique afhrme la valeur et la portée de la raison, non seulement en vertu de l'intuiticm philosophique, mais encore par des motifs d'un autre ordre, néanmoins le catholique et le savant disent tous

(1) C'est la doctrine expresse du concile du Vatican : Verum etsi fides si/ supra rationem, nulla tamen nnquam inlrà fidem et rationem vera dissensio esse potest: cuni idem Deus qui myst ria révélât et fidem infundit, animo htcmano rationis lumen indiderit ; Deus autem Jiegare seipsum non passif, nec virum vero nunquam contradicere. [Ibid., Const. De Fide, ///, c. IV, 3.)

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los doux, dès le début, la monic chose ; La raison humaine est capable de certitude (1).

Et si le catholicisme affirme ce dogme fondamental, c'est précisément parce qu'il reconnaît ce que proclamait tout à l'heure la libre pensée en croyant le proclamer contre lui, à savoir que rien n'a le droit d'entrer dans l'esprit de l'homme, sans que l'intelligence ait eu des motifs raisonnables de l'accepter, que la raison ne peut recevoir que ce qu'elle juge recevable, et qu'il est enfin déraisonnable de croire sans raison à quoi que ce soit. L'autorité elle-même et la révélation et les dogmes doivent fournir leurs titres à l'acceptation pour que cette acceptation soit légitime. Les motifs rationnels de la crédibilité, s'ils ne sont pas suffisants à déterminer la foi, l'assentiment complet de l'intelligence à la vérité religieuse, sont tout au moins nécessaires (2), Et il peut bien y avoir dans la foi des choses qui dépassent la raison, il n'y en a aucune qui la contre-

Ci) C'est le sens évident du chapitre II de la Constitution de Fide où le concile du Vatican pose la raison à la base de la révélation en lui confiant rotflce de prouver l'existence de Dieu : Ealem sancla mater Ecclesia tenet et docet, Detnn, rerum omnium principium et finem, natlkali iiUiMAN.K rationis lumine e rébus creatis cekte cognosci posse. (Ibid., III, c. II, '1.)

(2) Ut nikilominus fidei nostrœ ohsequium rationl consentaneum. esset, voluit Deus cura internis Spiritus Sancti au.viliis externa juufji revelalionis suœ arfjuinenla. {Ibid., III, c. III, 2.)

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dise, aucune qui se passe tout à fait d'elle. — Par toute cette doctrine, le catholicisme ne professe-t-il pas, lui aussi, Fautonomie et Tindcpendance légitime de la raison? Et en exigeant que rautorité, pour être acceptée, fasse devant la raison valoir ses titres, ne proclame-t-il pas que seule la raison est juge en dernier ressort de la légitimité des autorités auxquelles elle reconnaît se devoir soumettre? 11 y aurait donc, sur ce point au moins et dès le principe, identité de vues entre le catholicisme et la science.

Mais tout de suite après, en vertu des considérations exposées plus haut, l'accord ne cesse-t-il pas ? D'un côté, la liberté de l'examen et de la pensée, de l'autre, l'assujettissement de la foi. C'est à cette opposition même qu'il faut maintenant nous prendre.

Et d'abord, il faut remarquer que le libre examen ne doit, en aucune manière , se confondre avec la libre pensée. Si la science n'est pas libre de soumettre à ses investigations toutes les propositions quelles qu'elles soient, il n'y a plus de science, mais le but môme de cette liberté d'investigation, c'est la constitution scientifique de la pensée. Or, parmi tous les caractères qui déterminent la pensée une fois scientifiquement constituée, s'il y en a un qui ne se rencontre jamais c'est

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précisriiu'iit celui ilc la liberté. l']l cela pour \ine raisou Itieii simple, c'est que ce qui est libre ue saurait être déterminé, et que rien de ce qui est indélermiué ne |)eul étr(> sei(nitilique, attendu que le scientilique est justement le détei'miné. Une pensée libre est une pensée à létat naissant, encore lloltante parce qu'elle est imprécise et va^ue, parce qu'elle manque de ce qui la lait être précisément à titre de pensée, c'est-à-dire de ses propres déterminations internes. Comme Ta si justement remarqué Auguste Comte, dès qu'il y a science, il ne saurait plus y avoir liberté de pensée. Celui qui se proclamerait libre de penser que 2 -|- 2 = o aussi bien que = i, que les trois angles d'un triangle égalent ou n'égalent pas deux droits, que les corps tombent on bien qu'ils ne tombent pas, serait à bon droit regardé comme un fou ou comme un sot. (rest que la seule pensée que l'on puisse appeler libre est celle qui va exister peut-être, mais n'existe pas encore. Le libre penseur, c'est celui qui ne pense pas.

Mais la liberté de l'examen est tout autre chose que la liberté de la pensée. Celle-ci n'est qu'une l)rétentieuse ànerie, celle-là est une condition de la science. Je sais bien (|ue les (;alholiques, trompés par le langage et les confusions voulues de leurs adversaires, ayant peut-être mal démêlé

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tous les éléments de la question, ont trop souvent confondu les deux choses. Il y a, ce me semble, tout intérêt à faire cesser cette confusion.

Cependant, va-t-on dire, si le libre examen est une condition de la science, vous accordez donc qu'on doit douter de tout ce que l'on veut prouver, et, par conséquent, vous reconnaissez non seulement que l'on peut, mais que l'on doit douter des vérités de la foi quand on veut les établir scientifiquement et que, par exemple, l'historien doit douter de la réalité de la vie du Christ au moment où il veut en traiter par la méthode historique. Or, il est trop clair qu'il n'est pas permis à un catholique de mettre volontairement en doute, ne fût-ce que par provision et pour un instant, la réalité de la vie du Fils de Dieu.

Ce raisonnement est de tous points excellent et le catholique qui admettrait en ce sens le libre examen ne serait plus catholique. Et néanmoins je continue à soutenir avec les savants et les philosophes modernes que le libre examen et le doute préalable sont des conditions nécessaires de la science. Seulement, à mon sens, et il me paraît facile de le montrer, le libre examen et le doute portent sur autre chose que sur la vérité de la proposition en question, en sorte que les exigences de la foi demeurent sauves et que celles

i,K CATiiOLTorr: dkvam la scienci: IOo

(1(> la science no le sont pas moins, car il ost non moins aise do faire voir par la pratique des sciences (jue le libre examen et le doute portent en ellel 1res souvent, sans que la pureté scientiiique soit altérée, uniquement sur cette autre chose distincte de la vérité intrinsèque de la proposition que nous considérons.

Quelle est donc cette autre chose? — C'est tout simplement le caractère scientifique ou non de la proposition. Car autre chose est dire : Cptte proposition dit vraie; autre chose ost dire : Cette projjosition est scientiftfjtte. Dans le premier cas, on aftirme que la proposition correspond à une détermination de l'existence réelle ; dans le second cas, on aflirme qu'il y a on plus démonstration de cette correspondance. Je suis certain, j'affirme comme vrai que la terre tourne ; seuls les astronomes on ont une démonstration. Pour moi, l'affirmation de la révolution de la terre sur ellemomo est un acte de foi ; pour les astronomes, cette même affirmation est un acte de science. Si je me mets à étudier l'astronomie, je n'aurai nul besoin do douter de la révolution de la terre, je devrai seulement examiner et douter en consé- ([uoncc si cette révolution ost ou non démontrable scientitiquemont. De mémo l'élève qui apprend la géométrie croit très volontiers et très ferme-

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mont le professeur, alors que celui-ci aflirme la vérité des théorèmes au moment de leur énoncé ; l'élève examine ensuite si la démonstration est probante, sans que le résultat de cet examen entame en quoi que ce soit sa croyance en la vérité. Car si la preuve est mal faite ou s'il ne la comprend pas, il n'en continue pas moins à croire à l'exactitude de l'énoncé. En chimie ou en physique, il en va tout pareillement : on admet la vérité des lois sur la foi des savants autorisés et, si l'on vient à s'enquérir de la preuve, on continue de croire alors môme, comme il arrive, que l'expérience du laboratoire ne réussit pas, que, par conséquent, la preuve scientilique n'existe pas.

C'est qu'en elfet nous entrons en communication avec le vrai de trois façons différentes : par autorité, par expérience oti bien par raisonnement. Et nous pouvons connaître souvent la même chose de deux de ces façons, et parfois des trois. Par exemple si un savant honnête homme a calculé le volume d'un cylindre, j'admettrai avec certitude le résultat de son calcul et alors je connaîtrai à l'aide de l'autorité ; si je mesure moi-même la hauteur et le diamètre du cylindre et que, connaissant la géométrie, j'applique les formules et calcule le volume, je connaîtrai ce volume par

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