I.KS RÉVÉLATIONS OK LA nONSCIENCI-] MODHllNK
Ils l'c-apprciiiiiMiL aux libres penseurs les inaxinu's les [)lus imporlniilos do la morale naturelle et niriue (le ri']vani;ile. Ils apj)(>ll(Mi[ rallenlion des hommes légers sur la nécessité de la réforme intérieure et du comltat spirituel. Tout cela est vrai, [oui cela est bon. Les âmes qu'ils auront ainsi éveillées à la vie morale, dont la bonne volonté ne faiblira j)as, trouveront au bout de celte bcjune volonté les faiblesses, les impuissances que M. Hloiulel a si bien analysées dans YAr(lo/i, (dles chercheront alors une force qui les aide et, la cherchant, l'auront par là même déjà trouvée. 11 n'est pas jus([u"aiix chrétiens à qui la lecture des petits Bulletins de V Union pour l'action moralo ne puisse faire du bien. INI. Desjardins et ses compagnons retrouvent })ar un ellort personnel les vérités élémentaires que les plus usuelles pratiques chrétiennes mettent à la main de tous. Il faut se vaincre, se surveiller, s'observer, la paix ne se trouve que daus le délachenn^u! et le sacrilice, toutes ces maximes communes du christianisme, ils les retrouvent et les découvrent et nous les redisent avec une ingénuité charmante. Mais de leur effort même sort une vertu. Leurs expressions, bien que bégayantes et parfois tout à fait impropres, ont une saveur, une verdeur qui peut réveiller chez les chrétiens mêmes le goût
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dos choses morales. Leurs formules rompent l'habilud(> que nous avons des nôtres et nous y foni trouver une force et une portée nouvelles.
Telles furent les considéralions par lesquelles tout en louant les intentions et la relative utilité de la fondation, nous refusâmes nettement de nous y associer. M. Desjardins se montra assez aiTecté de ces observations et il affirma que ceux qui parlaient ainsi ne l'avaient véritablement pas compris.
Il faut rendre grâce à M. Séailles, Nous savons aujourd'hui qu'un catholique qui croit aux peines éternelles ne saurait entrer dans V Union. Non que l'orateur se soit exprimé avec cette simple franchise, car il dit même au contraire expressément, en un endroit, qu'il ne veut « porter atteinte à « aucune croyance, ni trancher par une négation « brutale le problème de nos destinées », mais cela est clair de reste et résultera à l'évidence des citations que nous allons faire. Or, M. Séailles, qui paraît avoir remplacé feu Lagneau dans la direction philosophique de VUnion, exprimait certainement la pensée collective de l'œuvre. Voilà donc un premier accroc à la neutralité que l'on affichait.
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D'antres viendront aussi elairs eneore et pent-(Mr(» pins décisifs. I.a racine d'anliclirislianisme, dénoncée dès le déjjiit par des gens vraiment assez clairvoyants, portera pen à pen ses frnits. C'est une conséqnence qni ne pent manquer. C'est anjourd'Imi le dogme de l'enfer qui est nettement biffé. D'antres le seront pins lai"d.
El quand je dis : « Le seront », c'est parce que j'ai de nos dogmes une connaissance peut-être un peu moins incertaine que M. Séailles, car ce n'est j)as trop être téméraire que de dire que, dans sa pensée, c'est à peu près tous les dogmes du catholicisme, c'est tout ce qu'il croit être le contenu du catholicisme que, sans qu'il le dise ouvertement, il a résolument rejeté, désavoué au nom de la (' conscience moderne ».
Il y a en elTet deux parties dans la conférence de M. Séailles : Tune, où ilénumcre les négations de la conscience moderne, c'est-à-dire les croyances que la conscience moderne, selon lui, ne peut plus admettre ; l'autre où il expose quelles sont les aflirmations positives sur lesquelles, d'après lui, se trouvent d'accord toutes les consciences contemporaines.
C'est dans la première partie (1) que se trouve
(1) Revue bleue, !"• mai.
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rcniiméralion de ce que M. Scailles appelle ces « préjugés » anciens, ces « dogmes longlemps admis », auxquels la conscience doit résister pour se découvrir elle-même. Et voici quels sont ces « dogmes » et ces c( préjugés ».
Nous n'admettons plus que la loi morale soit une consigne imposée du dehors, un décret arbitraire promulgué par un être qui n'a pas à se juslifier devant nous, que nous ne pouvons pas comprendre, auquel nous sommes contraints d'obéir... La crainte du châtiment, si redoutable soit-il, l'attente d'une récompense, si magnifique qu'on l'imagine, sont des motifs qui ne peuvent qu'altérer le caractère moral d'une action : l'intérêt ne change pas de nature, parce que tout à la fois il recule et grandit. Tant que la loi nous reste extérieure, elle a le caractère d'une contrainte matérielle ; nous la subissons, nous ne nous y soumettons pas. Il n'y a de bien moral que celui qui est accepté par l'individu, reconnu par son intelligence, identifié avec sa volonté vraie. Nous portons nousmêmes la loi à laquelle nous sommes tenus d'obéir ; l'obligation se confond avec ce que les philosophes ont appelé l'autonomie ; la loi n'est que la raison même devenue personnelle sans perdre sa valeur universelle et son impérieuse autorité...
Nous ne saurions reconnaître à personne le droit de se substituer à la conscience d'autrui. Nul ne peut être dispensé de faire son métier d'homme. Le renoncement à la libre discussion avec soi-même, l'habitude de se laisser mener, de recevoir pour ainsi dire sa
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conduite toute faite, ne peut qu'atrophier la conscience laissée sans usage ou la fausser en la subordonnant aux arrêts d'une autorité à laquelle on ne demande plus ses titres... La direction de conscience est une suppression de conscience, dès qu'elle est autre chose qu'une éducation, c'est-à-dire un effort pour se rendre inutile...
Il n'y a pas d'actes qui soient efficaces par euxmêmes, il n'y a pas de pratique extérieure qui remplace ce que rien ne saurait remplacer. Si la foi qui n'agit point n'est pas une foi sincère, les actes n'ont de sens, de valeur que par la foi qui les inspire. L'acte n'est rien sans l'intention qui le vivifie. On l'a dit avec autorité : « C'est du cœur que partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les faux témoignages, et ce sont là les choses qui rendent l'homme impur ; mais de manger sans avoir lavé ses mains, ce n'est point ce qui rend un homme impur. »
Le pharisaïsme est une loi de la nature humaine : il exprime notre inertie, notre tendance à enfermer pour jamais la vie dans les formes qu'elle a une fois réalisées.
iSous ne reconnaissons pas à des formules, à des attitudes, à des rites, à des gestes sacramentels une vertu purificatrice. C'est se faire une singulière idée de l'Être, en qui l'on réalise le bien suprême, que d'imaginer qu'on le gagne par des présents, qu'on achète son indulgence, qu'on l'accapare; que de le soumettre à je ne sais quelles incantations qui endorment sa justice et troublent sa raison. La seule pénitence, c'est le sentiment du péché. Il n'y a personne qui puisse faire ici ce que nous ne ferions pas nous-
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mômes ; il n'y a pas de geste, d'acte de dévotion, de dur voyage aux lieux consacrés, de fondation pieuse qui puisse remplacer ce jugement de l'homme sur luimôme, suivi d'un libre mouvement vers la justice et vers la vérité.
La morale ainsi dématérialisée, du même coup s'écroule en nous la vieille idée des sanctions cruelles qu'excuse à peine la naïve indignation dont elles paraissent témoigner. La vengeance ne guérit pas le mal, elle le multiplie.
L'énumération est, je ponso, assez nette et assez précise pour que, bien que le catholicisme ne soit nulle part nommé, l'on voie bien que c'est à lui que l'orateur en avait. D'ailleurs le mot seul de « pharisaïsme » nous aurait pu prévenir. C'est celui dont M. Séailles a coutume de se servir pour désigner la morale du catholicisme qui n'admet pas que l'esprit puisse se passer de la lettre, ni l'âme de rites, de pratiques et de formules ; c'est celui dont il s'est publiquement servi pour faire allusion à la thèse de M. Maurice Blondel, c'est-àdire précisément au livre de morale qui témoigne de la plus intense vie intérieure. Mais il a suffi que M. Blondel aboutît au catholicisme et l'avouât sincèrement pour qu'il méritât de la part de M. Séailles l'épithète de « pharisien ».
Et en se servant de cette épithète, il est visible
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(|ii(' M. Sraillcs oublie la nioilii' du scus. (lar lo IMiarisicu csl sans doulo celui (jui a loi diius l'efficacilé exclusive des pratiques, niais il esL aussi celui (|ui niouli^ 1res liaul dans le leni[)le et qui, deboul, dit à Dieu : « Mou Dieu, je te remercie de ne pas ressembler à ce publicain, là-bas, qui tadore avec craiule et tremblement. » Or, il me semble que « la conscience moderne », en proclamant si baut sa valeur et l'excellence de sa pure moralilé, a quelque peu les allures mêmes de ce l'barisien. C'est, comme dit M. Séailles lui-même, l'esprit intérieur qui juge de tout.
Que si maintenant on voulait se prévaloir de ce (jue le catbolicisme n'était pas nommé, de ce que même aucun des dogmes condamnés, moins un, ne lui peut être légitimement attribué, pour dire que ce n'est pas le catbolicisme même qui était visé, nous demanderions alors qiudle est la doctrine que l'on combattait, où se trouvent professés ces « dogmes » et ces « préjugés », dans quelle école ou dans quelle église, car M. Séailles est un personnage trop sérieux et trop important pour perdre son temps ?i se battre contre des moulins à vent! Il a dit d'ailbnirs en propres termes que ces doctrines étaient professées et qu'elles atropbiaient des âmes — nos Ames.
Kt comme nous connaissons la cbanson pour
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rontoiidro chanter depuis quatre siècles au proleslantisme, comme c'est toujours le catholicisme qui a été visé par les accusations de ce genre, qui donc ne sont ni si « nouvelles » ni si « modernes », nous avons le droit de penser que c'est le catholicisme que l'orateur a expressément voulu désigner, que ce sont les dogmes de l'Eglise catholique qui ont été qualifiés non seulement de « préjugés », ce qui ne serait pas bien terrible, mais aussi, ce qui est plus grave, de parasites éloullant et détruisant dans la vie le principe de t(jute moralité. La gravité de l'attaque doit expliquer la vivacité des ripostes, et si nous ne nous sentions pas profondément injuriés, c'est alors qu'on pourrait dire que notre vitalité est atteinte.
Dans tous ces reproches, ceux qui nous indignent nécessairement le plus, ce sont ceux que nous ne méritons pas. Qu'on nous reproche notre croyance à l'Enfer — au Paradis même — cela nous touche assez peu, car il est vrai que nous professons ces dogmes et que nous pensons avoir pour cela de bonnes raisons. Mais que l'on s'obstine à mutiler nos doctrines et que, les ayant mu-
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lih'cs, ftii (Ml nioiili'c l(>s (lél)i'is (lilldi'iucs coinmc rtanl cela nirmc (|ii(' nous croyons, nous nous |i!ai<;Tioiis avec raison d'une double injustice : d'une erriMir sur l(^s c<inclusions dernières, d'nne inexactitude de fait. Crest nne chose sint^ulière, <lonl nous ne cesserons de nous [)lain(ire jusqn'à ce ([ue l'on venille l)ien nous entendre, que des hommes savants, romjjus aux méthodes de l'histoire, n'osent pas parler d'Arislote, d'Epicure, de Zenon ou do Doscartes, sans les avoir scrnpnlensemenl étudiés et (jn'ils se liasardent à pai'ier an puhlic du christianisme, du cathf)licismc, des ciioses religieuses sans s'être informés. Ils vivent sur de vagues souvenirs de catéchismes lointains, allaihlis par l'inci'oyance, déformés par les lectures liostiles, et ils ne se donnent pas la peine de s'insti'uire des choses dont ils parlent avec autorité. Nous demandons qu'on étudie le catholicisme dans les textes de ses conciles, dans ses catéchismes ofticiels, dans ses théologiens anloi-isés, qu'on lui apj)lique enlin les méthodes (ju'on apj)li({ue à toutes les autres doctrines. Nous ne réchimons aucun privilège, nous ne demandons que rohjectivitt'' (h' TiHude et, (juand on nous accuse de (' j)réjugés », qu'on s'en délivre soi-nu-'me.
Ixedisons donc, puisqu'il faut le redire, bien que cela doive faire sourire tout lecteur instruit, que
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le chrétion ne regarde pas son Dieu comme un caporal qui donne des commandements sans raison, que le catholicisme n'a jamais pensé que les rites, les formules, les cérémonies, les pratiques, même les sacramentelles, aient une valeur quelconque en dehors de toute intention, que l'Evangile n'est pas dans l'Eglise tellement ouhlié et recouvert du lichen parasitaire des observances que nous ne connaissions le texte "de saint Matthieu cité par M. Séaillcs. Cet « On » dont il parle s'appelle chez nous Jésus, et sa parole a bien pour nous quelque autorité, })uisqne nous la proclamons divine. Les indulgences — on voit que tout n'est pas nouveau dans les reproches de M. Séailles, — les aumônes, les pèlerinages n'ont pas de valeur sans les élans de bonne volonté qu'ils supposent, qu'ils manifestent ou qu'ils excitent. Et s'il est vrai que le catholicisme a toujours attaché aux choses du corps une très grande importance, c'est parce qu'il est convaincu que l'homme n'est pas un esprit pur, que sa volonté intime est profondément liée à des viscères et à des organes, que la vie organique fournit à la vie de l'àme à la fois un support et un matériel et que les puissances intérieures ne sauraient être paciiiées si on n'a pris soin d'abord de dominer et d'apaiser les mouvements de la chair. C'est ce que