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2" A aucun monicnl de la diirrc, la uiaiivaisc V(»l(>nl('' ne jx'ut porter los nirinos fruits que la lionne volonté.
On nous dit que u la crainte du chàliment, l'espoir d'une récompense sont des motifs qui allèrenl la nioralilé de raclion », on accuse la morale catholique dèlre une morale de l'intérêt, une morale de marchands, d'usuriers et de mercenaires, c'est-à-dire au vrai une morale extérieure à la véritahle moralité. Mais dans un livre réceniuienl publié pour la première fois, noîi'e grand Hossuet avait déjà réjxmdu.
KcrivanL en effet un second Traiti' sur les états (T oraison (1 ), Bossuet, abordant de front la question du pur amour, en arrive à discuter la légitimité de l'espérance et de la crainte pour parvenir jusqu'à Dieu. Par là c'est toute la question des sanctions de la loi morale qui se trouve en réalité traitée et Bossuet expose dans toute sa pureté la doctrine cath(dique.
Or sait en etfet que les nouveaux mystiques,
^Ij Publié par M. Lévf'qle, in-8", Didot. 1897.
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contre lesquels écrivait Bossuct, soutenaient que la crainte de l'enfer ou l'espérance du paradis corrompaient la pureté de l'amour et qu'il n'y avait d'amour véritablement di^ne de Dieu, de charité véritable qu'alors que l'ànK aimait Dieu exclusivement nour lui-même, sans aucune espèce de retour sur soi. Or, ce sont bien les mêmes reproches que nous fait Î\I. Séailles quand il nousdil : « La crainte du châtiment, si redoutable soit-il, (' l'attente d'une récompense, si magnihque qu'on « l'imagine, sont den motifs qui ne peuvent qu'al- « térer le caractère moral d'une action ; l'intérêt no « change pas de nature, parce que tout à la fois « il recule et grandit ! » C'est bien des deux parts une même accusation : l'homme qui craint ou qui espère est un vulgaire intéressé, un calculateur cupide, il n'aime pas véritablement, il se prête ou il se loue ; il ne se donne pas, il n'est pas véritablement moral.
On conçoit le plaisir d'espèce rare qu'ont du éprouver les libres penseurs lorsque Kant leur a inventé cet argument. Le christianisme, qui abaissait si aisément la superbe des philosophes, surtout des moralistes du xviii'' siècle, par la comparaison de la sublimité de sa morale avec leurs tendances basses ou même leurs grossiers préceptes, était à son loui' humilié devant l'austérité
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j)liil(>s(tj)liiqii(' cl e'(Hail un vérilablc coup do mai- Irisc tacliquo quo dp rojclor la morale chrélicnno iMi dehors de la moral»'. Oi', iMi l'épondanl aiix nro-mystiques de son temps, en même temps qu'il rélablil la pure doctrine du catholicisme, Bossuet nous permet, à la simj)le condition de lransi)oser sa réponse, de remellre nous-mêmes au point lobjection que lonl au christianisme les néosloïciens.
Bossuel, s'appuyanl sur lous les Pères, en particulier sur ses favoris, je veux dire saint Bernard el saint Augustin, fait voir quo l'amour de Dieu comprend lamour de tout ce que Dieu a fait et donc l'amour de nous-mêmes et qu'ainsi il y a un lég^itime amour de soi contenu — et contenu nécessairement — même dans la plus pure charité. Dieu veut notre béatitude ; aimer Dieu c'est précisément vouloir ce qu'il veut, vouloir donc cette béatitude, la désirer, l'espérer, craindre de la perdre, toutes formes du vouloir, c'est tout uniment aimer Dieu.
Oq n'a pas besoin, pour être parfait, de séjjarer dans sa pensée deux choses que le saint aj)ôtre unit partout et qui sont aussi ramassées dans celle demande de l'oraison dominicale : Que votre rrgne arrive! Il est donc clair que ce désir et la demande du bonheur futur, malgré les raffinements des nouveaux mysti-
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ques, selon les sentiments de tous les saints, à commencer par les apùtres, appartiennent à la charité et à la charité parfaite (1).
Saint Bernard, dont Bossuet rapporte phis loin les propres paroles qui furent les dernières qu'il écrivit, explique à merveille tout cela dans cette haute doctrine :
Vous ne priez pas bien si, en priant, vous cherchez autre chose que le Verbe, ou que vous ne cherchiez pas pour le Verbe même, jjarce que tout est en lui. Ce serait donc sans raison qu'on demanderait autre chose au Verbe, puisque le Verbe est toutes choses. Car si nous persévérons dans le besoin de demander aussi les choses temporelles, lorsque ce Verbe en est le motif, comme il est juste, ce ne sont point ces choses que nous recherchons, mais celles pour lesquelles nous les demandons à Dieu. Ceux-là nous entendent, qui ont appris à faire aimer l'image de toutes ces choses pour mériter le Verbe.
Et Bossuet ajoute presque tout de suite :
11 nous suffit d'avoir vu ici que Tàme la plus parfaite, l'épouse, en un mot, pousse sans fin ses désirs de jouir de Dieu ; que cette sublime récompense ne la rend jamais mercenaire ; que c'est aimer Dieu pour Dieu que de la recherclier; que cette âme
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demande aussi, mais pour le Verbe, les choses temporelles (1).
Ainsi la jouissance de Dieu, la hraliliidc est C()inj)riso dans l(> Vei-Jx» (jui est la pciisro ou l'ordre, ou la loi de Dieu et aiuier la béatitude ou la jouissance de Dieu, c'est tout uniment aimer Dieu,
Si l'on veut appeler intérêt, dit encore Bossuel, une si grande dignité de l'homme, on le peut, mais improprement. Et ridée première et originale que les saints nous ont donnée de la béatitude porte d'abord au grand et au sublime, et encore, dans le grand et dans le sublime, à ce qu'il y a de plus excellent, qui est d'être l'image de Dieu, puisque c'est là proprement que consiste l'excellence de noire nature (^).
On pourrait aller plus loin, et montrer à la suite de Bossuct comment saint Anselme est le premier à avoir parlé d'intérêt à propos de béatitude, comment c'est Duns Scot qui a voulu systématiser dans sa théologie cette idée de l'intérêt et l'on tirerait de là d'utiles réilexions, en faisant voir que les inventions des théologiens ne sont pas toujours heureuses et que les expédients inventés pour accommoder la doctrine à certains esprits peuvent bien se retourner à la longue contre la
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doctrine mémo, ce qui nous apprend que la meilleure défense du christianisme se trouve dans sa pure et fidèle exposition ; mais contentons-nous d'indiquer ces choses puisque l(d n'est pas aujourd'hui le but de notre discours.
Pour atteindre ce but môme, il nous suflira maintenant d'opérer sur la parole de Bossuet la transposition qui nous permettra de répondre aux kantiens et aux néo-stoïciens, dont M. Séailles se lit le porte-parole.
Et la transposition véritablement n'est pas diflicile. Car, à la place de « béatitude » et d' « amour », il suftit d'écrire <> justice », et, au lieu de « Verbe », de mettre « Loi ».
Etre moral, en elfet, même d'après Kant, c'est vouloir la loi, la loi tout entière, la loi dans tout son développement et toutes ses conséquences, que ces conséquences portent sur moi ou qu'elles me soient étrangères. Or, la loi morale est une loi de justice, une loi où tout elTort normal doit avoir des effets normaux, une loi universelle qui domine toute existence et dont le règne doit tout gouverner; il est donc compris dans la loi que les conséquences d'un bon vouloir doivent être bonnes, et mauvaises les conséquences d'un mauvais vouloir. Si je veux bien, finalement, je serai heureux, malheureux, si je veux mal.
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Si (loiif je veux la loi, si je lui obéis, je voiix mon bicMK ma récompense dans la loi même, je ne veux pas mnu mal, e'esl-à-dire au vrai que je ne veux pas la désobéissance à la loi. Espérer, craindre, en tant(|ueje suis nn homme qui j)i'évoil et (jui seul, au lieu de demeurer dans l'abstcntiou impassible et impossible que suppose Kant au mépris de toute })sychologie, ce n'est donc pas autre chose que vouloir la loi, en sorte (ju'au lieu de désobéir à la loi morale, de sortir par l'espérance ou la crainte de la véritable moralité, j'y rentre, au contraire, parce que celui qui voudrait en sortir ne le pourrait essayer qu'jiu mépris même de la loi.
Cette déduction est sans doute un peu brève et ramassée. Elle me paraît cependant claire, et j'estime qu'elle est suffisante. Et il me plaît dé redire qu'elle n'est que la transposition des raisonnements de Bossuct que j'ai rapportés plus haut, que le dévcdoppement de cette parole si remarquable et si pleine de saint Bernard répétant le })réambule du quatrième Evangile : « Le Verbe est toutes choses. »
Ce n'est pas le christianisme (|ui est sorti de la loi cl de la moralité, ce sont les kantiens et les l'iillinés du néo-stoïcisme, (^ar la moralité n'est autre chose que la mise eu barmonie (1(> la volonté
hiimaino avec la loi souvoraiiie qui conduit tout et ordonne tout. Otto loi aperçue par la raison s'impose à notre conscience et cette révélation intérieure fait le fond de notre autonomie morale. Le tort de Kant est de ramasser toute la l(n dans le commandement, dans l'impératif, c'està-dire dans ce qu'il y a au fond de moins élevé et presque de plus brutal. 11 fait de la loi morale une loi à part, quelque chose d'étranger à la nature, et non pas de surhumain, mais d'irrationnel et d'cxtra-humain. Pour le christianisme, au contraire, la loi morale est comme toutes les autres lois, l'expression du Verbe de Dieu. Elle n'est étrangère ni à la nature ni à notre raison. En l'aimant, en la voulant, nous devons aussi nous vouloir nous-mêmes dans n(jtre juste rapport avec tout le reste, et nous aimons ainsi Dieu en obéissant à la loi, en suivant son Verbe, car « le Verbe est toutes choses. »
C'est toute la question des sanctions qui sous des formes nouvelles revient se poser. Et en vérité il semble que môme les philosophes y aient assez souvent répondu. La justice exige la sanction. Gomment la justice de l'àme juste pourrait-elle donc être altérée en se réjouissant de voir la justice triompher en elle, et en quoi cet assentiment joyeux à la justice, même quand on en éprouve