‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 36 sur 56 · I.K l'KSSIMISMK · texte numérisé non relu

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(lii'il lia plus (l'iuiliv (It'sir que celui du nirvana; mais là cucoiv sulisistont \o sentiment du plaisir, le juiACMiU'iil cl le raisoinicuicut. Au second degré, le jugement et le raisonnement cessent; au troisième degré disparaît même le sentiment vague de salislaclion j)rov(Miant de la perfection int(dlecluelle; au ({ualrièiiie degré s'évanouit la conscience confuse de lèlre : ici sV)uvrent les portes du nirvana. Maintenant ce sont d'autres sphères, où la parole et la })ensée ne peuvent qu'à peine nommer l'innommable et l'inintelligible. Qualre sphères s'écheloiineul devaul le Bouddha: la région de l'inlinité en espace, la région de l'infinité en intelligence, puis la troisième sphère où il n'existe rien, eniin la quatrième où l'idée même du uéapt a disparu. Le nirvana est accompli; le pèlerinage a été rude et long : dans cette dernière région, c'est le vide de toute forme et de tout être, de tout concept : ni idées, ni absence d'idées. L'absence sentie d'idées serait encore une idée ; ici, plus rien, pas même le sentiment du rien, qui serait encore quelque chose; c'est l'absolu rien. » En attendant d'arriver ainsi au suprême anéantissement, le disciple du Bouddha doit passer dans la vie comme ne vivant pas, ne s'attacher à aucune des choses misérables de ce monde de malheur et de mort. Pour vaincre la douleur corporelle,

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il détruira par la mortification et l'ascotismo la sensibilité de son corps : le jeûne, la haire, le cilice, la discipline, les mutilations même seront les moyens dont il se servira pour s'affranchir. Quand le corps sera endurci à la douleur, il pourra se rire de la maladie, des douleurs involontaires et accidentelles, il ne les sentira môme pas.

Quant aux douleurs morales, l'ascète bouddhique s'en alTranchit par la pauvreté volontaire, l'absence de tout désir et de tout amour qui ne serait pas l'amour du néant définitif. Le vrai disciple de Çàkya-Mouni doit vivre en mendiant, le vase aux aumônes dans la main, vêtu de haillons dérobés aux cadavres des cimetières, et les nombreux monastères de l'Inde, les lamaseries de la Tartarie et du Thibet ne sont peuplés que de moines mendiants.

Le célibat, la chasteté forment encore un des préceptes les plus impératifs de la religion du Bouddha. Si la vie est mauvaise et que rien ne vaille la peine qu'on l'aime, il est clair que perpétuer la vie dans le monde est la pire des choses. C'est extraire du néant des êtres qui ne demandent pas à vivre, qui maudiront l'existence et ne devront plus avoir d'autre but que de rentrer dans ce néant dont un égoïsme criminel les a malheureusement tirés.

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Ouand le corps ol tous ses (h'sirs onl éto ainsi à 1)('U j)r("'s (Iriniils, (jn'ils nOnl |)l»is qu'une onihic (['(Mri* ([ui n'est déjà pins l'èlrc, qno rcsto-l-il à (iélrnirc encore? L'intelligence, la conscience, (l'est à anéantir kl conscience que travaille l'ascète indien qnand il reste des journées entières accroupi sur une natte, le haut du corps balancé comme par un ressort automatique, les lèvres murmurant des mots sans suite, les yeux éteints, fixes, et legardant devant eux l'objet de leur méditation et de leur désir, le néant, la non-existence absolue, A force de pensera cet impensable, ils finissent i)ar ne ])lns penser, par supprimer non seulement l'intelligence, mais la conscience même de leur pensée. Non seulement ils ne savent plus à quoi ils pensent, non seulement ils ne pensent plus, mais ils ne sentent même plus le vide de leur intelligence, ils sont abîmés, perdus dans le néant délinitif. Ils sont arrivés au plus haut degré de perfection.

Il y en a peu sans doute qui atteignent à ce degré, la nature humaine après tout est plus forte que toutes les théories et, malgré le Bouddhisme, il y a encore, parmi ses cent cinquante millions d'adeptes, un grand nombre d'hommes qui travaillent, ne serait-ce que pour nourrir les moines mendiants, qui recherchent le confortable — un

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confortable relatif — et soignent ce corps tant méprisé par Çàkya-Mouni, qni se marient enfin et ne s'abîment pas dans la contemplation dn néant. Mais qnoi! ce ne sont pas des fervents, ils n'aspirent pas à la perfection, et les lamas oisifs, dn banl de lenr lial)it jaune, se croient peut-être le droit de les mépriser; ce dont, j'imagine, ils se consolent aisément.

La seule vertu sociale que prêche le Bouddhisme et qui mérite toute notre approbation, c'est la pitié, l'universelle mansuétude. La doctrine de la métempsycose et de la transmigration enseignée par le Brahmanisme avait déjà éveillé le sentiment de la fraternité de tous les êtres. La plante où a pu passer l'àme de mon père, l'animal qui peut abriter l'àme de ma mère ou de ma sœur sont des êtres auxquels je dois les mêmes égards qu'aux hommes. Ces êtres souffrent comme les hommes, ajoute le Bouddhisme pessimiste, ils ont leur part de l'universelle infortune, le sage a donc pitié d'eux, le sage est doux à tous les êtres sans exception. Il ne les aime pas, au sens chrétien ; les aimer serait désirer pour eux quelque bien et tout désir est un mal, mais il ne leur fait du moins arriver aucun mal, il leur évite même toutes les douleurs qu'il peut. La charité bouddhique, tant vantée par quelques auteurs, ne me

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j)arail devoir (Mrc dans la lo^iquo du syslônio qiiiiiu' iliarilr iiégativo, et non une charité positive. El mémo, cr n'est pas ime charité, c'est une pilié. Or, la pilié est un sentim(>nt égoïste au fond : la vue du malheur nous allecle désagréahlemenl et faire disparaître 1(> malheur des autres en le soulageant, c'est nous soulager nous-mêmes. La vraie charité a d'autres voies.

C'est là, en elfet, l'inlirmité de la. morale hotuldhique. C'est une morale égoïste. Le seul devoir de l'homme est de s'affranchir de l'existence, de travailler à son salul, c'esl-ti-dire à son honheur, et ce salut consiste précisément à être inutile aux autres quand on ne leur est pas à charge. (Test une morale égoïste, c'est-à-dire une nu')rale immorale qui sort d'une religion athée, c'est-à-dire d'une religion irréligieuse, car, il n'y a pas à le contester, au fond du Bouddhisme manque la notion même de Dieu. 11 y a, sans doute, au-delà du monde une puissance invisible et mystérieuse, mais celle puissance ne peut engendrer que le malheur, (die est impuissante à diminuer les douleurs du monde, l'homme (>st plus puissant qu'elle, puisqu'il dépend de lui de s'alfranchir et d'affranchir les autres êtres avec lui.

Le Bouddhisme est hieii une i'(digion pessimiste.

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En est-il de même du Christianisme, ainsi que le prétend Schopenhauer?

Le Jéhovah de la Genèse, après avoir contemplé son œuvre, trouva qu'elle était bonne et que tout allait bien. Le Judaïsme, appuyé sur la Genèse, est une religion optimiste, et Schopenhauer n'a pas assez de sarcasmes et d'anathèmes contre les Juifs et leur Jéhovah, qu'il appelle irrévérencieux sèment « le vieux Juif )>, comme il appelle « M. de l'Absolu I) le Dieu des philosophes. Le mérite du Christianisme, toujours selon Schopenhauer, est d'avoir compris la douleur, d'avoir corrigé l'optimisme juif, de s'être enfin aperçu que le monde' est mauvais et que la vie ne vaut pas la peine qu'on la vive.

Le « tout est bien » de l'Ancien Testament, dit-il, est vraiment étranger au pur christianisme, car tout le long du Nouveau Testament il est question du monde comme d'une chose à laquelle on n'appartient pas, que l'on n'aime pas, d'une chose qui est sous l'empire du diable. Cela s'accorde avec l'esprit d'ascétisme, do renoncement et de victoire sur le monde, cet esprit qui, joint à l'amour du prochain et au pardon des injures, marque le trait fondamental et l'étroite aHinité qui unissent le Christianisme, le Brahmanisme et le Bouddhisme. C'est dans le Christianisme surtout qu'il est nécessaire d'aller au fond des choses et de pénétrer au-delà de l'éçorce.

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