I.K PKSSI.MISMK '2'M
li(ti"s (le son ncroniplisscnionl, ollo s'ojjaiionira dans ht vie l"ului'(» (Ml iiicITahlc hiNitiludo, on i)ai'lici[)ali(in .à la \ ic iiirinc de Dieu. Ta vio sera \o Iticii iiKMiic, le liMiihciir fuliii'. I.c iiioiidc n'est pas mauvais, il est hoii eu soi, car il est rd'uvre d'un (' bon I)i(Mi », l'd'uvrc du « Père qui est auxcienx )). Sans doulc il y a ici-bas de la souffrance et de la douleur, mais (ju'csl-cc (jue des bcures de douleur en face <b' la j)arlicipalion clernelle à la vie divine? In iiua^(^ raj)ide sur un ciel bleu, une l'ide sur l'eau Iramjuille, moins ([ue cela encore, un iirain de sal)le noir sur les bords (b' la niei" bleue, un inslant pai- i'ap|H)ii à r(''ternil('', un rien par l'apporl à tout.
(Ju;inl au célibal, à la cbaslelé prècbés par les docteurs chrétiens et conservés dans le (hilbolicisme, on ponri'ail y voir d'abord un terme moyen adopté entre le « Croissez et multipliez » de la (Jenèse et les conseils économiques de .Mallbus. Il ])aralt évident que le « Croissez et mullij)liez » lilléralemeiiL observé [)ar tous produilait, dans un temps plus ou moins prochain, un plus ^rand nombre d'èlres que la terre n'en pourrait nourrir; c'est ce qu'auraient peut-être senti, (b'vin('' les premiei's doeteuj-s chrétiens. D'un autre côté, comment restreindre le précepte sans introduire le désordre dans la famille et la société ?
:2.':Î8 LK CATIIOLICISMK ET LA XiE DH L KSI' RIT
Le remède proposé par le Christianisme est le célibat, la virginité volontairement gardée par esprit de sacrifice et de religion. — 11 y a loin de là à vonloir tarir les sonrces de la vie ; c'est précisément pour que la vie soit plus longtemps possible qu'on arrêterait un moment son cours.
Mais cette manière de défendre le christianisme est tout à fait insulTisante. La vraie raison pour laquelle il y a des hommes et des femmes qui par des vœux de religion consacrent leur chasteté volontaire, c'est qu'ils savent bien que les lielis de la chair, même les plus légitimes et les plus respectables, ne sont et ne peuvent être que des liens particuliers. Nos prêtres, nos religieuses, nos religieux veulent se consacrer à l'universel, c'est pour être à tous qu'ils ne veulent être à personne. Us sacrilient les prolongements terrestres de leur propre vie au développement de la vie universelle, ils sont les pères et les mères de ceux qui sont orphelins, ils soignent les abandonnés qui souffrent, consolent les solitaires qui pleurent, et prient enfin pour que la rosée divine se répande sur toute vie. Par là leur retranchement loin d'être une olïrande à la mort est un hymne à la vie, loin d'être une diminution de l'être il a pour but au contraire d'augmenter son contingent. C'est donc qu'à leurs yeux éclairés
1,F. PKSSlMISMi; 2'{i)
dos lumiiTos dn (Ihrislianismo l'(Mro osl bon et la vio osl l)()nn(\
Le Clirislianisnio uo nous paraîl donc pas morilci" les (''1o5j:(>s do Sclio|)(Miliaiior. Sans donlo il y a du mal dans lo monde; co mal est rinimol'alitô ou ti'ouvo sa source dans rimmoralilé ; mais, dans rensemhlc, le l)ien domine. Le Chrisiianisnn^ ne dit pas (jue « (oui est })our le mieux dans le meilleur des mondes possibles », il ne professe point le plat optimisme de (Candide ou de l'abbé Pluche, mais il croit que l'homme a le pouvoir (raméliorer le monde, d'en chasser sinon la douleur du moins le mal moral, le seul vrai mal; il n'allend pas le néant, mais la vie, et même une vie élernelle. 11 croil, en un mol, à la liberté et il conserve l'espérance, l'espérance de l'amélioration et du progrès. Le bouddhiste, lui, n'a pas l'espérance, il attend le néant; il doit mourii' à lui-même comme le chrétien, mais le chrétien croit retrouver une vie supérieure, tandis que le bouddhiste ne veut trouver que la mort, le vide, le néant. (Test bien dans le Bouddhisme, et dans le Bouddhisme seul que se trouve la religion du pessimisme.
'2U\ I.K CATllOLIC.lS.Mi: KT l.A VI K Di; i/ksPUIT
Nous venons de voir conmienl les Ijesoins diin cu'ur déçn ou certaines inspirations religieuses avaient conclu à la valeur négative de l'existence et donné ainsi naissance au pessimisme. Les poètes qui n'ont pas trouvé le monde réel aussi beau que leurs rêves; les âmes religieuses qui n'ont pas trouvé sur la terre salisfaelion pour leurs aspiratiims inlinies,ont déclaré que toute vie était mauvaise. Mais, jusqu'à notre siècle, cette opinion était restée à l'état de croyance, on croyait que le monde était mauvais, on n'avait pas encore essayé de démontrer qu'il l'était. L'honneur — triste — de tenter cette démonstration était réservé aux philosophes germaniques. La bière allemande et les brouillards de la Sprée aident les cervelles à enfanter ces bizarres constructions métaphysiques. Notre bon sens français s'en est jusqu'ici tenu à l'écart, et, sauf quelques poètes et Renan — dans un seul de ses ouvrages, les Dia/of/ur's jj/ii/osoj)/tiq///'s, — le pessimisme allemand n'a trouvé chez nous que peu de recrues.
Les deux coryphées du pessimisme sont Scho-
i-i': i'i:ssiMisMi: 2'il
])('iiliau('i', (loiiL les ouvra^os ont conimenco vci'.s I8S() (IT'Irc (raduils en fraïK^'ais, cl M. do liarliiianii, (Ion! la Philosophie de l'Inconscient a fait lo loin' (le ri']iintj)('.
La inélaphysique de SchopenhaïKM-, un peu moins ohseiire que les aiilres syslèmes de l'Alleniagne, mais tout aussi aventureuse, se résume en ceci : Tout se meut, tout s'agite dans le monde ; or, ce ([ui se meut est mù ; ce qui meut est une cause et loule cause est une volonté, (^est donc nue Vcdonlé — avec un grand V — qui fait le fond de l'univers et (jui nous produit nous-mêmes et (oui ce (|ui nous enloure. Or, la volonté c'est le ca[)i'ice, le désir du changement, l'instabilité; elle s'oppose à la raison qui, au contraire, est le besoin de la stabilité et du repos. Toute volonté est déraisonnable })iir essence. Puisque donc c'est nue volonté qui a formé le monde, il s'ensuit que le nnmde est l'cruvre déraisonnable de la Volonté, de l'absolue déraison. Il est à peu près clair maintenant que l'o'uvre absurde d'un cire absurde ne peut guère manifester l'harmonie, la bonté que les poêles et les philosophes se sont plu à découvrir dans le monde. Le monde est donc mauvais et tout y est désordonné, désorganisé, brouillé comme à plaisir. Non seulement le monde est mauvais, mais il est le pire des mondes possibles;
2'j-2 LK c atiioi,k;is>ie et la vie de 1," esprit
il n'était vraimpiit pas possil>k' do le faire ni de le rêver plus mauvais, et, pour emprunter à Schopenhauer les façons singulières de son langage, tous les diables s'y seraient mis qu'ils n'auraient pu faire aussi mal que Dieu.
Cette façon métaphysique de prouver la radicale méchanceté du monde pourrait courir risque de rencontrer des sceptiques, d'autant qu'un siècle à peine avant Schopenhauer un philosophe de sa race, Leibnitz, soutenait aussi par des preuves également métaphysiques que « tout est pour le (( mieux dans le meilleur des mondes possibles », parce qm^ le nnmde est l'u'uvre de Dieu et que Dieu est la raison même. Entre deux métaphysiques aussi opposées, on a au moins le droit de s'abstenir. 11 faut donc trouver des raisons plus humaines et plus terre à terre qui fassent clairement comprendre aux hommes l'irréparable malheur de leur condition.
Schopenhauer reprend alors à son compte cette vieille théorie d'Epicure que le plaisir est négatif et que la douleur seule a une valeur positive. Il en tire comme conséquence un pessimisme qu'Epicure avait désavoué d'avance. Si, en effet, vivre c'est changer, passer incessamment d'un état à un autre état, ce mouvement incessant a une cause qui n'est autre que la volonté, l'effort. Vivre,
m; i'Kssimismk 2ï'-\
c'est (loue s'(>n"()r('(M', Iravaillor, pciiKM*. Lo i'oiul de la vil' csl donc ICllorl, la J)(mii(% la soiilTrancc. Ouaiul lions ne nous sonlons pas soud'rir, nous sommes heureux; le j)laisir coiisisle à ne pas souffrir, il n'est qu'une halte dans notre route douloureuse. Ainsi, la douleur est l'état positif de l'être, le plaisir, l'état négatif. Klre, c'est soulfrir. La soulfrancc est universelle comme la volonté, comme l'être même. Plus on a d'être, plus on a de soutlrance; les degrés de douleur se mesurent aux degrés d'être. Ce monde est donc ahsurde et mauvais, le pire des [)ossihles ; il cherche à vivre et s'ennuie de vivre, il n'a rien tant à cœur que d'ouhlier celte vie (ju'il recherche. 11 partage son temps entre la misère et l'ennui. « Dans la vie « civile, dit Schopenhauer, le dimanche repré- (' sente l'ennui, et les six jours de la semaine la (' misère. »
Hartmann est un peu moins radical que Schopenhauer. En métaphysi(jue, il admet comme lui que le monde est causé par une Vohmté. Mais, selon Hartmann, cette Volonté n'a pas pu agir sans idée. L'idée est comme la matière éternelle d'où la Volonté tire le monde. Cette idée cachée sous les choses se manifeste dans le monde par les phénomènes d'adaptation, par l'instinct, le progrès et les autres choses qui pourraient incontes-
2i4- LI-: CATHOLICISME et ea vie de e'espr;t
tablemcnt èlrc pires. La Volonté, livrée à ellemême, n'aurait produit que des choses absurdes, puisqu'elle est la déraison absolue. Or, on ne peut soutenir que toutes les choses du monde sont absurdes ; le mélange de bien et de mal montre la dualité des principes du monde. Il y a donc un principe du mal, la Volonté absurde, la déraison absolue, et un principe du bien, l'Idée ou la raison souveraine qui, dans le système, s'appelle l'Inconscient.
Le système de Hartmann est donc un dualisme où luttent ensemble dans un combat tragique la raison et la déraison, le bien et le mal, Ormuz et Ahriman, sous les noms d'Inconscient et de V(donté. La Volonté a remporté une première victoire au moment de la naissance du monde. Mais le drame se continue avec la lutte des deux principes. L'Idée travaille à soumettre la Volonté par la conscience. L'apparition de la conscience dans le monde marque une phase nouvelle de la lutte et une revanche de l'Idée. Mais la conscience, telle qu'elle existe, est marquée du sceau de son origine mauvaise; elle ne vient pas de l'Idée pure, elle est une résultante de la lutte, elle, .lient encore à la Volonté, et ce qui le prouve c':est qne sans elle nous ne sentirions pas la douleur, elle ost la véritable cause de notre souH'rance. Mais
i.K PKssniisMK 2io
comme ello vionl aussi de l'Idro, c'est encore dans cotte conscience que se trouve le remède à l;t ddiilcur uiiJNcrselle. (Juand, en ell'et, la conscience de noire malheur sera assez claire et assez puissante, nous voudrons alors nous en délivrer, eî nous aurons le courage de réaliser notre rédemption. C'est au saviuil cl au philosopiie de donner à riiumaiiilé une conscience assez forte j)oui' (juc riiunianil('' se décide enfin à se délivrer du inallieur de lèli-e.
Pour déterminer la convie! ion de riiumanili'', le i)liilosoplie doit dresser « le bilan des biens el « des nuuix ». (Juand, en face des quelques plaisirs qui nous attachent et nous trompent, nous verrons le nombre incalculable de nos douleurs, nous serons ellrayés nous-mènu^s de notre état misérable et tout disposés, par conséquent, à nous en alTranchir.
llarlniann n'admet |)as, comme Schopenhauer, (jue le plaisir soit \in état purement négatif, tandis (jMc la douleur sérail le seul état positif, mais il ci'oil qu'il y a moins de jjlaisirs que de douleurs dans le monde. Pour Scliopenhauer, le monde est le pire des possibles, il professe le pessimisme absolu ; pour llarlmaiin. non seulement le monde n'est j)as le [)ire des mondes, il est même le meilleur possible. Mais ce meilleur des mondes pos-
2i-G l.K CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT
siblcs vaut moins qiio rien, il osl pire que lo néant même. Hartmann trouve ainsi le moyen de concilier l'optimisme et le pessimisme.
A sa suite, procédons maintenant à l'inventaire des biens et des maux. Une première et générale considération nous montre d'abord que l'opinion commune des hommes donne, sans qu'ils s'en doutent, raison au pessimisme. (Juel est l'homme, en effet, qui voudrait revivre sa vie passée? Quel est celui de nous qui ne croit pas avoir éprouvé plus de peines que de plaisirs? Quel est celui qui voudrait acheler le renouvellement de ses plaisirs passés au prix de ses anciennes douleurs? Si personne ne veut accepter le marché, c'est que tout le monde reconnaît implicitement que dans la balance des biens et des maux le plateau le plus lourd n'est pas celui des plaisirs.
Considérons maintenant à quelles conditions le plaisir peut exister. Sa première condition est notre existence même. Avant d'éprouver du plaisir, il faut que j'existe. Mais pour que je vive, combien faut-il que d'êtres meurent, depuis le brin d'herbe et l'insecte que j'écrase sous mes pieds, jusqu'au l>u'uf qui me fournit des aliments? La lutte pour l'existence est partout et, dans cette lutte, veut-on savoir ce qui l'emporte du plaisir ou de la douleur, il suflit de comparer le plaisir de
l.K l'KSSIMISMI-: 247
l'aniiiiiil ([ui en dévore un aiilrc à la douleur de celui (|iii esl di'Noi'i''.
!"]( encore si la vie(|iie je possède ainsi aux dépens des autres èlros était une vie dont la supériorité pùl compenser par la grandeur des plaisirs (|u'elle me doniu* les douleurs qu'elle a coûtées, ré(|uilil)re serait ivtaMi dans le monde entre le l)i('n et le nuil, et Ton ne saurait se plaindre! Mais il n'en est pas ainsi, au contraire. IMus la conscience s'agrandit et })lus augmente, avec la vie même, la ca|)acité de soullrir. Et la capacité de jouir ne grandit pas dans les mêmes proj)ortions. Le D'' Richet conclut ainsi une étude sur la douleur : « La douleur est une fonction intel- ^ « loctuelle d'autant plus parfaite que l'intelli- (, gence est plus développée. »
Qu'on pen.se, dit Hartmann, au bien- être dans lequel nous voyons vivre un bœuf ou un pourceau ! Qu'on pense au bonheur proverbial du poisson dans l'eau ! Plus enviable encore que la vie du poisson doit être celle de l'huître, et celle de la plante esl bien supérieure à la vie de l'huitre. Nous descendons enfin audessous de la conscience, et la souffrance individuelle disparait avec elle.
dépendant nous ne voudrions pour rien au monde changer notre étal C(uitre celui d'un ani-
248 LK r.ATIIOLlClSME ET [-A YIK Di: l/l-.SPRlT
mal inférieur. C'est que la volonté de vivre, ou, comme la personnifie Hartmann, le Vouloir-vivre nous pousse à développer sans cesse notre être pour chercher le honheur dans ce développement, le Vouloir-vivre nous séduit par le mirage du bonheur.
Sommes-nous donc capables d'atteindre ce bonheur? L'histoire va nous répondre.
L'histoire n'est que la suite des efforts tentés par l'homme pour conquérir le bonheur. Or, dans cette chasse au bonheur, l'hiuiime a été toujours séduit, toujoiu's dupé. Nouveau Tantale, il a touji^urs vu reculer le bonheur à mesure qu'il a cru l'atteindre, de sorte que les stades, les époques de l'histoire ne sont que les stades de l'illusion humaine à la poursuilc du bonheur, ou, comme dit simplement Hartmann, /r.v stades dp l'illusion.
Le premier stade comprend les temps antiques. On cherchait alors le bonheur dans la vie, la santé, la jeunesse, la beauté, les plaisirs délicats du corps et de l'esprit. Illusion ! la santé parfaite n'existe jamais, la jeunesse passe vile, la beauté se fane ; les plaisirs du corps sont limités et nous sommes si misérables que nous ne pouvons supporter longtemps une jouissance trop vive. Quant aux plaisirs de l'esprit, il n'y en a qu'un, c'est le plaisir de comprendre et d'inventer, mais comme
i-K im;ssimis.mi:
il osl bref ol CDUimo on s'on lasso vilo! Illusion donc los foslins d'Alcibiado ol los conversations d'Aspasio, o( los onirolions do Socrato, oL los dôossos do Phidias ! Lo monde païon est mort avant d'avoir réalisé son rovo. Il avail cherché le bonheur dans cette vie terrestre et ne l'y a pas trouvé; peut-être ce bonheur était- il ailleurs, dans une autre vie, dans une région plus douce ol dural)lo ?
Telle fui « la bonne nouvelle » que lo Christianisme annonça. Lo monde suivit los apôtres et on Ira ainsi dans lo deuxième stade de rillusion. Il supporta plus doucement ses misères dans l'altonlo d'un bonheur futur. Mais la raison humaine, la |)hilosophie, la science montrèrent à l'homme qu'il était lo jouet d'une illusion nouvelle. La sci<Mice ex|)li(jiio le monde sans avoir recours à dos êtres inconnus et inconnaissal)les, à Dieu ou aux âmes. La science nie Dieu et elle nie l'àme. S'il n'y a pas d'âme, il n'y a })as d'immortalité; lo bonheur, s'il n'est pas sur la terre, n'est nulle part.
Voici l'homme rejeté sur la terre parla science. Il n'est pas découragé. Meurtri, endolori, il reprend, à la suite do la science, son voyage à la recherche du bonheur. Il est alors parvenu au troisième et dernier stade do l'illusion. Il attend lo
li.'iO l.l'; CAIIIOLICISMK I:T la VIK DE l'ksi'Rit
IjoiiJioiir du progrès. Mais ce boiiliour aUondu par chacun de nous, promis à tous, est un leurre pour nous puisque seuls nos neveux pourront en jouir, s'ils en jouissent. Et ils n'en jouiront pas. Le progrès de leur vie, raccroissement de leur être, qui devait leur donner le bonheur, ne peut au contraire qu'augmenter leur mal, puisque — nous l'avons vu — tout accroissement de la conscience et de l'être aboutit à une augmentation de douleur. Le bonheur que nous promet la science est donc encore une tromperie ; nous faisons un métier de dupes, nous travaillons à rendre possible un bonheur auquel nous n'aurons aucune part et dont ne jouiront même pas ceux pour lesquels nous le préparons.
(]'est là la phib)S()phie nouvelle de l'histoire qu'a découverte le pessimisme. La douleur est partout, le bonheur n'est nulle part. L'humanité a maintenant, grâce aux philosophes pessimistes, déchiré le voile de Maïa qui lui cachait sa misère. Les stades de l'illusion sont fermés et la grande et affreuse vérité apparaît dans son horrible grandeur. Le monde est mauvais, radicalement mauvais, inliniment au-dessous du néant. La conclusion évidente, c'est qu'il faut trouver un moyen d'affranchir le monde du malheur de l'existence, (i'est ce moyen qu'il faut rechercher.
LK l'KSSIMlSMh; 'I')\
l.c suicide s(Miil)I(M-ail ic nioycii I(> plus siui[)](' ot le |)Ius couii. Mais le suicide iudividucd n'est |)as une solution. (Juaud j'aurai délruiien moi la vie, le vie cessera-l-(dle |iour c(da d'accal)ler le monde de son fardeau ? — Quand nnune l'humanilé tout entière se suiciderait, le malJH'ur de l'existence se ferait encore sentir. Or, ce qu'il faut détruir(\ c'est le mal même, et le mal, ce n'est pas ma vie, ce n'est pas la vie de l'humanité, c'est toute existence et toute vie. ('/est donc l'être même qu'il faut (dn^rcher à détruire et le suicide ne l'atteint pas. II l'aul Irouver autre chose.
l.'art nous oll're un soulagement sinon un re mède. Quand nous contemplons une œuvre d'art, la roue d'Ixion s'arrête nn instant, nous sommes arrachés h nous-mêmes et à nos douleurs. Mais l'art ne nous délivre pas ; il suspend notre chaîne, mais il ne la hrise poinl. Nous ne serons délivrés que par l'anéantissement du monde.
Pour anéantir le momie, il faut anéantir eu nous le vouloir-vivre, déjouer ses vues })rofondes, éteindre tous nos désirs et surtout ceux qui nous portent à obéir aux instigations secrètes du Génie de l'espèce.
L'amour, c'est l'ennemi, disait Schopenhauer à M. Challemel-Lacour. Faites-en, si vous voulez, un
'2-')'2 l.K CATIIOIJCISMK ET LA VIK UK l/lvSl'IUT
luxe et un passe-lemps ; trailez-le en artiste : le Génie de l'espèce, lui, n'est qu'un industriel qui ne veut que produire. Il n'a qu'une pensée, pensée positive et sans poésie, c'est la durée du genre humain... Les hommes travaillent pour le Génie de l'espèce sans le savoir.
Les femmes sont les complices de ce Génie perfide. Elles ont accompli une chose merveilleuse, lorsqu'elles ont spiritualisé l'amour. Peut-être c'en était fait de lui et du genre humain : les hommes... allaient peut-être prendre enfin le chemin du salut en renonçant à l'amour. Les femmes y ont pourvu. C'est alors qu'elles se sont adressées à l'intelligence de l'homme et que tout ce qu'il y a de spirituel dans l'organisation féminine, elles l'ont consacré à ce jeu qu'elles appellent l'amour.
...Les grandes religions ont toutes vanté la continence, mais ellQS n'ont pas toujours compris ce qui fait de cette vertu la vertu souveraine... Le vrai prix de cette vertu, c'est qu'elle mène au salut : préparer la fin du monde, telle est la suprême utilité des existences ascétiques. A force de prodiges et daumùnes, l'apôtre de la charité sauve de la mort quelques familles, vouées par ses bienfaits à une longue agonie : l'ascète fait davantage : il sauve de la vie des générations entières. Les femmes, en l'imitant, auraient pu sauver le monde. Elles ne l'ont pas voulu. C'est pourquoi je les hais (1).
Lo célibat voIonlaiiT clicz les Jiommes, riiilor-
(11 11 n'est peut-tHre pas inutile de noter en passant que le misogyne Schopenliauer se réveilla un beau jour père d'un enfant naturel. — Mais le Génie de l'espèce est si rusé !..
l.K l'KSSi.MISMI-; 2'V'\
(liclioii |);ir riioinmc tics riij)|)()i'ls sexuels aux aiiiiuaiix el aux piaules, voilà le uioyeii (rauéaiilir la \ie iii(li(| ik'' par Scliopeuhauer.
Ilarlmauii eu iu(li([ue un aulre : le suicide du uioiul(> pai- la \()l(»ul(''. (Juaiid, par le progrès incessanl des èlres, It-Nolni ion les aura tous amenés à la conscience d"cnx-inèuies el de leur malheur ; quand les progrès de la science permettront d'établir une communication instantanée entre toutes les volonlés duu bout à l'autre de l'univers, elles pourront toutes s'unir dans l'elltul, d'une négation suprême. La puissance de cet ettort, la force développée sera telle (ju'tdle siillira à désorganiser le monde, à le détruire, à l'anéantir. Alors, les hommes, les animaux, les plantes, la terre, la lune, les planètes, le soleil, les étoiles et jus- (ju'aux dernières nchnleuses tout s'abîmera dans le néant. Ce sera le triomphe de l'Idée qui amènera la Volonté à se nier elle-même ; cette source de la déraison du monde s'anéantira, et l'inconscienl éternel rejilrera dans son re[)Os.
Nous avons lidèlenient, croyons-nous, reproduit la physionomie des diverses sortes de pessimisme,
25i LK CATHOLICISME HT LA YIE DE l'esPRIT
Nous nous serions reproché de mêler à notre exposition un seul mot de critique. Nous avons pourtant le devoir de ne pas laisser passer de pareilles doctrines sans y ajouter quelques rétlexions.
Le lecteur, qui a bien voulu nous suivre dans notre voyage à travers les théories pessimistes, a pu l'emarquer que ces théories s'appuyaient sur trois espèces de preuves : une preuve métaphysique, une preuve de nature psychologique et une preuve expérimentale.
La preuve métaphysique du Pessimisme peut se résumer en deux mots : Le monde est l'u'uvre d'un être absurde, d'une déraison absolue, de la Volonté ; ce monde ne peut donc être que déraisonnable, al)surde et mauvais. — Voilà qui est bientôt dit et ne manque pas d'une certaine clarté de déduction. J'admets parfaitement que le monde doit être absurde et mauvais, s'il est l'anivre d'un Etre absurde par essence; mais est-il bien l'œuvre d'un tel b]tre? Et même cet Etre essentiellement absurde existe-t-il ?
Schopenhauer, dans ses lettres, renvoie, avec une verve ironique et sans pitié, son disciple Frauenstaedt à « ynlkfithuhHshf'iDt, la cité des « coucous où réside le dieu des juifs », parce que le pauvre disciple a osé parler de « VÈirc iHerncI
LE PESSIMISMK
iiin}iuahlc cl iiicrrr ». Xc poiirrail-oii pas ici rciivoyor S('l)()()(>iiliiuu'r avec loul lo rcspocl qui lui t'sl du, à la nirme cilr des coucous métaphysiques? — Qu'csl-cc (|uc la Volonté cssouliollcniout absurde qui s(^ plaîl à taire avec absurdité uu monde absurde? — Voilà bien du galimatias et bien de l'absurde. 11 est à craindre ([ue cela n'ait déteint sur le système.
On nous dit que, depuis Kant, il est entendu qu'on ne ilrmonln' plus rcxislence de Dieu ; on y croit ou on n'y croit pas, on doit se passer d'une démonsiration en l'orme géométrique qui force l'assentiment. Serait-il donc plus facile de démontrer l'existence de la Volonté absurde ? — Schopenhauerne le croit pas, il faut l'avouer; il se contente d'exiger un acte lie foi à l'existence de l'Absurde. — S'il déteste tant le dieu optimiste de la religion juive, c'est que ce dieu fait concurrence à cette Volonté qu'il faut qu'on l'edoute désoMuais. Eh bien! s'il faut choisir, acte de toi pour acte de foi, j'aime mieux croire à un Dieu raisonnable et bon qu'à une Volonté absurde et méchante ; il n'en coûte pas davantage et on avouera que c'est plus consolant.
Mais Schopenhauer se pose en prophète, en révélateur du principe mauvais de l'univers inconnu jusqu'à lui. A son autorité, nous opposons alors
2o(i 1J-: CATiiOLiCis.Mi-: i;t i.a vu-: de i/ksi'rit
celles de Platon, d'Arislole, Je Dcscarles cl même de ses compatriotes Leibnitz et Kant. La prétendue preuve métaphysique du pessimisme n'a donc aucune espèce de valeur. Passons à la preuve psychologique.
Cette preuve re[)ose sur la considéi'ation de la nature du i)laisir et de la douleur. Le plaisir, assurent les pessimistes, est de nature négative, il n'est rien que la négation de la douleur. La douleur, au contraire, est le fond même de l'èlre, elle seule a une valeur positive. Ainsi le plaisir n'est qu'une aijsence de douhuir : nous ne nous croyons heureux que quand nous ne soutirons pas. Le plaisir n'existerait pas sans une douleur qui le précède et qui, en se retirant, nous laisse dans un état négatif, mais non sans charme, semblable à la langueur d'un convalescent. Et cela n'est pas étonnant : la loi de toute existence est le progrès, la marche en avant, et cette marche ne peut se produire sans une force de propulsion inhérente à l'être, sans une dépense de cette force, sans un etfort. Mais l'effort, qui conslitue ainsi l'essence de la vie, est un travail, une peine, une douleur. La douleur et l'etfort sont identiques et l'effort est la vie même. Conclusion : vivre, c'est souffrir.
Schopenhauer triomphe là-dessus. Mais assez longtemps avant lui, Aristote avait soutenu une
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(Ik'sc (lianirlralcniciit ()|)|)(>s('m'. Selon Ai'islolc, l'cllorl ii'ost pas i)ar liii-nièmc une doiilciir, il csl une aclidii. ol la coiiscionce ilc l'aclioii, loin «rrlrc uno soullVaiifc, conslitiio lo plaisir même. Le ])laisir nCsl donc j)iis nno simple iiégalioii de la donleur, il csl la Iradnclion sonsildo do l'action cl dn progrès do 1 cli'c IMns l'iMrc se d(''vclop|)0, pins il ajoute à lui-nicmc cl [)lns son plaisir csl urand. La douleur n'apparaît que lorsque le dévcloppenuMit de l'être est entravé, ou que l'cMre est diminué, (^cst donc la douleur et non le jtlaisir (jui a une valeur négative. L'essence de la vie est donc le plaisir, la douleur n'est qii'nn accident.
Je ne sais pas si Arislote a raison autant qu'il le ci'oit : mais, dans tous les cas, son argumenlaliidi \aut l)ien celle de Sclîopenhauer. — Je crains liien qu'Arislote ne soit convaincu d'avance que l'existence est une excellente chose et que ceux qui veulent se servir de sa théorie pour réfiitei- Schopenhauer ne fassent une forte pétition de principe ; mais est-ce que Schopenhauer n'en fait ])as une analogue ? X'est-il pas convaincu, d'avance lui aussi, que l'existence est mauvaise, et n'est-ce pas de cette prémisse sous-entcndue qu'il conclut gravement la valeur positive de la soullrance, c'est-à-dire le malheur de l'existence,
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c'est-à-dire cela môme qui est supposé dès le début?
L'humanité, d'ailleurs, il faut bien l'avouer, s'inquiète assez peu sur ce point des déductions pesantes des philosophes. On lui dit que la douleur fait soullVir — hélas! elle le sait bien — et que le plaisir est une douce chose — elle s'en doutait un peu. Un lui dit qu'il n'y a que de la douleur et que le plaisir n'a qu'une valeur négative. On lui dit encore que c'est le plaisir qui règne en maître et que la douleur n'est pas véritablement. A ces affirmations contraires, elle ne répond rien, elle y comprend peu, d'ailleurs ; mais elle se recueille et elle sent. Elle sent les tortures intérieures, les soulfrances de tous ses membres; elle écoute les gémissements, elle voit les larmes et elle s'avoue que la douleur est une réalité vivante qu'il ne sert de rien de nier. Mais elle sent aussi de grandes joies et de délicieux épan(niissements; elle voit au soleil de mai la jeunesse amoureuse errer le long des sentiers verts ; elle voit, à la lampe du soir, l'époux lisant près de l'épouse qui veille au milieu des petits lits inégaux où reposent les chers endormis ; elle voit le large sourire du travailleur alerte, et le radieux visage de l'artiste inspiré ; elle entend des chansons et des rires, et elle doit croire qu'ils ne sont pas tous des
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(IrsIuM'ilés les lialiilaiils ilo ce nioiitlo, cl que le j)laisir aussi osl uik; vri-ilô.
Mais il reste aux pessimislos iino dorniôro rosscjuire. (4^s Lions ot ces maux, ces douleurs et ces plaisirs, ils vont les inventorier, en dresser le bilan. D'un ('(Mé \o plaisir, de l'autre la souffrance ; une égale quantité de douleur neutralisera une égale quantité de })laisir et ce qui restera en excès nous montrera le prix véritable de la vie. Si le plaisir est plus grand que la douleur, on avouera que le monde est bon ; mais si la soull'rance l'emporte en quantité sur le plaisir, on devra dire que le monde est mauvais, que la vie ne vaut pas la peine qu'on la vive, donner raison aux pessimistes.
Nous avons vu Hartmann travailler à dresser ce « bilan des biens et des maux i. — On peut lui objecter d'abord qu'il n'est i)etil-èlre pas très facile délablii' exactement la somme du l)ien et du mal qui se trouve dans le monde. Il nous serait impossible de dresser ce bilan pour nousmêmes, combien nous sera-t-il plus imi)ossible de le faire pour les autres? Les apparences sont souvent bien trompeuses-: Diogène dans son tonneau était j)lus lieureux qu'Alexandre. Le spéculateur, au sein des fêtes et de l'opulence, a souvent de plus cuisants soucis que le mendiant qui l'en-
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vio. Et commont évaluer los bions et les maux dos générations qui no sont plus, do collos qui no sont pas oncoro? — Et los animaux, qui nous dira lours soutTrancos ot lours joies? Et ces molécules vivantes et invisibles dont l'espace est peuplé, qui leur demandera jamais le secret de leur confuse sensibilité? — Et la plante, et le cristal, et la pierre, qui saura jamais jusqu'à ((uel point ils sont insensibles, jusqu'à quel degré l'être leur vaut mieux que le non-etro ou do combien le néant leur serait préférable à l'être?
Hartmann peut répondre à cotte difliculté par sa théorie de la douleur qui augmente en proportion même du développement de la conscience et de la vie. 11 peut y répondre surtout par celle observation que nul homme, même le plus heureux, no consentirait à revivre sa vie passée si elle devait lui revenir avec le même cortège de plaisirs et de soulï'rances. Leopardi a fait aussi la môme observation. Et il semble bien, à nous interroger nous-mêmes sans parti pris, sans théorie philosophique d'aucune sorte, en trouvant le plaisir bon ot la douleur mauvaise, que, à tout prendre, il y a dans la vie plus de peines que de joies, plus de soulï'rances que do plaisirs. Qu'on rélléchisse seulement à ceci : quel est le plaisir si vif, quelle est la joie si profonde qui ne s'éva-
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iioiiii'a j)iis toul (liiu t'oup ù rallciiilc (11111 mal lie (Icnis? — El arrivés ii l'àgo adiillc nous avons à peine une puiniée sans doiilenr pliysiqiic. — Au coiilrairo, e'onil)ien faul-il de jours, d'annoos de repos ol de prospiM'ilé |)oui" elVacer raniei'lnmc diiu tdiaiïi'iu d amour ou du regi'el diiii être (duT?
nu'esl-e<> à dire, et sommes-nous dispos(!''s à donniM" niainlenanl raison an pessimisme après avoir j)aru le combaltro? Ou sonunes-nons vainiMis par la l'oi'cc» de ses raisons? ou lomhons-nous nous-mêmes vaincus pai' le mal do la vie et accal)lés du fardeau de TexishMice? Allons-nous donc asj)irer an Xirvàna ?
?Son, pai'ce (ju'eu dcdiors et au-dessus des peines el des plaisirs nous croyons à rexistence d'autres hiens et d'autres manx, et que, par conséquent, ce n'est pas le bilan des soulTrances ou dos joies sensii)los qtii est lo bilan véritable qui doit décider de la valeur du uioude el du [)ri.v de la vie. La vie ne serait-elle qu'al'iliction et que misère, tant (|u'il y aurait encore ces biens dont je ])aide, ou soulement la possibilité de ces biens, (die vaudi'ait encoi'e la jxdue ([u'on la vivo.
Quel est donc ce bien suprême (|ui |)eut raclioter le malheur du monde ri dont rexistence suflil à détruire le pessimisme? — 11 se nomme la
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vertu, robéissance au devoir, le bien moral et ses immortelles récompenses.
Si on admet, en efTet, que par-delà le monde des sens, il y a des existences que l'expérience ne peut atteindre, mais que la raison et la croyance peuvent deviner ; si Ton admet qu'il y a un devoir qui s'impose à l'homme et qu'il peut réaliser parce qu'il est libre, ce n'est plus alors le plaisir qui est le seul bien, ce n'est plus la douleur qui est le seul mal ; à vrai dire, le plaisir même n'est pas le bien, la douleur n'est pas le mal, il n'y a plus, comme disait Kant, qu'une seule chose bonne sans restriction, « la bonne volonté », qu'une seule chose mauvaise, « la mauvaise volonté ». Le bien et le mal du monde dépendent de moi ; je puis, en voulant le bien, en obéissant au devoir, faire le monde bon ; en voulant le mal, en contrevenant au devoir, faire le monde mauvais. La valeur du monde dépend de moi : en faisant le bien, je travaille à réaliser l'optimisme; en faisant le mal, je travaille à donner raison au pessimisme.
Et qu'on ne dise pas que la cause est entendue, qu'il y a dans le monde plus de vices que de vertus. Je n'en sais rien, je ne le crois pas ; mais quand cela serait, si nos pères ont faibli, si nousmêmes ne sommes pas les vertueux que nous