‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 41 sur 56 · I.K PESSIMISME · texte numérisé non relu

I.K PESSIMISME

jusqu'à ce que le temps humain ait fermé sa paupière et que les cieux humains soient repliés comme un rouleau dans la tombe où nul jamais ne les lira. C'est la vie à venir qu'ont rendue pour nous plus glorieuse ces martyrs dont nous tâchons de suivre les pas. Puissé-je atteindre ces cieux très purs! être pour d'autres âmes le calice de vaillance en quelque grande agonie, allumer de généreuses ardeurs, nourrir de pures amours, engendrer des sourires exempts de cruauté, être la douce présence du bien partout diffus, et, dans sa diffusion, toujours intense! Ainsi je m'unirais à ce chœur irrésistible dont l'harmonie est la joie du monde !

Cerlos, voilà de grandes idées et dont personne ne songera à nier la beauté morale. Cependant, si l'on va an fond, qu'elle est illusoire et vaine cette IV'licilé qu'on nous j)r()mct ! Arrivera-t-il jamais ce jour où l'iiommc aura levé le voile d'isis, oi^i le besoin de savoir sera à jamais satisfait? Esl-il même bien désirable qu'il arrive? Le savoir sans ell'oi't aura-t-il un si grand prix? Les jouissances les plus douces que procure la science ne sont-elles j)as précisément celles qui nous ont coûté le plus de peine ? La vie n'aurail-elle pas alors perdu tout ressort et toute impulsion? N'ayant plus rien à apprendre, ne deviendrions-nous {)as la proie de l'ennui ?

Quant au rêve d'une société future et i)arfaite

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OÙ chacun s'ouhlici'ait pour no penscM^ qu'aux autres, c'est lo rèvo d'àmos gonoronsos ot j)loinos jus(|u'au Itord de laniour de IMiunianilé, mais ce n'est qu'un l'ève. (lotte sociélo parfaite no peut exister. Lo ilosintoressement, lo sacrilice universels ne peuvent se réaliser. Si chaque homme voulait se saci'ilior pour les autres hommes, personne no voudrait accepter les sacritices dos autres et le sacrihce alors ne se réaliserait pas, faute d'ohjet. — C'est qu'hélas ! l'homme n'aime pas seulement les autres hommes, il s'aime encore lui-même. On pcnit et on doit faire à l'égoïsme sa [)art, ot la faire éli'oite, mais on no lo supprime pas sans supprimer l'homme.

C/est encoi'o pour cela que lo honheur promis par le positivisme est un honheur illusoire (|ui [)out, ])ar instants, satisfaire ch^ grandes âmes, mais qui no l'éalisora jamais les désirs nniversels de l'humanité. Et encore ce honheur est-il enveloppé do mystérieux et poétiques nuages qui peuvent permettre au ca'ur de })lacor derrière eux tout ce qu'il voudra. Que sera-ce si on le dépouille de ces voiles? On verra alors que cette félicité promise se horne à cette afiirmation et à ce conseil : Supportez vos maux, acceptez-les, faites lo sacrifice do votre honlnnu" individuel et vous ferez ainsi le honheur dos liommos futurs, et la con-

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sri(Mir(> (I<^ Iravaillor au bonliour d'aulnii tVra votro piNtpi'c Irlicilt''. — Mais o'osl uuo imniolalioii de mon (Mrc cl de mon propre l)oiili(Mir (ju'ou mo (Icniaiidc, cl poiii- assurer la l'clicilc problématique dclres qui ne le sont j)as moins. A cela, je trouverai le honheiw, me dit-on. ^lais quel bonheur? lu bonheur vague, doux, sans doute, mais pou iniciise. El à quid prix je rachète! Au prix de toutes les vives jouissances (|ue pourrait me procurer mou égoïsme. Mais si le prix de la vie se mesure à la quantilé de bonheur — et c'est ce que soulient le positivisme — je fais un marché de dupe, je sacrilie le certain pour l'incerlain, le plus pour le moins. On me tnmipe évidemment et jaljandonne le système.

Mais si Ton me dil (|uc sacrilicr mon bonheur à celui de mou s(>mldable est mou devoir, que la bon 11' de ce devoir m'est garantie par l'existence il'un Bien suprême et que ce Bien lui-même me garantit dans sa justice que l'accomplissement de mon devoir enli-ainera comme conséquence un bonheur futur, j'ai alors des raisons pour agir, d(> vraies raisons et qui ne me trompent pas. Je ne fais pas profession de détruire mon égoïsme ;iu pi'olil d'un alti'uisme absolu, généreux, mais chimérique; j'obéis au devoir par devoir et, sans en faire le but dernier de ma vie, j'attends la

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rémunération avec une forme espérance. La morale n'a pas ponr but de détruire en l'homme riinmanité, mais de faire servir toutes les forces de l'homme à la réalisation de la loi.

Le positivisme donc ne nous paraît pas opposer une barrière à l'envahissementdu pessimisme. Et, s'il fallait tout dire, c'est à lui plutôt, non aux généreux esprits qui l'ont fondé mais à ses tendances, que nous ferions remonter la responsabilité de cet envahissement.

N'est-ce pas lui qui a contribué et qui contribue tous les jours à enlever à la vie tout ce qui la poétise et l'enchante ? Il veut qu'on se borne à la constatation prosaïque de ce qui est, qu'on tienne constamment les yeux courbés vers la terre, il ne veut pas qu'on les relève vers le ciel pour y chercher l'idéal, ce qui pourrait être, ce qui devrait être. Avec une morale aussi austère dans ses préceptes, il est forcé de dire que le seul bien de monde est le plaisir et que le seul mal est la douleur; il mesure le prix de la vie à la quantité de plaisir qu'elle procure. 11 parle de dévouement, de sacritice, et il ne croit pas à la vertu. La vertu n'existe pas, en effet, sans une liberté qui la choisisse et la préfère, et le positivisme ne peut croire à la liberté. La liberté est une cause inattingible comme toutes les causes, et qui, par conséquent,

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n'existe pas, ou du moins ilonl on ne doil pas tenir l'oniple.

Or, sans In vertu, sans le devoir lihrement accompli, sans le bien librcmonl réalisé, avec le bilan dos biens et des maux pour seul inventaire du prix de la \ie, on est foi'cé de conclure avec Hartmann et les autres p(>ssimistes (jue cette vie ne vaut vi'aimenl [)as' la peine qu'on la vive. 11 n'y a pas de milieu : si vous voulez que l'homme ne s'abandonne pas à la désespérance, qu'il croie au progrès, au bonheur, laissez-le croire à la vertu.

Ou laissez-moi périr, ou laissez -moi régner,

disait TAuguste de Corneille ; nous pouvons dire aussi : Ou laissez-moi le désespoir, la sombre amertume de la conviction d'un éternel malheur, le désir de la libération et du néant, ou laissezmoi l'espérance et ses horizons immortels.

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