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CHAPITRE VI Le Vouloir-Vivre et le Catholicisine

L'étudo qui précèdo nous a montré l'insuffisanco du possiniismo, ot rappétit do la vie triomphanl ou dôliuilivo ralionuollomont ot muralomont (\o lappôtil (](' la uiorl ol du uoauL Or, il so trouvo prôcisômout quo plusieurs do nos contemporains accusent le christianisme et en particulier le catholicisme de travailler à entretenir dans les âmes un « appétit de la mort » maladif ot contraire à la nature. Les derniers romans do M. Zola (1) qui sont hien représentatifs do l'état moyen des pensées contemporaines sont remplis décos accusations. Partout il réclame la fondation d'une religion nouvelle qui soit une hymne à la vie ot non pas un appétit do la mort. En cola d'ailleurs, peut-être sans qu'il s'en doute, il no fait que répéter les critiques que faisaient du christianisme au siècle doi'uior les philosophes de la nature. Ils lui reprochaient do UKU'tifier, do restreindre ol d'anéantir la vie, car, do même que

(1) Les trois vili.es : Lourdes, Rome, Parts.

M. Zola, ils IrouvaicMil (pic la conliiionco on le célihal sont des conli'ainlt's (iiic la iialiirp ost loin d'i^xiiiiM', au\(|ucll('s clic serai! |)lnl(M oj)[)osî>(\

l']t (lanlrcs (''ciivains, Icls (pic M. (]liarl)onn('l on y\. Sal>aliiM'. l'cprochcnl an calholicisino (]'a(roplii(M* non scnlcrncnl la vie cxlrricnrc, mais ia vie in((''ri('nr(' nirinc cl ainsi non scnlcnncnl de nioililicr le corps mais encore l'ànie. Il convient donc (rexaminer en cpioi consiste précisément celte morliticalioii clirélienin* dont on vent nons épouvanter, et de voir si noire conception catholique de la vie est une conception viaimenl léthifère.

Le chi'istianisme est-il une doctrine de la mort on une docti'im' de la vie? Le chrétien doit-il, pour èti'c vi'ainnMil chrétien, mépriser la vie terrestre et ne penser qu'à la mort? Il y a là-dessus des malentendus qu'il est bon de dissiper, car c'est avec cette accusation que depuis les premiers temps on a tenté de rendre le christianisme odieux. Dès les premiers siècles, les païens ont allecté de considérer les chrétiens comme des citoyens inutiles, dédaigneux de la terre, n'aspirant qu'à la tnort cl, suivant un mot qui lit, il y a cent ans, nne l'orlune crn(dle, des « émigrés à rint('']'ienr ».

27 1 LE CATHOLICISME ET LA VIE DE l' ESPRIT

Au livre qui iu)us servira d'aljord de lexle M. Charbonuel a donné pour iilre : La Vo/ontr de vivre (1), et p(uir l)ut la recherche des moyens de vivre. La vie véritable étant la vie intérieure, la vie conforme aux paroles de la conscience, il faut d'abord éveiller en nous la conscience, écouter sa voix qui parle dans le secret de Fàme, et pour cela se taire, se recueillir, aimer le silence hors de soi et le réaliser en soi-même, s'abstraire des désirs et des passions, ainsi peu à peu se forme le vrai caractère. Chaque homme, dans le silence intérieur, laisse se développer sans mélange ses énergies personnelles, il est soi et non autrui. Il se conquiert et se forme lui-même. C'est alors qu'il se sent vivre véritablement. 11 éprouve au dedans l'afllux mystérieux et superbe de la vie. Tout le reste qui est au dehors ne lui importe guère ou ne lui importe pas. La douleur même ne saurait lui être ennemie, car elle le trempe et le rend plus vigoureux. Souffrir ne diminue pas la vie. L'intensité de la soulTrance mesure au contraire et renforce l'intensité de la vie.

Cette vie intérieure nous sentons qu'elle n'est

(l)Tn-l8. Colin, 181)7.

i.i; vol i.(»iiî-\i\Hi: i:r ï.k caiiioi.icis.mi-; 27o

pas sculcmcnl ikMpc, elle a par-delà iious-niènjos SOS racines ol ses fruits, son origine et sa lin. Nous sentons Dieu ou, comme disait Spinoza, l'éternel en nous. Parla nous nous sentons rattaehés à tout, ("/est la ndi^ion véritaMe, céleste, en la([uelle par-dessus les luiirs des temples ou les voûtes des églises, coiuiuunieut les grandes âmes, les nohles co'urs, tous ceux qui ont le souci de l'idéal. Aller toujours plus loin, monter toujours plus haut, telle est la seule règle et la seule loi. Ainsi se conslihie donc, et j)ar la vie intérieure, la rcdigion de l'idéal et du su[)éi'ieiir. (lai- le supérieur n'est que le dedans du dedans, la pulpe mystérieuse du noyau de rame, l'intérieur caché de l'intérieur aj)parent. De ce point de vue on peut comprendre, si même on ne l'adojde |)as tout à fait, l'évangélisme moral d'un Tolstoï. !/h]vangile se réduit au Smuoii sur la riutnldfjnc et se ramène à ce seul précepte : « Aime les hommes et, par conséquent, fais-leur du hien et ne leiu' fais pas de mal. Xe résiste pas au mal ni à l'injustice et rends le bien quand on te fait du mal. » Et après cet épisode qui forme comme une sorte de horsd'a'uvre l'auleui- lei'uiine son livre par une pi'ière un peu longue au Dieu inconnu, auqu(d il dit qu'il veut vivre et à qui il demande d'augmenter en lui la vie.

27G i.i; CATiior.icisMK i;t r.A Vii: dk i/ksprit

Jo ci'ois avoir assez exaclemoul j-ésnnié ce livre. Je me suis elï'orcé même de marquer la suite des idées diverses et je crois bien qu'elle est plus apparente dans ce résumé que dans l'ouvrage. S'il n'était que l'auteur ne voit évidemment en Jésus qu'un homme, qu'il parle des églises comme d'obstacles à la vie et à la religion véritables, et qu'il s'élève avec une insistance visible contre les dogmes et les régies de la conscience, on ne voit pas trop ce qu'un catholique aurait là-dedans à désavouer. Les l'ormules mêmes sur le Dieu intérieur se peuvent entendre. Cependant M. Charbonnel a cru que la volonté de vivre ne pouvait se réaliser dans le catholicisme puisqu'il l'a abandonné. Selon lui, le catholicisme, loin de dévelop- })er en nous la vie, l'atrophierait au contraire. Si l'on veut vivre il faut sortir de l'atmosphère anémiante des dogmes et des églises pour aller respirer à pleins poumons l'air libre du ciel de Dieu.

Et la question ainsi n'est pas mal posée. Jésus a dit qu'il venait apporter au monde la vie. Si sa doctrine ne la donne pas, elle manque à sa promesse. Et toute doctrine en général qui, loin de développer la vie, la diminue au contraire, est une doctrine fausse. Ce qui est bon et vrai, c'est ce qui fait vivre; ce qui fait mourir, c'est le mal et c'est l'erreur. Nous sommes bien d'accord sur

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