I.K VOlkOlR-VlVRK KT I.K CATIIOMCISMI
CCS principes (|\ii ne snnl iiuli'cs ([uc ccnx de ri']van^ile : <■ N'ons les reconnaîlrez à Icnrs Iniils. » ("invan jadis y avail insisté ol il avait cru, avant M. (Iharlionnid. lirer de là uik; condamnalioii de loulcs les religions l'I inènic de l'obligation cL de la sanclion morale, (.ai' « TiiTéli^j^ion de raveiiir » dont parlait (inyau était vi'ainient identi([ne h celle religion de lidéal et de la vie dont nous parle M. (Iharljonnel.
Tout se ramène donc à se demander si le calholicisme par ses dogmes et par ses règles réalise les conditions de la vie on si, au contraire, il crée par là des entraves et des ol)stacles. Dans sa jeunesse Lamartine accusait d'éti'oitesso le clirislianisme :
Que tes temples, Seigiicui-, sont étroits pour mon âme ! Tombez, murs impuissants, tombez !
V. Hugo lui a l'ait cent l'ois le même reproche, il disait : « Elargissez Dieu! » Guyau l'a redit, M. (>liarbonnel, a})rès cent autres, le répète. 0» y a-t-il de vrai ?
pour tout rameiu'r au.v points essentiels, le calliolicisme exige de ses iidèles riiumililé de
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Tcspril, la conlineiice des mu'iirs et par suito l'observance de certaines règles de conduite et de docilité, (les prescriptions sont-elles anémiantes et léthifères ou, au contraire, expriment-elles les conditions grâce auxquelles seules pourra être atteinte la plus large plénitude de la vie? (Test là-dessus que tout le débat doit porter.
Et tout de suite on s'aperçoit bien que, })our avoir quelque espérance d'arriver à un résultat, j il faut délinir ce que chacun de nous entend par 1 « la vie ». M. Charbonnel en parle beaucoup, nulle part il ne témoigne qu'il en a autre chose jj qu'une idée vague, (l'est par là qu'il est très littérateur. De même pour l'idéal dont il répète souvent le nom, il ne dit nulle part ce que par ce mot il entend au juste.
Disons donc qu'à nos yeux la vie est constituée par le développement de toutes nos puissances d'être et d'agir, que la perfection la plus haute et dès lors l'idéal de la vie consiste à être le plus possible, à agir le plus qu'il se peut.
Or, la vie étant ainsi définie — (^t je ne pense pas que M. (Iharbonnel refuse d'admettre cette -. définition qu'aurait acceptée Guyau, qui était celle même de Spinoza — en quoi l'idéal du catholicisme peut-il être Uxi idéal étroit, puisqu'il consiste dans l'étenielle durée d'une vie
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où riioninio parlicijxM'ail il la vie momo do r)i(Mi? J(> no sarli(> |)as (jiio Sj)iii()za lui-mômo ail l'ioii rrvô (le |)lus liaiil. Le vouloir-vivn» du calliolicisnie no ris(|uo doiio pas d'olro arrôlo par los liarrioros qiio lo dotiiuo drossorait sur sou choiiiiii, puisquo lo doj^mo lui-mômo do la divinisalion, de la Oï'.o-o'T^T'.q, n'assigno d'aulro lonno à sa poi'foclion quo la pori'oction suprômo que los hommos oui loujoui's adoi'ôo sous lo nom do Dion. (' Soyoz parfaits commo lo Pôro côloste ost parlait. I) Lo Paradis solon la thôologie — et M. Charbonnol doit s'on souvenir — n'ost autre choso (juo la surolovation do la vio luunaino, la participalion à la vio divino pai' la charité parfaite et la vision immédiate (I).
Mais sous couleur de promellro une vio future surhumaine, lo catholicisme n'atrophio-t-il pas ici-has la vie humaine? — Et il commando on otfet dv morlilior la chair et mémo d'ahaisser l'esprit. Mais est-ce pour aboutira la mort et à Tabaissouiojit absolu? En aucune fax-on. (Test pour faire vivre et pour relever, (.ar quelle que soit la vie (}ue l'on veuille vivre, à moins de vivre au hasard, il faut faire un choix parmi les données et los
(l) Voir plus loin, d(?rnier chapitre : Le Paradis ou l'achèvement de la vie.
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toiidanoos de la vio, garder les unes, sacrilier les aiilrcs. Sacrilior ot donc morlilior. M. (^liarl)onn(d pai'Io hii-nièiiic do silence et de reciieillemeiil, de lutle contre les passions. Nous sommes donc d'accord sur ce point. 11 ne faut pas céder à tous les désirs, il faut réduire la chair à être la servante docile de l'esprit.
Mais l'esprit maintenant ne devra-t-il pas être lii»re? Et n'est-ce pas dans cette liberté, dans cette conliance en lui-même que se trouvera la perfection? Peut-il y avoir moralité sans autonomie? Obéira une autre loi qu'à la noire propre, se courber sous une autorité extérieure n'est-ce pas renoncer à la vie de la conscience, à cette vie intérieure qui est la seule vie véritable? Voilà bien l'esclavage sous lequel le catholicisme prétend courber les âmes. 11 tue en elles le germe divin et leur fait, comme disait le poète, pour un simulacre de vie perdre les raisons de vivre.
S'il en était ainsi, le catholicisme serait condamné, et M. Charbonnel aurait raison. î\Iais en est-il bien ainsi ? Vraiment, la docilité qu'exige le christianisme, l'humilité qu'il réclame est-elle l'abdication totale de la conscience? Ou n'est-elle pas, au contraire, la condition d'existence des libertés supérieures? On nous répète sans cesse: Ama cl fac quod vis. Aime et fais ce qu(^ tu vou-
i.H vori.()in-\ 1VIII-: irr i.i-: caiiiolicismk 2<S1
(Iras, Sans doulo, cola ost vrai, mais à une con- (1 il ion : f'osl que l'amour qui possède celui auquel on s'adresse sitil raiiioiir vi'ai, l'amoui' de Tesseii- (i(d el mil) pas du pri'issaMe, l'amour de la vie el non |)as lamour de la moi'l. 11 l'aut donc toujours arriver à une déteriuiiialion ralioiinelle, pour ne pas dire scieulifique, du juslc objet de ranu)ur. Xous voici airivés à la nécessité d'une dt'liiiilion ou d'un do^me. One ce dogme vienne direclement do la raison ou d'une révélation rationncdlemenl établie, ou d'une autorité raisonnablement déduite, peu importe, il devient obligatoire. L'autonomie n'est pas pour cela détruite (i). CîXT il entre toujours dans l'obligation dogmatique, dans la soumission la plus bnmble à l'autorité, la l)art de raison nécessaire à l'autonomie. Peut-être faul-il lutter pour se soumettre ainsi, mais cette morlilicalion de l'esprit est indispensable pour la vraie vie. Le médecin qui remet sa vie entre les mains d'un confrère regimbe quelquefois intél'icurcmcnl contre la médication qu'on lui fait suivre ; il ne la suit pas moins et pour cela n'ab(li(iue pas sa raison. 11 agit par une raison i)ra tique supérieure à sa science théorique dont il connaît les lacunes et les faiblesses.
(1) Voir plus haut, c. IV, pp. 182 et suiv.
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C'est ainsi que so soumettent les catholiques.
Et Tafllux (le vie intérieure qui succède à leur soumission, les énergies superbes de l'àme qui se relrouve après l'abaissement plus vivante que jamais, leur prouvent que la rais(Hi du cœur valait mieux que la raison de l'esprit. (Test ainsi que l'on s'hal)itue à cette discipline intérieure, (à cette hygiène de l'àme sans laquelle les puissances sans cesse en désaccord ne peuvent se pacifier et atteindre à leur plein et harmonieux développement. Quand la pacification est opérée, Fautononiie est devenue comj)lète, le dogme et l'autorité de l'Eglise sont la vie même. Les coursiers courent tout droit sans que la bride ait besoin de les guider. On aime et cela suffit. L'àme individuelle charrie vraiment sa vie avec la vie de l'Eglise, avec la vie de Dieu et la vie universelle des êtres. C'est la sainteté d'un François d'Assise ou d'une Thérèse d'Avila. La vie de la nature ellemême est dominée par une vie si sublime. Le corps perd de sa pesanteur, les plaisirs des sens deviennent les harmoniques des mouvements de l'àme et les bêtes sauvages les instruments dociles de la volonté sanctifiée.
« Qui se perd se trouve. » M. Charbonnel reconnaît lui-même en un endroit la vérité de celle parole. 11 ne faut pas avoir peur de la mort quand
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on veut aller Ncrs la vie, ni de plier les goiioiix quand on asj)ii'e à rcxistence supérioure. Ainsi pas plus que rautcur do la Volontr de vivre nous n'aspirons à la niorl, pas pins quo lui nous no V(»ulons nous étcindro ot roslrcindre notre champ do vio. Nous voulons au contraire l'agrandir, (lest pour cela (jiie nous nous soumettons docilement ot joyeusonienl en sentant l)ien la raison de notre docilité. Xous ne pensons pas risquer de perdre la sève de notre vie intérieure en restant du coté où sont restés l'auteur de V Imitation, (Maire d'Assise, François de Sales, Vincent de Paul.
Mais il est bien incontestable que le christianisme considère la vie présente comme moins bonne quo la vie future. Dans la vie présente nous sommes sujets à beaucoup de maux, la terre est vraiment une« vallée de larmes » ; le Vàq\ est au contraire le lieu de la félicité éternelle et sans mélange, où nous sommes appelés à participer à la nature même de Dieu, divin,!' const/rtfs naturœ, selon l'expression de saint Pierre. La terre est considérée comme un lieu d'épreuve et d'exil, le Ciel comme la véritable patrie.
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Que donc le chrétien aspire à la mort qui doit le délivrer de la tristesse présente pour le mettre en possession de la joie éternelle, a jinvsr/ifi lilit'rai'i ti'istitia rt ieterna porfrui hi't'it'ia, ainsi que s'exprime la liturgie, il n'y a là rien d'étonnant. La mort est le passage obscur, la gorge étroite qu'il faut traverser pour aller de la vallée gémissante aux sommets radieux de la paix joyeuse. Il importe de ne pas se tromper de route, il est indispensable de bien mourir. C'est dans la mort que se trouve le secret de la vie. Reprenant donc le mot de Sénôque et du stoïcisme, le christianisme a pu dire : u La vie est une méditation de la mort. »
Mais il le faut bien remarquer, si le chrétien pense à la mort, si même il la désire et l'appelle, ce n'est pas par amour pour la mort même, ce n'est pas l'anéantissement qu'il désire, ce n'est pas la vie qu'il veut fuir, c'est vers la vie au contraire qu'il veut aller, vers la vie la plus haute, la plus pleine, la plus riche qu'il soit permis de rêver, puisque c'est la vie même de Dieu à laquelle, par les promesses et la grâce du (Ihrist, il espère participer. La vie terrestre n'est pas la vie véritable, on y meurt chaque jour, ainsi que disait saint Paul, elle n'est composée que d'une suite de morts successives, à tel point que Claude
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lîcriiaid a pu dire eu iuiitc rigueur : « La vio c'est la uiorl. » La vie corporelle, en elTel, ne se prolonge (jue j)ar l'usure coulinuelle des (issus, la vi<' spirituelle à son tour ne se continue que grâce à l'oubli. Il la disparilion de nos pensées passées, si l)ien (juun i)hiloso})he a pu émettre ce paradoxe : Le [)assé qui nest plus est cej)endant tout nousnuunes.
Le chrétien donc, en constatant que la vie terrestre n'est qu'une omhre de la véritable vie, en aspirant à cette vie véri laide, n'est pas un ami de la mo]'l. nuiis au coulraire de la vie. En })ensant à la mort c'est sur la vie qu'il médite et il peut l'aire sienne, aussi bien que la parole de Sénèque, cette autre de Spinoza qui parait si dilTérente et qui. pour lui, a le même sens : c( La vie doit être une méditation de la vie. )> S'il désire mourir, ce n'est pas par un appétit de la mort mais au contraire par un élan vers la vie. Le qu'il veut c'est vivre, de Diortc traiisirc ud rll.ani, ainsi que chante encore l'Eglise.
Il ne faut pas, ainsi que nous l'avons montré |dus haut, confondre le cJirislianismeavec le bouddhisme renouvelé en Euroj)e })ai' les j)essimistes. Leux-ci aspirent l)ieu véritablement à mourii". Leopardi se [trorlame un « amant de la mort » et Schopenhauer lui fait éch(» ; à vj'ai dire, ce n'est pas
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la mort qu'ils aimoiil, cosL la dissolution de rétro, le néant, ce que les Hindous appellent le nirvând.
Mais qu'impol'îe ? dira-t-ou, si le clirélien n'aspire pas au néant comme le bouddhiste, il n'a pas plus que lui de tendresses pour la vie présente, comme lui il la dédaigne et la méprise. Or, c'est là qu'est le mal, le danger social. On n'a pas le droit de se détacher de toutes les choses du monde, on n'a pas le droit, tandis que peinent les autres Injmmes, de s'enfermer comme en une tour d'ivoire — ou un fromage de Hollande — dans un rêve de paradis. Il faut èlre lils, époux, père, citoyen, laboureur, artisan, ingénieur, écrivain, commerçant, artiste, soldat, et pour être tout cela il faut s'intéresser à ce que l'on fait, y voir autre chose qu'une ombre vaine, et sous prétexte qu'on aime un idéal de vie qu'on n'a pas encore — qui peut-être n'existe pas — il ne faut pas négliger la seule vie que l'on peut expérimenter.
Voilà ce que l'on dit aux chrétiens et en vérité leur histoire a depuis longtemps répondu. Ont-ils été médiocres travailleurs? Les plus renommés de leurs saints n'ont-ils pas été mêlés à tous les événements importants de la civilisation et de la vie des peuples modernes? Oui a défriché la Gaule? Quia discipliné les barbares? Oui a conservé les lettres anciennes? Qui a fondé les écoles? Qui a
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bàli l(>s Ii('i|)ilau\ ? Les nioiiics cl les évoques. Saint l*i(' \' a préservé ri'^iirope des iimsiilmans comme saiul \'iiicenl de Paul a recueilli les enfanls al)aiul(tnués el insliUié les Sti'ui's do charilé. Les pelilcs Su'urs des pauvres sont nées d'hier ainsi que los fondations de dom Bosco. En fait, lo chi'islianisuie n a doue pas empêché les chrétiens de remplir leur devoir d'hommes.
En droit pouvait-il le l'aire?
Pas davantage. — C-ar ses advei'saii'es ouhlieiil li"()p que, par le l'ail même que le chrétien considère la vie présente comme une épreuve, il se regarde comme obligé de la subir et par suite d'y remplir toutes les fonctions qui lui sont imposées. Il ne méprise pas cette vie (jui lui donne les moyens de gagner le ciel. Les devoirs dont elle le charge lui sont précieux à remplir. Fils, époux, père, citoyen, travailleur de la main ou de la pensée, politique, artiste, scddat, il accom- })lira allègrement ses devoirs. El peut-être ils sont pénibles, mais ils sont le prix dont il faut payer la joie future. De plus ils sont l'expression de la loi souverainement aimable du Père (|iii conduit tout par sa Sagesse et sa Parole. Aimaiil Dieu, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut (1 j,
(1) C. IV, p. 202.
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lo cliréLioii aime })ar là mémo le Vorbo de Dieu, la Loi divine d'où résiillent loiis les devoirs. Ces devoirs sont donc bons en enx-mèmes et bons aussi Ions les biens qui les accompagnent; toutes les bonnes choses sont bonnes, la santé du corps est bonne et la santé de l'esprit, l'Eglise les demande expressément: fac nos perpétua mentis et corporis sanitat.e f/audere (1) — qu'on le remarque bien, la santé du corps aussi bien que celle de l'esprit, le mens san.a in cor pore sano des anciens — elle a des prières spéciales pour tous les biens terrestres (2); tout ce qui procure à l'homme une force de plus est bon en soi parce qu'il peut s'en servir pour le bien ; les douleurs et les misères, suites du péché, sont des maux qu'il faut soulager. Le plaisir même est bon, pourvu qu'on ne lui sacrifie pas ce qui vaut davantage encore. Tous les biens sont bons qui n'entravent pas la marche de l'àme vers le bien suprême et l'Eglise, dans la Collecte du troisième dimanche après la Pentecôte, exprime admirablement l'idée chrétienne en priant ainsi : Te rectore,
(1) Cette formule se trouve dans la Collecte de l'Office ordinaire de la Suinle Vierge et est ainsi une des plus souvent répétées de toute la liturgie.
(2) Cf. Rituel romain et les deux dernières parties des Litanies des Saints.
l.E VOILOIR-VIYRE ET LE CATIIOLICIS.Mi; 2S0
/r (Ikcc , sic frdiisfdniiis pcr hona Ictiiporalia ul non (iiHilfdiinis .l'.'cnui .
Va (Miliii |)()iir le l)oii clirrlicn, la douloiir inriiio (icviciil ujic j()i(> (Hiaiid il ponso qu'ollo vioiil de lii niai 11 d(> Dieu, ('(die pensée était dans le Comlidt shiriidri il van I (pu» Spinoza ne vînt l'adapter à son panlliéisnie. De là les dnnlenrs, les peines, les alllielions, les an5i;()isses snpportées avec paix et même avec une sorte d'allégresse, cet inexplicable élan des saints vers les devoirs dnrs, et ce sonrire lri(»niplianl an milieu des sonlliances les pins eiMudles.
Aussi le clirélien, s'il fait de la vie terrestre le cas qn'il fanl, n'a-l-il point j)oni' elle le mépris de ceux (pii onl mis lontes lenrs espérances en elle. Ce n'est pas sons une plume chrétienne que s'est jamais rencontrée celte expression : Le mal hcdi- (II' r'irro ; c'est M. Zola an contraire qui tonl d'ahord l'a écrite. T.a vie en elle-même est un Itieii aux yeux dn chrétien; ses tortures indéniahles ne viennent pas d'elle, elles lui sont attachées sans lui être essentiellement unies. 11 déplaît que le christianisme appelle la terre une vallée de larmes et on l'appelle soi-même un enfer. Ce sont ceux qui ne croient qu'en cette vie (jni en disent le pins de mal; c'est que, par un phénomène ordinaire, exigeant d'elle ce qu'elle
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ne pciiL leur donner, la saiisfaclion entière, la paix complète, la joie sans nuage, ils se mettent ensuite à la blasphémer.
Le chrétien n'a pas à craindre des désespérances pareilles. 11 a mis son espoir là où il est assuré de ne pas être trompé. 11 ne blasphème pas la vie, il ne l'exalte pas, il l'aime pour ce qu'elle vaut, constate ses misères et ses tristesses et la mesure à son prix. Il y remplit d'autant mieux sa lâche qu'il sait que cette lâche, tout importante qu'elle soit, n'est pas éternelle et que ce que l'on appelle la mort u'est qu'un enveloppement d'où l'éclosion doit sortir. L'éternelle Psyché ramenée par la Croix à l'obéissance et à la docilité marche rayonnante sous le bandeau qui clôt momentanément ses yeux; si elle accomplit parfois avec des soupirs et des gémissements les rites du sacrilice, elle goûte cependant à les accomplir des joies intérieures, c'est qu'elle entend en elle l'appel mystérieux et que, sous la frète enveloppe ((ui la gène, elle sent frémir des ailes.