LES RELIGIONS DE LA MATIÈRE
ne (loniicra aux dieux (|ti(' le iniiiiiiitini de la redevance (jiii leur a élé eoiiseiilie.
lVil(> esl. si Ton viMil y ivlléchir, la dilTéronco esseiilielle des religions de la chair ol des l'eli^ioiis de l'esprit, du paji,aiiismo et du christianisme. Les mitres dilTérencos sont accessoires. Le iiom- Itre des dieux n'est pas la dilîérence (jui caraclélise les religions. Vn musulman ou un adorateur uéo-platoiiicien du grand lu demeurent aussi païens par l'esprit qu'un Canaque fétichiste ou qu'un contemporain d'Homère. In Juif pharisien même, asservi aux rites, et qui espère par les u'uvres légales assurer sa propre fortune et celle de Jérusalem, esl imhu de l'esprit du paganisme.
C'est que le paganisme consiste essentiellement à vouloir faire des dieux les exécuteurs dociles des vohuilés de l'homme, tandis que le christianisme enseigne au contraire à l'homme à faire la volonté de Dieu. Dans la conception païenne, les dieux sont les serviteurs de l'homme; dans la conception chrétienne, c'est Dieu qui est le maître, et l'homme qui devient le serviteur. Il faut insister sur ce point et le prouver par l'histoire.
336 LE CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT
Que demandent à lenrs manitous et à leurs fétiches les tribus sauvages ? De les guérir de leurs maladies, de préserver leurs cases de l'inondation ou de l'incendie , de veiller sur leurs récoltes et sur leurs arbres à fruits, de rendre abondante leur chasse ou leur pèche, de les protéger dans les combats et de leur donner la victoire sur leurs ennemis. ^lais est-ce là autre chose que réclamer de leurs dieux des services domestiques ou sociaux ? Les dieux doivent être tour à tour médecins, ingénieurs, pompiers, gardes-champètres, rabatteurs de gibier ou de poisson, jouer le rôle de boucliers, de cuirasses, de combattants auxiliaires, mais toujours au service de l'individu ou de la tribu. Les honneurs qu'on rend à l'idole,, sa position sur la place ou à l'entrée du village, les grotesques cérémonies dont on l'entoure, les présents que l'on dépose à ses pieds sont la rémunération de ses services. Si la tribu est contente de son Dieu, elle le récompense par le spectacle de danses ou de cérémonies de surcroît, elle le promène en pompe à travers les cases, et si, au contraire, elle est mécontente, elle le bàtonne ou le jette au feu. La divinité n'est donc qu'un serviteur