LES RELIGIONS DE LA MATIÈRE
nuM'i'('nair(\ Mcii c|U(' inyslérieux. l^]llo n'a j)ar clloniènio aucun dioil, ollo no mérilo que son salaire.
l'ji passanl Aw r(''ticliis!n(^ an |)olythoisme, même à ses formes eslhéliqnes les plus élevées, (elles qne nous pouvons les admirer dans l'ilellade, la conception que le paganisme s'est faile de la reliiiion et de la divinité ne change pas. On peut recueillir dans les poètes et les philosophes, et même sur les murs des temples, des maximes de morale très élevées : le fond de la religion subsiste, toujours mercenaire. Les dieux domestiques veillent à la prospérité de la cité. Il est toujours possible de se les rendre favorables par des cérémonies et des rites appropriés. Lorsqu'une conjoncture extraordinaire se présente, on consulte un oracle ou un devin. Que répondent-ils? Qu'il faut accomplir tel rite ou telle cérémonie, immoler telle victime ou payer telle contribution. Pour que le vent s'élève et pousse vers llios les vaisseaux d'Agamemnon , il faut que le sang d'iphigénie soit versé.
D'ailleurs, dans toutes ces cérémonies, ce qui importe le plus, c'est que les formalités rituelles soient accomplies. Qu'un seul élément vienne à manquer, et aussitôt tout l'eiTet qu'on en espérait se trouve détruit. Le brahmane qui, à Bénarès, imite chaque malin sous son manteau, par des
338 I.E CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT
gestes successifs do ses doi^is, la siiile des transformalions de Brïilima, a manqué toute sa prière, s'il a omis un seul moirvement. Aussi, peu importe l'intérieur de l'àme et l'application de la pensée, poiu'vu que le mécanisme du geste ou de la parole soit conservé. xVinsi, dans le paganisme, tous les actes de la religion tendent à se transformer en un mécanisme rituel, et ce sont les plus logiques des païens, ces dévots hindous qui inscrivent sur les palettes d'une roue de l»ois les formules de la prière et chargent le vent de les présenter aux dieux. Une mécanique religieuse, lel est hien le point d'arrivée auquel devait aboutir le paganisme. Le moulin à prières en est plus que la manifestalion extérieure, il en est l'expression suprême et le dernier aboutissement.
Et cela nous permet de pénétrer plus intimement dans l'idée païenne. Non seulement la divinité y est considérée comme devant être au service de l'humanité, mais l'humanité se llatte de pouvoir obtenir et comme forcer ce service par des sortes de recettes infaillibles et mécaniques. Le dieu païen ressemble à un colTre-fort dans lequel on ne peut puiser que si l'on connaît le secret de la serrure, le mot de la combinaison qui seul permet de l'ouvrir. Aussi voit-on le sacerdoce païen prendre une importance de plus en
l.i:s RELIGIONS BK LA MATIÈRE 339
plus ^l'aiulc. Lui seul couuaîl les rilcs soci'ols, les formulos nia^icjuos ([ui iorccul les dicu.v à salisfairo au.v di'sirs des lioiiimos. Il y a une recetto soerM(> du gàleau (jui duil l'ornuM' les Irois guoulos do Cerbôro ; uii l'auu'au d'or magique ouvre l'entrée des luil'ei's, et l*roLée ne livrera ses oracles (|u"à celui (jui aui'a su le surprcMidre. Tous les dieux soûl des Protées, tous peuvenl être asservis par l'homme, si l'homme connaît les rites magiques auxquels ils ne sauraienl résister.
Car les dieux sonl asservis au destin. Euxmêmes subissent des lois mystérieuses. Cicéron remarque dans le de Dwinati())}r que la divination repose sur la croyance à renchaîiiemenl des phénomènes du monde. Qu'une corneille croasse à gauche ou que le feu du ciel frappe un chêne à droite, cela, sans doute, n'est pas en soi un bonheur ou un malheur, mais ces deux phénomènes sont liés à tous les autres, ils sont donc en correspondance avec l'avenir, comme ils le sont avec le passé ; ils peuvent donc signilier et présager l'avenir, comme ils sont aptes à rappeler le passé. Le devin est l'homme inspiré qui, par ime vertu infuse, saisit les rapports des choses cachés aitx hommes vulgaires. 11 lit l'avenir dans le présent et dans le |)assé, parce (jue, c(Hnme le dira plus tard Leibnitz, le présent résulte du passé et est
,3i0 I>E CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT
gros de ravenir. Or, les dieux, bien qu'invisibles, ne sont pas étrangers à noire univers. Ils vivent avec nous et se mêlent sans cesse à notre vie. Ils sont comme nos hôtes et nos commensaux. Même leurs volontés, plus clairvoyantes (ni plus soumises que les nôtres aux lois du destin, peuvent être entièrement déterminées si nous savons user de ces lois. Leurs interventions dépendent de certaines lois fixes et immuables. 11 sut'iit donc de connaître et de réaliser le rite qui empêche l'intervention malfaisante et qui commande, au contraire, Tintervention bienfaisante. La prière et le sacrifice sont les clefs qui ferment la source des maux et qui ouvrent le trésor des libéralités divines. ^lais lorsque la clef a rempli son office, lorsque la source est fermée ou que le fleuve a la route libre, il n'est pas plus au pouvoir du dieu de continuer à manifester sa malice ou de refuser ses bienfaits qu'il n'est au pouvoir d'un canal de faire couler ses eaux quand son écluse est fermée, ou d'en arrêter le cours quand cette môme écluse est ouverte.
Le sauvage fétichif ^e pré tait encore à son dieu le p<Hivoir de lui rendre ou de lui refuser ses services, les païens ne lui reconnaissent plus ce pouvoir. En un sens, le progrès s'est fait à rebours. Le sauvage se sent davantage sous la