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I.KS RKLIOIONS DE LA MATIÈRE

tU'pon lia lice do son dieu que le païen. Pourvu que celui-ci ail accompli les rites et les cérémonies, il doit se (enij- pour assuré de la fidélité du dieu à tenir le pacte, à accomplir le contrat, d'autant que les deux termes du pacte sont également imposés par le destin aux deux parties contractantes. Le fétiche pouvait se dérober à l'observation du pacte, le dieu païen ne le peut plus, non parce qu'il est plus moral, obligé par sa volonté, mais parce qu'il est })lus semblable aux mécanismes de la nature, enchaîné tout entier par la destin. Si, chez le dévot païen, la teiTcnr religieuse subsiste avec le sentiment d'une puissance mystérieuse, cela vient de ce qu'il ignore le nombre et les exigences des dieux (|ui se trouvent peut-être mêlés à sa vie car il ne sait par quels rites il pourrait s'assurer contre leur colère ou se concilier leur faveur. De là l'horreur d'un Lucrèce pour les terreurs qu'inspire la religion, son enthousiasme pour Epicure qui fut vraiment un homme divin pour avoir appris aux hommes h se passer des dieux.

Pendant que le paganisme évoluait de la sorte et au moment même oi^i l'état d'esprit engendré

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par SOS croyances devenait plus misérable et prenait conscience de sa misère, au moment où Lucrèce venait d'entonner avec une sorte de rage contre les dieux cet hymne à Epicure et à l'émancipation de l'esprit, une doctrine religieuse nouvelle fut prèchée à l'univers. Dès longtemps, les principes de cette doctrine avaient été professés par un petit peuple de l'Orient, consignés par lui dans ses livres les plus vénérés comme la parole même de son Dieu ; souvent oubliés ou méconnus, ces principes n'avaient cependant jamais disparu complètemenl. Le fondateur de la religion nouvelle, Jésus, qui était un des enfants de ce peuple, ne prétendait pas renverser la religion juive, mais plutôt lui rendre sa sève intérieure et sa force de vie, la compléter, l'agrandir et, selon sa parole même, bâtir un temple nouveau, mais sur les fondements du temple ancien.

Qu'enseignait donc la religion juive, et en quoi la conception religieuse d'Israël, reprise et agrandie par le christianisme, dilïérait-elle de la conception des païens? — A lui seul, le premier commandement de la loi juive suflit pour nous renseigner, lahveh ordonne à Israël de l'adorer seul et de ne point se faire d'images taillées. Puis il promulgue les autres commandements. Ils imposent à l'homme des prescriptions pure-

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nuMil moi'iilt's : le repos du sc^plicLiic; jour, le li'i|)l(' i'(>si)('cl (le l'aulorilé l'amilialc, do la vie oL do la j)r()piMÔIô dos autres lionnuos, ol ouliu la {'onlinonco dos mcrurs. Xon oonloiil d'iutordiro los ados immoraux, lalivoli va jusqu'à oxi^^or quo riiommo domino sos dosirs ol sos convoitises. [.0 sorvioo (|u'il réclauio n'ost pas un sorvico machinal ot corporel, c'est un service de l'être entier, nno obéissance qui doit s'étendre jnsqu'au plus profond do l'àmo. 11 réclame le droit de disposer de tout riiommo ol dos volontés los plus intimes. Ce Dieu, d'ailleurs, « sonde les reins et lescu'urs » ; le sacrilico fjui lui plaît est (( un cœur contrit ol humilié <> ; il n'a pas hesoin du « sang dos boucs et des génisses » ; il prétend régner surtout sur les ressorts intimes de l'àmo, et il juge que l'homme ne lui a rien donné quand il lui a dérobé son cœur.

Sans doute les figures extérieures du culte sont minutieusement réglées, mais toutes sont animées d'un symbolisme latent; aucune n'a de valeur par elle-même, mais seulement par les souvenirs qu'elle rappelle, par les pensées qu'elle évoque ou par les sentiments qu'elle inspire. Souvent les Hébreux se montrent oublieux de ce symbolisme, et traitent laliveh comme un dieu païen ; ils espèrent acheter sa protection ou se

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mettre à l'abri do sa colère par les observances légales; parfois même, glissant sur la pente, ils tombent dans un réel paganisme : ils adorent les dieux des nations voisines^ et le Phénicien Baal, et la Tyrienne Aslarté, et l'Egyptien Ammon ont leurs statues adorées par les tribus. Mais toujours les prophètes restaurent le culte de lahveh et ils rappellent que ce culte est, avant toute chose, un culte intérieur, qu'il consiste dans l'obéissance du cœur et la soumission de la volonté.

Ainsi l'alliance conclue par lahveh avec son peuple présente deux caractères tout à fait distincts des alliances contractées par les dieux païens avec leurs dévots. C'est que d'abord lahveh parle en maître et en souverain. 11 concède libéralement aux hls d'Israël ses faveurs et sa protection, mais il exige d'eux en retour l'adorction et l'obéissance. Il se réserve d'écouter, quand il lui plaira, leurs prières, et de disposer, à son gré, de leur fortune. 11 s'engage seulement à assurer à ceux qui le servent une destinée heureuse. Il les sauvera, mais selon ses vues, à son heure et à son arbitre. La divinité n'est plus ici engagée au service de l'humanité, c'est l'humanité qui est rangée sous le service de Dieu.

Et, de plus, le service de l'homme envers Dieu ne s'arrête point aux cérémonies, aux grimaces

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(lu Johors. Il ahsorhc riioimuc (oui culicr. S'il conserve encore des riles cl des l'ornies exlérienres, c'est que cela est indispensable pour l'aire pén(''lrer en riioninie par rinllnence corporelle le sentiment lie lu dépendance vis-à-vis du maître, et pour manifester aussi la recminaissance sociale de la souveraineté divine.

Ainsi l'accord s'établit encore (Uiti'e la volonté de Dieu et les volontés liumaines, mais il s'établit par la dominalion de la volonté de Dieu, par la soumission de la volonté humaine, et le christianisme enseigne plus expressément encore à adorer le Père « en esprit et en vérité ». Fiai rolojila.s tua! devient le ci'i de riiomme vers son Dieu, f.a volonté humaine communie avec la volonté divine, puis(ju(^ l'homme veut tout ce que Dieu veut, qu'il accepte docilement le service et qu'il y reconnaît sa dernière lin. Chaque homme devient ainsi un Emmanuel et porte véritablement en lui le sceau et l'image de la divinité. Mais cela ne peut se faire qu'à la condition que l'homme se domine lui-même, dompte et assouplisse sa nature. Il sentira alors en son être la dualité combattante de la chair et de l'esprit. L'homme animal tend à satisfaire ses convoitises, et voudrait tout plier sous sa loi. L'homme spirituel voudrait, au contraire, se soumettre à la loi de

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Dieu, élever sa volonté à se conformer au vouloir divin, réaliser en lui-même une image de la divinité par une imitalion lointaine do sa perfection. Saint Paul a merveilleusement décrit cette lutte intestine, et il en a indiqué le principe. Tandis que riiomme animal s'aime lui-même et se préfère à tout autre, l'homme spirituel aime Dieu par-dessus tout et le préfère même à soi. En sorte qu'il lui est doux de se renoncer pour s'abandonner à la volonté divine, ce qui suppose en l'homme cet amour excellent de Dieu que saint Paul appelle « la charité ». Par la charité, l'homme est en quelque manière divinisé, puisque tout ce qui, en son être, est plus proprement à lui, l'attachement et le libre vouloir, est tellement vmi à Dieu, que rien, ce semble, n'est plus capable de l'en détacher. C'est pourquoi saint Paul s'écrie : « Qui me séparera de la charité du Christ? » Mais une telle abnégation de soimême, un tel oubli, un tel anéantissement de l'égoïsme individuel est quelque chose de vérit^iblement surhumain. Aussi Jésus enseigna-t-il — et saint Paul développa son enseignement — que, pour atteindre à cette pleine harmonie du vouloir humain avec le vouloir divin qui fait que le vouloir propre s'absorbe et disparaît dans la volonté divine, comme disparaissent les poussins

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sous laili' (If Iciii- iiiric ou conimo le pclil ciil'iiul se laisso jKti'Icr ciilrc les l»ias de son pèiv, il rallail à riioniiHc une l'or('(> ('xlériouro ol, suriialiircllc (jiic Dieu iiKMiu' accorde à riioimiio [)()iir lo s<)\iloiiir cl l'clcvcr jusqu'à lui. (loLlc force se nomme la gràco. Elle émane de la source surabondante de loutc liliéralilé (jui n'a d'aulro molif de s'cpanclier (jue la bcaliUide qu'elle éprouve à se commun i((uer el à se donner. La grâce est ainsi un don gratuit; gratuit, car, sans cetle gratuité, la grâce ne sérail |)his grâce.

L'homme, en celle conception, est comme imj)régné loul enlier de divinité. Aussi le salut que le chrisliauisme promet aux hommes est-il une véritable [)arlicipalion à la nalure divine. Efficiiiiiir f/iri/hv coiisur/rs natfnw, écrit saint Pierre, et saint Paul ajoute : « Vous êtes des dieux. Vos ci dii f'sds ; » et il dit encore : « Je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ lui-même qui vit en moi. Vin), jam non, ('(jo, v'iv'it vcro in me Christus. » Selon les doctrines du christianisme, cet état ne doit avoir son accomplissement que dans une vie ultérieure^ éternelle, véritablement divine, dont la vie mortelle (jue nous vivons n'est que la préface et l'image figurative.

Maïs, dès cette vie même, le fondateur du christianisme a promis aux chrétiens parfaits une

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puissance extraordinaire : c Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à celle montagne : Viens, et elle viendrait, et rien ne vous serait impossil)le. » (MAXTn., xvii, 19.) Et il dit ailleurs : « Les croyants chasseront les démons en mon nom, ils parleront des langues nouvelles, ils détruiront les serpents ; s'ils boivent quelque breuvage mortel, cela ne leur nuira point ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris. » (Marc, xxi, 18, 19.) Lapotre Pierre marche sur les eaux tout le temps qu'il ne pense qu'à la parole de son maître qui l'appelle : vient-il à songer à lui-même, à se représenter le danger qu'il court, aussitôt il enfonce, car la foi ne le soutient plus, ni la force extraordinaire de la charité. Et la croyance s'est maintenue au sein du christianisme que les héros de la sainteté, les types de la perfection ont pu, presque à leur gré, disposer des forces de la nature. L'ha- £;iographie est pleine de ces récits qui nous montrent tour à tour les corbeaux apportant aux vieux Pères du désert le pain nécessaire à leur nourriture, l'ermite Antoine enseveli par un lion. François d'Assise traitant avec un loup ou imposant silence à des hirondelles. Car il est écrit dans une des épîtres de saint Paul que « ceux qui ont eu la foi ont éteint la force du feu, ont évité le tran-

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clianl dos irlaivcs, cl, de malades, sont devenus vi«j;()ureux. » [At/ Uchr., xi, 'M.)

De tout eel enseignement se dégage celte profonde dociriiie que c'est seulement par le sacrifice, |)ar le don de soi. |)ar l'oultli du V(Uiloir propre, par la souuiissi(»n en loules choses à la grande et souveraine loi ([ui nn'MU' le monde, que riiomme li'onvera, avec la pei'feclion de son être, une puissance supérieure et la béatitude suprême. C'est la signification de ces paroles du Maître : « Que celui qui veut èlre sauvé se renonce soi-même, qu'il prenne sa croix et me suive. — Celui qui veut sauver sa vie perdra sa vie, et celui qui perd sa vie la sauvera. » Et il ajoutait comme parole d'encouragement et d'espérance : « Mon joug est suave, et mon fardeau est léger. »

En cela consiste la contradiction du paganisme et du christianisme, des religions de la matière et de la religion de l'esprit. Le païen, dans le culte qu'il rend aux dieux, ne cherche que lui-même et ses propres intérêts ; il ne s'élève pas au-dessus des calculs d'un égoïsme plus ou moins bien entendu; le chrétien ne songe à soi-même qu'en pensant à Dieu. Aussi bien pourrait-on dire, si le fond de la piété consiste dans l'amour, que la seule religion où la piété se rencontre est assurément le christianisme. Or, qu'est-ce qu'une religion où la piété

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ne se trouve pas? Ne serait-ce pas une religion d'où est absente la religion même ? Cependant les païens parlaient de piété, mais cette piété était faite de crainte révérentielle, de sollicitation déférente ; l'amour n'y avait point place. Cette sublime doctrine de l'amour de Dieu que le christianisme a })lacée sur les lèvres des plus humbles et des plus petits, et qu'il a ainsi rendue familière, a été à peine entrevue par les plus grands génies philosophiques de l'antiquité. Diotime la célèbre en passant, comme en un divin délire, aux dernières pages du Banquet, mais après, personne n'en parle plus. Aristote, en faisant de son Dieu le désirable suprême, le pose sans doute comme le plus aimable des êtres, mais il n'ose pas en faire un objet auquel l'amitié puisse s'adresser. Car l'amitié ne va pas sans un commerce de l'aimé à l'aimant, sans une certaine égalité, et quelle égalité, quel commerce pourraient exister entre l'acte pur et nous? Les stoïciens reconnaissent les heureuses combinaisons dues à la providence divine ; ils ne songent pas à la déclarer aimable. Et de même les néo-platoniciens se montrent fort réservés. Si cependant ces derniers ont quelques expressions voisines des locutions chrétiennes, il faut d'abord observer que le sens est presque toujours assez différent, et ensuite se souvenir que,

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j);ir IMiildii \v ,luit' cl aussi par lo coulact avec la prédicalioii cluvlicnuc, plusieurs dos idées évaii- ^éliques avaient péiiélrr chez les philosophes et jiis(|iic dans rcnscii^iieiiicut du nuiséuiii d'Alexandrie.

Mais tous ces auteurs sout des philosophes, des penseurs dont les coiicepiious se développèrent en dehors et presque en contradiction avec leurs relii^'ions nationales. Quand Mélilus accusa Socrate da saper la vieille religion d'Athènes, son sens national ne se trouva pas en défaut. En considérant le principe éternel des choses comme une volonté lihérale et hienfaisante qui avait disposé toutes choses pour le mieux, en reprenant la haute pensée de Pythagore, que l'homme de hien devait imiter Dieu, Socrate changeait tout l'axe du vieux j)aganisme. Il découvrait le vrai Dieu, et aussitôt, comme des omhres, les faux dieux s'évanouissaient. Les rites, les cérémonies païennes étaient |)rivés de la sève intérieure qui les faisait vivre, et ioule l'antique religion tomhait ; car elle reposait, nous l'avons vu, sur la croyance implicite à la possihilité pour l'homme d'asservir les dieux, tandis ({iie Socrate ens(Mgnait (|ue l'iiomme devait ohéir aux lois non-écrites, supérieures aux lois écrites, el, par conséquent ohéir au Dieu souverain, d'où déiivaient ù la fois les lois intérieures

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do la conscience et les lois extérieures de l'univers. Quelle qu'ait été , d'ailleurs , sur ce point la pensée des philosophes, il est certain que jamais païen appartenant au vulgaire n'a songé qu'il pouvait être uni à ses dieux par des liens de mutuelle affection. Quel est le Romain ou l'Hellène qui a jamais exprimé on une prière purement atTective son amour pour Jupiter ou pour Apollon, pour Junon ou pour Minerve ?

Lorsque le monde romain presque tout entier eut renoncé au culte puhlic des dieux do l'empire, il ne faudrait pas croire que l'espit païen eût par cela même disparu. On peut dire que l'humanité n'y a jamais complètement renoncé. Dès les premiers siècles du christianisme, les hérésies gnostiques sont tout imprégnées de cet esprit. Elles prétendent enseigner à l'homme le secret de disposer à son gré des forces de la nature ; elles mettent à sa disposition les ressources et les incantations de la magie.

Déjà, sous le nom de mystères, les vieux païens avaient enseigné des rites secrets qui permettaient aux initiés d'avoir sur la divinité un empire plus

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sûr et [)lus rlcmlu (jue celui que la religion vulgaire promellnit à tous. Les néo-platoniciens et les derniers païens exagérèrent encore le recours à des pratiques occultes qui devaient, par leur force propre, mettre à leur disposition les puissances cachées de la nature. Les sectes issues du christianisme nourrirent de semblables espérances et, jusqu'à Taurore des temps modernes, on put voir les sorciers et les magiciens se disputer, malgré la rigueur des lois, la faveur des esprits superstitieux.

La sorcellerie du moyen âge est un résidu de l'antique paganisme. Les lutins, les sylphes, les gnomes, les farfadets, les fées bienfaisantes ou malicieuses sont les dernières incarnations des dieux de l'Olympe, et il n'est pas difficile de retrouver dans les merveilles attribuées à telle ou telle fée célèbre du moyen âge le souvenir des prodiges rapportés par les Grecs ou par les Romains à quelque vieille divinité. De même que le païen, par des formules et des rites appropriés, croyait obliger le Dieu à le protéger ou à lui venir en aide, de môme le sorcier est persuadé que, par des formules, des gestes, des cérémonies bizarres, il peut disposer à son gré de la puissance des êtres mystérieux qui, invisibles, peuplent l'air, les eaux ou les bois.

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Lo magicioii va plus loin encore. Il prétend, par le grimoire, par la vertu propre des gestes ou des paroles, par l'eftort de sa volonté, produire des etrels que ne peut produire le commun des hommes. Ce n'est plus un être mystérieux qui s'interpose entre le rite et l'elfet extraordinaire qui doit en être la conséquence, c'est le rite qui par lui-même produit l'elTet sans intermédiaire d'aucune sorte. Et, par exemple, tandis que le sorcier croit que son incantation a forcé un lutin ou un farfadet à lui aller quérir de l'eau à la fontaine voisine, le magicien pense que l'eau viendra, dominée directement par la seule force du rite et des paroles magiques. Le magicien peut se passer des êtres surnaturels. Le sorcier a besoin d'eux, il contracte avec eux des alliances et signe des pactes avec le chef unique et terrible que le moyen âge leur reconnaissait ; le magicien opère directement sur la nature. Son art est peut-être tout aussi vain, il est moins superstitieux (1).

(1) Voici, par exemple, l'idée que de notre temps se fait de la magie l'un de ses adeptes, le mage Papus (D'' Encaisse), dans son Traité élétnentaii-e de magie prulique :

Une voiture, un cheval, un cocher, voilà toute la philosophie, voilà toute la magie, à condition, bien entendu, de prendre ce grossier phénomène comme tj'pe analogique et de savoir ?'e(7fl?'f/e/'.

Avez-vous remarqué que si l'être intelligent, le cocher, voulait faire marcher son fiacre sans cheval, le fiacre ne marcherait pas ?

Ne riez pas et ne m'appelez pas Calino, car si je vous pose

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A Vrai dire, le magicien est déjà arrivé à une conception ijcaucuup plus voisine de la science

cette question, c'est que beaucoup se fii,nireut que la magie c'est l'art de faire marciier les fiacres sans chevaux ou, pour traduire en langage un peu plus élevé, d'agir sur la matière parla volonté et sans aucun intermédiaire.

Donc retenons ce premier point que, dans un fiacre, le cocher ne peut mettre et la voilure et lui-même en mouvement sans un moteur, qui, dans le cas actuel, est un cheval.

Mais avez-vous remarqué que le cheval est plus for/ que le cocher, et que cependant, au moyen des rênes, le cocher utilise et domine la force brutale de l'animal qu'il conduit?

Si vous avez remarqué tout cela, vous êtes déjà à moitié magicien et nous pouvons continuer sans crainte notre étude, mais toutefois en traduisant vos remarques en langage « cérébral ».

Le cocher représente l'intelligence et surtout la volonté, ce qui f/ouverne tout le système, autrement dit le PRINCIPE DIUEC- TELR.

La voiture représente la matière, ce qui est inerte et ce gui supporte, autrement dit le PRLNCIPE MU.

Le cheval représente la force. Obéissant au cocher et agissant sur la voiture, le cheval tneul le système. C'est le prixcu'E .•motel u, qui est en même temps I'intermédiaire entre la voiture et le cocher et le LIEN qui réunit ce qui supporte à ce qui gouverne, ou la matière à la volonté.

Si vous avez bien saisi tout cela, vous savez rer/ardcr un liacre et vous êtes bien prêt de savoir ce qu'est la magie.

Vous comprenez, en elfet, que le point important .'i connaître ce sera l'art de conduire le cheval, le moyen d'éviter ses emballements et ses écarts, le moyen de lui faire rendre le ma.ximum d'efforts à un moment donné, et de les ménager quand la route doit être longue, etc., etc.

Or, dans la pratique, le cocher c'est la volonté humaine, le cheval c'est la vie, identique dans ses causes et dans ses effets pour tous les êtres animés, et la vie c'est ri.\TEii.MKi>iAiuE, le lien, sans lequel la volonté n'agira pas davantage sur la matière que le cocher n'agit sur sa voiture si on lui enlève son cheval.

Demandez à votre médecin ce qui arrive quand votre cerveau n'a plus assez de sang pour assurer ses fcmctions. A ce moment-là votre volonté aura beau vouloir mettre votre corps en mouvement, vous aurez im étourdisscment, des éblouissements.

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moderne qu'on ne se plaît d'ordinaire à l'imaginer, et c'est ici que nous pouvons voir combien le culte de nos modernes pour la science est voisin du culte des anciens païens pour leurs dieux. Le magicien est convaincu que de certains rites, de 'certaines formules doivent dépendre certains effets. Mais qu'est-ce, au fond, que ces rites et ces

et pour peu que cela continue vous perdrez vite connaissance. Or ranéniie c'est le manque de dynamisme dans le sang, et ce dynamisme, cette force que le sang apporte à tous les organes, y compris le cerveau, appelez-la oxygène, clialeur ou oxyhémoglobine, vous ne décrivez que son extérieur, ses habits : appelezla force vitale et vous dépeindrez son véritable caractère.

Et maintenant voyez comme il est utile de regarder les fiacres déambulant dans la rue : voilà notre cheval devenu l'image du sang, ou plutôt de la force vitale en action dans notre orga nisme, et, tout naturellement vous trouverez que la voiture est Timape de notre corps et le cocher celle de notre volonté.

La magie étant pratique est une science d'application. Qu'estce que l'opérateur va donc appliquer? Sa volonté. C'est là le principe directeur, le cocher du système. Mais à quoi va-t-ii l'appliquer, cette volonté?

A la matière? jamais. Car il se conduirait comme l'ignorant de tout à l'heure, comme le cocher qui voudrait, en s'agitant sur son siège et en hurlant, faire marcher sa voiture pendant que le cheval est encore à l'écurie. Un cocher agit sur un citeval et pas sur une voiture. C'est peut-être la troisième fois que nous répétons cette vérité de La Palisse, et il nous faudra la répéter bien souvent encore dans le cours de notre exposition. Un des grands mérites de la science occulte est justement d'avoir déterminé et fixé ce point, que l'esprit ne peut agir sur la matière directement : il agit sur un intermédiaire et c'est cet intermédiaire qui, lui, réagit sur la matière.

L'opérateur devra donc appliquer sa volonté, non pas directement à la matière, mais bien à ce qui modifie incessamment a matière, à ce qu'en science occulte on appelle le plan de formation du monde matériel, le plan astral.

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