‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 48 sur 56 · I.KS RFJ.IOIONS DR LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

I.KS RFJ.IOIONS DR LA MATIÈRE

formules ? Co sont dos antécédents qui, par leur force propre, conditionnent des conséquents. Ces conséquents sont d'une autre nature que les antécédents ; la liaison entre les uns et les autres est étrange, extraordinaire, ne peut se comprendre ; mais est-ce qu'il n'en est pas de même dans les lois les mieux constatées par les sciences de la nature? On approche une étincelle d'une sorte de poussière noii;e, et, tout de suite après, on voit une gerbe de flammes et on entend une violente explosion. On heurte brusquement une petite quantité de substance blanchâtre et gélatineuse, et aussitôt tout vole en éclats. Est-ce qu'on ne dirait pas que l'explosion s'est produite par quelque rite mystérieux? Et le geste par lequel le mécanicien dispose de la force de la vapeur n'at-il pas la précision, la régulière invariabilité d'un rite ?

Je ne songe pas sans doute à nier les différences. Le savant contemporain, par l'emploi de la méthode expérimentale, sait au juste quel est l'antécédent qui est nécessaire pour produire après lui le conséquent ; la critique l'a peu à peu amené à découvrir ce qu'il y avait d'inutile et do superflu dans les manipulations pratiquées par ses devanciers. Il ne retient que ce qui est vraiment producteur de l'effet cherché, et ainsi pou importent

la forme du geste du mécanicien et les paroles qu'il prononce, pourvu que le levier soit bien manœuvré et que la soupape soit ouverte ou fermée. Au contraire, le magicien accordait une importance à tous les éléments de l'antécédent, et souvent même attribuait la plus grande aux circonstances les moins productives, par exemple à l'heure du jour ou de la nuit, aux paroles prononcées ou à l'attitude de l'opérateur. On peut suivre, sur un amusant exemple, les diverses étapes parcourues par la science dans l'élimination successive des circonstances inutiles, et, par suite, l'évolution par où la magie peu à peu a donné naissance à la science. On sait que les anciens magiciens usaient et abusaient de la graisse de vipère et des os de pendu dans leurs recettes médicinales. Il fallait, en outre, prononcer certaines paroles en absorbant les médicaments, et les absorber tantôt au lever du jour, tantôt à la première étoile, tantôt au milieu même de la nuit. Au moment oii je trouve formulée la recette qui va suivre, il n'est plus question de paroles à prononcer, ni d'heure précise, ni d'attitude ; on y lit cependant ceci : « Voulez-vous préparer un remède contre la dysenterie : prenez l'os de la cuisse d'un pendu, — l'auteur ajoute : Un autre donnerait peut-être le même résultat, mais c'est celui-là

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qu'on il pris, — lailes-lo cah'iiior dans un four (hiraiil trois Ikmii'c^s, nicltez-le on poudre et donnez au nuilade deux drachmes de cette poudre. » Celle reeelte se trouve dans un ouvrage d'un médecin du \vii° siècle. Par la remarque rapportée plus liaul, ranleui' nionlre déjà (juil se doule que la pendaison est un accessoire peu important et peu ulile à l'efTet cherché. Après lui, on vit que tout os autre que celui de la cuisse, étant composé des mêmes élémenls, devail pi'oduire les mêmes ellets ; hienlùl, au lieu de prendre un os humain, on pi'it un os d'animal, puis on se contenta d'ordonner comme médicament un composé chimique identique au produit de la calcination des os, et ainsi jxmi à peu, du remède encore à peu près magique de notre auteur, on en est venu à administrer le phosphate de chaux pour guérir la dysenterie. Il n'y a, entre les médecins contemporains et leurs prédécesseurs magiciens, d'autre différence que d'avoir réduit au strict nécessaire le rite médicateur. Ils savent, en outre, comment le phosphate de chaux agit sur l'intestin, et peuvent se rendre compte du mécanisme par lequel cet agent remédie aux désordres de l'économie.

Mais il n'en reste pas moins, dans la science contemporaine comme dans la magie d'autrefois, que les effets sont produits par des antécédents

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d'une nature différente, et que, si la constance des effets est assurée, le comment de leur production demeure, même pour nos savants, obstinément mystérieux. C'est Hume qui l'a montré : la cause physique étant constamment d'une autre nature que son effet, il s'ensuit qu'il n'y a aucun moyen d'établir de l'une à l'autre un passage logique et, dès lors, intelligible. La science peut découvrir entre une cause et son effet un nombre d'intermédiaires de plus en plus grand et paraître ainsi faire évanouir les distances. Mais, si rapprochés que puissent ôtre les intermédiaires, ils sont encore de nature différente, et, par conséquent, leur liaison ne peut pas être complètement expliquée, l'n mystère demeure, qui plane pour notre esprit sur toutes les liaisons des événements et des êtres de la nature, si étroites qu'elles paraissent, si certaines qu'elles soient. Nous savons que les lois de la nature sont constituées dune certaine façon, mais nous ne savons pas et nous ne pouvons pas savoir pourquoi elles sont constituées comme elles le sont plutôt que de toute autre manière. Et, par exemple, nous savons bien que le feu fond le beurre et coagule l'albumine, mais il nous est interdit de nous rendre compte pourquoi il en est ainsi. Nous savons encore que tout animal mammifère respire par des poumons, mais nous ne

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nous Fondons |)as du loul complc |K>ii)'(|u<ii les nunnniil'èrcs ne poiiriMKMil pas ros])ir(M' par nu loul autre appareil.

Ce qui revicnl à dire qu'il demeure, même en la seienee, une part de mystère, et. par suite, que ses pratiques ne sont pas sans avoir quelque rapporl avec les rites du paganisme ou même de la magie. De même que le païen était persuadé que Timmolation d'un eoq à Esculape devait le guérir de sa fièvre ou de son hydropisie ; de même que le magicien })ensail (ddenir les mêmes ellels par des amulettes ou par des incantations, de même le savant sait qu'il guérira la fièvre en faisant absorber au malade une substance blanche et amère (|ui sajqicHc de la quinine. Dans les trois cas, c'est toujouis un anlécéden' (jui produit, ou qui est censé })roduire un conséquent de nature différente, et le savant contemporain serait tout aussi empêché d'expliquer comment il se fait que le sulfate di' (juinine coujie la fièvre que le magicien ou le païen eussent pu l'être pour expliquer le mode d'action des incantations ou du sacrifice. La science a aussi ses rites ; leur efficacité est aussi inexplicable qu'aurait pu l'être celle des rites du paganisme, de la sorcellej-ie ou de la magie ; elle est seulement plus certaine, assurée qu'elle est sur la méthode expérimentale qui l'a rendue

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évidente à tous les yeux et a réduit la pratique scientifique aux mouvements strictement nécessaires. Mais, quelles que soient sur ce point les difîérences, il n'en reste pas moins entre les procédés extérieurs de la science et ceux du paganisme et de la magie d'évidentes ressemblances.

Les ressemblances intérieures sont plus évidentes encore. Nous avons montré que ce qui fait l'essentiel de l'esprit du paganisme et, par dérivation, de la sorcellerie et de la magie, c'est la persuasion où se trouve l'homme, qu'il peut, à l'aide de certains rites, disposer à son profit des forces étrangères et invisibles, et qu'il a le droit absolu de les faire servir à ses propres fins. S'il leur doit en retour quelque chose qui lui coûte, cet effort, ce travail, cet hommage, cette offrande, ce sacrifice n'est considéré par lui que comme le moyen qui doit mettre infailliblement à ses ordres la divinité, la fée, le lutin ou toute autre force inconnue.

Or, ce sont précisément là les traits auxquels se reconnaît l'esprit de la science moderne. Les savants de la Renaissance étaient tous imbus de

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l'ospril païen. Ils connaissaient le grimoire tle leurs prédécesseurs immédiats, les alchimistes, les sorciers et les magiciens, et, quand ils lurent les ouvrages des auteurs antiques, si vantés de leur temps, ils ne se trouvèrent pas dépaysés. Leur atmosphère intellectuelle n'avait point changé. Ils retrouvent partout l'idée que les désirs et les volontés de l'homme ne doivent se horner que là où s'arrête son pouvoir, et que rien ne l'empèche de reculer sans cesse les limites de ce pouvoir. Le pouvoir se mesure à l'art de disposer des forces mystérieuses qui nous entourent. Les païens croyaient que ces forces étaient des dieux ; les sorciers, qu'elles étaient des êtres intermédiaires entre la divinité et l'humanité ; les magiciens croyaient à la puissance directe du rite; les savants modernes s'inquiétèrent seulement des effets à réaliser. Pour cela, il fallait étudier les manifestations des forces et s'enquérir de leurs lois. Il fallait obéir à la nature pour la dominer ensuite. Satura non viiickur itisi jiarfudo.

Mais, une fois dominée, quel avenir enchanteur la nature ne promettait-elle pas à l'homme? « Celui qui saurait tout pourrait tout », dit Bacon. Lui-même et notre Descaries ne craignent pas d'avancer que l'homme arrivera à découvrir le moyen de prolonger indéliniment sa vie. Bacon

est persuade qu'il a découvert la mélhode, non seulement de transmuer les métaux, de les changer tous en or à sa volonté, mais d'opérer la transmutation universelle, c'est-à-dire, avec n'importe quoi, de faire n'importe quoi (1). Cet art suprême égalisera tous les hommes. Assuré de vivre éternellement, chacun pourra faire tout ce qu'il voudra, et nulle harrière ne s'opposera aux élans de son désir. L'âge d'or est devant nous, et non derrière. La science moderne promettait à l'humanité de lui rendre la clef du paradis perdu. On le voit. Bacon poursuivait le rêve même des antiques magiciens et des ténéhreux alchimistes : il voulait découvrir l'élixir de vie et la pierre philosophale. C'est sur l'aile de ces espérances grandioses que prit son essor la science moderne. Les sciences de la nature avaient fait encore bien peu de progrès que déjà les philosophes du siècle dernier annonçaient avec enthousiasme que la science devait guérir tous les maux, soulager toutes les misères, et assurer le bonheur de l'humanité. Des perspectives infinies s'ouvraient aux regards. Les yeux ravis s'enivraient de lumière. Puis, coup sur coup, vinrent les découvertes qui, dans ce siècle, ont changé la face du monde

(1) V. notre François Bacon, in-12, Letiiieixeix.

LES RFXlfilONS DE LA MATIÈRi: '{Go

industriel. In lionnuc seul, monté snr nnc niacliinc, (Ml al)iiissant nn levier, enliiiinail nn train entier avec nne \ ilesse jns(|ne-là inconnue, l ii antre, appuyant sur nn bouton, transniettail la j)ensée à travers les océans. T.o tableau do coite au^montalion prodig:iouse de la puissance de riioiuuM'est devenu un lien commun. En présence do col essor nu'i'voi lieux dos sciences et de l'industrie, l'orgueil humain éprouva une sorte d'enivrement. Il proclama que le monde, désormais, était sans mystères, (>L ([ue l'homme, sachant tout, allait hienlùt tout pouvoir se promettre et se pcrnu'ttro.

Le rêve du paganisme allait être réalisé. A la place dos dieux détrônés, les forces de la nature domptées allaient devenir les dociles serviteurs de l'honune. Déjà s'ouvraient les horizons d'une vie sans cesse embellie el indélinimont agrandie. L'homme allait s'emparer de la maîtrise des choses, il n'avait plus qu'un pas à l'aire pour l'atteindre, et déjà il étendait la main...

("est à ce moment que sont montés de la terre les cris de douleur des l'aiblcs el des petits, broyés

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par les lois d'airain de la concurrence industrielle. C'est à ce moment aussi que les plus savants se sont aperçus que les complexités dernières de la nature augmentaient sous le regard émerveillé à mesure qu'on s'y appliquait davantage. Nous avons beau savoir, ce que nous savons n'est rien auprès de ce que nous ne savons pas. Notre science est criblée de trous, comme le manteau du vieux philosophe. Et la rétlexion la plus intense aboutit à nous montrer que jamais la pensée n'arrivera à souder les uns aux autres d'une façon clairement intelligible les divers phénomènes de la nature. L'ombre d'un grand mystère se lève et se prolonge sur nos pensées. Il y a derrière le rideau des choses un indéchiffrable inconnu.

Et un mystère plus grand encore peut-être plane sur nos destinées. Ayant en main plus de puissance, nous n'en sommes pas plus heureux. Nos désirs augmentent à mesure qu'il nous est permis de les satisfaire, et toujours quelque obstacle s'oppose à leur réalisation Une dernière limite s'oppose aux plus violents. C'est la débilité de notre organisme et la fragilité môme de notre vie. En sorte qu'on s'est convaincu que la science ne pouvait que fournir au bonheur ses conditions extérieures et matérielles, mais que son intérieur, et comme sa pulpe la plus exquise, la joie, le

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coiileiilomeiil, hi j)ai\ ilo làmo, la science était iinpiiissaïUe à les donner. Ceux donc qui avaient mis en la science toutes leurs espérances et qui, païens modernes, avaient voulu soumettre les choses aux caprices de la volonté humaine ont dû proclamer l'illusion du honheiir et la banqueroute de la vie. C'est ce que nous avons vu plus haut proclamé pai' de Hartmann (1).

Et, par contre, tous ceux que l'espérance soutient et anime pour l'action ont été amenés à penser que, pour arriver au bonheur, il fallait le mériter par l'ellort et par quelque sacritice. Ils ont cru que l'accord entre les conditions d'existence de l'univers et la volonté de l'homme ne pouvait être établi qu'en détachant cette volonté de ses désirs individuels et en l'amenant à se soumettre aux lois souveraines qui régissent le monde et les sociétés. Ainsi a été restauré parmi les âmes les meilleures et les plus hautes de notre temps ressenlicl de l'espi'il ciiivlien. (>e que l'on appelle le néo-christianisme et le néo-mysticisme ne saurait avoir d'autre formule.

Et c'est bien l'esprit du christianisme qui anime ces hommes, jeunes ou vieux, tidèles de l'Eglise ou simples admirateurs de l'Evangile, qui vou-

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liraient persuader leurs contemporains que la grande loi sur laqiudle repose les sociétés est la loi de l'amonr, de l'abnégation et du sacrilice. Car que nous disaient donc autre chose MM. de Vogiié et Desjardins, ^IM. Secrélan et Ravaisson ? Il nous semble que ceux de ces hommes qui n'adhèrent point encore à rh]glise devraient être appelés à aller plus loin encore. Il est permis d'espérer qu'ils verront que cette abnégation qu'ils prêchent, ce renoncement qu'ils exigent est au-dessus des forces humaines. La logique immanente des lois de la condition humaine pousse infailliblement l'esprit à chercher au-dessus de l'homme l'appui nécessaire pour atteindre la justice et le bonheur. L'homme s'aperçoit bien vite qu'il ne peut imposer aux choses sa volonté : même servie par toutes les inventions de la science, la volonté est bien vite arrêtée dans son empire. Or, la souffrance la plus grande qu'on puisse sentir est la rébellion qu'opposent les choses à notre vouloir. Mais si on ne peut dominer le monde, peut-être peut-on se dominer soi-même, « changer ses désirs plutôt que l'ordre des choses ». La sagesse se trouve alors dans la résignation. On accepte avec calme la volonté du destin. Mais alors dans cette apathie, dans cette ataraxie, on ne sent plus aucun élan vers l'action. Pour agir, il faut aimer

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la loi. la voloiilr à la(|uoll(' on se soiiniol, ainiei* hicii pour vouloir bien accouiplir sa volonlr. Un osl alors toul pirs du clirislianismo. (rcst pour([uoi l'on veul cspc'Tor quo les nioilleurs j)ai'mi nos contoniporains, tournés vers co mystérieux inconnu «lont nous parlions tout à l'iiouro, l'invoqueront connue une l'orce secourable, (ju'ils appelleront sa ^ràce, quils lui proposeront, au prix de leur volonté tout entière sacritiée, de conclure avec les générations contemporaines un pacte nouveau, une alliance nouvelle; éplorés, ils s'agenouilleront pour abaisser dans cette posture humiliée leurs membres rebelles à l'élan de l'esprit, et quand ils se relèveront, à la place de l'inconnu qu'ils croyaient pi'ier, ils verront se dresser sur le ciel la tète pâle du grand Crucifié, ([ui s'incline et leur tend les bras.

ciiAiMirii: IX

Le Catliolieisme et la Religion de l'Esiirit.

ï'n dos reproches qiio l'on fait le plus souvent au Catholicisme, et parfois au nom de la religion même, consiste à soutenir que la vie intérieure du catholique soumise de toutes parts à la compression par l'inllexible rigueur du dogme, par le poids de la discipline infaillibiliste, non moins que par la multitude des rites et la puérilité des pratiques, ne peut que s'atrophier et finalement arriver à s'anéantir. D'autre part, il y a dans le Catholicisme même des esprits inquiets qui trouvent lourdes les disciplines, qui ne savent pas découvrir le sens intérieur des rites et des pratiques et, bien qu'ils ne sentent pas toujours leur propre pensée gênée par le dogme, s'imaginent que celle de quelques auti'cs peut l'être et finissent par se persuader parfois qu'ils ne peuvent respirer à l'aise dans l'atmosphère de leur Eglise. Ouel(}ues défections se sont produites ces derniers temps dont une au moins fut assez bruyante. Quelques-uns des défaillants sont allés purement

1,1-; cAiiioi.iCiSMi: Kr i,a hklick^n dk i/iosprït ){7I

et simploPKMil à la lilirc [x^nséo, à un vaguo spiritualisni(> ; daud'es s(> son! arrôlos à mi-cliomin, ils oui cru |)oii\(»ir Irouvcr dans le jtrolcslaiilisiiic raidi (|iii ('(tii\ icnl à l(Mirs aspiralioiis religieuses. (iesL siirloul parmi des prêtres que se sont opérées ces conversions ù rebours, ('eux qui on', voulu aller au [)roleslanlisnuMuit trouvé aux environs de Paris une retraite ouverte à leur apostasie par une munificence zélée. Ils ont reçu grand accueil parmi les pasteurs et plusieurs sont devenus pasteurs eux-mêmes. On les a signalés au nombre de dix, six à Paris, quatre à Montauban, comme auditeurs des Facultés protestantes de Ibéologie. Ils ont fondé un journal qu'ils appellent le C/n-rtirn français. Des protestants et \\o\\ des moins qualifiés ont même, dit-on, prêté leur })lnme pour écrire aux évêques les lettres de rupture de quelques-uns.

Tout cela est douloureux mais n'est pas bien grave, encore moins inquiétant. L'Eglise, aux temps de la Réforme et du jansénisme, pour ne pas remonter jusqu'à l'arianisme, a subi d'autres délections et autrement importantes par leur nombre et par leur valeur. 11 y a cependant là un symptôme, la marque d'un état d'esprit qui mérite l'analyse et laltention. Je voudrais ici lâcher d'en découvrir quelques causes, en signaler les

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})lus imporlantes maiiifoslalioiis cl en discuter les motifs.

j\I. Auguste Sabatier, doyen de la l'acuité de théologie protestante de Paris, a pul)lié dans les premiers mois de 1890 un livre auquel il a donné pour titre : Es/^/nssr (l'intc philo^oplùc de la rpligion d'ajjr/'s la psijcholuyic cl l'histoivc (1). On a fait grand accueil à ce volume. Un de ces inquiets du Catholicisnu' dont je pai-lais (oui à l'heure a dit, alors qu'il n'avait pas encore tout à fait rompu avec l'Eglise, que c'était « le plus beau livre religieux que l'on eût écrit depuis la Vie (le Jrsas par Ernest Renan ». Parmi les })rotestants il a excité à coté de quelques critiques (2)

(1) In-S", FisciiBACiisii.

(2) Parmi ces critkjues il n'est que juste de citer celle de INI. II. Bois, dans une suite d'articles publiés par la Beour de Thcoloi/ie de Montauban. (Jarvier, mai, juillet, septembre, déccuibre 1897.) Dans ces articles le talent littéraire de M. Sabatier est beaucoup loué, mais on lui reproche de le faire servir plutôt à embrouiller qu'à éclaircir l'^s questions, on met par des citations piquantes l'auteur de [Esquisse en contradiction lla.urante avec les plus solennelles de ses anciennes déclarations, alors (|u'il briguait une chaire de théologie. On montre par une foule d'excellentes raisons que M. Sabatier ne jir(desse plus qu'une religion naturelle fort éloignée du véritable christianisme, on avoue que Ms'' Mignot, par exemple, tout cvêque catholique qu'il puisse rtre, demeure un disciple bien plus authentique de

I.I-; CATiioMc.isMi-; i:i" i.a uiM.icio.N i)i: i.iisnui' 'M'\

\wo ox|»l()si()ii (rciillioiisiasino ol Jcs calli()li(|U(>s iMi (»nl pai'l»' avec des criliqiu's ol dos l'éscrvcs sans (loulc, iii;iis sans lui niarcliandcr les éloges ni ni(Mne ladiniialion. IMiis réceninienl M. Sal)a- (iei- a j)nhlié une eonférenco qu'il a donnée le :2 sepleniiire hSlIT an con<j;rès dos sciences relii^ieuscs de Stockholm (1), il y renonvelle les conclusions de son livre. Nous nous proposons ici d'en résumer le contenu et d'en examiner la valeur. Nous verrons si, vraiment, nous n'avons, comme il le soulienl, d'anlre ni(\yen de concilier en nous la nioralilé el la ])iélé, la l'elij^ion et la cnllure modei'ne, de vivi'e en un mot de la vie

.L'Asus que le doyett de la Fanillé rie la théologie protestinfe de Paris et enfin, constatant Ls nombreux emprunts faits par M. Sabatier aux écrivains allemands en particulier, on se refuse à voir en lui un penseur original et un clief d'éccde. Le^ professeurs de Montauban ne sauraient admettre qu'il y ait une école de Paris. — A Genève, le livre de M. Sabatier n'a pas été moins vivement critiqué et, vers la fin de décembre 181)7, M. le pasteur Frommel a donné au temple de Pentémont,rue de Grenelle, et dans un cercle d'étudiants protestants, une série de conférences ayant pour but de ruiner les théories de VEsgiiisse. — De tout cela il nous sera permis de retenir ce fait évident que M. Sabatier, au moment où il prétend établir l'accord du protestantisme avec la <> culture moderne » et lirrémé'Jiable divorce entre le Catholicisme et cette même « culture » est signalé par bon nombre de protestants, et non des moins ipialifiés, comme infidèle aux doctrines les plus essentielles du christianisme, en sorte ([ue cet écrivain, que ses titres semljlaient désigner [U)ur parler au nom du protestantisme, est désavoué p;ir ceux-là mêmes qu'il prétendait délendre et représenter.

(i) La liclifjion el lu culture moderne, in-S", FisciUiACiiEit.

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complète cl harnuiiiiciisc tic l'esprit, que d'abandonner le Catholicisme et de nous ranger au protestantisme subjectif.

Selon M. Sabatier la religion naît en l'homme du sentiment du péché. Le péché c'est la contradiction intime que chaque homme porte en soi et non pas seulement la contradiction entre la chair et l'esprit, entre les passions et la raison, mais la contradiction, bien autrement dramatique et profonde à ses yeux, entre la volonté du moi qui voudrait se développer et dominer l'univers et le poids de l'univers qui retombe sur le moi et l'écrase : « Jaillissant du centre le Ilot de « vie vient fatalement se briser , comme une (( vague impuissante, à l'écueil des choses exté- « rieures. Ce choc perpétuel, cette lutte du moi « et du monde, c'est la cause première et l'oriu gine de toute douleur (1). » C'est de ce choc que naît la conscience, conscience de la douleur, conscience du mal originel et radical, témoignage du péché. Le mal en l'homme n'est donc pas la conséquence d'une libre faute commise dès l'orisrine. Il résulte de la nature même de l'homme.

C'est de la conscience de ce mal que va naître la religion. Car, opprimés et misérables, nous

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