‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 5 sur 56 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

fixité de ses dogmes n'entrave-t-il pas le développement de la vie religieuse? par la matérialité de ses pratiques ne retombe-t-il pas au paganisme?

Ce n'est qu'après avoir répondu à toutes ces questions que l'auteur s'e^t cru en droit d'écrire un dernier chapitre où, rassemblant toutes les aspirations de la vie humaine et les mettant en présence de nos dogmes catholiques, il fait voir qu'aucune d'elles, même la plus humble, n'est ni brisée ni détruite, que le Catholicisme professe au contraire expressément que chacune doit être remplie et arriver avec toutes les autres à son entier épanouissement. Loin d'être une doctrine de la mutilation et de la mort, le Catholicisme est une doctrine de l'épanouissement, de la fructification complète de la vie.

C'est sur cette exposition que l'ouvrage se termine. Et cela sans doute ne constitue pas une preuve achevée de la vérité du Catholicisme, mais cela du moins constitue une partie de cette preuve. Il resterait à montrer que parmi toutes les doctrines possibles de la vie, celle que professe le Catholicisme est la seule qui soit adéquate aux lois essentielles de la vie. Cette démonstration ici est esquissée, amorcée par les études qui remplissent les six derniers

chapitres, elle n'est pas achevée. Sans doute pour qui sait voir, si la science ne peut pas fournir une doctrine adéquate de la vie, ainsi qu'on croit bien l'avoir montré, il est de toute nécessité ou que l'homme doive renoncer à toute sorte d'action et désespérer en vivant de savoir pourquoi il souffre sa vie — et voilà le pessimisme, ou qu'il soit forcé d'avouer que les raisons de vivre lui doivent être fournies par ane doctrine supérieure à la science et à la raison, par exemple par une révélation. En critiquant donc après la doctrine de la vie selon le pessimisme la doctrine de la vie selon la science, on aboutit à montrer que la religion surnaturelle a seule les paroles de la vie. Et enfin, en faisant voir que les paganismes (parmi lesquels il faut bien ranger tous les occultismes et les spiritismes qui nous entourent) sont insuffisants en face des besoins vitaux de l'âme humaine, on est bien conduit logiquement à conclure que c'est dans le christianisme que se trouve la vraie doctrine de la vie. Mais je reconnais volontiers que les deux derniers chapitres n'achèvent pas de façon logique la démonstration. Il y faudrait un examen plus détaillé des faiblesses du christianisme protestant, ou du christianisme schismatique grec, une

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étude plus approfondie des divers dogmes constitutifs du Catholicisme. L'auteur ne se fait donc aucune illusion sur la valeur purement logique de son travail. Mais comme il croit qu'en ces matières la vérité n'éclaire pas l'esprit par la seule force des syllogismes, il a cependant cru ce livre utile. Il n'entend contraindre aucune pensée, il a voulu seulement solliciter l'attention, faire naître des réflexions sur la vie profonde de l'âme, dissiper en même temps bon nombre de préjugés qui, comme autant de brumes déformantes, empêchent nos contemporains les meilleurs et les mieux intentionnés de connaître le Catholicisme vrai.

C'est pour cela que, s'adressant aux contemporains, il n'a pas voulu spéculer dans l'éternel. Il a emprunté à des discours ou à. des écrits récents la formule des opinions erronées que beaucoup — et non des moins haut placés dans les sphères de la pensée — se forment du Catholicisme : Schopenhauer, M. Séailles, M. Sabatier, Renan lui ont fourni tour à tour le thème sur lequel sa critique a pu s'exercer. Et si parfois il a discuté, comme il est arrivé dans le chapitre intitulé Vie et Science un ouvrage qui, malgré son mérite, n'a pas eu peut-être un grand retentissement, on recon-

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naîtra que ce livre de M. Berr développe cependant avec éloquence et précision l'idée même que se font de la puissance de la science beaucoup de contemporains plus illustres, mais non pas plus expressifs des idées de notre temps. Telles sont les raisons pour lesquelles j'ai pu faire entrer dans ce volume, sans, je crois, altérer en rien sa pensée maîtresse, un certain nombre d'études parues à diverses dates dans divers recueils. Les lecteurs de la Quinzaine en particulier en reconnaîtront quelques-unes. Toutes cependant ont été revues, arrangées et disposées de façon à les relier nettement les unes aux autres et, en retranchant les particularités accidentelles qui les actualisaient, j'ai tâché de les rendre dignes de faire partie d'un ouvrage destiné à durer et à être utile — oh ! non pas durant des siècles ! — mais peutêtre bien durant vingt-cinq ou cinquante ans!... Ce souhait peut sembler modeste, Dieu veuille encore qu'il ne soit pas trop ambitieux !

Paris, ce 55 Janvier i8pp.

LE CATHOLICISME

ET

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