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I.E CATHOLir.ISME HT LA RELIGION DK l'kSPRIT

i)i('tlv)(lo (1), que so racoiilor liir-nièmo. Et par là il a (''vitt^ rt'Ciioil, oii laiil daiilros Ihéologions liliôranx so soiil liciirlés, do Iraduiro on dos formes imporsoniiollos ot imporlinommoul autoritaires dos poiisocs tlioolo^iquos qui no pouvaient être que personnelles, ({ui étaient moins des syslènios Ihéologiqiios (juc dos récits d'élats do conscience. M. Sabalier a pris le parti contraire, il s'est personnellement exprimé [)artout ot il a ainsi inauguré la seule forme qui puisse convenir au libéralisme religieux. C'est une des causes du succès do son ouvrage.

(^'pendant M. Sabatior est loin do nier la nécessité du dogme. Il y insiste au contraire et il est le premier à dire :

On appelle dogme, au sens strict, une ou plusieurs propositions doclrinales qui sont devenues, dans une société religieuse, par TefTet des décisions de rautorité compétente, objet de la foi et règle des croyances et des mœurs.

Il ne suffirait pas de dire que la société religieuse a des dogmes, comme lasociélé politique ades lois. C'est, pour la première, une nécessité bien plus grande. Les sociétés morales n'ont pas seulement besoin de se gouverner; elle ont encore besoin de se définir et de

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s'expliquer leur raison dï-lre. Or, elles ne peuvent le faire que dans leur dogme.

Le dogme est donc un phénomène de la vie sociale. On ne peut concevoir ni le dogme sans une Église, ni une Église sans dogme. Les deux notions sont corrélatives et restent inséparables (1).

Toi est le do])iit du chapitre consacré au dogme. Et à la lin du même cliapitre l'auteur conclut :

Les Églises auront toujours des symboles, c'est-àdire des règles et des signes d'une foi commune, et, par suite, elles auront des dogmes. Mais ces dogmes, au lieu d'avoir une valeur absolue, n'auront plus qu'unevaleur disciplinaire et pédagogique... On appellera dogme, au sens protestant, le type doctrinal généralement reçu dans une Église, et exprimé d'une manière publique, dans l'ensemble de sa liturgie, de ses catéchismes, de son enseignement spécial, et, plus particulièrement, dans ses confessions de foi... (2). Une Église sans dogmes serait une plante stérile... (3). Mais l'autorité pédagogique de l'Église n'est ni absolue ni éternelle; elle a une double limite dans la nature de l'âme de' l'enfant qu'elle doit respecter, et dans le but qu'elle veut atteindre qui est de faire des hommes libres, des chrétiens adultes, des fils de Dieu à l'image du Christel en relations immédiates avec le Père... (4).

(1) Page 263.

(2) Pages 291, 292.

(3) Page 294.

(4) Page 29").

i.K CMiioMcisMi-: i:r [,.\ rki-kiion dk i/ksi>iut l\S[

lia foi religieuse est un phénomène de conscience. Elle a Dieu lui-même pour auteur et pour cause... (1).

La conscience i-eli^ieuso vivante ne pont être ni ininiohilisée ni lixée ])()nr jamais. Elle est on ovo- Intion constante et dans chaque àmo et dans r l'église. « C'est donc à colto idée d'un do^me « nécossairo, mais nécessairement historique et « changeant, qu'il convient de nous habituer dé- (( sormais (2). »

D'où il suit à l'évidence que M. Sabatier, professeur do dogme à la Faculté do théologie protestante de Paris, reconnaît la nécessité du dogme et en même temps proiosso que le dogme n'a qu'une valeur historique et pédagogique; il nous apprend ce qu'ont cru nos pères, il fournit à notre foi un point do départ, mais qui no saurait à aucun titre jouir d'une autorité qui oblige notre conscience religieuse individuelle à se conformer H lui.

Nous aurons plus loin à examiner la solidité de la position adoptée par M. Sabatier. Contentonsnous ici de nous expliquer sa pensée. Ce qui a conduit M. Sabatier à ses conclusions, c'est l'opposilion qu'il a cru apercevoir entre le dogme, tel

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(2) Page 2'Jo.

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qu'il est entendu par le Catholicisme, tel que luimême, avec toul le monde, le définissait au début de son chapitre, et la vie religieuse, la religion, telle qu'il la conçoit. Le dogme catholique immuable, défini par l'autorité de l'Eglise, lui parait s'imposer de l'extérieur à la conscience des fidèles, créer dans l'àme une hétéronomie destructrice de la religion et constituer un intermédiaire inutile et môme nuisible entre l'âme et Dieu, qui, à la fois, semble forcer à croire et dans le fond dispense de croire.

« On a donc justement nommé la foi catholique, en ce qui concerne les doctrines, un blanc-seing donné par le fidèle à la hiérarchie. Ce que je dois croire, je rignore moi-même; mais mon curé, mon évêque elle pape le savent pour moi. Cela suffit. Malheureusement, le caractère d'un blanc-seing c'est d'être une page blanche. Cette manière de croire ressemble dès lors beaucoup à l'absence même d'une foi personnelle. C'est une façon de proclamer que le fond de la doctrine est indifférent à la vie religieuse. La théorie qui élève à l'absolu et divinise ainsi les dogmes n'arrive à les mettre hors de la pensée qu'en les mettant hors de la conscience (1). »

Cs « régime militaire en sa simplicité touchante et parfois héroïque (2) » a un autre et non moins grave

(1) Page 283.

(2) Jbid.

i.i: <.A I iMH.iciSMK i:r i.a iti:i.i<;i(i.\ di-: i/icspRir 'M'.\

inconvénient. « 11 c-l bien évident qu'une doctrine, imposée ainsi du dehors par Tautorilé sacerdotale, entrera nécessairement en contlit avec le dévelop[)ement organique de la science et de la culture libre de Tesprit. Il ne saurait y avoir ni contact ni fusion entre les données surnaturelles du dogme et les acquisitions progressives de la raison naturelle, puisqu'il n'y a identité ni de principe, ni de méthode, ni de contrôle. Les idées catholiques et les idées modernes resteront extérieures les unes aux autres. Cette juxtaposition dogmatique se transformera bien vite en antagonisme tlagrant ; car le dogme de l'Église requiert encore autre chose que le sentiment religieux pur. Dans la formule qui l'a constitué, il y a un millier d'années, sont entrés des éléments de la science de l'époque. Les Pères de l'Église et les docteurs du moyen âge l'ont construit nécessairement avec la cosmologie, la physique, la médecine, l'histoire, la jurisprudence et la morale de leur temps. En revêtant d'une autorité divine cette science rudimenlaire du passé, vous en opposez les erreurs aux conquêtes d'une science plus vaste et plus sûre, et le conflit éclate inévitablement... Copernic ne peut faire une nouvelle hypothèse sur le monde sans ébranler toute la théologie de saint Thomas. Galilée ne peut établir que la terre tourne sans avoir atïaire au tribunal de l'Inquisition romaine; et Darwin ouvrir sur la nature des perspectives nouvelles, sans qu'on l'accuse de renier la foi (1). »

En opposition avec la (logniali(jiio ealholi(^iic,

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avec l'orthodoxie proleslanto, que pourra donc être la dogmatique de M. Sabatier, telle qu'il se propose de la formuler en un volume ultérieur? On est en droit de supposer que ses formes extérieures ne ditïéreront guère de celles des autr.es. Ne nous dit-il pas ici que la fonction ecclésiastique de l'enseignement du dogme est une fonction pédagogique et n'est-il pas dès lors nécessaire de donner au dogme ime formule simple et précise? Et puisqu'on s'adresse aux enfants, — et par enfants, il faut assurément entendre toutes les âmes qui n'ont ni le temps, ni l'intelligence de se faire à elles-mêmes leur foi — il faut bien lier les dogmes les uns aux autres par des liens plus ou moins impersonnels, toujours un peu différents des raisons personnelles et inelTal)les par lesquelles ils sont liés dans la conscience religieuse de l'enseitïnant. Ce dernier sera ainsi amené insensiblement à exposer devant les enfants et les simples des dogmes qui peut-être sont bien loin de sa propre conception. (Ju'impoi-te s'ils ont été vraiment vécus à une date quelconque de l'évolution historique, en rapport avec le développement des âmes auxquelles à présent on les enseigne? A vrai dire, en faisant abstraction, pour enseigner, du prosélytisme que pourrait lui imposer sa propre foi, le catéchiste fait œuvre

i.i: c.Aiiioi.icisMK i:r r,A rki-kiion di; i."i:siM(ir ){(S")

iioii (le (luplicilé mais de jnii'o abnégation. Ces fonniilcs (lui. pour lui, S(Uil, à celle heure, inadéquales, olles sont adoqnales aux consciences simples qu'il a prises en charge, elles sont vraies pour elles, puisque c'est par ces formnles qu'elles peuvent le mieux couiiuuuier avec le divin. 11 n'y a donc, à les leur redire, alors que soi-même on ne les adopte plus, ni hypocrisie, ni mensonge. Il y a respect pour leur indépendance et leur liberté. — Ainsi raisonnent en Allemagne et en France nombre de pasteurs qui dans leurs écrits contestent, par exemple, la divinité de Jésus et récitent devant leurs ouailles la formule du Symbole que presque tous les tidèles interprètent comme l'expresse reconnaissance de cette même divinité (1).

Par conséquent, ce n'est pas faire la moindre iujure à M. Sabatier que de supposer qu'ayant dit en ce volume ce qu'il pensait de la valeur des formules dogmatiques, il serait bien plus à l'aise pour consacrer un second volume à énoncer, en termes impersonnels, les formules de sa croyance et il les enchaîner de l'arçon à constituer un système théologique. Ainsi se concilierait ce que

(1) On peut voir dans rAllemar/ne relifjieuse de Georges Goyai; (ch. III, in-18, Perrin), comment les pasteurs allemands ont, en fait, résolu celte difficulté.

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dit M. Sahalior de la nécessilé du dogme et Topiiiioii qu'il professe sur la valeur toute subjective et tout à fait variable des formules dogmatiques. Car, dans le dernier chapitre, M. Sabatier nous dévoile toule sa pensée. Après s'être montré fort préoccupé dans l'avant-demier de découvrir le moyen de construire une science véritable des dogmes également indépendante d'une autorité ecclésiastique absolue et d'une métaphysique purement rationnelle, il pense maintenant avoir trouvé ce moyen dans une théorie critique de la connaissance religieuse. D'une part, il faut que la dogmatique soit une science, ou autrement aucune Eglise ne pourrait être constituée ; d'autre part, il est nécessaire que la science des dogmes ne soit pas soumise à l'autorité d'une Eglise qui lui imposerait, comme dans le Catholicisme, l'immobilité des formules mortes de la tradition ; et il convient en outre, pour que la dogmatique demeure vraiment religieuse, que ce soit elle qui fonde les métaphysiques, et non pas que ce soit les métaphysiques qui prétendent la juger. Concilier ces diverses exigences paraît tout à fait impossible et l'était, en réalité , avant la philosophie de Kant. Mais, au dire de M. Sabatier, Kant a découvert que l'on pouvait construire une science toute subjective, indépendante par conséquent de toute

L1-: CATIlOLiniSMK I:T la RKI.IGION DE i/i:spp,iT '{87

nu'laphysiquc. (MiiU[uo scicnco d'aillours, coordonnant, selon los lois do la pensée, les matél'iaux fournis j)ar l'expérience, est aussi Lien indépendante de toute espèce d'autorité. Bien que subjective, elle n'en reste pas moins impersonnelle, valable pour tous les esprits. Que faut-il donc pour que la raison puisse constituer une telle science des dogmes, pour qu'elle soit à la fois indépendante et ib' la métaphysique et d'une autorité extérieure? Simplement qu'il y ait une sorte d'expérience qui fournisse la matière spéciale de cette science. Or, la conscience religieuse telle que la découvrent la psychologie et l'histoire, fournit en abondance les expériences nécessaires. Les conditions d'une science des dogmes sont donc remplies et cette science peut vraiment se constituer. Ne nous faisons pas d'ailleurs d'illusions sur sa portée. Elle n'atteint pas le transcendant et demeure subjective : nous savons ce que nous éprouvons, ce que nous pensons, nous ne savons pas et ne pouvons pas savoir quels objets répondent à nos pensées ou à notre expérience. Cette connaissance ordonne notre vie autour d'un axe religieux et ainsi a une valeur thé(dogique, on peut dire que, grâce à elle, nous remplissons notre destinée, c'est-à-dire, au vrai, que nous avons, grâce à elle, une harmonie

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intérieure do nos sentiments et de nos pensées. Elle est enfin purement symbolique, car elle n'a un sens que pour nous et nous ne savons pas de quelle façon le divin correspond, à nos états de conscience, à nos pensées, aux expressions par lesquelles nous les traduisons. « Le vrai contenu « du symbole est tout subjectif.. Lorsque le « Psalmiste s'écrie : « L'Eternel est mon rocher » « ou « l'Eternel est un feu dévorant », quand le « Christ nous apprend à dire : « Notre Père (1) » ce ne sont là que des symboles qui expriment la manière dont nous sommes religieusement aifectés. Et ainsi le dogme est à la fois matière de science, objet de connaissance, toujours en voie de transformation, puisqu'il est tiré de l'expérience vivante, toujours purement subjectif et symbolique.

Telles sont les conclusions et l'économie générale du livre de M. Auguste Sabalier. Beaucoup moins original qu'on ne l'a dit, car il n'est pas une seule de ses théories de détail qui ne soit

(1) Page 394.

LK r.ATiioi.irisMK ET L\ nKLifiioN ni", i,'i:spniT .'^89

('m|utiiil(''(' à quolquo ponscur (1), il a ccpondant une (iiiL^iiialité roollo qui consiste à avoir assoni- Mr loiilos CCS thcorics, à les avoir rendues vivantes et à avoir su les présenter en un langage parfois éloquent sous la forme d'une sorte de confidence religieuse à la fois très personnelle et très élevée. On conipi'ciid conihicu ce livre a dû être goûté non seulemeiil pai" les protestants lii)éraux, mais encore par ceux des lil)res penseurs qui ne sont pas tout à fait tombés aux platitudes du positivisme. Aux uns comme aux autres il a dii

(1) 11 suffit de lire rAlIci/i/irpie lelifjipiise déjà citt-e pour reconnnître au passa^L'C un grand nombre des idées que ]SI. S;ibaticr a faites siennes elle principal de la doctrine est emprunté à l'ouvrage de Kant qui a pour titre : In Relu/iuit dans les limiles de la raison. Ces lignes étaient écrites et avaient même paru dans la Quinzaine lorsque la complaisance de M. II. Bois m'a permis de lire sous sa signature dans la Revue de Théolof/ie de Montauban (1897, p. 2oli l'appréciation suivante : « In ami de M. Sabatier, « M. Lobstein, reconnaît — avec autant d'amabi ité pour M. Sa- « lier que cela lui est possible — mais enfin il reconnaît que « ceux qui sont au courant i:es travaux accouiplis ces dernii''rcs « années en Allemagne dans le domaine de la i)liilosopliie de la « religion ne trouveront pas chez M. Sabatier des points de vue « vraiment nouveaux. Ce qu'iU y trouveront, c'est « une expo- « sition sagace des questions discutées » ; c'est « la virtuosité « avec laquelle M. Sabatier embrasse les problèmes, en mon- « tre l'importance et indique la direction suivant laquelle on « pourra obtenir une solution ». En laissant de côté toutes les « circonlocutions, nous pouvons résumer l'opinion de M. Lob- « stein et la nôtre en disant que l'ouvrage de M. Sabatier est, « au point de vue scientifique, un ouvrage de vulgarisation. » [Theolof/isch'; Lilerafurzei/unfj. Ilerausgegeben von Ilarnack und Schiirer, 3 April 1897.)

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apparaître comme une surle de révélalion. 11 permettait aux premiers de reconnaître un bien-fondé provisoire aux prétentions orthodoxes, il rassurait les seconds en leur enseignant que la religion peut être aussi pure en dehors de toute église qu'au sein des églises traditionnelles. 11 ne saurait tout à fait déplaire aux âmes religieuses à cause de son ton général et de la profondeur de son inspiration ; il satisfait les incroyants euxmêmes qui n'ont pas tant en horreur le sentiment religieux que les obligations extérieures auxquelles il assujettit. Or, M. Sabatier dispense de toutes. 11 n'est pas jusqu'aux agnostiques qui n'aient pu adhérer à cette philosophie religieuse. Car le symbolisme subjectif auquel aboutit M. Sabatier se prête à toutes les interprétations, aussi bien à celles qui déclarent ne pouvoir rien dire de Dieu qu'à celles qui pensent pouvoir lui attribuer quelques qualités et surtout des qualités morales, ainsi que le fait lui-même M. Sabatier. Mais ce livre a surtout dû plaire à ces esprits inquiets dont je parlais au début qui, encore engagés au Catholicisme, mais déjà plus que branlants et à peu près détachés, cherchaient à colorer leur évolution par des motifs religieux. La critique courtoise et de ton sérieux mais très aiguë, que fait partout du Catholicisme M. Saba-

LK c.ATiioi.uns.Mi': KT )-A luajoiON DK l'ksprit 'A\)[

lier, là mémo où il no lo nomme pas, leur fournissait ces motifs. La religion, c'est le colloque direct de l'àme avec Dieu; en interposant sans cesse enlre l'àme et Dieu l'autorité de l'Eglise, les pratiques de l'Eglise, le Catholicisme, aux yeux de M. Sabalier, doit ctoulTer la vie religieuse par un double parasitisme : parasitisme dogmatique, parasitisme pratique. L'Eglise infaillible et sacerdotale, par les pratiques qu'elle impose, absorbe la substance de la piété, et, par les dogmes qu'elle oblige à croire, détruit la substance de la foi. Or, ces àmcs inquiètes sont amoureuses de liberté et de vie. Elles veulent vivre et redoutent de se laisser atrophier. Impuissantes à examiner si vraiment c'est leur expansion vitale, profonde que l'Eglise contrarie ou si ce n'est pas seulement le désordre de mouvements capricieux, elles sentent une autorité et ne peuvent la supporter.

Examinons donc si les griefs que Ton invo(jue contre le Catholicisme sont fondés, si la véritable vie religieuse est impossible chez nous, si enlin la dogmatique doit être conçue comme la conçoit M. Sabatier, comme purement subjective et toujours en mue, ou bien si elle a une valeur véritable et peut prétendre à la lixité.

392 LE CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT

Que d'abord l'idéal de la vie tel que le conçoit le Catholicisme soit aussi élevé qu'aucune doctrine l'ait jamais conçu, c'est ce qui ne semijlera pas douteux pourvu seulement que l'on se souvienne que le but suprême de la religion, selon nos théologiens, est de nous faire participer à la nature même de Dieu, — Dd consortes naturœ, dit saint Pierre, — de nous diviniser et ainsi, par la grâce de Dieu, de faire de nous des dieux. Fo.v et dii estis, dit l'ApcMre. Cette doctrine de la ezo-orr,a:-, sur laquelle iNI. Ermoni rassemblait naguère (1) un nombre imposant de témoignages patristiques, est assez bien établie pour qu'il n'y ait point làdessus de contradiction. Or, je demande s'il est possible de proposer à l'homme une vie plus haute, plus stable, plus active, que la vie même de Dieu. Ce n'est donc pas par l'idéal qu'il propose que le Catholicisme risque d'atrophier ou d'amoindrir la vie.

jNIais il est vrai que cet idéal de vie ne se réali-

(1) La Déification de l'homme cite: les Pères de l'Église. Bévue du clergé français, 15 août 1897.

\.K nATiior.ic.isME i:t r,A RKi.ir.ioN i)K i/i:spniT .'ii)'}

S(M'a que dans la vio d'oulro-lombo ot qiio, pour y alloindro, durant cotto vio morlollo, le Calholieisnio onsoigno la doelrino du rononcemont ot do l;i nioililicaliou. .\o nous onsoii2;norait-il pas par là à sacrilior nolro vio proscnlo, certaine, assurée, en vue d'une vie future problématique, à lâcher la proie pour Tombre ? Et ainsi, sous prétexte de nous apprendre la vie, ne nous condamnerait-il })as à la mort ?

Ici il faut remarquer d'abord qu'il nous est impossible de satisfaire toutes les tendances de nolro vio, tous nos caprices, tous nos désirs. I.,a raison mortifie la dissipation ot la dissipation morlilie la raison. Il faut choisir entre l'une ou l'autre. Mais il n'est pas possible do s'abstenir. Donc sont mortifiés ceux-là mémos qui prétendent ne voubjir pas l'olro. Nul moraliste sérieux sur ce point no nous contredira. Tous reconnaissent qu'on doit lutter contre ses passions, que pour obtenir le silence intérieur, condition de la vraie vio, il faut s'abstraire du monde et du l)ruit dos sens, que par conséquent, si l'on veut vivre véritablement, il faut comprimer certains élans do la vio. Et nul parmi nos contemporains n'a mis cette V(''rito dans tout son jour mieux que ce libre penseur d'Edmund Clay qui fut un si admirable psycliologue — si admirable et si difficile à lire. Il a

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fait voir dans VA/iernativf' {[) comment il fallait choisir : ou faire de soi un homme ou laisser la bète se développer en soi. Or, on ne peut maîtriser la hète et faire vivre l'homme qu'à la condition de souffrir; ce n'est que sur les âpres sommets du (Calvaire que l'on peut cueillir la ileur sublime de l'humanité. Le chemin de la croix est le seul chemin qui conduise à la véritalde vie.

M. Sabatier condamne expressément la mortification extérieure. Cependant si la dicte peut être ordonnée par le médecin pour alléger les fonctions physiologiques de la digestioii, pourquoi le jeûne serait-il interdit à ceux qui y trouvent le moyen nécessaire ou môme seulement efficace de l'allégement de leurs fonctions spirituelles? Et si le médecin peut ordonner les frictions au gant de crin, les douches glacées, les vésicatoircs, les pointes de feu, l'àme n'a-t-elle pas aussi bien le droit d'infliger au corps des remèdes analogues s'ils sont nécessaires ou même seulement utiles pour réduire le corps à l'obéissance et en faire le serviteur docile du vouloir spirituel ? Et qu'est-ce enfin que ce christianisme, cette religion oii l'on dit vouloir imiter Jésus et où l'on trouve dans le jeûne, que Jésus pratiqua et recommanda, une

(1) In-S", Alcan. Voir plus Laut, c. I, p. 14: c. IV, p. 181.

i.i: c. ATiioi.icisMK i:t la UELiGioN DE L'i;spurr 'MV,')

lornio iiifôrioiuv cl l'oiulamni'o de la discipline in(iriil(>? Vrainu'iiL ici le disciple vient faire la leçon au Maili'e.

dépendant les jjlns grossDs objections sont réservées à la morLillcalion catholique par excellence, àriuimilité de l'esprit en vertu de laquelle le catholique adnicl docilement sous sa double forme l'intervention de l'Eglise dans l'œuvre de son salut. L'Église enseigne et l'Eglise administre les sacrements. Le catiiolique ne peut se croire sauvé s'il ne croit pas aux dogmes de l'Eglise, s'il ne reçoit pas les sacrements de l'Eglise; il l'est donc par l'intermédiaire de l'Eglise, il ne communique donc pas directement avec Dieu, il laisse absorber par le parasitisme ecclésiastique et sacerdotal la meilleure part de la sève qui alimente son àme.

Dans l'objection ainsi résumée, il y a deux parts qu'il faut distinguer : l'une est adressée au (Catholicisme au nom de la foi chrétienne; l'autre lui est faite au nom de la science et de la raison. En acceptant l'autorité de l'Eglise, dit le rationaliste, le catholique abdique sa raison devant le dogme, il renonce à la vie scientilique et rationnelle et perd ainsi la raison même et tout le meilleur de son humanité; et du même coup, ajoute le protestantisme, le catholique renonce à l'acti-

'Jij{) LK CAIIIOLICISME ET LA VI K DK l/i:SI'IUT

vite suporioiire do la vie religioiise, il devient à la fois idolâtre et pharisien, il adore TEglise ou le Pape et non pas Dieu, il s'abstient de communiquer directement avec le Père céleste et renonce à la foi pour se jeter dans les œuvres.

Bien que liés et confondus dans le livre de M. Sabatier, les deux raisonnements ont une portée différente, il doit être permis de les distinguer.

Et d'abord il faut reconnaître que M. Sabatier, à la suite de bien d'autres, triomphe aisément de certains enseignements, de certaines décisions théologiques, émanant même d'autorités très respectables, mais qui n'ont nullement en partage l'infaillibilité. Qu'une congrégation romaine, en condamnant Galilée, ait condamné en même lemps le système de Copernic, c'est un fait qui nous attriste mais ne nous scandalise pas, car nous voyons, dans la décision romaine, le même abus et la même méconnaissance de la loi de la division du travail qu'avait commis Galilée lui-même en parlant do son système scientifique pour juger la Bible et parler do théologie. La théologie a son domaine, la science a le sien. A mesure que le progrès de la relloxion s'opère, des doux côtés les limites qui séparent les doux domaines se précisent et chacun reconnaît la propriété légitime du voisin. Si l'irréligion n'avait pas transformé,

i.i: <:\ iii(>i.i(:is:\ii-; i:t la niM.ic.io.N di; i/i:siMîir '.VM

(Irs l'apj>;n'ili(>n des livres de Darwin, la lliéorie (lo révoliilioii l'ii allaquos conlrc lo dogmo, les lliéoloji;ioiis auraient élé moins sévères |)(nir la théorie. Les lliéologiens ne doivent pas sans nécessité s'aventurer sur le terrain scientilique, et il leur est presque toujours imprudent de se livrer aux vastes synllièses où quelqnes-uns se complaisent trop; mais il faut bien reconnaître aussi que les savants montreraient de la prudence en ne tirant pas de leurs découvertes, ou même de leurs liyi)olJièses, des conclusions d'ordre religieux. L'avantage n'est même pas ordinairement de leur coté, car ils sont souvent plus incompétents encore en théologie que les théologiens dans les sciences de la nature.

Et, volontiers encore, nous reconnaîtrons que les théologiens doivent bien démêler dans leur système ce qui est proprement d'ordre dogmatique, surnaturel et religieux, et ce qui est d'ordre scientilique, rati<mnel et philosophique. La théologie, si vénérable soit-elle, n'est pas le dogme et les systèmes théologiques, même enseignés dans l'Lglise, n'ont pas le j)rivLlège d'être infaillibles ( 1 ), M. Sabalier, là-dessus, a fait dimjjortantes confusions. Dès lors peu impoi'ie (jue les théologiens

(1) Voir plus haut, c. III, j). lli.

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mèlciiL à l'exposé de leur système des considérations philosophiqnes, historiqnes ou cosmologiqnes, qui peuvent devenir caduques : cela n'altère en rien l'essence du dogme qui demeure distincte des systèmes de théologie. Sans doute nous savons bien que les théologiens, bien qu'enseignant euxmêmes ces distinctions, ne laissent pas plus d'une fois d'y être infidèles et de proposer leurs systèmes avec une assurance qui semble imposer les résultats de leurs raisonnements, ainsi que des articles de foi. Je ne dis pas que si on voulait éplucher plus d'un manuel dont on se sert encore en plus d'un endroit, plus d'une solution donnée par quelque revue spéciale d'esprit plus ou moins étroit, on n'y trouverait pas condamnée comme « téméraire, erronée, dangereuse », ou même comme « hérétique », telle ou telle proposition qui peut parfaitement s'accorder avec le dogme, que ceux qui la ciuidamnent n'ont pas même toujours comprise, quelquefois faute de bienveillance intellectuelle, quelquefois faute de savoir. Ou'il y ait un esprit théologique d'ordre inférieur qui, de plus en plus sous l'action des Instituts Catholiques, de la rénovation des études dans les séminaires, tend h dis})araîlre, mais dont on découvre encore çàet là des traces et qui consiste à penser que de ce que la théologie est la première des sciences, elle dis-

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