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raison de leur union avec rEglise. Aussi esl-il aisé de voir elioz les grands mystiques combien leur lihcrU'' est grande en même temps que complète leur docilité.
Autrefois Luther absorbait la nature dans la grâce ; aujourd'liui les protestants absorbent la grâce dans la nature et font évanouir le surnaturel. De tout temps, le Catholicisme a proclamé l'existence distincte et superposée de la nature et de la grâce. Nos pères ont lutté contre Luther en faveur du libre arbitre et de la nature ; nous avons aujourd'hui à défendre contre les tils de Luther le domaine du surnaturel, l'aute d'avoir fait dans son système une place au surnaturel, M. Sabatier est contraint de transformer le péché d'origine en un mal naturel et fatal et de calomnier Dieu, (^ar réduire le mal à une nécessité résultant de notre nature, en même temps que c'est ôter de ce mal l'idée même de péché et être inlidèle à toute la tradition chrétienne, c'est aussi rendre impossible une conception quelconque de la justice divine. Si Dieu, qui est bon, a fait riionime radicalement mauvais, c'est alors qu'il n'a pas su mieux s'y prendre, ou qu'il n'a pas pu réaliser son dessein et ce n'est qu'un gâcheur d'ouvrage. Si Dieu, au contraire, a réalisé le monde et l'homme sans autre considération que
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celle d'un déterminisme régulier de l'œuvre, sans penser au bien ou au mal qui s'y trouveraient, il manque totalement de bonté et alors comment pourrions-nous encore l'appeler « notre Père » ? Dans ces deux cas, ce n'est plus le Dieu du Christianisme et non pas môme celui d'un spiritualisme un peu conséquent.
Admettre au contraire avec la tradition chrétienne et avec le Catholicisme que l'homme jouissait à l'origine de la pacitication de ses instincts, de l'harmonie de sa nature avec elle-même et avec la nature du dehors, qu'il a perdu cette harmonie par une libre faute dont les conséquences se sont héréditairement transmises à l'humanité et dont les contre-coups se sont fait douloureusement sentir même dans le déterminisme du monde, c'est là une conception qui sauve à la fois la bonté, la puissance et la justice de Dieu. C'est la bonté de Dieu qui est à l'origine de l'être et c'est la liberté de l'homme qui est à la racine du mal. Et nous ne prétendons certainement pas que tout mystère soit levé par là, mais du moins nous n'avons plus le scandale évident d'un Dieu créant l'humanité malheureuse et poursuivant sur elle les conséquences de sa propre impuissance, de sa propre indifférence si ce n'est pas de sa propre méchanceté. Que Dieu récompense en l'homme
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SOS propres mérilos, ainsi que le dit lApùlre, c'est une grâce pour une grâce, il y a là quelque chose de supérieur à la justice, mais que nul ne s'avise d'appeler injuste; mais que Dieu punisse un mal dont il est l'auteur, c'est alors la plus violente des injustices. La conception, fort discutable d'ailleurs au point de vue psychologique, que M. Sabatier se fait de l'origine du mal, est donc aussi peu chrétienne qu'il est possible. On ne peut se l'expliquer chez l'auteur que par le désir de montrer la liberté de son esprit vis-ùvis du récit- de la chute dans la Gciihe. ]\Iais plusieurs, même parmi ceux qui n'admettent pas le sens littéral du récit, M. Renouvier, par exemple, ont encore admis qu'il renfermait sous une forme, plus (ju moins mystique et légendaire, la meilb'ure et la j)lus profonde explication de l'origine du mal dans le monde par un acte de liberté.
Une autre cause de gène pour M. Sabatier c'est sa déliance vis-à-vis de toute métaphysique. Il n'est pas possible de discuter sur l'origine du mal sans raisonner sur la nature de Dieu. Or, M. Sabatier, qui s(; croit imbu des idées de Kant, ne pense pas pouvoir rien dire de la nature de Dieu. Il s'applique alors à résoudre le problème du mal parla seule observation psychologique et ne voit
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pas que le problème une fois résolu ainsi n'avance à rien car il en soulève immédiatement un autre et le plus redoutable de tous pour la conscience religieuse : Dieu est-il bon et Dieu est-il juste?
Car pour que la religion soit le colloque filial de riiomme avec Dieu il faut bien que nous ayons quelque idée de ce Dieu avec qui nous conversons. L'agnosticisme pur ne saurait satisfaire Fàme religieuse. Des écrivains récents tels que Emerson et après lui ce transfuge du Catholicisme qui fut jadis Tabbé Gharbonnel s'adressent au Dieu inconnu. La connaissance qu'ils ont pu avoir du divin s'est voilée à leurs yeux et s'est changée en méconnaissance. Ils font appel à un autre qu'à ce Dieu qu'ils ont jadis adoré. Et peut-être, sans qu'ils s'en doutent, est-ce toujours lui qu'ils invoquent encore, car même dans leur prière à l'inconnu ils supposent que cet inconnu les entend, qu'il est bienveillant et qu'il peut quelque chose pour eux. L'agnostique véritable ne peut guère que dire avec le poète :
Si le ciel est désert nous n'offensons personne,
Si quelqu'un nous entend, qu'il nous prenne en pitié !
Mais être à la fois religieux et rigoureusement agnostique est tout à fait impossible. Aussi bien
1,1-: cAiiKM.ic.isMi': i:i- r.A rhi.khon di: i.'ksprit 41} 1
M. Sabalior iio t'ondul-il pas à l'agnosLicisme C(inî[)l('L
11 oslimo ([u'apivs KaiiL louLes les métaphysiques sont délinitivement ruinées et, comme il dit, périmées. Il pense en conséquence que notre concept ion de Dieu ne saurait être que subjective d'abord, téléologique après, symbolique ensuite. Ktant subjective, elle n'a de valeur qu'en nous et pour nous, elle n'atteint pas Dieu, elle n'est que l'idée du divin que nous découvrons en notre àme ; étant téléologique, elle introduit de l'ordre dans les idées que nous nous faisons de nousmêmes et de la nature et fait de nos pensées un tout organiquement lié; étant symbolique, elle s'exprime en images, en paraboles, en comparaisons, en métaphores, dont le seul fondement réel est notre conception de Dieu. C'est ainsi que M. Sabatier prétend concilier à la fois l'intériorité du divin en nous, et la nécessité d'une science des dogmes.
Je ne voudrais pas être injuste pour un homme dont le ton dénote l'extrême sincérité, qui, même lorsqu'il se trompe do la façon qui nous est la plus sensible, se trompe évidemment de très bonne foi, mais cependant je me demande et je ne puis pas ne pas me demander comment il se fait que, sous ses formules et ses théories, M. Sabatier
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]ic découvre pas ce qu'il y a en réalité, c'eslà-(lii'e non pas même ragnosiicisme, mais l'a théisme pur. Ce qui sauve peut-être M. Sabatier de cette conséquence extrême, c'est que, tout en voulant admettre la doctrine de Kant, il la fausse et n'en voit pas les dernières conséquences. Il admet en etTet qu'il y a dans nos conceptions un facteur mystérieux qu'il appelle l'expérience, qui en fournit la matière et que notre esprit ne constitue pas. Et par là il peut soutenir que dans les idées que nous avons du divin entre comme facteur premier avec l'expérience religieuse une part inconnue de réalité divine. Mais tous les philosophes savent bien que, lorsque Kant conserve ainsi une matière inconnue et inconnaissable comme facteur de nos conceptions et par elles de notre science, cette matière d'abord n'est pas Vr.rprricnce, car l'expérience est constituée par l'application des formes pures de l'esprit à la matière, et de plus, que c'est par un reste de superstition vis-à-vis de l'ancienne métaphysique qu'il conserve cette matière et qu'il introduit dans son système toute une suite de contradictions. Kant n'a donné à cette matière aucun rôle, aucune fonction ; elle est une plasticité indéterminée qui se prèle sans résistance à toutes les formes que lui impose l'esprit. M. Sabatier est profondément infidèle à
M-; CAiiKti.icisMi': i:r i.a iti:i.u;io.N ni; i/i:spni r 'iM){
l;i pcnsriM'l à In (loclrinc de Kaul lorscjn'il sh|)|)()s(' i[no c'olto nialière osL déjà (lt'lormiiu''0 et ([u'ollo provoque rapplicalion do loUo ou lello formo do l'ospril. C'osl ici loul le coiilrairo du kaulisnio. I-o llu'isiuo iuhôi'oul au (-lirisliauisuio a iulluo sur la pousôo do M. Sahalior ot lui a fait coniprondro lokanlismo lout do Iravors, car Foxporionco dont il U(uis parlo, dôloruiiuôo ot dôloruiiuant Tapplicaliou do lollo l'ormo plutôt que d'uno autre, no saurait èlro rien d'autro que la (ihoso-ou-soi que jtréoisémout Kaut a voulu bannir do la philosojdiio. M. Sahalior no se sauve donc do l'athéisme que par uu(» iMC()nsé([uonco ot ra|)pai-oil oxiérieur do son kaulisine n'est (ju'uu Ironipo-l'o'il. Mais comme lout le livre a pour but d'établir sur cette fausse interprétation do la doctrine de Kant une théorie de la science des dogmes, il s'ensuit que l'uMuro est tout entière ruineuse ot que toute la partie conslructive, la plus importante, l'essentiolle, repose sur un contresens.
Au fond, malgré lout le mal qu'il croit devoir dire de la métaphysique, M. Sahalior est resté métaphysicien théiste, et on doit on féliciter son sens clirélion qui l'a fait sortir de la vide théologie kantienne pour lui conserver, du moins comme subjoclivo, la réalité ^k' Dieu. M. Sahalior, d'ailleurs, })cut son consoler. Le kantisme
ï'M i,K CATii(>i.u;isAii; \:t la vik jjh i/nspurc
esL désormais, lui aussi, culré daus io vasLo conservatoire historique des philosophies « périmées ». 11 (loil élre dépassé : l'idée un moment avait caché le réel, on est maintenant disposé à le retrouver. En Allemagne, en France, on voit déjà se dessiner les grandes lignes d'une nouvelle mélaphysique dont les aflirmalions suprêmes rappelleronl de très })i'ès celles de l'ancienne.
Mais cela même permet Ira de se délivrer de ce suhjectivisme auquel veut rigoureusement se tenir M. Sabatier et qui ne peut que contredire son théisme. Si Dieu est, je n'ai pas le droit de dire que l'idée que j'en ai n'est que subjective ou, si mon idée n'est que subjective, c'est que Dieu n'est pas. ^\. Sabatier a sans doute voulu dire que (( Dieu nous est plus intérieur que notre intérieur », que c'est en nous, dans les profondeurs de notre àmo que nous le trouvons. Mais quoique révélant sa présence dans le sujet, il n'est pas pour cela subjectif. (Test une grande imprudence que de se servir des termes d'une philosophie donnée en voulant changer leur sens. On s'entend soi-même sans doute, mais on risque fort de n'être pas entendu.
La même préoccupation de suivre la philosophie kantienne a inspiré à .AI. Sabatier ses considéra-
i.K CATiior.ic'.sMi-: i:r i.\ iikmckin di: i.'ksi'Iiit 'i-{.")
lions sur la U''h''()l()i;io do Tidéo do Dion. Dion n'a pas oroô lo nioudo jxmr lo l)ion, son idôo nous sort soulcMnoiil à or^anisor nos ponsoos, cVsL collo or|;'anisiilion (|ii(' n(tiis appelons lo souverain l)ion. Dans collo ooucopliiui (oui oi^oislo, sommos-nous assez loin (le l'idée elirélieune ol de loulo la tradition? ( Irdonuor ses jxmisoos, faire louruer \o monde» autour {\o sa propi'o lèle, réduire Dieu à être l'ordonnaleur des r(>présontations do son propre esprit, c'est à cola qu'où restreint le (^lliristianismel (lomment l'àmo religiouso do M. Sabalier s'esl-(dle laissé séduire à ce jeu de dialectique auquel no s'amusent déjà plus les philosophes dilettaiil(>s constructeurs de métaphysiques?
Tout ce dernier cha})iti'e d'ailleurs est })lein de contradictions et do chimères. La cause en est on la j)hilos(jpliio à laquelle M. Sabatior a voulu soumettre sa pensée et que sa pensée déborde de toutes parts. Il semble réduire son Dieu à n'être qu'une j)ure idée sans l'éalité, il a sur la iinalité et le souverain bien des idées inacceptables, sur le symbolisme des formuiles qui sembleraient entraîner l'agnosticisme. Et cependant il veut dire : (l'est on nous (jue nous trouvons Dieu, les lins (ju'il poursuit, nous les ignorons, elles sont certainement bonnes, nous ne pouvons le connaître
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qu'on dos figures ot des symbolos qui renformont néanmoins une part lointaine de vérité.
Et ainsi, sous cotte forme, nous pouvons accepter ces propositions. Nous aussi, nous professons que le Dieu que nous adorons est un Dieu caché, Deiis ahsco)i(iiti(s ; la tradition des Pères, que Bossuet a rappelée magnifiquement dans des chapitres inédits que la Quinzaine a publiés la première (1), proclame rincompréhensibilité do Dieu ; nous n'avons de lui, dit saint Thomas, qu'une connaissance par analogie. Nous professons que le mystère renvironne, et donc que notre connaissance, quand nous parlons de lui, est tout à fait inadéquate. Il y a dans la théologie catholique toute une part laissée à l'agnosticisme. Nous sommes ])ion loin de la renier et de temps en temps il est bon de la rappeler. ^lais en même temps nous adhérons de toute la force de notre âme au discours de saint Paul à l'Aréopage et nous savons que la révélation évangélique a eu pour but de nous faire voir dans cet Inconnu le Créateur du monde ot le Père de nos âmes.
C'est l'interprétation de ce discours qui a fait le fond de la théologie catholique. M. Sabatier,
(1) 15 octobre 1896. — Second Traité sur les Élals d'oraisons, manuscrit inédit de Bossuet publié par M. Eugène Lévesque, in-8°, DiDOT, 1897.
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qui rocounnll dans loulos les grandes anics une iiispiralioii cl dans tons les écrits relii;ienx coninie les hihies de rimnianilé, r(>|)i'(»(die cependant au (^alliolicisme davoir l'ait entrer dans sa lliéologie la pensée des Aristole et des Platon. VA liien que les théologiens callioliijues n'aient jamais mis Arisloto ot Platon sur le même pied que la Bihle, ils se sont aidés cej)endant de leurs idées et de leur philosophie, mais ni Aristote ni Platon n'ont i'oui'ui aux dogmes autre chose que des éléments puisés dans l'ohservation générale de la raison, et par conséquent que ce qui appartenait en commun h la race humaine. La prédication de l'Evangile a eu précisément pour Lut non pas de révéler aux mortels tous les mystères de l'essence divine, mais de leur donner de Dieu une connaissance ({ui leur permît de le servii' et de l'aimer. C'est donc aller au rehours de l'I^'vangile que d'exagérer l'agnosticisme ou d'y tomher tout à fait. Saint Paul pourrait encore, presque dans les mêmes termes qu'aux Athéniens, s'adresser à nos agnostiques et M. Sahatier pourrait prendre pour lui plus d'un de ses enseignements.
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Les simples ont sur ces mystères des lumières que n'ont pas les philosophes. Ils ne s'attardent pas à démêler le fond de vérité des symboles. Ils sentent Dieu présent, ils l'aiment et cela suffit. Soutenus par le dogme, par les délinilions claires, par les pratiques, des enfants, des femmes, des illettrés montent à des hauteurs religieuses où les philosophes n'atteignent pas. Et de pauvres âmes tombées y trouvent des forces pour se relever. A force de vouloir être une religion de l'esprit, le protestantisme a iîni par oublier les deux conditions d'existence de l'être humain, sa condition corporelle et sa condition sociale.
M. Sabatier est très fier pour la descendance religieuse dont il relève d'être monté à ces hauteurs et il n'a que des paroles de critique pour ceux qui, comme les catholiques, n'exigent pas de la foi qu'elle soit entièrement explicite, qui pensent qu'une foi, fût-elle en beaucoup de point.^ implicite, a encore une valeur religieuse. Aux yeux du Catholicisme, en effet, le fidèle qui croit à l'Eglise et à ses enseignements parce qu'il croit d'abord en Dieu qui a donné l'autorité à l'Eglise,
i.i: c.A'i ii(»i.i(.:sMi: kt i.a uki.ic.ion di: i."i;spRi'r iliO
jtossrdc iinplicileiiK'iiL la loi aux eiisei^ni'iucnls (le ri"]jilis(\ alors nirnio qu'il n'osl pas cxplicileniciil iiislniil du drtail do ces enseignements.
M. Sabatior voit dans celle doctrine la raison profonde pour laquelle, selon lui, le Catholicisme ne saui'ail saccorder avec la culture moderne et c'est en grande pai'lie à l'établir qu'il a consacré sa conféreuce de Stockholm. Car ce qui, selon lui, caractérise la cullure moderne, c'est Vai/toHonilr de la pensée, c'est-à-dire la règle commune à Descartes, à Bacon, à Kant, de ne rien admettre pour obligatoire ou pour vrai que ce qu'admettent la raison ou la conscience. La science moderne exige que le savant n'accepte que les vérités dont il a personnellement la preuve, la morale moderu(» exige que l'homme n'accomplisse que les actes approuvés par sa conscience personnelle. Luther disait de même qu'il n'y avait d'acte religieux que celui qui était accomi)li par une conscience en vertu dune conviclion directe et personnelle. Le scientilique, le moinl et le religieux de nos actions ne vont })as plus loin que les claires visions de nos âmes. Ainsi la Réforme se rencontre avec toute la culture moderne, elle reveudicjuc l'autouoniic religieuse, comme Kant revendique rautonomie morale et Descartes Tautononiie scientilique.
4iU LE CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT
L'antiquité, au contraire, faisait appel à l'autorité et par conséquent soumettait la science, la morale, la religion, à une hétéronomie. En obéissant à l'autorité ou en la suivant, l'humme n'obéissait pas à ses propres lois, mais à une loi extérieure. Ainsi l'autorité de l'Eglise, par l'hétéronomie qu'elle imposait au lidèle, l'empècbait d'être religieux. En adhérant implicitement, sans les connaître dans le détail, aux doctrines de l'Eglise, le catholique fait un acte d'idolâtrie. Lo Catholicisme, par l'hétéronomie qu'il professe et qu'il impose, est donc exclu de la culture moderne. C'est une forme dépassée et périmée de la religion, comme la physique d'Aristote est une forme dépassée et périmée de la physique.
Cependant M. Sabatier ne peut s'empêcher de remarquer que dans la piété, qui est le sentiment religieux par excellence, il y a quelque chose qui dépasse la conscience personnelle. Puisqu'il y a colloque de l'àme avec Dieu, il y a donc une réponse à notre parole et cette réponse ne peut cependant pas se confondre avec notre parole. N'y aurait-il pas là un retour à l'ancienne hi-tèronomu'? Non, répond M. Sabatier, ayant en l'Etre qui nous répond notre raison d'être, sa loi n'est pas extérieure à notre loi propre, la soumission à sa parole est une thi'onomie, une obéissance à
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Dieu ; or, iiiu' thronitmu' u.(} saurait jamais iHi'o une lirtn-oninnip, car Dion no nous osl pas tHrang;(M'. >^ 11 nous est plus inlérieur que nolro intérieur, sans cosse et à mille égards étrangc'r à nous-mômes. »
Kt nous acceptons ces tlernièros considérations. Mais comment alors leur auteur ne voil-il pas que dans la parole (jue Dieu nous adresse intérieurement il y a deux choses à considérer : d'abord le phénomène tout subjectif par lequel nous entendons cette parole ; ensuite la valeur que nous lui attribuons? Or, de ces deux éléments, l'un, le premier, est seul explicite et véritablement clair; le seccmd est mêlé d'ombres, de mystère, toujours sujet au doute et au besoin de contrôle. Xous nous décidons cependant et nous trouvons dans l'obéissance à cette panjle une tliéonomie et non pas une hétéronomie, bien que nous nous décidions par des raisons dont la portée nous échappe en grande partie.
VA M. Sabatier reconnaît ailleurs que suivre une autorité, mémo dans les sciences, pourvu (luo la valeur de cette autarité soit bien établie, ce n'est pas tomber dans l'hétéronomie, que c'est au contraire rester dans l'autonomie. \\{ je le crois bien ; car les savants admettent un grand nombre de vérités sans preuves directes, sur la foi de