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homme ou devenir bète. Le devoir n'est pas douteux, notre humanité même exige que nous soyons hommes. Mais cela ne peut se faire qu'à la condition de détruire en nous les tendances animales, les instincts inférieurs qui luttent contre les supérieurs. Il faut se tuer pour vivre, se perdre pour se sauver, donc se mortifier. Or, cela est dur, le chemin qui, de l'animalité monte à l'humanité, est inévitablement la voie du Calvaire, la voie douloureuse et royale de la croix.
Voilà ce qu'établit avec une force et une abondance de documents psychologiques vraiment admirables le livre d'Edmund Clay. Tout l'évolutionnisme, ainsi que raremarquéM.Brunetière(l), est sur ce point d'accord avec lui. Et nous voyons bien que la loi fondamentale de la vie, de toute vie, c'est la mortification de l'inférieur au profit du supérieur; la vie c'est la mort, disait Claude Bernard. Il faut sacrifier pour le succès môme tout ce qui peut plaire mais qui ne va pas au but. L'orateur ne doit pas penser à se faire valoir mais seulement à convaincre. Corneille ne fut grand que le jour où il oublia de prêter à ses personnages les pointes de son propre esprit. Si Bazaine avait moins écouté les conseils de son intérêt
(1) La Morale éoolative. —Revue des Deujc-Moiules, V mai 1893.
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personnel il eût élc peut-être le sauveur Je la patrie. Donc la loi de la vie c'est la mortification et le sacrifice.
Or, (|ue (lit Jésus? « Je suis la voie (1). » Et quelle est cette voie? « Si quelqu'un veut être sauvé qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive (2) ». Se peut-il une identité plus aijsolue entre les lois expérimentales de la vie et les préceptes do l'Evangile?
Et cette lutte entre l'homme spirituel et l'homme charnel que saint Paul nous a décrite en quelques si énergiques versets (3), n'est-ce pas celle-là même qu'Edmund Clay nous a dépeinte dans son livre un peu difficile mais si plein d'ohservations et de faits?
Voilà donc la propédeutique du christianisme, la loi de la mortification et du sacrifice , la loi de la lutte intense pour la vie supérieure étahlie sur des bases solides. Voilà justifié le principe de l'ascèse, c'est-à-dire une des choses qui, au seuil même du christianisme, scandalisent le plus la nature humaine.
Avec M. Blondel maintenant nous irons plus
(1) JOA.N., XIV, 6.
(2) Matt., XVI, 24 ; Marc, vhi, 3i ; Cf. Matt., x, 38 ; Luc, ix, 23 ; XIV, 27.
(3) Rom., VII, 14-25.
loin. Si nous consentons à nous morlilior, ce n'est que pour vivre d'une vie plus haute; si nous consentons à nous abstenir, ce n'est sans doute que pour agir. L'action nous réclame et nous ne pouvons nous priver d'agir. Or, il est de la nature de l'action d'être la plus agissante possible, la plus active qu'il se peut; par conséquent l'action la plus active est aussi la plus véritable, une action qui consent à se limiter quand elle pourrait aller plus avant est une action qui se refuse à agir et se contredit. L'action contient dans sa notion même la production maximum d'elTets, le développement le plus puissant d'énergie.
Mais il est facile de remarquer que l'homme ne peut agir seul. Il a besoin de trouver autour de lui des instruments dociles de son activité, d'annuler des résistances, de se concilier des forces qui lui prêtent leur concours. Plus il trouvera de coopérateurs, plus son action sera énergique. Et il ne peut se passer de ces concours matériels, de ces coopérations humaines. Livré à lui-même il est impuissant. Un homme tout seul ne peut rien. Un homme seul ne pourrait même pas être. Il a besoin de parents, de protecteurs, d'aliments. Plus il sait agrandir autour de lui le cercle de ses coopérateurs, plus large est le rayonnement (le r^on arliou, Ainsi rious naissons débitcurf^,
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nous lie pouvons rien tout seuls et nous pouvons d'autan l plus que l'aide qui nous assiste est plus forte.
Pensons-y bien, (^es lois naturelles de l'action, ces lois de la vie rendent-elles un son étrauger à nos oreilles chrétiennes? Ne nous semble-t-il pas entendre au contraire un écho des paroles de l'Apùtre : Q/dd h([hcs <iu()(l non (uccjnsti (1)? Ne nous rappelons-nous i)as le mot de Jésus : Sine me nihil potestis facere ['lyl Et enlin la conclusion de saint Paul : Omnia possum in eu qui me confortât (3)? Notre puissance d'action est égale à celle de nos co(jpérateurs ; si donc c'est le Tout-Puissant qui coopère avec nous, il est de toute nécessité et de déhnition même que nous puissions tout : Omnia possum. Et u si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous transporteriez les montagnes (4) ».
Pour que la nécessité de la grâce chrétienne fût établie, il faudrait que notre action ne se sentît jamais bornée au cercle des coopérations matérielles et humaines même, (^'est ici que les as})irations de l'humanité répondent : Nihil cupio nisi
(l)ICo/-., IV, 7.